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 Débriefing de la journée [Louise & Louis]


Mer 2 Oct - 20:12

La journée avait été, pour une fois, haute en couleur. Tout d'abord, avant que de rejoindre les quartiers de la Reine, Louise avait confié à Athénaïs le secret de sa nouvelle grossesse. En tant que favorite royale, la duchesse de la Vallière occupait une place délicate, et n'étant pas mariée, ses grossesses faisaient toujours l'objet de discussion qui ne lui étaient guère flatteuses. Cet état la préoccupait donc, ce qui était normal, la marquise comprenait l'inquiétude de son amie qui lui avait également confié avoir un rêve: celui de pouvoir élever ses enfants comme elle le souhaitait, ou au moins de les voir grandir à sa guise. Mais son statut à la cour l'en empêchait. Et puis cela semblait quelque peu étrange à Athénaïs qui elle aussi était mère de deux enfants. Certes, elle leur portait un amour sans bornes, mais il n'était pas du devoir des femmes nobles d'élever elles-mêmes leurs enfants. Elles se devaient simplement de veiller à ce qu'ils aient la meilleure éducation possible, puis leur trouver un bon parti à épouser. Il fallait éviter de s'attacher trop tôt, car la mortalité infantile étant forte, on risquerait de se voir chagrinés trop souvent.

Et enfin, pour revenir à cette journée, elles avaient fait la connaissance de la nouvelle demoiselle de compagnie de la Reine, Marie de Saint-Méchin. Egale à elle-même, Athénaïs avait pris un plaisir certain à jauger la jeune femme afin de l'évaluer. Il lui était apparu que cette demoiselle était inoffensive, voire quelque peu naïve, bref, on aurait dit une nouvelle Louise de la Vallière, à ce détail près que Louise avait une certaine expérience de la Cour, et qu'elle entretenait volontairement son coté tendre et sensible, en connaissance de cause. Maire, quant à elle, avait l'air d'une jeune colombe qui découvre le monde, et à ainsi être trop douce, elle risquait de retomber aussi vite qu'un soufflet. Elle avait beaucoup à apprendre de la vie de Cour, et Athénaïs avait bien l'impression que cette jeune personne n'était que fort peu sortie de sa campagne natale avant que d'arriver à Paris. Toujours était-il que de découvrir ce nouveau visage l'avait beaucoup amusée.

Louise avait souhaité retrouver son amie chez elle après que la Reine fut couchée, sans doute avait-elle encore besoin de parler. Athénaïs était d'abord passée par son appartement pour se changer et porter une tenue moins officielle. Elle avait opté pour une robe unie de velours vert émeraude garnie de noeuds couleur bronze. Une tenue suffisamment chaude pour les couloirs froids qu'elle avait à traverser, bien que le chemin jusqu'à l'appartement de Louise ne fut pas bien long. Elle se fit annoncer et enfin la duchesse l'invita dans sa chambre. Toutes deux se remirent à discuter plus ou moins joyeusement -la marquise était toujours joyeuse en présence de Louise- sans voir le temps passer. Athénaïs évitait soigneusement de montrer son inquiétude quant à sa situation à cause du vol de la lettre.Antoine lui avait fait la réflexion qu'elle avait une triste mine, aussi faisait-elle attention.


-Alors, ma chère, me donnerez-vous votre avis concernant cette Marie?
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Sam 12 Oct - 9:44

    Une journée éreintante que celle-ci. Louise avait cru pouvoir la passer plutôt paisiblement, si elle enlevait le temps de son service auprès de Sa Majesté la Reine, histoire de pouvoir oublier les trop tristes nouvelles venues avec la mort de Philippe. Puis tout s’était effondré peu à peu, comme dans un jeu de dominos : cette scène éprouvante avec Athénaïs, quelque temps plus tôt, où elle avait pris la ferme résolution de prendre en main l’avenir de l’enfant qu’elle portait, dusse-t-elle affronter le courroux de son royal amant. Puis, il y avait eu l’arrivée de cette demoiselle de Saint-Méchin, qu’Athénaïs, heureusement pendant un temps, n’avait pas laissée en repos. Si ses succès aux cartes avaient Louise de meilleure humeur, elle avait tout de même demandé à Athénaïs de la raccompagner à ses appartements, le temps de se remettre de cette mémorable journée et où elle avait fait venir un petit remontant pour elles deux. Rien de très fort, bien sûr, pour ces dames. Juste de quoi faire revenir une certaine énergie.

    Louise avait presque eu envie, en retournant dans ses appartements, de s’étendre sur son lit et de soupirer un bon coup pour se détendre. La présence d’Athénaïs l’en empêchant, elle décida plutôt de se changer rapidement, pour ne pas faire trop attendre son amie, pour une tenue un peu plus simple, sans que ce soit trop négligé. Serrant un peu moins son corset, les jupes assez amples ne laissaient pas voir la légère protubérance de son ventre qui contenait un petit être humain bien vivant. Assises bien confortablement, la marquise avait enfin pris la parole une fois que toutes les deux étaient prêtes, enfin, à simplement jouir du repos après une journée bien remplie. C’était, bien sûr, pour lui demander son avis sur la nouvelle arrivée chez la Reine.


    - Ce n’est encore qu’une enfant. Elle est encore bien inexpérimentée, mais elle n’inspire ni pitié, ni mépris. Je crois qu’elle vient réellement d’une excellente famille.

    Se penchant avec un sourire malicieux vers son amie, Louise continua :

    - En tout cas, vous avez fait honneur à votre nom de Mortemart, et à sa réputation! Vous avez été sans pitié. Je me compte heureuse de ne point vous compter parmi mes inimitiés!

    C’était bien là la réputation des Mortemart. Pour la définir en langage plus vulgaire : belle gueule, mais le diable au corps. Athénaïs avait beau montrer les meilleurs signes de piété, elle n’en restait pas moins une Mortemart de nature. Et Dieu sait que la nature ne change jamais. Mais… Les douces colombes peuvent-elles obtenir des griffes? Peut-être, puisque le vieux proverbe dit : « Craignez la colère de la colombe. » C’était bien là ce que Louise se demandait. À sa ferme détermination se mêlait maintenant une nervosité fébrile. Elle était prête à affronter Louis pour son enfant, mais de le faire jusqu’au bout, c’était une autre chose. Peut-être qu’il valait mieux faire l’acte tête baissée et après, être brave pour les conséquences qui seraient alors hors de sa portée.

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Sam 12 Oct - 14:03


Athénaïs savourait le petit remontant que son amie avait fait préparer en attendant son arrivait, tout en l'écoutant lui répondre. Elle savait qu'elle aurait droit à une remarque sur son comportement vis-à-vis de la nouvelle, mais après tout, elle n'avait pas été si méchante que cela, d'autant que ce qui l'attendait avec les autres courtisans serait bien pire, il fallait bien la préparer au monde de requins qu'était la cour! La marquise avait donc eu l'impression de bien agir en le faisant de la sorte, il était normal de préparer leur petite collègue à ce qui l'attendait. Elle se contenta de sourire d'un air espiègle.

-Vous avez raison, ma chère, ses origines sont tout à fait respectables et elle l'a fort bien montré. Mais je me devais de m'en assurer, comprenez-vous? ajouta-t-elle avec un petit rire cristallin. Et puis, il faut bien qu'elle se rende compte que le monde dans lequel elle se retrouve à présent n'a rien à voir avec son cocon familial. Un jour, elle me remerciera de l'avoir quelque peu secouée aujourd'hui. Et à présent, elle sait qu'elle peut nous faire confiance.

Son sourire affichait à présent une certaine fierté, après que Louise ait glorifié son nom. La belle dame était très fière, aussi bien de son nom que ce qu'il signifiait: une haute lignée de gens respectables et respectés. Elle hocha la tête avant de déguster une nouvelle gorgée du nectar revivifiant que contenait son verre.

-Vous êtes charmante, la remercia-t-elle avant de reposer son verre. Mon amitié vous est acquise pour toujours, vous le savez.

Elle savourait le confort du fauteuil dans lequel elle était installée. L'appartement de Louise était décoré avec goût et luxe. Son statut de favorite y était surement pour quelque chose. Le roy ne lui refusait rien, et même si elle ne demandait rien, il devait probablement devancer ses besoins et ses attentes. C'était un véritable plaisir pour les yeux que d'observer les objets, les meubles, les tapis, tout ce qui venait agrémenter les pièces de l'habitat de la duchesse. Rien n'était trop beau, et le moindre cadre devait coûter une véritable fortune. Même l'appartement de la Reine ne devait être aussi beau, du moins aussi bien agrémenté. Mais visiblement, cela ne suffisait pas au bonheur de Louise, du moins c'était loin d'être sa vision du bonheur.
Athénaïs regarda son amie et lui sourit avec bienveillance. Cette jeune femme ne souhait qu'une chose, vivre en harmonie avec ses enfants. La dureté de la Cour n'était pas faite pour son coeur tendre. La marquise brûlait de lui demander si elle comptait faire part des idées qu'elle lui avait évoquées plus tôt au roy, mais elle savait que sa curiosité avait tendance à mettre mal à l'aise Louise, aussi prit-elle le parti d'attendre qu'elle lui en parle d'elle-même, ce qu'elle ferait sans doute puisque, selon elle, la duchesse l'avait probablement faite venir pour soulager sa conscience et lui demander de l'aide sur une approche concernant la chose. Louise avait vraiment besoin de se détendre, besoin de légèreté. Elle paraissait réellement préoccupée. Qui ne le serait pas à sa place? Elle venait de perdre un enfant, elle en attendait un autre et ne rêvait que d'une chose, en être proche. Et ce rêve était l'opposé de ce que l'on attendait d'elle. Sa situation suscitait un réel sentiment de pitié pour Athénaïs qui ressentait en son amie une certaine détresse. Elle ne cessait de lui faire comprendre qu'il lui fallait s'endurcir, c'était plus facile à dire qu'à faire. Elle cherchait donc une anecdote amusante à conter à Louise afin de l'égayer un peu.


-Oh, vous ai-je conté ma rencontre fortuite avec le chevalier de Lorraine qui venait de s'extraire d'une représentation d'une duchesse improvisée cantatrice l'autre jour? commença-t-elle d'un air amusé. Il a eu l'audace que tout un chacun semblait désespérer de pouvoir faire, il est sorti en plein milieu de sa petite représentation, tant ses oreilles furent sur le point de saigner. En effet, cette sirène décimait son auditoire à grands renforts de fausses notes et de cris qui pour elle s'apparentaient à des chants mélodieux.

Le souvenir de cette rencontre la fit éclater de rire une nouvelle fois, tant l'originalité de la situation s'y prêtait. Le chevalier de Lorraine était un homme complexe, capable de toutes les fantaisies et surtout, qui ne s'embarrassait pas des convenances. C'était sans doute ce qui plaisait tant à Monsieur. La marquise s'apprêtait à mander la suite de ce qui advint lorsque le bruit d'une porte s'ouvrant et les pas entrants d'une tierce personne la fit s'interrompre. Elle pensa d'abord qu'il s'agissait d'un domestique venu apporter ou dire quelque chose à sa maîtresse, mais en une fraction de seconde, ce qu'elle observa du coin de l'oeil attiré machinalement par la présence de cet individu la fit réaliser bien rapidement l'identité du nouveau venu. Le roy en personne. Bien vite, elle se leva de son siège et plongea dans une révérence respectueuse qui était due au rang de l'être présent dans la pièce.
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Mar 5 Nov - 2:16


    La soirée était bien avancée, il était tard. Du moins pour le commun des mortels. Il était encore tôt dans la nuit d'un Roi qui avait mille et une choses à faire. Si les apparences faisaient que le Roi rejoignait sa couche à 23 heures, il se relevait sitôt la cérémonie du Coucher accomplie et retournait à ses occupations nocturnes. Le plus souvent des occupations particulièrement intimes et personnelles répondant à un appétit que l'on avait qualifié insatiable dès son plus jeune âge, dès qu'il eut découvert le monde des chairs et des plaisirs.
    Divertissement d'un Roi, mort d'une âme comme dirait l'autre mais enfin, malgré une écoute attentive des prêches et sermons du brillant Bossuet, le monarque oubliait ses vagues inquiétudes spirituelles pour retourner avec volupté à ses concrètes préoccupations charnelles. Il aurait bien le temps à un moment ou un autre de se confesser et de se faire pardonner toutes ses faiblesses... Et au pire des cas... Il s’arrangerait avec le Tout-Puissant.
    Il était son serviteur sur terre, son Lieutenant, son représentant. Il pouvait se permettre quelques écarts en échange de la lourde tâche qui se trouvait sur ses épaules, qui imprégnait son être, qui lui retirait son humanité.
    Mais d'abord il devait se débarrasser d'affaires un peu plus... Politique.


    -Montrez-moi le document,
    dit-il en tendant la main.

    Toussaint Rose versa le sable sur le vélin, souffla pour l'en débarrasser avant de le donner au monarque.
    Louis le prit, relu le texte qu'il venait de dicter. Il avait une confiance totale en son secrétaire, sa main était sûre ainsi que son écriture qui était si similaire à la sienne que personne n'était capable de faire la différence entre la main du Roi ou celle du modeste serviteur assit derrière ce bureau de fine marqueterie.
    En revanche il avait moins confiance en sa propre manière de mettre en mot sa volonté. Certes celle-ci était immuable et applicable dans l'immédiat, il n'en restait pas moins qu'une certaine forme permettait d'éviter des réactions qui demanderait répression.
    Et Louis était certain que cet arrêt en inquièterait et en révolterait plus d'un.
    Le constat était simple. La multiplication d'usurpateur de titre de noblesse était devenu un problème qui irritait le monarque depuis déjà 5 années. Il avait beau avoir augmenté l'amande à deux mille livres, lancé des enquêtes de vérification systématiques, multiplié les déclarations rien n'y faisait. Tout cela avançait avec une lenteur qui épuisait sa patience légendaire. L'année précédente il avait considéré que remettre ses agents à leur place n'était pas superflu pour qu'ils accélèrent leur travail.
    Une nouvelle fois rien.
    Parbleu s'il était une chose qui insupportait Louis c'était bien de ne pas être entendu. Il n'était pas habitué à cela et ne comptait certainement pas le devenir. Aussi avait-il décidé de prendre les choses en main, puisqu'on était de toute manière jamais mieux servit que par soi-même, même quand on était roi. En une journée, il avait fait deux arrêts sur ce sujet. Le premier pour établir sa volonté, le deuxième pour l'étendre à tout le royaume.
    Ainsi pouvait-il faire plier ces villes franches, trop arrogantes, trop gourmandes de privilège et de pouvoir. Trop avides de liberté et d'avantages, sans aucun devoir en retour.
    Cet arrêt leur rappellerait qui était le maître au Royaume de France.

    La tournure de son bon plaisir lui convint, il retendit le papier à sa plume qui le prit et le signa à sa place sans aucune hésitation, scella le document.


    -Bontemps le remettra à qui de droit... Vous pouvez vous retirer. Nous n'aurons plus besoin de vous ce soir.


    On lui souhaita une bonne nuit tout en s'inclinant respectueusement et sans fioriture. Ils se retrouverait dans quelques heures à peine pour reprendre les affaires du Royaume.
    Seul, il jeta un œil sur le cartel.
    L'heure était aux plaisirs.

    Il quitta ses appartements, prit la direction de ceux abritant sa favorite. Sa favorite officielle.
    Combien avait dû s'offusquer de cette déclaration. Sa mère encore tiède, son frère pleurant toutes les larmes de son corps à Saint-Cloud et lui... Désignant de manière officielle la femme avec qui il trompait sans pudeur son épouse.
    Le Roi avait sans doute un sens du comique bien particulier, un comique qu'il était le seul à apprécier. Ou pire... peut-être n'était-ce même pas de la Comédie.
    La dernière solution était la plus probable, on prêtait souvent à sa Majesté le défaut de ne pas avoir l'esprit au rire. C'en était parfois fort dommage... Le rire était l'apanage de l'homme.

    Pourtant à cette heure il était aussi homme que n'importe qui. Regardez, il ouvrait et refermait lui-même les portes sur son passage contrairement à l'habitude d'apparat. Il traversait seul les couloirs et les salons, les chambres même parfois. Il pensait à ces étreintes avec sa douce et tendre. Il désirait et n'avait qu'une hâte, s'allonger près d'elle.
    Elle... Vraiment... Était-ce vraiment Louise qu'il désirait.
    Louis était quelque peu confus depuis quelques temps. Depuis... Qu'un vieux cœur avait trouvé sa retraite dans une urne du Val de Grâce. Il n'en montrait rien, du moins plus depuis deux mois. Il avait pleuré, il s'était évanoui et en gardait d'ailleurs une certaine honte, avait pleuré de nouveau.
    Le lendemain il n'en paraissait plus rien.
    Le masque de Roi était plus fort encore sur ses traits et lui faisait voir Louise sous un nouveau jour, un jour étrange qu'il ne comprenait pas encore.
    Lorsqu'il poussa la porte de l'antichambre, il fronça les sourcils. Il entendait des voix... Louise n'était pas seule ? Cela ne l'enchantait guère.
    Sa mâchoire se crispa lorsqu'il reconnut la Marquise de Montespan. Elle ? Qui critiquait ouvertement sa relation avec Louise ? Qui plaignait la Reine et se lamentait avec elle sur ce manque de piété ? Qui faisait croître en Louise cette culpabilité dévorante ? Qui lui faisait espérer de plus en plus qu'il ne soit pas Roi mais homme... Que sous ce masque, celui qu'elle entrevoyait parfois se révéla un jour totalement.
    C'était ce qui le blessait, car Louis ne se concevait pas comme homme. Être roi était dans sa nature et Louise ne voulait pas l'accepter, en souffrait.
    Il pinça les lèvres en entendant la Marquise parler du Chevalier de Lorraine. Encore un qui l'irritait, allait même ici jusqu'au dégoût. Si son frère n'y avait pas été si attaché... Voilà longtemps que l'ardent Chevalier eut retrouvé ses terres natales de Lorraine.
    La Montespan était la pire des compagnies qui soit pour Louise.
    Aussi décida-t-il de ne pas en entendre davantage et d'entrer.

    Il regarda les deux femmes en silence, attendit. Lorsqu'elles réalisèrent qu'il était en leur présence, il les salua très succinctement comme toujours d'un léger hochement de tête, s'avança dans la pièce pour aller relever son amante en abandonnant volontairement son amie au sol.


    -Nous vous dérangeons Madame. La voix de la Marquise portait allègrement hors de votre chambre mais nous n'avons pas eu la patience d'attendre son départ.


    Après l'avoir soulevée, il embrassa le dos de sa main avec une tendresse maîtrisée.


    -Nous espérons que vous nous pardonnerez.
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Ven 15 Nov - 0:25

    Longtemps, les Anciens ont cru que la Terre était le centre de l’univers, et que tout, les planètes, les astres qu’étaient les étoiles, le Soleil et la Lune gravitaient autour. Même si cette théorie s’est avérée fausse beaucoup plus tard, elle s’avère vraie dans certains cas, bien que de façon plus imagée. On pouvait dire qu’actuellement, dans la vie de Louise de La Vallière, la lune avait pour nom Athénaïs de Montespan. La lune est un astre magnifique, à la lumière si douce, si blanche et si pure, qui nous éclaire dans la nuit noire, nous rassure de nos peurs, de nos craintes, nous fait réaliser qu’il reste un peu de clarté malgré toute cette noirceur. Mais il n’y a qu’une seule chose qui peut écarter la lune. Le soleil lui-même. Le soleil, avec sa lumière plus qu’aveuglante, nous éblouit, nous réchauffe. On ne peut le regarder dans les yeux sans en être consumé. Inutile de dire que le soleil de Louise avait pour nom Louis XIV de France, le Roi-Soleil en personne.

    Il fallait dire qu’au début, Athénaïs avait vraiment tout fait pour égayer Louise. Elle lui avait raconté une anecdote, il fallait le dire, très amusante sur le Chevalier de Lorraine. En tout cas, l’archimignon avait beau être aussi dévergondé que le diable en personne, il fallait dire qu’il ne manquait pas d’esprit! Louise avait ri de bon cœur, poussant même jusqu’à dire en ricanant encore :


    - Le chevalier doit s’estimer fort heureux de n’avoir pas eu à subir le même supplice que le malheureux Ulysse! Cette histoire m’a fait imaginer Monsieur de Lorraine attaché sur une bergère quelconque, au milieu du salon, condamné à écouter cette duchesse chanter de l’hymne des si…

    Louise n’avait pas eu le temps de finir sa phrase. En faisant volte-face, tout en continuant à parler, le Roi, oui, le Roi lui-même avait fait entrée dans ses appartements. Esquissant une révérence, Athénaïs se leva à son tour très rapidement et fit de même que Louise. Mais, à ce moment même, Athénaïs n’existait presque plus dans la pensée de Louise. Il n’y avait que celui qui, de façon sacrilège, avait pris la place de Dieu dans son cœur, dans ses pensées. Et elle, l’infiniment petite Louise de La Vallière, il l’avait relevée, ignorant délibérément Athénaïs de Montespan, née Françoise de Mortemart, issue de l’une des plus grandes familles de France! Il y avait sincèrement de quoi se prendre pour Cendrillon en personne.

    Mais les premières paroles lui rappelèrent toute l’antipathie que Louis éprouvait à l’égard d’Athénaïs. Louise savait bien que son amie servait, en quelque sorte, d’intermédiaire entre la Reine et elle-même. Tout en plaignant la Reine, ce qui était selon Louise un sentiment juste, elle la soutenait mais, en même temps, tentait de la ramener à de meilleurs sentiments. En son for intérieur, la demoiselle de La Vallière savait que c’était la marquise qui, au fond, avait raison. Mais cette réalité, ça, Louise n’était pas encore prête à l’accepter. Et cette attitude dite de « bigote » par Louis agaçait sa royale personne au plus haut point, et c’était une autre chose que Louise ne savait que trop bien.

    La situation était moins délicate qu’on pourrait le croire. Après, Louis était Roi, et on ne pouvait pas vraiment dire que Louise faisait preuve de politesse en reportant toute son attention sur son royal amant et en faisant comme Louis, ignorant Athénaïs, tout au moins en apparence, et profitant des lèvres qui effleuraient si doucement sa main blanche. Tout en jetant un très rapide coup d’œil à Athénaïs, haussant très légèrement les épaules comme pour s’excuser de la laisser en plan, elle eut un léger sourire pour Louis.


    - Pardonnez-nous de vous avoir fait attendre.

    Le nous, légèrement appuyé, déjà, inclurait non seulement sa propre personne, mais également Athénaïs, tout en espérant que Louis arrêterait de l’humilier de la sorte. Dieu que se faire humilier de la sorte par le Roi, par ce simple geste d’indifférence, d’ignorance pouvait être un cauchemar pour un courtisan. Et, histoire de ne pas faire trop passer une mauvaise soirée à Athénaïs, elle essayait, le plus subtilement possible, tout en utilisant assez de doigté pour ne pas avoir à supporter le royal courroux. C’était bien là le langage de la Cour, rempli de litotes et d’euphémismes, dans lesquels, si on observait bien, se cachaient parfois les plus brûlantes déclarations d’amour ou les pires insultes qui soient!

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Mer 20 Nov - 13:29

Le roy était entré, s'était dirigé sans attendre vers sa favorite, ignorant délibérément la marquise de Montespan inclinée respectueusement comme il se devait. Et comme si l'abandonner de la sorte ne suffisait pas, il insista sur le fait que sa présence en ces lieux s'attardait tant qu'elle l'impatientait. Athénaïs sentit le rouge lui monter aux joues. Mais qu'importait, puisqu'il ne la regardait pas. Comment pouvait-il la traiter de la sorte, elle, une Mortemart ! Comment pouvait-il autant la détester alors que son père avait été premier gentilhomme de la chambre de Louis XIII, que son frère aîné était le compagnon le plus proche du roi-soleil qui, pourtant, malgré la proximité de cette illustre famille par rapport à la sienne, semblait haïr la simple idée de se retrouver dans la même pièce que cette jeune femme. Elle finit par se redresser progressivement, observant le couple amoureux devant elle. Que pouvait-elle faire ? Sortir en s'excusant d'avoir été présente ? Mais pourquoi irait-elle s'excuser d'avoir été invitée par son amie ? La chose paraissait insensée ! Elle n'allait pas s'en vouloir d'exister uniquement parce que sa figure, pourtant aimable à ce que l'on disait, ne revenait pas au souverain !

Fort heureusement, Louise eut la délicatesse de souligner et rappeler à son royal amant la présence de son amie avec un pronom personnel adapté. La marquise sourit à ce geste attentionné de la duchesse, toujours si altruiste. Comment allait réagir le roy ? Il autoriserait probablement Athénaïs à prendre congé. Ou peut-être continuerait-il de la torturer en l'ignorant encore et toujours jusqu'à s'isoler avec Louise dans sa chambre ? Ou peut-être reviendrait-il à de meilleurs sentiments ? Cela semblait peu probable pour le moment aux yeux de la Montespan qui continuait de patienter silencieusement, jusqu'à ce qu'on lui dise que faire. Les secondes paraissaient durer des heures, l'ambiance lui semblait lourde et pesante. Son esprit finit par vagabonder, elle se demanda comment aurait réagi sa sœur Gabrielle en pareille circonstance. Elle qui avait toujours tant de classe, tant de répartie et qu'Athénaïs admirait tant. L’aînée des enfants Mortemart avait toujours été un modèle pour elle, et sans doute aussi pour les autres. La jeune marquise chérissait Gabrielle qui avait été sa protectrice à sa sortie du couvent. Elle lui avait enseigné tant de choses, mais visiblement pas comment se bien faire voir du monarque. Comme elle aurait eu envie de soupirer, ou de manifester le fait que cette situation lui déplaisait au plus haut point! Et c'eut été une autre personne que le roy, que notre marquise ne se serait pas gênée pour le faire. Mais là, cela lui était impossible. Malgré ce qu'il avait l'air de penser d'elle, Athénaïs respectait son roy. Elle se contentait donc d'attendre, contenant au maximum son impatience.

HJ: désolée c'est supra nul...
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Mer 20 Nov - 15:05


    Louis embrassa tendrement les mains de son amante. Le Roi était toujours tendre avec elle malgré ce qu'il se produisait dans son cœur et qu'il ignorait encore à demi. Un voile s'était posé depuis que sa voix avait annoncé à la cour la nomination officielle de Louise au titre de Favorite royale. A croire que l'officiel refroidissait ses ardeurs ou bien que l'attitude de la jeune femme l'irritait.
    Ne devait-elle pas être fière d'elle ? De ce qu'elle était par sa volonté ? Louis avait toujours eu une générosité à la hauteur de son statut. Il voulait la couvrir de présent, de gage de son amour, tous aussi magnifiques les uns que les autres.
    Malheureusement, ou heureusement, Louise était tout ce qu'il y avait de plus désintéressée. Elle ne répondait pas favorablement à ces élans étouffant de générosité. Après Marie Mancini, Louise de La Vallière était sans doute la seule qui aima véritablement l'homme et non le Roi. De fait, les présents du monarque l'avait le plus généralement embarrassés. Oh elle ne l'avait pas dit, ou pas dans ce sens là, mais Louis l'avait remarqué. Il avait préféré feindre l'indifférence.
    Quel intérêt d'être Roi s'il ne pouvait lui faire les plus beaux présents que la terre puisse porter, s'il ne pouvait la voir parée des plus belles gemmes venues des entrailles du monde, s'il ne pouvait montrer à tous combien il l'aimait et combien il voulait et pouvait mettre à ses pieds les forces et les richesses de l'univers. Sa volonté faisant ployer devant la jeune femme les merveilles les plus folles, parce qu'il était souverain et qu'il l'aimait.
    Mais Louise ne voulait rien de tout cela, Louise ne voulait que le doux amour de son Roi, de son homme pourrait-on presque dire puisque le Roi ne l'intéressait guère. Au lieu d'être fière de ce qu'elle était, elle se repliait dans l'ombre et se laissait dévorer par ses remords. Si seulement l'homme l'arrachait à ces ombres, à ce Roi.
    Mais l'un n'allait pas sans l'autre, Mazarin le lui avait suffisamment répété.
    L'un n'allait pas sans l'autre.

    Il était parfaitement conscient du malaise qui s'était installé à son arrivé et qu'il avait sciemment renforcé en ignorant la Montespan.
    Il savait aussi que l'humilité de Louise ne laisserait pas son amie dans cet état. Il serra légèrement les dents avant en voyant ces regards, resta néanmoins impassible.
    Nonchalamment il descendit son regard, observa Athénaïs.
    Ses yeux d'un bleu sombre presque noir se reportèrent sur son amante. Il embrassa de nouveau le dos de sa main, y laissa ses lèvres un instant. Athénaïs comprendrait que cette dame était sienne. Elle devait le comprendre rapidement. Il se redressa en disant calmement :


    -N'y pensons plus, ne suis-je pas avec vous à présent ? Madame de Montespan ne pouvait savoir que je me trouvais là, à moins que vous ne possédiez quelques dons inconnus,
    adressa-t-il à la concernée. Nous aurions dans notre Cour des sirènes et des sorcières... Magnifique. Nous devrions peut-être trembler...

    Il avait gratifié la Montespan d'un sourire aimable qui ne cachait qu'à peine sa pensée.

_________________________

    SUN KING
    code broadsword.


Parce que je le vaux bien:
 
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Sam 30 Nov - 0:43

    « Oh, mais pourquoi moi? »

    Il faut ici bien comprendre le sens de cette phrase, qui s’était mise à trottiner dans la tête de Louise de La Vallière. On peut remarquer que, dans sa vie, elle avait eu bien des raisons pour se répéter cette petite phrase. Mais pour l’instant, ce n’était pas à cause de son état de favorite, à cause du fait qu’elle était la femme la plus influente de toute la Cour et ce, sans le vouloir. Oh que non! En ce moment, elle se demandait ce qu’elle préférait : être en compagnies de sucrées lui minaudant tel compliment assez peu spirituel afin d’obtenir telle faveur, pour se gausser d’elle après, ou encore, être au milieu d’une dispute principalement composé de litotes et de sous-entendus, avec des remarques aigres parsemées ici et là, avec deux adversaires parmi les plus redoutables éloquents du XVIIe siècle : Louis XIV et Athénaïs de Montespan. Et Louise avait bien l’impression qu’elle allait servir dans le jeu de Louis. C’était un sentiment désagréable. Même, plus que désagréable. Et qu’il aille jusqu’à traiter Athénaïs de sorcière, c’en était trop. Louise avait bien entendu dire que les deux ne s’entendaient pas du tout, mais que cela aille jusqu’aux insultes bien cachées sous du vernis, mais bien présentes quand même, c’en était trop. Et dire que la sœur d’Athénaïs, Gabrielle de Thianges, et le Roi s’entendaient si bien…

    Il revenait à elle, donc, de tenter de désamorcer une dispute où elle allait probablement être le bouc émissaire. En détournant l’attention de tout cela? C’était la solution la plus sage à prendre. Mais comment faire, sans paraître trop impromptue? Dieu qu’elle aurait aimé avoir un de ces éclairs de génie qui lui arrivaient de temps en temps et qui la sortaient de situations embarrassantes. Mais il fallait croire que ce soir-ci n’était pas vraiment un moment grave. Peut-être que le meilleur moyen serait de dire, bien gentiment mais fermement, qu’elle ne tenait pas à être le centre d’une dispute, tout en espérant que Louis comprenne et, pour ne pas l’embarrasser davantage, il supporte pendant quelques petites minutes la présence d’Athénaïs. Mieux valait qu’elle reste un court laps de temps dans les appartements de la favorite plutôt que de se faire jeter dehors comme une vulgaire gueuse. Ce serait sans doute moins humiliant non seulement pour Athénaïs, mais d’une certaine manière, aussi pour Louise, qui serait touchée de façon plus indirecte.


    - Allons donc, serait-ce une manière de finir ainsi la journée? Des tournois tant prisés au temps de Philippe Auguste, il ne reste rien… Enfin faut-il croire qu’ils existent encore, et que le bel esprit a remplacé les lances… Et je ne tiens en aucun cas à vous voir vous entredéchirer!

    Ouf. Dieu que Louise espérait avoir ainsi désamorcé une bombe qui menaçait à tout temps d’éclater et qui avait déjà montré quelques fissures. Plutôt qu’encore empirer les choses, et avoir jeté du vinaigre plutôt que de l’eau sur le feu.


Spoiler:
 
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Lun 9 Déc - 11:34

Plus les secondes passaient, aussi lentement que des heures, plus la tension montait dans l'esprit de la marquise. Non content d'ainsi la mettre mal à l'aise, le roy faisait montre encore une fois de sa toute-puissance, de son statut de Dieu sur terre, il la rabaissait sans même avoir à prononcer une parole. Un simple regard de travers, ou une simple insinuation suffisait. Athénaïs bouillait intérieurement de ne pouvoir rétorquer pour le remettre en place, ce Bourbon. Mais il était souverain de ce royaume, elle n'était qu'un sujet parmi tant d'autre malgré son nom, elle ne serait jamais rien de plus et il lui fallait prendre son mal en patience. Elle ragerait une fois sortie de la pièce. Mais encore fallait-il qu'elle en sorte. Si son amie Louise tâchait d'apaiser tant bien que mal le malaise que pouvait éprouver Athénaïs, Louis, lui, semblait se faire un main plaisir de le prolonger. En quelques sortes, madame de Montespan se retrouvait à la place des pauvres courtisans qu'elle intimidait sans vergogne en utilisant son éloquence qui lui valait d'amuser ses amis.

Voilà que le roy venait sciemment de la comparer à une sorcière, montrant bien qu'il avait parfaitement entendu la conversation relatée de la marquise avec le chevalier de Lorraine concernant le chant d'une certaine sirène. A ces mots, Athénaïs ne put s'empêcher de poser son regard, qui était alors plus comparable à un éclair prêt à foudroyer sa cible qu'une charmante paire d'yeux azur, sur le roy, avant de baisser ses mirettes une seconde après, comme si elle n'avait jamais eu l'audace d'ainsi le regarder dans les yeux. Il l'insultait, c'était clair. S'il s'était agi d'une toute autre personne, elle l'aurait probablement giflée. Mais là, même y penser eut été péché. Elle prit alors une inspiration avec un sourire de coté, entendant son souverain émettre l'hypothèse d'une peur à éprouver.


-Loin de moi le souhait d'avoir l'affront de vous contredire, Sire, cependant, si je puis m'y risquer, tout-un-chacun à la Cour sait que Sa Majesté ne saurait trembler devant rien ni personne... avança-t-elle avec une fausse timidité à peine dissimulée.

Tout le monde savait également que la flatterie était l'une des armes les plus redoutables, et que les rois y succombaient facilement... Louis le Quatorzième aimait sans doute s'entendre complimenté. Et cette flatterie sur le courage du roy allait dans le sens de ce qu'espérait Louise, tout comme Athénaïs intérieurement: une trêve. Si la métaphore des joutes parut juste à la marquise, la naïveté avec laquelle son amie avait prononcé ces mots lui arracha un sourire, qu'elle ne tarda pas à faire disparaître de son visage. Il ne manquerait plus que le roy s'imagine qu'elle se moquait de sa favorite! Certes non. Mais il fallait bien avouer que le coté ingénu que montrait Louise bien souvent prêtait à sourire dans ce monde de requins qu'était la cour. S'entredéchirer? Mais toute guerre contre le roy était vaine puisque perdue d'avance. Eut-il était un homme ordinaire, qu'une joute verbale n'aurait guère effrayé la Montespan. Mais à quoi bon se battre contre un homme qui possédait tout et tout le monde? S'il la détestait encore d'avantage, elle se retrouverait confinée chez elle à Paris, à s'occuper de ses enfants et sans revenus. Que voilà une perspective inacceptable pour la marquise de Montespan qui ne vivait que pour respirer l'air de la cour.

Peut-être le moment était-il bien choisi pour demander la permission de quitter les lieux? Sa Majesté était sans doute impatiente de se retrouver seule avec sa tendre favorite, dans l'intimité de son appartement décoré avec goût. La marquise leva un peu le menton et le regard, et sans pour autant regarder le roy sans les yeux, elle lui adressa ses paroles, avec une voix maîtrisée autant que possible.


-Avec votre permission, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, Sire, je souhaite me retirer.

Vu l'opinion qu'il avait clairement montré qu'il avait d'elle, bien sûr qu'il n'y voyait pas d'inconvénient, cela semblait évident. Mais avec un être aussi imprévisible, les formules de politesse n'étaient pas superflues.
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Jeu 16 Jan - 17:28


    Pendant ses jeunes années, on avait longtemps pensé que le petit Prince avait un esprit lent, voire stupide. Lorsqu'il devint Roi, cet esprit devint par convenance posé et réfléchi mais tout de même... Qu'est-ce qu'il était lent. Ah ça pour sûr il ne ressemblait en rien à son cadet dont la vivacité ne cessait d'amuser la Cour, dont les cabrioles d'esprit tirait des rires et des sourires, parfois même des expressions outrées à la moins prude de ces dames c'est dire.
    Le Roi en revanche avait un esprit paresseux ou pire peut-être, un esprit d'escalier semblait-il.
    Le jeune Duc d'Anjou se moquait souvent de son frère lorsque celui-ci sortait un mot d'esprit. "De l'esprit ! Ce jour est à marquer d'une croix blanche !"
    Avec les années, comme les autres, Philippe dut apprendre à calmer ses ardeurs moqueuses.
    Il n'était pas lent, il était Roi. C'était à l'esprit des autres de faire preuve de zèle devant lui, de s'incliner et de se tordre en tous sens pour créer, séduire ou détruire et lui plaire. Lui pouvait se contenter de regarder, de sourire légèrement ou de faire une moue qui n'annonçait rien de bon avant de se détourner et d'ignorer, comme si cela n'avait jamais existé.
    Aussi était-ce déjà surprenant que Louis eut une réponse aussi mordante, cela ressemblait bien plus à son frère qu'à lui-même. Le monarque voyait d'ailleurs son sourire et entendait sa fine moquerie, douce moquerie, affectueuse. Le Roi son frère avait fait preuve d'esprit. Célébrez !
    Peut-être penserait-il à lui offrir une croix blanche. Philippe comprendrait immédiatement.
    Ou non.

    Il regardait la Montespan avec ce sourire aimable qui était le sourire le plus fréquent qu'il portait en public. Un sourire d'attention et de politesse pour encourager ou pour faire taire.
    Louis connaissait bien l'esprit Mortemart;  Vivonne avait passé toute son enfance à ses côtés, toute leur adolescence et il n'était pas dupe, il savait. Il sentait bien l'orage froissé qui régnait dans les yeux de la brillante Athénaïs et qu'il soutenait avec morgue. Elle ressemblait à son aînée, à l'exception que Gabrielle avait toujours eu cette force calme et ce regard pénétrant, à l'exemple de son esprit. Athénaïs n'avait rien à envier à sa sœur, mais elle était flamboyante, brûlante.
    Olympe Mancini avait aussi eu cette force-là, moindre toutefois. Louis avait constaté qu'il aimait être brûlé, légèrement bousculé. Anne-Marie Louise sa cousine savait aussi parfaitement taquiner le grand fauve, depuis qu'elle avait eu l'idée de canonner son royal cousin dans une époque qui lui était déjà lointaine.
    Le Roi appréciait le courage de ceux qui osait le critiquer, le moquer en règle et souvent le leur rendait bien.
    Mais pas cette femme-là. Pas celle qui lui mettait tant de bâtons dans les roues et qui l'irritait par ses minauderies pieuses. Louis ne répondit pas à sa flatterie.
    Il lui ferait rendre gorge, bien qu'elle l'eut magnifique.

    Ses yeux s'étaient légèrement égarés lorsque la Montespan eut baissé le regard. La voix de Louise le rappela plus sûrement encore.
    Il la regarda en silence un instant, finit par avoir un sourire.

    -Et je ne me résoudrais de voir sur votre visage une quelconque terreur ou inquiétude. De plus Madame de Montespan est une jouteuse aguerrie comme chacun sait. Nous lui laissons donc la gloire de bonne grâce.

    Louis embrassa de nouveau la main de son amante en voulant capturer son regard. N'était-il pas bon et généreux ?
    Il se tourna légèrement vers la Marquise, hoche de la tête.

    -Si vous devez vous retirer nous n'avons aucune raison de vous retenir Madame.

    Et cela l'arrangeait bien.


_________________________

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    code broadsword.


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