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 Une soirée pas comme les autres (ft. Melechia)


Dim 29 Sep - 13:40



Melechia & Achille

Paris était noire de monde. Les gens sortaient dans la rue mais le jour déclinait. Cela n’empêchait pas les gens d’affluer en masse dans les rues étroites et sinueuses de la capitale. Achille en ignorait la véritable raison, cela lui importait peu. En effet, il avait rendez-vous à un endroit dans la capitale, ainsi était-il vêtu sobrement et d’un capuchon sur la tête, cachant son visage. Tous ces gueux en habits bariolés pouvaient en étonner plus un mais pas le jeune mousquetaire, il les croisait pratiquement tous les jours et tous n’étaient pas importuns, après tout il ne faut point juger les gens sur l’apparence. Achille avait appris cela de sa mère. Bref en cette soirée de mi-mars 1666, il n’avait pas envie de s’assombrir l’esprit à savoir sa mère très loin de lui, au château de Montaron dans le Morvan. Non, aujourd’hui, il n’allait pas se remettre à la penser et accéléra le pas, l’oubliant enfin. En ce moment, il était plutôt préoccupé par l’enquête suite à l’incident du bal masqué, théâtre d’un vol d’une grande ampleur. Orchestré par de personnes très malignes. Achille ne possédait que pour l’instant d’un seul indice, maigre mais qui méritait d’être approfondi. Cet indice, il l’avait gardé pour lui-même, seul il pouvait mener efficacement son enquête en solo. La nuit suivant le bal avait été longue et le hasard avait fait le reste.

Alors qu’il se croyait confronté à une impasse, un homme le bouscula sur le chemin de retour et un bijou tomba de sa poche. Le bijou brillait sous le réverbère et Achille le reconnut comme étant l’un des boucles d’une des victimes du vol. Conscient de sa découverte, il se lança à la poursuite de l’homme, interrogeant tous les passants sur sa route. Il le retrouva dans une ruelle et avant de le questionner, une flèche lui transperça la nuque. L’homme eut néanmoins le temps de lui dire une information importante. Il lui révéla en suffoquant que quelqu’un, un complice, les avait aidé lui et les autres voleurs à entrer dans le château où se déroulait le bal. Il voulut lui apporter une description vestimentaire de leur complice mais il mourut avant, du sang jaillissait de sa bouche. Achille n’avait rien dit de sa découverte et jubilait. Faisant le tour du voisinage, il avait appris une nouvelle chose. L’homme avait été tué pas loin de chez lui et sa logeuse, pas étonnant que certaines étaient des langues de vipère, lui avait été d’une grande aide. Elle se plaignit qu’il dilapidait son argent ailleurs, plutôt que de payer convenablement son loyer, dans une maison close tenue par une certaine Louison.

- La Louison, disait-elle effarée.

On murmurait qu’en dehors de ses activités diurnes, elle dirigeait d’une main de fer la maison close de la rue en contrebas. Paraît-il qu’elle terrorisait tout curieux s’approchant de son activité nocturne. Achille déglutit, il n’avait été qu’une fois dans un bordel, pour des raisons professionnelles bien évidemment ! Il n’en gardait pas un bon souvenir, toutes ces filles dénudées et vivant dans des conditions épouvantables. Il arriva dans la rue où quelques jours plus tôt l’homme avait été tué. Son corps avait disparu, sans doute emporté à sa découverte pour la fosse commune. Il longea la rue sans s’arrêter à l’endroit où le corps gisait, toujours dans l’obscurité. Le ciel se teinta de violine, la nuit tomba. Encore quelques rues et il arriva devant le bordel. Enfin, toute personne ne le connaissant pas n’irait pas le trouver là, même un passant qui passerait devant ignorerait ce que cachait cette façade. Un trompe-œil, camouflant une activité immorale.

Achille chercha l’entrée, inutile de préciser qu’il ne s’agissait pas de la boutique installée au rez-de-chaussée de l’immeuble. Un bâtiment haut et imposant qui abriterait bien un bordel de luxe. Il trouva une porte dérobée et entra. Un couloir sombre et étroit apparut. Devant lui, des rideaux lui barraient le passage, il les traversa tous sans encombre et tomba sur une grande pièce qui servait de hall. Il baissa son capuchon. Un grand escalier se dressait au centre et le parquet autour était jonché de tapis turcs. Achille faillit siffler, ce bordel était beaucoup plus luxueux que le premier qu’il avait visité. Le luxe était omniprésent ici, en était-il de même pour les filles ? Il chassa cette pensée de son esprit et se rappela de la raison de sa visite. Il monta les marches car il n’y avait personne dans le hall. Tout en admirant les trésors de la cage d’escalier, il ne vit pas qu’une fille le regardait goulûment.

- On est perdu, soldat ?, dit-elle d’une voix envoûteuse.

Achille tourna la tête dans sa direction. La fille avait un peu près son âge, plus jeune dirait-il. Les cheveux lâchés, elle était outrageusement fardée et laissait entrevoir ses parties du corps les plus intimes. Elle portait une légère tunique blanche et des bas colorés. À ses pieds, des talons surmontés d’un petit ruban. Elle était attirante dans cette tenue certes mais elle lui faisait de la peine. Enfermée dans une cage dorée comme celle-ci devrait être difficile pour elle, s’abandonnant aux désirs des clients.

- Non, mademoiselle, je cherche votre patronne, lui répondit Achille.

Elle écarquilla les yeux, étonnée qu’un jeune mousquetaire comme lui vienne voir la maquerelle en chef, et barbouilla :

- Oui, c’est pour quoi ?

Achille atteignit le palier du premier étage où elle était.

- Je désire lui entretenir d’une chose importante, répliqua-t-il.

- Ah bon ?

Elle était sur l’offensive, elle tentait de le séduire, de le céder à ses pulsions. Sans gêne, elle plaqua sa main sur son entrejambe. Il la repoussa aussi promptement.

- Non. Je peux vous faire arrêter pour cela, emmenez-moi à votre patronne et n’en discutons plus, rétorqua-t-il à la fille.

Celle-ci fit une mine boudeuse et comprenant qu’il ne lâchait pas le morceau, elle céda dans un soupir. Le guidant dans le labyrinthe des couloirs richement tendus, elle l’arrêta devant un escalier. Moins large et moins clinquant que celui du hall, il menait au second étage, le bureau et les appartements de la Louison.

- Voilà, c’est en haut, au fond à gauche, lui dit-elle.

Achille déposa une pièce dans la main de la fille qui la dévora des yeux. Elle releva la tête, jamais on ne lui avait donné un pourboire sans qu’on l’ait touchée. Elle fit une révérence maladroite pour le remercier et s’esquiva aussitôt. Elle disparut au détour d’un couloir et le jeune mousquetaire grimpa l’escalier. Il grinça par moment et il était raide. Bref, il arriva dans un couloir au décor complètement à l’opposé de ceux du premier. Rien n’avait été tendu aux murs, c’était sombre et gris, quelques bougeoirs muraux apportaient un peu de lumière. En le longeant, il reconnut les pièces attenantes grâce aux pancartes. Il les parcourut. "Chambre n°1", "Chambre n°2", etc. "Bureau en chef – La Louison". Ah le voilà, son bureau ! Achille inspira longuement, tenant fermement d’une main son épée. Après une hésitation, il frappa à la porte.

- Madame Louison, j’aurais quelques questions à vous poser, cria-t-il pour qu’on l’entende derrière la porte.

Il n’obtint aucune réponse. Il frappa de nouveau. Toujours rien. Il attendit un peu et crut entendre des pas derrière la porte. L’écoutait donc derrière ? Une idée géniale lui traversa l’esprit et il la mit en exécution. Il fit quelques pas vers l’escalier, guettant attentivement la porte du bureau. Au même endroit dans le couloir, Achille tapota moins fort le parquet pour faire croire à la personne qui se trouvait derrière la porte qu’il s’éloignait. Soudain, la porte s’ouvrit et une tête sortit de l’embrasure. Une tête d’adolescent. Pas La Louison en tout cas. Avant de la refermer, Achille revint très vite sur ses pas et la tint fermement. Puis il parvint à entrer dans la pièce, l’adolescent étant moins fort que lui.

- Je ne comprends pas petit, lui demanda Achille, pourquoi as-tu si peur de moi ?

Il regarda autour de lui, le bureau était tout sauf vétuste mais dans le même esprit que le couloir. Ce bureau devait être secondaire, pensait Achille. La Louison devrait en avoir un autre… Cette maison close le déconcerta, il y trouvait des choses ahurissantes. D’abord, le luxe abondant de certaines des pièces de la maison, ensuite le contraire dans les autres pièces, et au final cet adolescent. Achille lui donna une quinzaine d’années, il avait les cheveux courts et était vêtu pauvrement, contrairement à la fille tout à l’heure qui portait des tenues plus coûteuses. Qui était-il et que faisait-il dans le bureau de La Louison ? Après tout, c’était peut-être son fils, ce qui était naturel de le garder ici.



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Dim 6 Oct - 19:28

Perdue dans ses pensées, d’ordre pécuniaire une fois de plus, Melechia enjamba le corps d‘un ivrogne sans même y penser. Son chapeau de feutre sombre entourait son visage doux d’un halo mystérieux et sinistre alors qu’elle pressait l’allure pour couper à travers une des cours des miracles. Sa main droite se porta machinalement sur la poignée de sa dague et elle trouva le contact froid de l’acier rassurant. Pourtant personne ne fit attention à elle, personne ne faisait jamais attention à elle et cet anonymat avait une vertu rassurante. L’adolescente pressa néanmoins le pas, pressée d’être de retour dans le bordel de la Louison et soucieuse de ne pas s’attarder dans les rues plus que de raisons.
Elle repoussa une mèche de cheveux bruns qui lui tombait sur les yeux et darda un regard hostile sur l’homme qui louchait un peu trop sur sa silhouette gracile.
Les poètes parlent volontiers de la beauté de la nuit et de l’obscurité qui l’accompagne. Il voit dans les ténèbres un baume apaisant sur les blessures de la nuit. Certains gargarisent volontiers sur le long et lourd manteau protecteur qui s’étend sur la ville alors que l’astre solaire disparaissait à l’horizon.  Melechia avait une autre vision de la chose, qui ne tenait pas uniquement à son absence de culture littéraire. Elle appréciait la douceur de l’air nocturne et le monde que dessinait l’absence de lumière. Elle aimait évoluer comme une ombre au milieu des ombres. Mais elle savait que la nuit était dangereuse, infiniment plus dangereuse que le jour. Les soudards s’enivrait et devenait dangereux, les plus grands voleurs et assassins sortaient, tandis que la police redoublait de vigilance.
Pourtant à marcher ainsi dans l’obscurité bienfaitrice, elle appréciait plus que jamais cette nuit d’automne. Ses mouvements devenaient plus souples, plus flous alors qu’elle évoluait silencieusement évitant habilement les pièges. De temps un temps un détail, une scène attirait son attention et elle s’arrêtait pour observer avant de reprendre sa marche d’un pas aussi allègre que silencieux. A un moment, l’éclat blanc et cruel d’une lame attira son attention et elle se plaqua précipitamment contre un mur pour être sûre qu’on ne la voie pas. Elle aurait pu intervenir bien sûr, mais cela aurait été plus qu’imprudent. Elle attendit et bientôt un bruit sourd confirma que l’arme avait rencontré la chair pour une ultime étreinte. Jugeant la chose certaine, elle s’éloigna en tachant de réprimer son envie de courir.
Finalement, la cuisine de Beth lui apparut comme un refuge confortable. Elle poussa la porte qui émit un grincement familier et se glissa jusqu’à son tabouret habituel. De cette place, elle pouvait voler les plats et friandises destinés aux clients de la Louison. C’est que l’on faisait les choses biens dans la meilleure maison de passe de Paris. Beth, comme ses marmitons, avait été déboché chez des nobles. Et il fallait voir la grosse femme donner des ordres d’une voix tonnante et grondante pour comprendre qu’elle connaissait son affaire et qu’elle ne laisserait personne empiéter sur son territoire. Duc, cagou, barons ou roi Thunes… Peu importe, ici tout à chacun se soumet à la discipline de cette femme entre deux âges. Et il suffisait de voir les apprentis courber la nuque pour comprendre que la discipline était importante. Mais la cuisinière aimait bien le furet qui la faisait rire et qui de temps en temps rendait visite à des fournisseurs indélicats…
Mais ce soir à peine Mel avait posé une fesse, sale, sur le tabouret de bois qu’une poigne de fer la saisit par le poignet et la traina hors de la cuisine. La main sèche appartenait à Victoire une des plus anciennes prostituées de la Louison. Cette dernière traina Mel’ à travers les couloirs des domestiques en marmonnant des insultes et des commentaires désobligeants sur l’hygiène et les mœurs de la Ducatore. Avant que cette dernière ne puisse protester, elle se retrouva jeter dans une bassine d’eau froide remplie de savon. Alors qu’elle crachait le liquide, qui prenait une teinte plus sombre tandis qu’elle infusait, pour respirer normalement une autre prostituée entrepris de mettre des huiles sur ses cheveux et de les lui frotter, tandis qu’on lui ôtait ses vêtement trempés.
« Comment as-tu put oublier, stupide et ingrate enfant… Comment as-tu put oublier ? » Gémie Victoire tout en fouillant des étoffes colorés et en ordonnant que l’on frotte bien derrière les oreilles.
« Oublier quoi ? Et je sais me laver, ça vous dérangerait de me laisser un peu d’intimité ? »
« Je t’en prie, ce n’est pas comme si tu avais grand-chose à cacher. »
Victoire agrémenta cette pique d’un regard clairement moqueur en direction des seins de la jeune fille qui se sentit rougir autant de honte que de rage. En temps normal, Melechia aurait répliqué vertement mais alors qu’elle ouvrait la bouche, prête à muscler un peu plus sa langue agile, on lui versa une cruche d’eau glacé sur le crâne et elle toussa trop longtemps pour songer à reprendre le débat. De toute façon on la sortait déjà de son bain, qui avait dût durer deux minutes et quarante-huit secondes, et on l’habillait avec empressement tandis que Victoire répondait enfin à sa question. Elle lui rappela que la Louison était à la campagne. Personne n’avait osé lui demander pourquoi et en son absence Melechia, Victoire et Beth devait collaborer pour gérer le bordel. Melechia devant principalement s’occuper de la paperasse et éloigner les indésirables. Et ce soir les indésirable risquait de ne pas manquer. Comme tous les soirs, d’ailleurs. Avant qu’elle ne puisse protester Melechia se trouva vêtue d’une robe de satin bleu nuit et coiffé de façon à dissimuler ses cheveux courts. Le déguisement était nécessaire pour lutter à armes égales contre les clients. La jeune femme ne pouvait pas se permettre de ressembler à une pouilleuse sortie de son ruisseau crasseux, ni à une prostituée d’ailleurs. Elle portait donc une tenue luxueuse à mi-chemin entre la robe de bourgeoise et celle de noble. N’empêche que ce voit ainsi attifée lui flanquait le rouge aux joues de façon durable. Elle se mit à prier pour qu’Erwan n’ait pas l’idée tordue de lui rendre visite ce soir, jamais elle ne se remettrait de cette honte. Sans compter que le nain se ferait un plaisir d’ébruiter la rumeur et qu’elle pourrait alors dire adieu à son job.
Puis elle suivit Victoire jusqu’au petit bureau de la Louison, en tentant de ne pas trop se prendre les pieds dans les pans de sa robe. Le bruissement du tissu et la sensation de flottement au niveau des jambes la mettait mal à l’aise et elle s’efforçait de dissimuler sa nervosité en inondant Victoire de questions et de remarques. La plupart étant d’ailleurs des plaintes sur la lourdeur de sa tenue et la quantité importante de peau découverte. Habituées cette dernière ne fit pas le moindre commentaire et la largua dans le bureau sans un commentaire.
Théophile le page de la Louison se tenait là et écoutait à la porte. Ce dernier se risqua alors à glisser une tête hors de la pièce et bientôt une lutte courte et brève s’ensuivit. Melechia soupira, à peine installée les ennuis arrivaient. Ces choses-là avaient un flair incroyable pour la retrouver ou qu’elle se cache.
 
Aujourd’hui les ennuis prenaient la forme d’un jeune homme d’une vingtaine d’année au teint et au poil clair. Tout en lui en empestait la noblesse et la dignité de la vieille aristocratie. Et il y avait autre chose, une raideur et une force que Melechia et son flair reliait sans peine aux corps armés. Lequel comptait peu finalement. Elle se retrouvait face à un représentant de l’autorité et pas des moindre à en juger par son comportement. 
Ce qui loin de lui déplaire, l’amusait quelque peu elle devait le reconnaitre. Mais avec le gout plaisant du défi une autre saveur apparaissait. Quelque chose de bien plus âcre qui ressemblait à s’y méprendre à de la peur ou à de l’appréhension. Mais elle repoussa farouchement ces émotions indésirables et se concentra un peu plus sur le jeune homme lui faisant face. Un sourire espiègle se dessina sur ses lèvres, que Victoire avait repassées de rouge (la peste soit de la vieille prostituée).
« Théophile, laisse donc le militaire entrer. Et va nous chercher de quoi nous sustenter. »
Le page roula des yeux et Melechia songea que dire « j’ai faim ! » aurait été tout aussi efficace mais sans le retentissement de son expression précédente. Et elle aimait les annonces retentissantes.
Puis, elle se tourna vers le mousquetaire et dut se mordre la joue pour ne pas éclater de rire en songeant au ridicule de la situation.
« Bonjour, en quoi puis je me rendre utile ? »
Voilààààààààà, elle tenait l’approche parfaite, sobre, efficace, professionnelle, classe. La perfection incarnée, la Louison serait- fière d’elle.
Elle prit place sur une bergère en faisant signe à l’inconnu de l’imiter et attendit que Théophile revienne avec des massepains au chocolat. Intérieurement Melechia jubilait, elle avait toujours rêvé de gouter à cette pâtisserie mais la Louison et Beth le lui refusait farouchement. Théophile leur servit à boire sans faire de commentaire et Melechia nota qu’il s’agissait d’un grand cru. Décidément, être la tenancière d’un hôtel de luxe avait des avantages… Même si pour cela il fallait supporter maquillage et accoutrement ridicule. En attendant une réponse du soldat, elle avala un petit peu de vin et plongea ses yeux dans les siens.
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Lun 21 Oct - 19:06



Melechia & Achille

Achille tourna la tête en direction de la voix qui ne sortait pas du jeune garçon. Lui qui l’écoutait quelques minutes plus tôt derrière la porte n’était pas seul. Dans la pièce où il était se trouvait aussi une autre personne qui vraisemblablement avait le même âge que lui. Car ils avaient tous les deux presque la même bouille, la bouille d’un adolescent de quinze ans. Mais leur sexe se différenciait, lui était un garçon tandis que l’autre personne était une fille. De plus, ils faisaient pratiquement la même taille, bien que la jeune fille fût assise. Achille avait un œil expert sur la taille des gens, pouvant estimer combien ils mesuraient. Le garçon semblait être plus grand que la fille, même si leur taille se rapprochait. Or la jeune fille portait des talons qui dépassaient de sa robe. En s’asseyant, elle avait certainement voulu détendre ses jambes, d’où les talons découverts. Autre différence entre les deux personnes, leur rang. En effet, elle appartenait à un rang plus élevé que celui du garçon puisqu’elle arborait une robe luxueuse, contrairement au garçon plus pauvrement vêtu. Mais cela ne voulait rien dire ici, dans ce bordel. Elle pouvait être du même rang que lui, ne sait-on jamais. Achille avait acquis l’expérience que dans une maison de passe comme celle-ci et toutes les autres, une personne associée à n’importe quel rang social pouvait soit tenir les rênes du bordel, soit en être le client. La jeune fille, elle, semblait avoir un lien direct avec la tenancière de ce bordel pour en assurer pleinement la charge en son absence. La Louison, ce n’était pas elle, ni lui,  Achille en était certain puisqu’auparavant on lui avait fait une description détaillée d’elle et qui ne correspondait à aucun des deux. En outre, la Louison devait vouer une confiance aveugle à la personne assise pour lui avoir confié les clefs de son bordel durant son absence. Toute cette activité se reposant alors entièrement sur ses épaules devait lui peser lourd mais elle paraissait s’en sortir parfaitement. Achille était plutôt impressionné qu’elle gérait aussi bien son affaire, surtout à son âge. Comme quoi connaître son travail avait du bon. Et puis aucun souci ne semblait la tracasser, son visage étant détendu. Les problèmes qui persistaient, elle devait savoir les régler en un temps record pour qu’ils soient quasi-inexistants par ici. Une jeune fille de quinze ans elle-même à la tête d’un bordel de luxe, Achille n’en avait jamais vu et n’en croyait toujours pas ses yeux. Bien qu’elle l’était temporairement, en attendant le retour de la Louison.

Elle se leva de la bergère où elle était assise et sourit au nouvel arrivant. Celui-ci avait remarqué qu’elle s’était levée un peu précipitamment car ses talons s’étaient emmêlés dans les pans de sa robe. Elle manquait de tomber mais sa vivacité l’avait sauvée, ainsi avait-elle pu garder l’équilibre. Elle ne le montrait pas ouvertement mais elle semblait déstabilisée par sa robe, comme si elle n’en avait pas l’habitude. Achille oublia ce détail qui, selon lui, n’avait aucune importance et vit le jeune garçon, le dénommé Théophile, partir en toute vitesse dans les cuisines chercher ce que sa maîtresse lui avait ordonné. De quoi sustenter, pour souligner ses propres dires. Il l’entendit au loin descendre bruyamment les escaliers et reporta son attention sur la remplaçante de la Louison. Son sourire ne lui disant rien qui vaille, aussitôt se mit-il sur ses gardes. Il fallait tout attendre dans une maison close. Alors il était préférable de se montrer prudent. Ses sens en éveil, Achille regardait attentivement la jeune fille. Il la trouva trop fardée à son goût, certes cela mettait en valeur son teint porcelaine mais c’était tellement poudré qu’il n’était pas sûr si c’était son teint naturel ou non. Bref trop fardée car elle était trop jeune pour en avoir autant. Un rouge à lèvres léger et un peu de poudre aurait été parfait mais là, le rouge était trop prononcé et la poudre, n’en parlons même pas. À part ça, la robe était très seyante, elle lui allait à ravir et cette couleur bleu nuit était agréable à la vue. Achille ne s’attarda pas plus longtemps sur sa tenue car Théophile revenait aussi vite qu’il était parti, un plateau dans les deux mains. Alors qu’il déposait une montagne de massepains sur la table basse, la jeune fille ouvrit sa bouche. Elle lui demanda en quoi pouvait-elle lui être utile, autrement dit les raisons de sa venue dans un hôtel de luxe comme celui-ci, et l’invita à s’asseoir. Ils prirent place en même temps sur des bergères disposées en face l’une de l’autre, tous les deux séparés par la table basse. Théophile lui servit à boire tandis qu’en face, la jeune fille attrapa avec délicatesse un massepain qu’elle avala goulûment. Drôle de contraste. Achille perçut le regard sévère de Théophile qui ne fit aucun commentaire quand elle reprit un autre massepain. Puis la carafe à la main, il alla servir sa maîtresse d’un verre de vin. L’accueil était de qualité et Achille s’en félicita d’être venu. Il porta le vin à son nez et le huma. Pas mal, se disait-il. Il colla le verre à ses lèvres et goûta, le vin était bon. Il sentit soudain un regard posé sur lui et vit que la jeune fille le fixait tout en buvant avec modération le vin. Détachant le verre de sa bouche, il s’éclaircit la voix. Devait-il lui dire la vérité ou pas ? Il ne réfléchit pas.

- Je ne suis pas en mission officielle, mademoiselle.

Voilà une part de vérité. Après tout, pourquoi mentir ? Et puis, cela mettait en confiance son interlocutrice. Mais il ne se perdit pas dans les détails et se concentra plutôt sur le but de sa mission chez la Louison.

- Je suis venu ici pour ma propre enquête, je recherche en effet des informations concernant l’un de vos principaux clients qui serait mêlé, je suppose que vous êtes au courant, à l’affaire des bijoux volés du bal masqué. Mais il a été assassiné et son meurtre m’a conduit à vous. Alors j’espérais que vous puissiez m’informer sur lui, qui il voyait, quelle fille prenait-il habituellement, s’il était entouré d’un cercle d’amis, de tout quoi. Je veux tout savoir de lui, de ce qu’il faisait ici, ses moindres faits et gestes, c’est très important et bien sûr cela restera secret, vous ne serez pas notée comme source. Allez-vous m’aider, mademoiselle ?

Il guetta sa réponse et reprit un peu de vin.



Dernière édition par Achille de Montaron le Lun 3 Fév - 19:31, édité 1 fois
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Mer 22 Jan - 21:09

L’homme lui faisant face intriguait Melechia qui voyait en lui la mise en bouche parfaite pour une soirée qui s’annonçait pour le moins pleine de rebondissement. Un sourire gourmand retroussant ses lèvres couvertes de rouge elle savoura autant le vin que la vue qui s’offrait à elle. Les hommes qu’elle fréquentait de façon épisodique dans son travail se révélait généralement d’un physique insipide voire révulsant. la cour des miracles n’attiraient pas vraiment le beau monde. Et voilà que ce soir par chance un jeune homme au physique des plus avantageux demandait à lui parler. Donc en plus d’avoir le plaisir manifeste de travailler sa rhétorique, elle bénéficierait d’un spectacle qui généralement était réservé aux nobles. Pourtant son coeur endurci par une enfance aussi froide que sanglante ne battait pas plus vite alors qu’elle notait les traits délicats et la douceur des yeux bruns la fixant.
Parce qu’étrangement, le militaire semblait plus délicat et innocent qu’elle alors qu’il prenait place en face d’elle et savourait lui aussi son vin. Il ne possédait pas le regard froids et impitoyable des soldats qui venaient en temps normal, pas plus que son expression n’attestait de la cruauté coutumière chez la plupart des truands. Il ressemblait juste à un garçon doux et bien élevé venu leur rendre une visite de courtoisie. Un frisson glacé parcourut l’adolescente qui le noya rapidement dans son vin et le dissimula en s’appuyant un peu plus contre le dossier de sa bergère. Les pires salauds et les hommes les plus impitoyables semblaient généralement totalement inoffensif. Après tout qui pouvait soupçonner l’incroyable capacité de nuisance du Mi-Botte? Sans parler des empoisonneuse qui cultivait des manières plus douces que celles des nourrices. Oui, elle avait l’impression de parler à un gentil garçon mais ce dernier aller peut-être l’emmener dans une cave pour l’écorcher vive… Ce n’ était pas une procédure très réglementaire au sein de la police mais on prétendait le roi exaspéré par le vol chez son frère. Or, elle aimait sa peau Mel’.

Tiens, il n’était pas ici officiellement. Mais pourquoi le lui avouer? N’était-ce pas donner une carte importante à Mel? après tout, s’il causait trop de problèmes, elle pourraient le mettre à la porte manu militari. La Louison le faisait régulièrement avec les clients enivrés ou gênants et même la police ne trouvait rien à y redire. Bien sur pour l’instant le garçon était sobre et elle pouvait difficilement l’accuser de troubler le bordel mais il n’y avait pas de vérité qui ne se modifiait si on n’y mettait pas un peu d’astuce. Sauf qu’en apprenant qu’elle avait insulté un représentant de l’ordre, même hors service, la Louison serait furieuse. Et que en plus si le garçon était vraiment un écorcheur il risquait de se venger de façon sanglante. Et puis cela pouvait faire parti d’un plan minutieusement établis et le furet avait suffisamment d’ennuies en ce moment pour ne pas y ajouter l’annimiusité d’un représentant de la loi.

« Je vois »

S’en tenir à une réponse monosyllabique signifiait lutter contre sa nature profonde mais au moins elle attestait de la réception du message. Elle reposa son verre de vin soucieuse de garder son esprit claire et ce d’autant plus qu’elle ne tenait pas l’alcool.

Elle écouta son exposé avec patience en joignant le bout de ses doigts pour former un V inversé. La posture lui donnait une expression concernée et dissimulait une grande partie de son visage. Finalement elle les écarta dans un grand geste.

« Bien évidemment j’ai entendu parler de ce sinistre vol, mon cher »

L’expression instaurait une égalité artificielle entre les deux protagonistes, égalité à laquelle Mel’ n’aurait pas dût pouvoir prétendre mais qu’elle s’arrogeait avec l’arrogance la caractérisant. De plus il valait mieux entamer les négociations avec une position dominante, même si elle reposait sur du sable.

« Son meurtre vous a conduit à nous, ce sont vos termes? J’ose espérer que vous n’insinuez pas que nous avons joué un rôle quelconque dans la triste fin de cet homme. Comme vous le savez très certainement, cette maison est parfaitement légale et je serais heureuse de vous montrez les papiers le certifiant. A moins que vous ne préférez que j’aille chercher le prévôt qui en ce moment même nous fait l’honneur de sa présence. »

Bon, s’il répondait oui elle était foutu. L’homme ne lui pardonnerait jamais cette immixtion dans sa vie sexuelle peu orthodoxe pour une petite affaire et lorsqu’elle découvrirait qu’elle avait oser déranger un client la Louison la jetterait en pâtures aux carpes de la seine. Mais quand, même les traités de meurtriers ainsi!

« Mais je me doutes que vous ne vouliez pas nous insulter et que ce n’est qu’un choix de mots malheureux… » S’adoucit presque aussitôt Mel’. Dans son cerveau fertile elle cherchait déjà comment tirer le plus grand bénéfice de la situation…

« Malheureusement, nous avons énormément de clients, dont beaucoup n’ont aucun intérêt à voir leur vie privé être étalé devant la police. Puis je vous demander à qui vous pensez spécifiquement? De plus j’apprécierais grandement savoir à qui j’ai à faire… »

Tout en discourant Mel se sentait légèrement ridicule à manier ce langage sourcilleux et à lutter contre son envie de partir dans une grande tirade aussi moqueuse qu'inutile mais elle préférait conserver ses forces pour la bataille qui se dessinait. de même elle ne tenait pas à épuiser la patience du jeune homme. Mais quand même être maquerelle vous forcer à faire montre d'une pureté linguistique épuisante, sans parler des robes. Heureusement, elle ne jouait pas la comédie tout les soirs.
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Lun 3 Fév - 23:18



Melechia & Achille

Qui était réellement cette fille ? Achille se posait la question tout en sirotant son vin depuis quelques bonnes minutes, il repassait en revue ses expressions, ses gestes, en gros il l'étudiait du regard pour mieux la cerner ensuite. Non pas que le mousquetaire doutait de ses capacités à gérer la maison de passe dont elle était à la tête ce soir mais n'imaginait sans doute pas rencontrer cette enfant dans les besoins de son enquête. Le moindre indice étant précieux, il eut la sale intuition qu'il n'en tirerait pas grand chose d'elle puisqu'elle semblait avoir la ferme conviction de préserver la réputation déjà haute de son hôtel de luxe, qui rapportait gros pour sa personne. Une enfant comme elle et qui nageait sous les liasses d'argent tombant à flots du ciel, cela ne courait pas les rues, ça c'était certain et Achille en fut le premier surpris. Il ne voyait pas ça tous les jours et se demandait subitement si elle était connue dans le milieu. Étonnamment non car c'est de la Louison dont on parlait le plus souvent. En raison d'un caractère inflexible qu'elle enfouissait dans un gant de velours sans doute. La Louison était crainte par les gens qui la connaissaient et qui redoutaient chacun de ses coups de colère, assez récurrents. Ils avaient fait le tour de la capitale et par conséquent, tout Paris la craignait. Ne l'ayant jamais rencontrée, le jeune homme ne pouvait pas dire quelle genre de femme elle était car il ne la connaissait que de nom et ce depuis qu'il avait interrogé la logeuse d'un des responsables du vol, assassiné dans la rue afin qu'il se tût à jamais. Cependant, il avait pu, avant l'élévation de son âme mortelle, délivrer une information capitale, l'existence vraie d'un complice qui l'avait aidé à entrer au moment où le bal battait son plein.

Le soldat reconsidéra la jeune fille assise en face de lui et qui dégustait allègrement le contenu de son verre. Elle seule pouvait lui venir en aide, il n'avait qu'elle pour faire avancer l'enquête. Sa seule piste. Il n'en avait pas d'autres sous la dent et n'avait donc guère le choix, sinon il butait contre un mur. Les yeux bruns du mousquetaire la regardaient attentivement, guettant n'importe quel propos ou une réaction qui lui servirait par la suite. Elle était son atout, si elle ne lui donnait pas satisfaction, il en sortirait mécontent. Dépité surtout car il perdrait la trace des voleurs s'il ne lui restait plus rien. Dans ce cas, il faudrait tout recommencer depuis le début et c'était une perte de temps. Or le temps, il ne fallait à tout prix pas la gaspiller. Il avançait plutôt bien dans son enquête puisqu'il se retrouvait maintenant dans une maison de plaisir que fréquentait le voleur, face à la jeune tenancière, devant laquelle Achille devrait se montrer perspicace s'il voulait en tirer quelque chose. Il n'avait guère le choix d'ailleurs. Reposant le verre sur une petite table, à distance de bras, il releva son bassin pour se resservir en massepain. Il le porta à la bouche et l'avala tout entier sans le savourer. Un geste un peu sauvage certes mais il s'affamait à force de ne pas manger consistant ces derniers jours. La folie de l'affaire avait secoué de tous part les mousquetaires, chargés à présent de mener l'enquête. Il avait reçu l'ordre, comme tous ses camarades, de résoudre coûte que coûte cette affaire qui ne laissait pas indemnes les soldats qui rentraient, épuisés, après de longues journées de recherche. Après le verre de vin et un massepain, son ventre saturait déjà. Il n'avait plus faim alors qu'il restait encore d'énormes quantités de massepains sur le plateau. De plus, il devait rester concentré sur sa propre enquête et non pas s'abandonner aux délices alimentaires qu'on lui apportait.

S'enfonçant dans son siège pour mieux digérer, Achille se surprit d'intercepter un regard que lui lançait la très jeune tenancière. Elle l'étudiait des yeux elle aussi. Il soupira, dans l'attente qu'elle parlât. Des informations, il en avait besoin et chassa l'idée que le fait qu'il n'était pas venu officiellement puisse la rebuter. En effet, il n'avait informé personne de sa venue chez la Louison, ni de l'existence d'un complice lors du bal masqué. Il risquerait de s'attirer des ennuis s'il n'informait personne, menant l'enquête de son côté, en solo. Il se mit en quête désormais que plus tard, il partagerait ses informations avec ses compagnons d'armes. Mais il faut savoir que tout cela lui était arrivé par hasard, lorsqu'il avait reconnu une boucle volé qui était tombé au sol après qu'un passant l'ait bousculé. Il s'était lancé à sa poursuite pour ensuite le rattraper dans une ruelle déserte. Malheureusement c'était ce même homme qui fut tué d'une flèche transperçant son cou. La suite, vous la connaissez, maintenant il est chez la Louison.

Achille reprit son attention quand la jeune fille commença à parler. Les premières paroles le surprirent agréablement, elle parlait comme nulle autre fille de son âge. Le fait de l'appeler « mon cher » à son âge était à mourir de rire, cependant il laissait présager comme toujours en apparence un calme absolu. Il déglutit en silence pour reprendre son sérieux et écouta la suite de ses propos. Bien sûr, elle était au courant de ce vol, comme la plupart des gens qui vivaient Paris et les villages alentour. Le bruit courait que les responsables étaient toujours en liberté et c'était vrai. Le roi tentait lui-même de réduire au maximum l'ampleur de ce désastre qui entachait la réputation de son frère en envoyant ses meilleurs soldats à la poursuite des voleurs. Il fallait coûte que coûte les attraper avant que le butin ne leur échappe.

Les yeux d'Achille ouvrirent plus quand elle défendit publiquement d'un ton ferme la pure légalité de son affaire de luxe. Chose qui n'avait rien à voir avec son enquête. Il fut tenté de la corriger mais s'abstint car elle continuait. Non, il n'était pas venu dans le but de vérifier si leurs papiers étaient parfaitement en règle et que les filles exerçaient dans la conformité de la loi. Et puis non, elle mélangeait tout. Ce qu'avait dit le jeune homme était exact. Aussitôt, il se lança :

- Je n'insinue rien mademoiselle et ce n'est non plus pas un triste choix de mots. J'estime seulement que cet homme fréquentait votre établissement et c'est là l'unique raison de ma visite. Je ne dis pas ouvertement que vous êtes mêlés à son meurtre, à moins que vous n'ayez de sérieuses raisons. Ce que je ne pense pas.

Il la regarda longuement, à l'affût du moindre mouvement pouvant peut-être la trahir.

- Ce sera inutile mademoiselle, je vous crois totalement en règle, continua-t-il.

Il n'eut pas l'envie qu'un prévôt vienne s'immiscer dans son enquête, cela ne le regardait pas et puis il n'avait rien à voir avec cela. La jeune fille lui demanda plus de renseignements concernant l'homme qui fréquentait son établissement. Achille acquiesça, comprenant qu'il ne pouvait que très faiblement avancer sans ces renseignements supplémentaires.

- L'homme qui a été tué se nomme Nicolas Douillet, dit-il d'une façon faussement nonchalante, pour voir si ce nom lui paraissait familier ou pas.

Sa logeuse, de nature commère, avait sorti le nom de son pensionnaire tout à fait par hasard, délivrant des informations précieuses au jeune mousquetaire. Après tout, c'était naturellement elle aussi qui l'avait conduit chez la Louison. Il lui fit une description détaillée de l'homme, lui-même savait à quoi il ressemblait. Il avait été tué sous ses yeux. Bien sûr, il n'oublia pas de se présenter, sous un faux nom. Il fallait rester anonyme, pour les besoins de l'enquête prétexterait-il si l'on venait à lui poser la question.

- Excusez mon manque de courtoisie. C'est Benjamin de Souilly, mademoiselle. Puis-je savoir aussi à qui j'ai l'honneur de parler ?

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Lun 10 Mar - 19:25




La bergère dans son dos se démarquait par son délicat velours vert amande et la douceur de celui-ci. Elle sentait sa chaleur et son moelleux alors qu’elle appuyait son dos dessus pour trouver une position plus confortable qui lui permettrait de se sentir moins vulnérable. Le vin qu’elle avait fini par reposer dégager un parfum plus délicieux que tout ce qu’elle avait déjà put goûter. Elle perçait encore la note de fruit rouge qui avait glissé le long de sa langue si agile alors qu’elle avalait le précieux liquide et quelque part dans son palais s’attardait le tanin puissant et masculin qui rendait le vin si différent de la piquette dont elle se contentait en temps normal. Le massepain moelleux, tendre et si sucré conservait son attirance gourmande alors qu’elle distinguait très bien les petits gâteaux qui reposaient paisiblement sur le plateau d’argent. Sa douceur câline lui manquait un peu mais elle ne parvenait pas à se décider pour en reprendre.

Parce que quelque part au fond d’elle même, elle sentait ses entrailles se contracter sous l’effet d’un sentiment s’apparentant désagréablement à la peur. Si elle avait finit par concevoir que le mousquetaire face à elle n’était sans doute pas un tueur en série avec un goût prononcé pour l’écorchement elle ne parvenait pas à être à son aise. Elle ne craignait pas trop qu’il devienne fou et tente de l’étrangler sur place mais elle craignait de faire un faux pas et de s’attirer les foudres de la Louison. Parce que les foudres de la Louison c’était quelque chose. La comparaison orageuse était on ne peut plus approprié la maquerelle en colère créant un spectacle aussi magnifique que dangereux lorsqu’écumante de rage elle réglait ses comptes.

Et puis elle s’amusait beaucoup trop pour se contenter d’un simple plaisir des sens. Le danger, le devoir et la nécessité de préserver le bordel hors de la curiosité du jeune homme se révélaient redoutablement divertissants. C’était une variante de ces jeux où les ivrognes jonglaient avec de plus en plus de poignards à mesure qu’ils s’enivraient. Elle avait conscience du danger et des enjeux mais c’était ce qui rendait la chose tellement intéressante.

De plus fondamentalement, l’homme face à elle était celui-ci qui avait le plus intérêt à ce que ça se passe bien. Il était là pour une enquête. Il tenait la position finalement risqué et couteuse de l’assaillant alors que protégé par les convenances, une apparente légalité, elle tenait sa forteresse de silence et de mystère face à ses questions. Enfin plus de mystère parce que la jeune fille était incapable de conserver le silence, de réfréner son mauvais esprit et de garder sa langue sagement plaquée contre son palais. Une fois de plus sa langue s’agitait contre ses dents produisant des sons qui s’harmonisaient pour former des mots. Ces mots s’alignaient comme les perles d’une parure pour créer des phrases et les phrases formaient généralement la toile d’araignée dans laquelle elle piégeait ses interlocuteurs.

Malheureusement pour elle le moucheron qu’elle aurait aimé voir se coller dans les fils gluant et mortifères de sa verve lui échappa d’un gracieux mouvement d’aile, niant avec simplicité et élégances les accusations qu’elle avait portées. Bon, en soit ce n’était pas bien grave. On ne pouvait même pas qualifier cette parade de contrariante et elle ne se mettait pas en danger ainsi. Mais quand même, au fond Mel était particulièrement fière de sa verve, qui perturbait même les plus grands, et se voir ainsi contrer l’énerver quelque peu. Elle se consola en se disant que le rôle qu’elle se devait de tenir la poussait au silence et à la discrétion. Eut on permis à sa véritable nature de s’exprimer qu’elle aurait servie à son interlocuteur un discours aussi pontifiant qu’assommant allant jusqu’à le faire douter de la vraie raison de sa présence ici. Mais là, ce n’était pas quelque phrases jetés à l’emporte pièce qui allait le faire vaciller.

Elle inclina la tête lorsqu’il lui répondit, la lavant de tout soupçon. Parce qu’en réalité, la Louison pouvait tout à fait se débarrasser d’un client gênant ou mauvais payeur. Quoiqu’elle tendait plus à faire frapper, pour ne pas dire tabasser, les mauvais payeurs de façon à les convaincre que s’endetter nuisait à la santé de façon indéniable. Mais cela, il n’avait pas besoin de le savoir et ses excuses suffisait. Bien sûr, elle sonnait la défaite de Mel. Le furet aurait tant aimé voir un engagement commencé, une joute verbal s’engager. Mais non. Il refusait le duel avec élégance restant concentré sur le but de sa visite. Obstiné, le petit, à la fois amusant, intriguant et décevant.

Le nom et le prénom ravivèrent quelques souvenirs fugaces dans l’excellente mémoire du furet. Plutôt gauche, le genre de personne qui n’assume pas entièrement d’aller voir des prostitués et n’a pas la morgue des aristocrates qui feignent d’être au delà de tout ça. Il n’était pas à franchement parler un mauvais payeurs, la Louison se serait débarrassé de lui depuis longtemps sinon. Mais irrégulier, superbe et généreux certains jours, l’air désespéré et les joues creusées par la misère d’autres. Mais sincèrement? Lui participer au vol du palais? Cet être avait peur de sa propre et encore plus de l’ombre de Melechia (ce qui était une preuve de grande lâcheté). Alors participer à une opération défiant tout à la fois les lois du roi et l’autorité sanguinaire l’araignée?

Aussi le commentaire laconique qu’elle lâcha, regrettant une fois de plus de ne pas pouvoir s’exprimer ainsi qu’elle en avait prit l’habitude, fut :

« Il montre une préférence pour les rousses. »

Les rousses et des pratiques que la morale, l’Eglise et énormément de choses réprouvent. Mais n’était ce pas le principe même d’un bordel? Venir assouvir ses désirs que l’on n’ose avouer à son entourage tant ils semblent étranges au regard des bonnes moeurs.

La description confirma les souvenirs de Mel’, on parlait bien du même homme. Elle n’irait pas pleurer sur sa tombe, ni déposer des fleurs. Elle n’irait pas pour autant cracher dessus. Non, juste la disparition de ce dernier la laisser de glace. Elle s’en foutait.

En entendant le nom, elle ne fit pas de commentaire. Cela ne lui disait rien, mais elle ne pouvait pas prétendre suffisamment bien connaitre le corps des mousquetaires pour que cela soit considéré comme une indication de quoique ce soit. Par contre, elle fit machinalement la liste de tout les mousquetaires à qui elle pouvait demander confirmation, ils étaient nombreux à fréquenter l’établissement de la Louison et vu les tarifs, ils ne seraient pas contre une remise de prix. Il y avait aussi les laquais ou le corps administratif des mousquetaires. C’était moins prestigieux mais elle avait sous le coude une ou deux histoires bien sordides qui lui permettraient d’obtenir quelque renseignement sur le mystérieux Benjamin. Elle ne l’accusait pas d’être un menteur. À son sens, il y avait cinquante pour cent de chance qu’il dise la vérité, ce qui impliquait mathématiquement qu’il y avait cinquante pour cent de chance qu’il lui mente.

-Il n’y a pas d’honneur, mais merci une fois de plus pour vos excellentes manières. Croyez bien que je vous citerez toujours comme exemple de galanterie. Généralement on m’appelle Madge. Maintenant, je vous suggère de m’expliquer ce que vous désirez.

Mon dieu. C’était sobre, poli élégant. C’était intenable.
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Ven 28 Mar - 12:29



Melechia & Achille

Madge ? Un pseudo sans doute. En vérité, il ne savait rien et se contenta de hocher la tête à l'annonce du prénom de la jeune fille assise en face de lui. Avec les gestes et expressions qu'elle lui faisait, il eut l'étrange impression d'avoir devant lui une personne qui savait quoi faire à l'avance, qui anticipait tout, le moindre faux pas pouvait après tout être fatal. Elle jouait son rôle de tenancière "remplaçante" à la perfection. Être à la tête d'un luxueux bordel tel que celui-ci demandait beaucoup de responsabilité et d'implication, ce qui voulait dire que le travail devait être pris à cœur. La jeune fille, Madge, avait donc la lourde responsabilité de gérer efficacement le bordel, vérifiant chaque jour les filles et les comptes, ainsi que la propreté des chambres mises à disposition des clients et les domestiques qui œuvraient pour le bon état des lieux. Tout un tas de choses qui faisaient la réputation du bordel. Le moindre pépin était à exclure ou à régler en un temps record, le but de Madge en l'absence de la maquerelle en chef était donc d'éviter tout dérapage. Et de faire en sorte que la maison de passe reste en l'état qu'elle était avant le départ de la Louison. Achille supposa après une longue réflexion qu'il n'était pas aussi facile qu'on le croit de diriger un si grand bordel de luxe, l'un des plus réputés d'ailleurs de la capitale. Il saisit alors l'importance du rôle de tenancière, mêlant la force ménagée pour la direction et le silence pour la discrétion, deux termes qui soulignait la charge reposant sur les épaules de Madge. Charge qui l'enveloppait d'une part de mystère. Mystérieuse elle était en réalité.

En même temps, paradoxalement, elle semblait se délecter des délicieux mets qu'offrait le plateau garni sur la table et du vin odorant qu'on lui servait. Cependant, elle n'en prenait pas trop, modérant ses bouchées. Quelque chose dans son attitude intriguait beaucoup le mousquetaire mais il ne saurait pas répondre pour le moment à ses doutes. Il n'y repensa plus lorsqu'il reporta son attention sur Madge qui ouvrit sa bouche pour parler du truand, Nicolas Douillet. Cet homme était sa seule piste et son unique moyen d'en ouvrir d'autres était bien sûr la fille qui se régalait modérément de massepains et de vin, confortablement installée sur sa bergère verte en face de la sienne, Madge. Elle représentait la seule personne sur Terre qui pouvait l'aider pour la suite, pour sa seule et unique piste. Si la visite chez la Louison se soldait par un fiasco, le mousquetaire chercherait une autre piste, plus incertaine que la première certainement. Les indices que les voleurs avaient distribué après le bal masqué avaient été trop minces pour les forces de l'ordre qui ne tenaient, au final, aucune piste sérieuse. Achille en avait peut-être une et s'il enquêtait en solo, c'était pour voir les chances d'aboutir à cette piste grandes. Avec d'autres personnes, cette chance en serait vue diminuée, minime donc. Cela ne valait pas le coup, c'est pourquoi il ne voulut prendre aucun risque. De plus, il se savait assez intelligent pour dénicher les autres indices qui l'attendaient peut-être sur la route.

Le jeune soldat, qui nota mentalement la très maigre révélation de Madge, dut retenir sa déception derrière un visage impassible. Il ne fallait point montrer à son interlocutrice que l'on était déçu. Une préférence pour les rousses. Quel intérêt pour le mousquetaire ? Aucun. Il n'en tirerait rien de cette futile information. À moins que... peut-être avait-il un contact roux, essentiellement féminin, qui l'avait conduit à mener ce vol avec ses autres compagnons ? Hum. Ou alors, la personne qui leur avait ouvert au bal, leur complice, afin d'y perpétrer le sale coup, était peut-être rousse ? Achille regarda rapidement la pièce autour de lui pour réfléchir et revint vers Madge avec une question :

- Sur quoi basez-vous cette observation... madame Madge ?

Il la fixa avec des yeux attentifs, redessinant dans sa tête ses moindres faits et gestes afin de les étudier mentalement et de les ranger ensuite dans sa mémoire. Il était possible aussi qu'elle lui donnait une fausse piste, peut-être n'avait-il pas une préférence pour les rousses mais pour les brunes. Comment la maquerelle en était arrivée à cette conclusion ? Connaissait-elle toutes les filles qui fréquentaient feu monsieur Nicolas Douillet ? Il voulut savoir comment y avait-elle procédé, il fallait étudier en profondeur toutes les informations qu'il cueillait à mesure qu'il avançait dans son enquête. Bien que lent, l'enquête semblait se diriger sur les bons rails mais le mousquetaire ne se réserva les louanges qu'à la fin de celle-ci, quand les voleurs auraient été capturés et emprisonnés. Ce scénario ne se profilait pas dans un futur proche mais plutôt lointain. Les voleurs avaient agi en vrais experts et il fallait donc les capturer au plus vite, au risque de les laisser s'échapper pour de bon. De ce fait, toutes les forces du roi, mousquetaires et suisses, ainsi que la police de Paris, avaient été mobilisés pour résoudre l'affaire. Chose pas facile cependant car le parcours du combattant qui les attendait s'avérerait long et épineux.

Achille sourit poliment à la remarque de Madge sur ses manières. Il était tout à fait normal de respecter l'affaire que menait Madge sur ses épaules, sauf s'il découvrait un jour que ce bordel était en partie lié à ce vol. Mais au regard de la demi-sincérité de la maquerelle, oui demi-sincérité car elle ne lui apportait que des réponses brèves et surtout incomplètes, la maison de passe qu'elle dirigeait ne se trouvait pas impliquée dans cette affaire. Elle avait juste accueilli sous son toit un ou plusieurs auteurs du vol, dont Nicolas Douillet. Cependant, le mousquetaire ne pensa pas une seconde qu'il eut tout manigancé avec ses compagnons ce vol, peut-être que quelqu'un, celui qui avait eu l'idée ou un subalterne, l'avait engagé ou enrôlé pour participer à la ruée des bijoux de grande valeur que les nobles avaient sortis à l'occasion du bal masqué. Pour quelle raison alors ? Pourquoi l'avoir choisi, lui, et pas quelqu'un d'autre ? Qu'avait-il d'exceptionnel ? Tant de questions et d'interrogations pour un esprit vif et alerte que celui du jeune soldat.

Enfin, il n'était pas aussi venu pour s'immiscer dans les affaires de la Louison, ni pour fureter dans ses gros dossiers. Il avait bien dit à Madge qu'il croyait son entreprise parfaitement en règle. Pas besoin non plus de s'y attarder. Rien de neuf de ce côté. Achille regarda à nouveau la jeune fille élégamment vêtue et étudia du regard son visage, elle paraissait sereine et à l'aise dans sa bergère. Pas complètement sereine car elle semblait contrôler minutieusement ses gestes et ses propos, dans la crainte de faire un faux pas devant un homme du roi, comme le mousquetaire. Il la comprenait un peu, elle ne le connaissait pas et lui non plus. Puisque lui ne s'appelait pas réellement Benjamin, ni celle qui se prénommait Madge peut-être aussi. Ce prénom n'avait néanmoins aucune valeur aux yeux du soldat, la vie de Madge ne le regardait nullement. Par contre, malgré une certaine réserve de sa part, il appréciait son sérieux et son franc-parler. Elle lui demandait ouvertement d'aller droit au but. Bien, on ne tournait pas autour du pot. Ce que le mousquetaire ne fit pas.

- Savez-vous quel était son travail ? Et pour qui travaillait-il ?

Sa logeuse n'avait aucune idée des activités de son pensionnaire, ni de son vrai travail. Peut-être que la jeune fille qui se resservait un verre de vin rouge lui apporterait la réponse tant attendue.

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Mar 8 Juil - 15:53

Melechia joignit ses mains pour former un V inversé en appuyant un peu plus fort que nécessaire sur la pulpe au bout de chaque doigt. Le fard qu’on lui avait foutu un peu partout sur le visage dans l’espoir de la vieillir et de la rendre jolie lui grattait la joue et elle mourrait d’envie de la retirer mais ce genre de comportement absolument pas professionnel risquait de lui apporter des ennuis. Aussi elle se contint et se concentra plus que nécessaire sur la conversation, qui était de fait relativement ennuyeuse. Un interrogatoire par un mousquetaire avait un petit quelque chose de romantique et d’épique. Et l’amusement n’était pas bien loin. Ça faisait quelque chose à raconter et à vivre et au fond cela lui tapait moins sur les nerfs que les plaintes de Victoire ou les batailles de chiffon entre les putes. Mais finalement, la conversation tournait autour de banalité insipides. Et elle ne pouvait même pas compenser en se lançant dans une tirade moqueuse et improvisée. Elle mourrait d’envie de dire des bêtises. Cette tendance autrefois défensive faisait partie intégrante de sa nature et luttait contre demandait un vrai travail sur soi. Une adulte l’aurait fait avec sérieux et bonne grâce mais malgré les airs qu’elle se donnait, Melechia ne pouvait pas encore prétendre être adulte. Donc comme un chiot à qui on avait demandé de se tenir assis, elle demeurait sagement en place mais on sentait qu’elle mourrait d’envie de retourner jouer.

Mais le jeu n’était pas au programme de ce soir, pas encore. Et il y avait trop en jeu pour que le furet ne se permette de prendre le mousquetaire comme une distraction. Ce qui était dommage, un esprit vif mais encore un peu naïf aurait été si amusant. Melechia n’avait pas la prétention de se croire supérieur à l’homme. Il devait exister bien des domaines dans lesquels il la dominait. Mais les affaires de bordel et la cour des miracles consistaient une source de jeu depuis toujours pour la jeune Ducatore alors qu’il était évident que le béjaune face à elle n’y était guère accoutumé. Trop beau pour se payer des putes, il ne savait sans doute pas comment gérer ce genre de chose. La question suivante le lui prouva.

Melechia se redressa et envoya un regard sévère au garçon. Comme un précepteur qui surprends un de ses élèves à poser une question hors-sujet ou une maquerelle qui voit une pute demander si elle peut se marier. Dans les yeux clairs se mêlaient sans dissimulation l’agacement feint, le mépris exagéré et un amusement à peine dissimulé. Pour la peine elle s’autorisa une gorgée de vin supplémentaire et un sourire gourmand.



-Eh bien. Le fait qu’il demande à coucher avec des femmes rousses est un indice assez intéressant. Bien entendu, on peut considérer qu’il s’agit d’une fausse piste. Il paierait donc pour des femmes rousse pour dissimuler qu’il aime les femmes brunes. On peut même estimer que c’est une double dissimulation. il couche avec des femmes rousses pour que l’on croit qu’il veut cacher qu’il aime les brune, alors qu’il aime vraiment les rousses. A moins bien entendu que ce soit une quadruple dissimulation. IL couche avec une femme rousse. Donc on croit qu’il veut cacher qu’il aime les brunes. Puis on suppose que c’est une manoeuvre pour nous faire oublier qu’il aime vraiment les rousse. Alors qu’en réalité, ce qu’il veut vraiment c’est une blonde. Puis entendu, moi même je n’ai pas l’intelligence nécessaire pour démêler tout cela. Mais vous qui appartenez à l’élite de notre nation vous allez sans doute pouvoir trouver le vrai du faux dans cette histoire. A moins bien entendu que la femme se teigne les cheveux avec du héné ou un autre de ces produits de maquillage. Ils sont très à la mode en ce moment. Quel mystère passionnant.

La Louison allait la tuer si elle apprenait qu’elle avait parlé sur ce ton à un représentant de l’ordre capable de leur apporter de très gros ennuis. Mais c’était plus fort qu’elle. Sa langue s’agitait en permanence dans un réflexe pour se prouver qu’elle était encore en vie. Et son esprit bondissait d’idée en sarcasme sans qu’elle puisse l’arrêter. C’était si drôle. Et même son envie de plaire au mi-botte, ou de ne pas trop lui taper sur les nerfs, ne suffisait pas à la contenir. Et il y avait une opportunité intéressante au bout. Alors resister à la tentation de se moquer d’un homme qui en temps normal la regardait de haut. Peeeeuh. Impossible.

La nouvelle question lui fit arquer un sourcil.



- Nous sommes dans un bordel. Sauf en cas de demande express de la police ou de la prévôté, nous ne nous renseignons jamais plus que nécessaire sur les activités de nos clients.



C’était un mensonge. La Louison veillait à toujours savoir quand et où trouver les mauvais payeurs. Tout comme elle refusait ceux qui trempait dans des affaires dangereuses. Mais ce n’était pas le genre d’information que l’on donnait facilement. Même Mel’ n’avait qu’une vue partielle de la mosaïque de renseignement que la tenancière accumulait soigneusement et méticuleusement comme une pie qui collecte des pierres brillantes.




- De ce que j’en sais. Cet homme était bijoutier. Certains de ses clients étaient mauvais payeurs, comme tout les aristocrate me direz-vous. Lui-même payait en temps et heure. Il ne m’en a pas dit plus.




Subtilité, subtilité. Il était fort possible que les anciennes putes de l’homme en sache plus. Les gens aimaient les confidences sur l’oreiller et le bijoutier n’était pas du genre prudent. Tout à fait un fat qui pour se faire mousser auprès d’une pute (idée stupide) lâchait une ou deux phrases en trop. mais ça le mousquetaire n’avait pas à le savoir.
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