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 I'm not a monster, but just a girl {Athénaïs)


Sam 21 Sep - 15:31

Comme chaque jour de l'année, qu'il fasse beau et chaud, ou encore qu'il neige et qu'il fasse froid, la jeune Zirrafon arpentait les rues de Paris, allant des plus infâmes aux plus riches. C'est dans ces dernières qu'elle passait certainement la majorité de son temps. Il faut dire qu'il n'y avait que dans ces coins de la capitale que la voleuse pouvait trouver de quoi remplir un peu ses poches, et qui sait, revendre ces précieux biens contre un morceau de pain ou une quelconque denrée alimentaire susceptible de remplir son ventre demandeur. Observer toutes ces personnes si bien habillées, avec leurs manières d'être la dépassant complètement avait quelque chose de particulièrement fascinant à ses yeux. Parmi le bas peuple, on s'amusait à piailler sur eux, lors de moments un peu trop arrosés. Les insultes fusaient de part et d'autres des discussions, moqueries auxquelles Laura n'avait jamais vraiment apprécié participer. Non pas qu'elle portait particulièrement les nobles et toutes les personnes bien vivantes de ce monde dans son coeur, mais elle ne possédait guère de rancune à leur égard. Certes, ils possédaient la richesse, les terres et vivaient dans un luxe que la demoiselle ne connaîtrait certainement jamais dans sa misérable vie... Mais qu'y pouvaient-ils ? Elle était née dans cet univers où la recherche constante d'argent était le mot d'ordre, et où seul son propre intérêt comptait. Ce n'était pas leur faute, ni celle de personne d'autre d'ailleurs. La seule femme qu'elle pourrait néanmoins blâmer était sa mère... Cela lui donnait des frissons, de l'imaginer peut-être noble, vivant une agréable vie, alors que son enfant vivait dans la misère la plus complète... Peut-être pensait-elle à elle de temps en temps, mais ça, elle ne le saurait jamais.

Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, Laura n'était pas vraiment d'humeur à jouer à des tours de passe-passe. Depuis qu'elle avait commencé à plonger ses mains dans les poches des gentilshommes, on sentait bien qu'aucune motivation ne l'animait. Elle était vide, plate, et ne souhaitait qu'une chose : que cette nouvelle journée ce termine. Sa nuit avait été particulièrement longue et difficile, ce qui expliquait le léger mécontentement qui pouvait s'échapper d'elle. Le moindre frôlement indépendant de volonté pouvait la faire exploser d'un instant à l'autre. Il ne fallait pas penser, en voyant son état, que la gueuse se lassait de ses activités quotidiennes, car cela serait mentir. Mais là... L'envie n'était pas au rendez-vous, alors que d'ordinaire elle se faisait un malin plaisir à prendre sans permission les pièces et bijoux des autres.

Pour se calmer, et peut-être tenter de retrouver un minimum de motivation, elle décida de s'éloigner un peu des rues commerçantes, ses chaussures -déjà bien abîmées- frottant le sol poussiéreux de la ville. Ses bras étaient croisés sous sa poitrine, tandis que dans sa vieille robe usée par le temps, elle tentait de se frayer un chemin dans ce lieu bondé de monde à chaque instant de la journée. C'en était presque.. Oppressant. Néanmoins, plus il y avait de monde, mieux il était facile de laisser ses mains se perdre un peu partout, en prétextant un faux mouvement. Pour s'enfuir, en revanche, la tâche s'avérait plus complexe, étant donné la densité importante de personnes sillonnant les rues. Mais lorsque l'on avait l'agilité et la rapidité de la jeune femme, cette épreuve ne semblait pas vraiment insurmontable.

Sans qu'elle se rende compte, et sans qu'elle sache réellement pourquoi, les pas de Laura la guidèrent devant un grand établissement, duquel étaient en train de sortir des gens proprement habillées. Les femmes portaient de magnifiques robes, et les hommes de beaux costumes les rendant plus élégant les uns que les autres. Ses yeux se mirent à briller, tandis qu'elle se posta dans le coin d'une maison, les regardant ainsi passer à côté d'elle. Certaines femmes s'éloignèrent un peu pour ne pas la frôler de trop près. Il faut dire que l'accoutrement de la demoiselle n'avait rien de très aguicheur, notamment à cause de cette touffe de cheveux qu'il encadrait son visage recouvert d'une fine couche de saleté. Malgré les regards de dégoût ou de méfiance qu'on pouvait lui lancer, Laura n'y porta guère d'attention, car elle avait l'habitude de ce genre de choses. Mais ses iris gris furent attiré par une jeune femme, vêtue d'une robe dont elle n'oserait jamais pouvoir porter un jour. Et alors qu'elle passa non loin d'elle, elle se pencha rapidement pour récupérer une sorte de petit bracelet venant de tomber, et lui appartenant sans doute.


-Madame ! Lança-t-elle.

La voleuse couru quelques pas pour la rattraper et lui tendis le bracelet du bout des doigts.


-J'crois que vous avez laissé tomber ça.
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Sam 21 Sep - 16:45


Malgré tous les soucis que la marquise pouvait avoir, cette soirée serait douce pour elle.Son père l'avait invitée au théâtre, pour la "divertir" de ses soirées solitaires. Enfin, le Duc de Mortemart avait sorti ces mots sur le ton de la galéjade, cela allait de soit, puisqu'il n'avait jamais pu voir en peinture le marquis de Montespan, qu'il jugeait de trop basse lignée pour sa fille. Mais celle-ci avait insisté, elle l'aimait, elle voulait l'épouser. Et ce que la perle des Mortemart veut, elle l'obtient. Certes, à présent, cinq années après leur mariage, elle regrettait un peu son entêtement. Mais la vie était ainsi. Le marie désargenté était parti une énième fois pour tenter d'accomplir quelque exploit militaire, laissant sa femme gagner de l'argent en travaillant pour la Reine, et leurs deux enfants à sa mère.

Vivonne, le frère aînée d'Athénaïs, et Gabrielle, sa soeur aînée, n'avaient pu venir avec eux. Soit, ce serait donc une soirée entre un père et sa fille, ce qui était tout aussi plaisant. Alors qu'ils avaient planifié cela la veille, Gabriel de Mortemart avait fait parvenir à sa fille un bracelet, héritage de son épouse décédée quelques mois auparavant. Cela faisait plusieurs semaines qu'il voulait lui donner ce bijou qui lui revenait de droit, mais il avait, à juste titre, préféré attendre le départ du marquis pour l'étranger, de peur qu'il ne mette également ce bijou en gages pour payer une quelconque dette de jeu. La jeune marquise était ravie de pouvoir porter enfin un bijou qu'on ne lui prendrait pas, et qui plus était, un bijou de famille, qui avait donc d'autant plus de valeur à ses yeux. De plus, le duc avait fait les choses dans les règles, et pour cette soirée, il avait fait parvenir à sa petite perle une toute nouvelle toilette. Athénaïs était réellement aux anges, d'être ainsi gâtée par son père. D'autant que dans sa situation, une nouvelle tenue n'était pas du luxe. Ainsi, comme elle la portait dans le cadre d'une sortie privée, elle pourrait aisément la ressortir lors d'une soirée à la Cour, sans risquer d'être remarquée à porter une toilette déjà portée.

Tout était parfait pour une soirée parfaite. Avant le théâtre, le père et sa fille avaient été souper dans un endroit charmant, puis le duc avait escorté sa fille en carrosse jusqu'au théâtre où tous deux avaient assisté, dans une loge très bien placée que le duc avait louée pour le mois, à une représentation excellente d'une comédie fort amusante. Athénaïs brillait de par sa beauté, son sourire, la robe vert foncé en taffetas de soie qu'elle portait à merveille et qui ne faisait qu’amplifier sa beauté, la blancheur de son teint et de ses dents lorsqu'elle riait ou souriait. Le père était fier d'avoir à son bras sa plus belle fille, et la marquise fière d'être au bras d'un homme aussi illustre que son père.

Ils sortirent donc du théâtre, et après avoir échangé quelques mots d'appréciations et critiques sur la pièce, la mise en scène, les comédiens et le théâtre en général, le duo s'écarta pour attendre le fiacre un peu plus loin. Mais soudain, le duc reconnut un visage qui lui était familier: celui de sa maîtresse. Avait-il oublié un rendez-vous? C'était possible mais relativement étonnant de la part d'un homme avec une si grande mémoire. Toujours était-il qu'il s'excusa auprès de sa fille de ne la point raccompagner. Celle-ci ne s'en offusqua guère, estimant que son père avait déjà fait beaucoup pour elle en cette soirée, entre la tenue, le bijou et la sortie, il aurait été bien mal venu de sa part d'émettre une quelconque critique. Ainsi, le duc monta dans le carrosse de sa belle tandis que la marquise sa fille fit quelques pas pour aller attendre au coin de la rue le carrosse qui la ramènerait.

Ce n'est qu'après quelques pas qu'elle entendit une voix qui semblait l’interpeller. Elle se retourna dans un mouvement de cape et se retrouva nez à nez avec une jeune femme du peuple à en juger par les haillons qu'elle portait ainsi que la crasse qui recouvrait son visage. Machinalement, après avoir posé ses iris bleus sur elle, Athénaïs eut un mouvement de recul. Ce n'était pas méchant, mais elle était un peu surprise d'être ainsi appelée par cette jeune personne. Mais la raison ne tarda pas à arriver. La marquise avait perdu son bracelet, et la manante venait de le ramasser pour le lui rendre. D'une part, ce bracelet avait une valeur sentimentale inestimable, puisqu'il lui venait de sa mère décédée, et d'autre part, le geste de générosité de cette fille des rues était grandement altruiste, puisqu'en général, ce genre de personne ne se gênait pas pour garder pour elle ce genre de trouvaille, voire de les aller dénicher eux-même.

C'est donc agréablement surprise que la belle dame sourit de manière douce et chaleureuse à la petite pauvrette en lui prenant délicatement de bout de ses doigts gantés le bracelet qu'elle lui tendait.


-Oh, je vous remercie infiniment, mademoiselle.

Elle lui parlait, non pas comme à une mendiante, mais comme à une femme. Elle lui devait bien cela, après ce qu'elle venait de faire. En général, les Nobles et les gens des rues ne s'entendaient guère. les gens des rues volaient les nobles qui eux méprisaient les gens des rues. Mais si tous les gens des rues étaient comme cette jeune femme, à faire des actions si généreuses, alors peut-être que les nobles à leur tour se montreraient généreux envers eux. D'ailleurs, c'était ce que l'on enseignait aux jeunes gens nobles: soyez généreux avec les nécessiteux. Athénaïs savait qu'elle ne disposait guère de beaucoup d'argent, mais son père lui avait fait livrer avec la robe en taffetas de soie, une petite bourse remplie d'argent. Aussi, la marquise se sentant redevable, n'hésita pas, après avoir rangé son bracelet, à en sortir trois piécettes en argent. Cela suffirait certainement à procurer à la demoiselle des repas pour toute une semaine.

-Ce bracelet a une grande valeur sentimentale pour moi, il me vient de ma mère. Aussi, je souhaite vous récompenser pour votre action. Veuillez accepter ceci, lui dit-elle, souriant toujours et déposant dans sa petite main crasseuse les pièces en argent.
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Mar 24 Sep - 16:44

Laura aurait pu partir rapidement et le plus simplement du monde avec le bracelet. Il lui aurait suffi pour cela de se pencher et de le glisser dans sa poche, pour ensuite s'enfoncer dans la capitale sans que personne ne le sache, et surtout, sans que personne ne la remarque. Le sol de la capitale était couvert non seulement de poussière et souvent de boue, mais également de nombreux petits trésors qu'aucun badaud n'aurait soupçonné l'existence. Il n'était pas rare que l'on fasse tomber une pièce sans s'en rendre compte, notamment à cause d'un bruit environnant qui camouflait celui du contact du métal sur les pavés. Dans la journée, la jeune femme pouvait ramasser bon nombre de ces petites choses, venant alourdir encore un peu plus sa cagnotte qui n'était pas toujours des plus importantes. Alors oui, elle avait, comme toute voleuse qui se respecte, pensé à en faire de même avec cette parure, mais bizarrement, jouer des mauvaises n'était pas dans son envie du jour, comme déjà dit. Oh, bien sûr, elle aurait très bien pu passer outre, sans y accorder la moindre importance ! Après tout, ce n'était pas ses affaires, et que cette dame perde ses affaires ou non n'allait pas changer sa vie. Néanmoins, il restait encore assez de bonne conscience dans l'esprit de la demoiselle, pour que son image en train de paniquer suite à la perte de son bien la mette à mal. Car contrairement aux idées reçues, ce n'est pas parce que l'on ne roulait pas sur l'or et qu'on appartenait à la vermine de la ville que l'on était obligatoirement un voyous. Les mains de Laura n'étaient pas couverte de sang -ne serait-ce que tenir une arme lui faisait peur-, mais elles n'étaient pas totalement blanche non plus. Le vol et l'arnaque faisaient partie intégrante de son quotidien, la recherche intéressante de richesse était son but. Cela l'était moins qu'à son frère, mais cela était un tout autre sujet. Elle n'en rougissait pas et ne se cachait jamais de ses activités, mis à part à qui pourrait lui vouloir du mal. Ses activités étaient bien téméraires, et elle savait pertinemment ce qu'elle risquait en se faisant prendre la main dans le sac, et ce d'autant plus après l'épisode du vol à la fête royale. La tête des truands étaient mises à prix, mieux valait pour eux de rester tranquille encore quelques temps, ou du moins de se montrer discret. Prudence est mère de sureté, et cela se montrait plus que véridique ces derniers temps. La gueuse n'était pas du genre à avoir peur de tout et n'importe quoi, avec le temps, elle avait réussi à faire la part des choses. Mais il fallait avouer que la menace pesante était parfois lourde à supporter.

Elle observa attentivement chaque trait composant le visage de la noble, non pas avec méprit, mais plutôt avec curiosité et émerveillement. Telle une poupée de cire, elle ne possédait aucun défaut, du moins à vue d'oeil. Son teint était parfait ses yeux magnifiques. De quoi en faire tomber plus d'un ! Et que dire de sa toilette... La robe qu'elle portait était digne des plus grandes reines aux yeux de Laura, qui s'émerveillait toujours devant ces longs jupons. À vrai dire, elle ne manquait jamais de s'imaginer revêtue ainsi, en grande dame de la Cour. Toutes les femmes qu'elle croisait étaient tellement splendide, qu'il y avait de quoi lui faire tourner la tête ! Sans doute était-ce pour cela, qu'elle avait accepté de suivre la folle idée de son frère...
Aucun mouvement de recul, ni aucun geste de dégoût. C'est sans nul doute là le point qui perturba le plus la demoiselle Zirrafon. D'ordinaire, on aurait évité de s'approcher ainsi d'elle et de sa crasse. Vous savez ce qu'on disait, les gens comme elle étaient souvent porteurs de maladies et de poux. Ce qui n'était pas totalement faux... Mais Laura savait prendre un minimum soin d'elle, et même si elle ne se lavait pas tous les jours par peur de l'eau, elle n'hésitait pas à se mettre en valeur quand elle le désirait. Ceci la réconforta également sur le fait que tous les nobles n'étaient pas méprisants.

Un fin sourire, certainement le seul et l'unique de la journée, vint s'inscrire sur ses lèvres rosies par la douce température de mars, tandis qu'instinctivement, ses doigts se refermèrent sur les pièces d'argent déposées dans le creux de sa main. Recevoir ainsi de l'argent n'était pas quelque chose que la voleuse appréciait particulièrement. A ses yeux de femme fière, cela revenait à se faire assister. Bizarrement, ce soir elle accepta chaleureusement cette récompense, à laquelle elle n'avait même pas osé penser, et ce pour une bonne raison...


-Merci madame ! Dit-elle. C'est très gentil à vous.

Elle fit sauter les pièces dans sa main, avant de les rentrer dans sa poche et de continuer.

-Les orphelins à qui j'compte les donner seraient heureux de savoir grâce à qui j'ai pu leur offrir...

Non, contrairement à ce qu'on pourrait penser, Laura n'allait pas garder ces pièces, mais allait les donner à l'orphelinat où elle avait pour habitude de passer. De ce fait, ce gain emporté « facilement » serait donné plus justement à ces jeunes enfants dans le besoin. De plus, cela lui ferait un bien fou de revoir leurs petites frimousse encore si innoncentes face à la dureté de la vie.
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Mar 24 Sep - 20:48


Décidément, cette jeune gueuse, car elle n'avait pas l'air d'être bien vieille à ce que pouvait en distinguer la marquise sous la couche de crasse et de poussière qui ornait son visage, n'avait pas pas fini de l'étonner. Elle accepta la récompense, ce qui ne surprit guère Athénaïs, mais en plus de cela, elle déclara vouloir donner cet argent à un orphelinat. Etait-ce pour attendrir la noble dame, ou bien cette affirmation était-elle sincère? La belle dame décida de la croire sur parole, après avoir entrouvert un peu plus les yeux et haussé les sourcils sous l'étonnement qui fut le sien. Décidément, les gens des rues n'étaient pas tous des moins que rien égoïstes et sans coeur, loin de là. Lorsqu'elle était petite, avant même d'entrer au couvent, alors qu'elle grandissait dans son Lussac natal, Athénaïs jouait avec les enfants du village, et certains faisaient partie des familles les plus démunies de coin. Et ils avaient toujours été très gentils avec elle. Bien entendu, sa gouvernante n'était jamais loin pour surveiller, et même si la petite demoiselle revenait couverte de poussière, elle passait des après-midi exaltantes à courir partout avec ces petits garnements. Elle se souvint que ces famille-là étaient très soudées et très unies, les mamans embrassaient leurs enfants lorsqu'ils rentraient et ils vivaient tous ensemble. De ses souvenirs, Athénaïs n'avait vu ses parents que quelques rares fois dans l'année lorsqu'elle était enfant. Bien sûr, elle n'était pas à plaindre, elle avait toujours eu de quoi vivre au-delà de ses espérances, mais sa famille n'était que rarement là. Elle savait qu'elle avait un frère et une soeur aînés, mais ne les voyait, tout comme ses parents, que deux ou trois fois l'an. Aussi, chaque fois que l'on évoquait des orphelins, la marquise en était tout émue et parfois des larmes venaient embrumer ses yeux azur. Le geste que voulait accomplir la gueuse était très noble et la toucha sincèrement.

-Vous êtes extrêmement généreuse, mademoiselle. Notre beau pays a de la chance de compter en son sein des personnes comme vous. Mais je souhaite vous récompenser tout de même. N'accepterez-vous pas un petit pécule?

Puis, voyant son visage couvert de crasse, Athénaïs se retint de frémir. Elle qui était si maniaque et qui aimait tant à être propre et sentir bon, elle se demanda comment cette femme pouvait supporter d'être ainsi. Elle décida alors de lui faire don de son mouchoir. Elle sortit de sa cape ce délicat bout de tissu brodé à ses initiales "F" et "M" et le lui tendit. Sans doute Laura n'en avait jamais vu de pareils. Le carré de soie était immaculé, comme la neige, et paraissait doux rien qu'à la vue. La marquise ne pouvait en sentir l'aspect puisqu'elle portait des gants en cuir pour protéger ses blanches mains du froid mordant de mars. Elle tendit l'étoffe à la jeune femme.

-Tenez, acceptez au moins ceci pour vous et vous seule. Il me ferait plaisir de vous avoir procuré un objet utile.

Des mouchoirs brodés, Athénaïs en avait des tas. C'était l'une des rares choses que son mari ne pouvait mettre en gage puisqu'ils étaient brodés à ses initiales, certains portaient même les armoiries des Mortemart. Et puis la manante en avait sans doute d'avantage besoin qu'elle, d'autant que l'hiver était rude et un rhume arrivait rapidement. Et s'il ne servait à son nez, il servirait à lui décrasser le visage avec un peu d'eau. Ce ne serait pas du luxe, pensait Athénaïs après le lui avoir donné avec un sourire.
La marquise n'avait bien sûr aucune idée des activités de Laura. Si elle avait su qu'elle était une voleuse et qu'elle faisait partie des bandits qui avaient pénétré l'enceinte de château lors du bal de Monsieur, il y a fort à parier qu'elle n'aurait guère été aussi généreuse avec elle. Mais elle n'en savait rien, et à présent, elle s'était prise de pitié pour cette jeune femme qui lui paraissait si gentille. Elle ne l'oublierait pas dans ses prière avant que de rejoindre son lit ce soir-là.
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Sam 28 Sep - 17:00

Si seulement la noble pouvait avoir ne serait-ce qu'une mince idée de la personne que pouvait être Laura... Sans doute que le Tout Puissant avait honte de voir qu'une de ses créations se comportait d'une manière aussi peu reluisante. Elle chapardait, mentait, jouer d'innombrable tours à des gens qui n'avaient rien demandé, et qui sans doute était tout aussi agréable et aimable que tout bon vivant. Son interlocutrice en étant une preuve parmi tant d'autres, pourtant tellement rares. Sans doute c'était-elle méfiée aux premiers abords, en voyant une fille telle que la voleuse l'interpeller. La crasse recouvrant son visage, ainsi que l'état déplorable de ses vêtements ne faisait pas d'elle quelqu'un vers qui osait aller dans un premier temps. Pourtant, la dame avait osé le faire, sans émettre de préjugés, du moins à voix haute. Néanmoins, Laura ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle était bien niaise... Certes, dans sa manière d'être à cet instant même, elle n'avait rien de méchant et présentait toutes les meilleures volontés au monde. Mais de là à en faire un modèle... Tout ce qu'elle entreprenait était destiné à son profit personnel, ainsi qu'à celui de son frère, et non aux autres. Les orphelins étaient l'exception confirmant la règle, mais il en fallait bien une, après tout. L'espace de quelques secondes, elle en vint à se demander qu'elle aurait été sa réaction, si elle venait à savoir qu'elle faisait partie de cet horrible complot visant à voler en plein bal donné par la Cour. Il ne fallait pas manquer de culot, ni même de témérité pour oser l'avouer à qui voudrait l'entendre. Heureusement pour elle, la brunette n'avait pas l'intention d'aller le crier sur les toits et d'ameuter tout le quartier. En fait, contrairement à ses dires, la France se porterait bien mieux sans des personnes telles qu'elle. Pas de vols, pas de problèmes... Un pays paisible et sans soucis, mais somme toute bien trop parfait pour être réel.

En aucun as le but de la demoiselle Zirrafon n'était d'émouvoir la noble, même si cela pouvait être inscrit dans sa longue liste de manipulation émotionnelle dont elle savait faire preuve pour obtenir ce qu'elle voulait des inconnus. Cela lui paraissait d'autant plus abjecte par le fait de se servir d'un sujet sensible comme celui des pauvres jeunes enfants s'étant retrouvés dans la rue, seuls. Elle-même n'avait jamais connu ses parents, mais pour rien au monde elle ne se servirait de cette partie noire de sa vie pour se faire plaindre. Elle savait pertinemment que certains groupes de mendiants se servait de ce genre de choses pour obtenir l'aumône des plus riches... Et pour rien au monde elle ne souhaiterait être à leur place. Non, voler du tac au tac paraissait tellement plus enivrant à coté !

De ses longs doigts fins et sales, Laura prit délicatement le morceau de tissu et l'observa un long moment. Son touché était tellement doux qu'il était vraiment agréable... De sa vie, elle n'avait sans doute jamais touché quelque chose d'aussi... Raffiné, dira-t-on. Et il était si propre, comparé à ses nombreuses affaires tâchées de toute part et ayant déteint par endroit, notamment à cause du soleil et de l'usure. Un petit sourire reconnaissant naquit sur ses lèvres, tandis que son regard brillant se reposa sur celui si attirant de la jeune femme.

-F et M... Ce sont les initiales de vot'e nom ? Demanda-t-elle innocemment.

Elle plia délicatement le mouchoir et le fourra à son tour dans sa poche, afin qu'il aille rejoindre les pièces gagnées un peu plus tôt. Il n'y avait aucun doute à avoir : Laura gardera précieusement un tel cadeau, sans aucune intention de le vendre. Un peu comme un trophée que l'on garde exposé dans son salon...


-Je vous remercie, madame. On m'a jamais offert une telle chose. Je veux dire, venant d'une personne comme... vous.

Ses joues prirent une teinte légèrement rouge, ayant soudainement conscience de son indélicatesse. Il faut dire que les subtilités et les usages de la Cour lui étaient totalement inconnus pour elle, simple fille des rues.
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Sam 28 Sep - 18:42


Cela ne faisait aucun doute, le cadeau que venait de faire la marquise à la jeune femme des rues lui fit plaisir, à voir le sourire qui naissait sur ses lèvres pâles. Pour Athénaïs, ce n'était pas grand chose, mais il était évident que pour les plus nécessiteux, posséder un objet de cette sorte était un luxe qu'ils ne pouvaient s'offrir, préférant; à juste titre, se procurer des denrées alimentaires plutôt que des choses destinées au confort. Elle savait donc que ce présent lui plairait. Après tout, toutes les femmes avaient en elles un aspect de coquetterie, même si celles comme Laura ne pouvaient trop se permettre de le montrer. La dame de Cour était ravie de l'effet produit et sourit, heureuse de voir qu'elle avait fait une bonne action. Depuis toujours, Athénaïs se sentait investie du devoir d'aider les plus démunis, les malades et miséreux. Enfants elle allait, lorsqu'elle était au couvent, pour aider à soigner les personnes âgés des hospices. Ces visions n'étaient guère réjouissantes pour des jeunes personnes, mais elles s'en sentaient grandies.

La marquise regarda tout en souriant la délicatesse avec laquelle la demoiselle prit le mouchoir, qu'elle rangea ensuite dans sa poche. L'instant où les deux tissus s'opposaient marqua un contraste entre la pureté de l'étoffe du mouchoir immaculé et la saleté du tissu grossier qui à présent le cachait à la vue du monde extérieur. Athénaïs avait bien pitié de la vie que devait mener cette pauvre femme, et était ravie d'avoir pu lui apporter un peu de joie et un sourire. Elle hocha la tête lorsque Laura lui demanda si les initiales étaient celles de son nom.


-Oui, Françoise de Mortemart de Montespan, c'est mon nom. Puis-je connaître le vôtre, également? demanda-t-elle toujours souriante de bienveillance.

Puis, son interlocutrice lui sortit une phrase à laquelle la marquise ne s'attendait pas. Une "personne comme elle", cela l'amusa au plus haut point et la fit rire. Non pas un rire moqueur, mais le rire d'une personne amusée. Elle pencha la tête de coté tout en regardant toujours Laura. C'était une phrase drôlement tournée, mais Athénaïs savait pertinemment que bien souvent, les nobles ne prêtaient pas attention au pauvres dans la rue. Il fallait une occasion particulière pour qu'ils daignent leur adresser la parole ou s'occuper d'eux, comme une messe un dimanche ou une autre cérémonie religieuse par exemple.

-Je comprends ce que vous avez voulu dire. Mais sachez que, comme partout, il ne faut pas faire de généralités.

Cette phrase était vraie pour elles deux: Athénaïs venait de constater que tous les pauvres n'étaient pas des voleurs puisque Laura lui avait rendu son bracelet alors que la noble ne s'était même pas aperçue de la chute de celui-ci; et elle avait prouvé à Laura que ses préjugés sur les nobles et autres personnes fortunées étaient faux puisqu'Athénaïs avait fait preuve de générosité envers elle ainsi que de reconnaissance.
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Dim 29 Sep - 10:58

Françoise de Mortemart de Montespan. Elle ne se souvenait que très rarement de ce nom, qu'elle avait sans nul doute entendu en frôlant un duo en pleine conversation, ou bien dans des rumeurs des quartiers parmi tant d'autres. Dans toute ville qui se respecte, il y en avait un si grand grand nombre qu'elles en faisaient trembler de peur la cité de long en large. Les nobles, et notamment les femmes, adorait propager des commérages sur les personnes qu'elles ne portaient nullement leur coeur. C'était... Comme une sorte de vengeance pour un méfait commis, ou tout simplement un moyen de se divertir. Ces rumeurs pouvaient salir purement et efficacement l'image de leur victime, allant même juste qu'à détruire leur vie à petit feu, jusqu'à ce qu'elle devienne des cendres. Laura ne savait pas grand-chose des occupations au sein de la Cour, mais ses connaissances lui suffisaient à deviner que les derniers potins -vrais ou faux- suffisaient à animer ces nombreuses fêtes de fastes et de luxe auxquelles la jeune femme n'assisterait certainement jamais. Qui sait, peut-être qu'un jour la fortune lui sourira enfin... Mais en attendant, elle se contentait d'observer et de fantasmer devant les somptueuses robes, dont celle que revêtait son interlocutrice. Elle pouvait être ce qu'elle était, elle n'en restait pas moins une femme avec des goûts et des envies de plaire par son apparence physique. Au jour d'aujourd'hui, elle ne se trouvait pas particulièrement moche, mais son aspect de mendiante était loin d'attirer foule, si ce n'est des hommes aussi pauvres qu'elle, ou avec des intentions peu scrupuleuses à son égard...

Quand elle lui demanda son nom, la demoiselle hésita un instant, mais après tout...


-Vous l'oublierez sans doute dans quelques jours, mais... Je suis Laura Zirrafon. Dit-elle en faisant une de ces fameuses courbette maladroite.

Il n'y avait sans nul doute aucun intérêt à la dénommée Françoise de connaître le nom d'une fille des rues, non seulement car il y avait peu de chances qu'elle se recroise ainsi de façon totalement hasardeuse, mais aussi parce que son nom ne comptait pas vraiment. Elle se souviendrait sûrement de son geste honorable et juste, elle oubliera très vite quel nom orne ce visage si sale par rapport au sien. Laura, en revanche, n'enlèvera pas de sitôt son identité de son esprit. La gentillesse était rare ces derniers temps, et ce qui en faisaient preuve se devaient de ne pas être oubliés aussi facilement, qui plus est en étant d'une classe bien supérieure à la sienne.

Son rire... Elle s'en offusqua en aucun cas. La voleuse était consciente que son attitude était parfois bien surprenante, et relevant parfois d'enfantillages... Et pour dire vrai, cela ne la dérangeait pas, tant que les autres ne s'en amusait pas. Il arrivait parfois que sa curiosité amuse les gens, tout comme son ignorance de certaine chose. Mais lorsque l'on a vécue la majeure partie de son enfance sans parents, et sans éducation digne de ce nom, il est normal que certaines choses et uses vous soit totalement inconnu. Laura n'était pas idiote, loin de là. Elle savait se montrer logique et réfléchir pour prendre des décisions judicieuses lorsqu'il le fallait. Ses capacités s'arrêtaient néanmoins là, mais dans son univers, c'était suffisant.


-Je crois, oui. Vous venez de le montrer, sans vouloir offenser qui qu'ce soit.

Elle sourit, d'une manière un peu gamine, mais montrant bien ses bonnes intentions.
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Dim 29 Sep - 11:29

Le nom de la gueuse, Laura Zirrafon, il était en effet certain que la marquise l'oublierait d'ici quelques jours, à moins que quelqu'un ne lui en reparle, ce qui serait surprenant. Elle avait beau avoir une bonne mémoire, les noms des mendiants ne faisaient pas partie des choses que les Nobles avaient pour habitude de retenir. Ce n'était pas de la mauvaise volonté ou de la méchanceté, mais simplement que cela ne leur était d'aucune utilité, surtout s'ils n'étaient pas amenés à les revoir. Athénaïs le lui avait demandé par simple politesse et gentillesse, pour que cette demoiselle qui lui semblait avoir un coeur pur ne se sente pas comme une moins que rien. Mais en effet, Laura avait raison, elle oublierait bien vite son nom. La marquise se contenta de lui sourire, sans pur autant acquiescer, histoire de ne pas la vexer, elle qui s'était montrée si gentille.

-Eh bien, mademoiselle Zirrafon, ce fut un plaisir.

L'avait-on seulement déjà appelée "mademoiselle"? Athénaïs en doutait, mais après tout, Laura méritait aussi qu'on la traite en "femme" et non en vermine, après la bonne action qu'elle venait de faire. Pendant une seconde, la marquise ressentit un frisson. La nuit était bien avancée, et si les rues étaient éclairées par des lampadaires allumés un peu plus tôt et des passants avec des petites lampes, le ciel s'obscurcissait, des nuages venaient cacher les étoiles et la lune, ces précieux éclairages naturels. Athénaïs ne distinguait presque plus les yeux de son interlocutrice. Elle tourna alors la tête vers le coin de la rue où le carrosse de son père devait l'attendre, et remarqua qu'il était arrivé. Deux chevaux baie étaient stoppés à l'angle, attelés à une puissante voiture. Le cocher était en train de descendre, prêt à lui ouvrir la portière. La marquise regarda à nouveau Laura en souriant.

-Ma voiture m'attend. Je vous souhaite une bonne soirée, prenez garde, le ciel se couvre. Continuez d'être toujours aussi bonne, Dieu vous le rendra. Adieu mademoiselle Zirrafon.

Lui accordant un dernier sourire et regard bienveillants, elle tourna les talons et dans un mouvement de tissus au doux bruissement, ses talons claquant sur les pavés, elle gagna bien vite le carrosse où le cocher l'aida à monter. Machinalement, elle jeta par la petite fenêtre un regard vers le trottoir où quelques instants plus tôt elle se tenait avec Laura. Celle-ci avait disparu. La marquise referma alors le petit rideau de velours pourpre pendant que la voiture se mit à avancer. D'ici peu, elle serait rendue chez elle et pourrait enfin se reposer. En attendant, elle s'adossa contre la banquette moelleuse et savoura ce confort, songeant que la pauvre Laura risquerait d'avoir bien froid ce soir. Elle bénit alors sa naissance et la haute lignée dont elle faisait partie et de n'avoir jamais manqué de rien.

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I'm not a monster, but just a girl {Athénaïs)

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