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 Une tasse de chocolat? + Athénaïs (clos)


Dim 13 Oct - 15:53



Il faisait froid - très froid. Étonnamment froid pour un mois de mars, mais le temps ne semblait pas à la clémence, pour les occupants du Château-Neuf. Dans les appartements de la Reine, Alix s'affairait en compagnie d'un nuage de domestiques. Elle se releva et essuya ses mains sur son tablier, ravie d'être enfin parvenue à allumer un feu dans l'âtre poussiéreux du salon jouxtant la chambre de la souveraine. La chaleur qui s'en dégagea enveloppa la pièce, arrachant des soupirs d'aise aux compagnes de la jeune femme. C'est tout de même bien plus agréable, remarqua l'un d'elles. Un sourire se dessina sur les lèvres d'Alix, puis elle se remit à l'ouvrage, tapotant les coussins des bergères en hêtre et des sofas de velours damassé.

Une des femmes de chambre de la reine les rejoignit, exigeant une tasse de chocolat pour la souveraine. Alix déposa ses coussins et acquiesça. Elle quitta les appartements royaux et descendit aux cuisines, en profitant pour admirer les jardins par les fenêtres. Elle aimait le Château-Neuf plus qu'elle n'aurait accepté de le dire. Attachée à sa vie et à son emploi dans cette demeure, elle voyait d'un mauvais œil les chantiers de Versailles, où le roi avait failli périr. Pensant à son royal amant, la domestique atteignit les cuisines, y transmettant la commande de sa maîtresse. Appuyée sur l'une des tables de bois où se préparaient les menus servis à la famille royale, Alix écouta les cuisinières et les marmitons se plaindre des intempéries et des fameuses giboulées de mars qui paralysaient les activités extérieures, rapatriant toute la cour à l'intérieur et leur donnant encore plus de travail. Elle haussa les épaules et leva les yeux au ciel, leur intimant de cesser de se plaindre. Ils jouaient leur place, à proférer de telles remarques.

Lorsque le chocolat fut prêt, Alix le remonta. Elle transmit le plateau à sa collègue et retourna à ses tâches. Alors qu'elle s'occupait à dépoussiérer les rideaux de velours pourpre, la porte du salon s'ouvrit et le portier annonça la marquise de Montespan. Un sourire courba ses lèvres, tandis qu'elle se retournait pour s'abaisser devant la visiteuse. Elle remarqua alors que les autres domestiques avaient déserté la pièce, la laissant seule face à face avec la marquise. La rencontre s'annonçait des plus palpitantes.
Madame la marquise, dit Alix en se courbant d'une rapide révérence.  


Dernière édition par Alix Albray le Ven 13 Juin - 19:05, édité 3 fois
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Dim 13 Oct - 16:53


L'air frais de cette matinée de mars était vivifiant et avait rosi les joues d'Athénaïs. Les petites herbes du jardins étaient recouvertes de givre, et en passant le long des fenêtres, la vue rapide de ces végétaux ainsi blanchis était quelque chose de surprenant, voire d'entêtant. La marquise pressait le pas, de peur d'être en retard au levé de la reine. Ses préoccupations, ces temps-ci, avaient tendance à lui faire oublier toute notion du temps. ce fut donc d'un bon pas rythmé par le son de ses talons sur les parquets cirés du château qu'elle atteignit les appartements royaux. Elle se fit annoncer et remarqua à la vue de  la pendule que non seulement elle n'était pas en retard, mais nettement en avance. Bon, eh bien il lui faudrait attendre l'arrivée de la comtesse de Soissons, surintendante de la maison de la reine, avant que de commencer le rituel du levé. Visiblement, aucune autre dame n'était arrivée. Elle entra dans le petit salon et remarqua la présence de l'une des domestiques de l'espagnole. Alix Albray, de son nom, était une de celles qu'elle croisait fréquemment. Elle la regarda s'incliner devant elle et lui adressa un petit signe de tête en guise de salutation.

-Sa Majesté est-elle éveillée?

Sans doute la domestique le saurait-elle. Cela lui permettrait de savoir si elle devrait se rendre auprès d'elle ou attendre la venue de sa supérieure hiérarchique. En attendant la réponse d'Alix, Athénaïs ne put que remarquer les douces températures qui régnaient dans la pièce. En effet, parcourir les corridors assez mal chauffés du château avait quelque peu glacé ses mains, pourtant enrobées de gants en cuir, et surtout ses pieds. Mais en quelques secondes de présence en ce lieu, la marquise sentait que ses extrémités se réchauffaient tout doucement. Elle s'affaira à retirer ses gants, tirant sur chaque embout de doigts un à un avant de les ôter d'un geste leste et gracieux. Une fois la paire retirée et sa cape défaite, elle tendit tout cela à Alix, puisqu'elle était la seule domestique présente dans le petit salon, et entendit "grogner" sa souveraine de maîtresse. Elle avait donc sa réponse. Celle-ci était éveillée et il lui faudrait donc l'aller servir au plus vite. Sans mot dire, elle se précipita vers la chambre de la reine et s'y engouffra. Celle-ci semblai pester de la température trop élevée de sa boisson, qui n'était autre qu'un  chocolat chaud, comme toujours. La marquise entra, effectua les trois révérences traditionnelles, et se rendit auprès de Marie-Thérèse, toujours assise dans son lit. Celle-ci semblait de bien mauvaise humeur, ce qui annonçait une journée des plus désagréables pour les dames de compagnie, et Athénaïs maudissait Olympe de ne point être arrivée avant elle. Alors qu'elle prit le parti d'ignorer la mauvaise humeur de la reine, espérant qu'ainsi elle l'oublierait aussi, elle choisit de lui parler de la manière la plus agréable possible pour l'apaiser, ce qui eu pour effet d'accentuer ses plaintes. Elle se vit ordonner de lui aller chercher dans son salon, un recueil de poèmes espagnols. "Comme si cela ne pouvait pas attendre qu'elle soit habillée" songea la marquise tout en se rendant vers la porte pour retourner là d'où elle venait.


Dernière édition par Athénaïs de Montespan le Lun 21 Oct - 13:58, édité 2 fois
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Dim 20 Oct - 16:32


Oui-da, madame. Sa Majesté est éveillée et a exprimé le vœux d'un chocolat chaud. Elle doit être sortie de son lit à cette heure, madame, répondit Alix à la question de la marquise. Certes, madame. Oui, madame. Non, madame. A vos ordres, madame. Il n'y avait que cela, dans les bouches des domestiques. Nulle preuve d'une quelconque intelligence de la part de ceux qui n'étaient rien de plus que le mobilier du château royal. Certaines employées n'étaient pas plus intelligentes qu'une grue, mais pour celles capables de réfléchir et de tenir une discussion argumentée sur la plupart des sujets, un tel asservissement devenait blessant.

Et pour ne rien arranger, Alix était une femme intelligente à l'orgueil démesuré. Rien de bien pour réussir dans ce monde à son niveau social. Satisfais-toi de ce que tu as, lui disait son père dans son enfance. Ils avaient passé par l'opulence avant de finir dans la ruine et la misère la plus infâme. Jamais la domestique ne voudrait avoir à repasser par-là. Jamais.

Alix prit les gants et la cape de la marquise avec déférence, se demandant quelle serait la mort la plus stupide pour une personne d'un tel rang. S'étouffer dans ses jupons semblait une bonne option. Esquissant un sourire, la domestique alla déposer les affaires de l'aristocrate dans la pièce voisine, tandis que la Montespan rejoignait la reine à son chevet. Alix retourna dans le salon jouxtant la chambre royale et s'affaira. Elle entendit alors que la souveraine souhaitait un recueil de poèmes espagnols. La domestique ouvrit la bibliothèque et en sortit le petit livre relié de cuir bleuté qu'affectionnait tant Marie-Thérèse. Elle le posa sur le secrétaire de hêtre et retourna à ses tâches.

L'un des chandeliers de la pièce avait attiré son attention quelques jours auparavant et depuis lors, Alix cherchait le meilleur moment pour le dérober. L'attacher aux paniers sous ses jupons nécessiterait d'être seule dans la pièce un court instant. Mais il serait tout à fait possible de quitter ainsi le château pour rejoindre sa maison. Elle s'en approcha, passant de son chiffon dessus, en admirant les rebords ouvragés. L'objet devait être en or, mais son éclat s'était légèrement terni. Cela ne l'empêcherait cependant pas d'en tirer un bon prix. Jetant un coup d’œil à la porte donnant sur la chambre de la reine, elle vit qu'elle s'ouvrait, signifiant que la marquise revenait dans la pièce. Il lui faudrait donc attendre le bon moment mais c'était décidé, elle le volerait ce jour.


Dernière édition par Alix Albray le Dim 27 Avr - 17:38, édité 1 fois
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Lun 21 Oct - 14:29


La marquise passa donc la porte de la chambre de la Reine pour arriver au salon qu'elle avait quitté quelques instants plus tôt. Se dirigeant vers la petite bibliothèque de bois précieux et laqué, elle s'aperçut alors que le recueil que la souveraine réclamait avait été sorti et déposé sur un secrétaire. Elle le prit en souriant, se demandant qui avait été assez prévenant pour le sortir. Elle avait encore dans les naseaux l'odeur délicieuse du chocolat de Marie-Thérèse. Elle aurait bien voulu en avoir une tasse elle aussi, mais l'heure n'était pas au goûter, il y avait tant à faire. Il fallait préparer et habiller la Reine, la faire déjeuner, aller à la messe et attendre ses instructions pour le reste de la journée. En temps normal, une souveraine avait tant à faire, mais Marie-Thérèse avait décidé qu'elle était au-dessus de tout ça. Du temps d'Anne d'Autriche, tout était bien différent, la reine-mère tachait tant bien que mal d'inculquer ces règles à sa belle-fille et nièce. Mais à présent qu'elle était décédée, l'épouse du soleil semblait s'être renfermée sur elle-même. Athénaïs, comme quelques autres dames, essayaient de continuer ce que la défunte mère du roy avait commencé, tentant de lui faire entendre mieux le français et la pousser gentiment vers ses tâches de Reine. Mais cela semblait peine perdue, bien souvent la Reine se braquait, prétextant des maux, une grossesse ou une certaine lassitude. Clairement, son Espagne natale lui manquait.

La marquise se redirigea vers la porte de la chambre de la Reine et remarqua alors la présence d'Alix, de nouveau, seule dans la pièce. C'était forcément elle qui avait sorti le recueil. C'était bien aimable à elle d'avoir pris cette initiative, et la belle dame se dit qu'il fallait souligner cela.


-Merci pour le recueil, sourit-elle.

Puis, sans attendre de réponse, elle ouvrit de la porte de la chambre. Elle apporta le petit ouvrage à Sa Majesté qui le prit dans ses blanches mains après avoir reposé sa tasse vide. Apparemment, elle l'avait englouti malgré ce qu'elle pestait précédemment de sa température. intérieurement, la marquise se dit que cette femme était un mystère de la Nature, impossible de la suivre. Elle se risqua alors à demander à sa maîtresse si elle souhaitait être habillée avant l'arrivée des autres dames. L'espagnole la regarda en fronçant les sourcils, décréta que non et qu'elle ne ferait rien avant l'arrivée de la Comtesse de Soissons. Qu'elle n'avait qu'à retourner attendre son arrivée au salon et ne point reparaître avant. Quelle mouche avait piqué la Reine? Athénaïs n'en savait rien, mais sans doute s'était-elle prise de bec avec le roy. Oui, c'était sans doute cela, chaque fois qu'elle se disputait avec lui ou qu'il ne venait pas l'honorer, elle était d'une humeur de chien. La marquise se retint de soupirer et se dirigea une seconde fois vers la porte pour atteindre le salon. Elle avait l'impression d'être un petit chien à qui l'on demandait d'aller chercher ceci ou cela, et à présent d'attendre sagement qu'on la sollicite à nouveau. Ce sentiment l'énervait un peu, mais elle n'avait pas le choix.

Elle entrouvrit la porte en silence, la passa et la referma avec tout autant de discrétion. En se retournant, elle fut surprise d'apercevoir Alix, de dos, dans un étrange position. Elle n'avait plus l'air d'une domestique qui époussetait les objets de sa maîtresse. Que faisait-elle? Il lui semblait qu'elle dissimulait quelque chose. Athénaïs ne pouvait se résoudre à penser que cette femme était en train de voler. Mais que pouvait-elle faire d'autre? Instinctivement, la marquise s'approcha d'elle, tout aussi silencieusement, afin de vérifier ses craintes. Lorsqu'elles furent confirmée, Alix était clairement en train de dissimuler un chandelier sous ses jupes, Athénaïs en fut abasourdie.


-Vous! s'exlama-t-elle. Qu'êtes-vous en train de faire?!

Cette question, à présent tout à fait rhétorique, était sortie toute seule.

-Je ne peux croire ce que je viens de voir! J'espère que vous avez une bonne explication à me fournir!


Dernière édition par Athénaïs de Montespan le Jeu 5 Juin - 9:05, édité 1 fois
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Dim 27 Avr - 17:28


Alix ne parvenait pas à détourner son regard du reflet doré du chandelier. Que pourraient-ils s'offrir s'ils parvenaient à vendre une telle merveille ? Alix osa penser que si un tel objet se retrouvait sur le marché dans les ruelles sombres de la capitale, Albert et elle pourraient enfin quitter Paris. Elle les voyait déjà dans une charmante petite maison de campagne, dépensant sans compter leurs gains pour vivre tel la bourgeoisie citadine. La domestique s'imaginait vêtue de splendides robes de satin ou d'élégants déshabillés de soie. La vente du chandelier changeraient leurs vies à jamais. Ils auraient peut-être même assez pour envoyer les enfants chez une nourrice ainsi, Alix aurait son mari pour elle-seule.

La voix de la marquise de Montespan raisonna dans la pièce, suivie d'un long silence. Alix retira la main du chandelier et se retourna lentement vers la noble.


« Certes oui, madame, j'astiquais ce chandelier » répondit-elle en montrant son chiffon comme pour tenter de se justifier.

La marquise pouvait-elle avoir lu dans ses pensées ? Après tout, il n'était pas dans les habitudes d'une domestique de rester tant de temps plantée comme un pilier de cheminée devant un objet de valeur. La Montespan pouvait-elle savoir ? Alix pouvait-elle prendre le risque d'avoir été découverte ? Plusieurs objets de valeur avaient disparu depuis son arrivée mais elle était bien trop insignifiante pour qu'on lie les disparitions à sa présence au château.

La jeune femme regarda autour d'elle, vérifiant qu'elles étaient seules. Les autres domestiques étaient occupées à ouvrir les volets dans les appartements de la reine et le lever de la souveraine n'avait pas encore attiré les courtisanes à son côté. Alix arqua un sourcil. Elle n'avait pas d'autre solution. Elle tendit la main et saisit l'un des tisonniers. Tout en laissant la pointe vers le sol, la domestique s'avança vers la marquise.


« Vous aurez certainement compris qu'il est dans votre intérêt de n'en toucher mot à sa majesté, madame la marquise » murmura-t-elle en réduisant à quelques centimètres la distance entre elles. « Ne faîtes pas l'erreur de mépriser mes menaces, madame » ajouta-t-elle sans lâcher la Montespan du regard.  
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Lun 28 Avr - 13:37

Bien entendu, la domestique se défendit des accusations de la marquise. Elle astiquait le chandelier? Vraiment? Quelle excuse pitoyable. Enfin, il fallait bien essayer, sans doute.

-Vous l'astiquiez? Avec vos jupes? Vous vous moquez!

Mais alors que la marquise reprenait sa respiration pour lui asséner une autre phrase acide, Alix, après quelques regards autour d'elles, se saisit d'un tisonnier et s'approcha d'Athénaïs. Etait-elle en train de la menacer? vraiment? Les yeux de la marquise s'assombrirent alors. Bon, au moins, ses doutes étaient fondés, elle n'avait pas la berlue, ce qui était une bonne chose. Cependant, comment était-il possible pour une seule femme, de réussir à se sortir d'ennuis désastreux pour se replonger dans d'autres problèmes juste après? La poisse semblait s'être emparée de la vie de la marquise.

La belle dame fronça les sourcils, voulant résister. Il n'était pas dans son caractère de céder à un quelconque chantage. Néanmoins, inconsciemment elle recula d'un pas. Enfin quoi, cette femme était armée! D'un tisonnier. Elle aurait beau crier, le temps que quelqu'un vienne, Alix l'aurait embrochée et aurait quitté les lieux. Il fallait cependant faire quelque chose, dire quelque chose.


-Vous menacez ma vie, à présent? demanda-t-elle d'une voix un peu plus calme, qui en fait était pleine de réserve. Pensez-vous que cela soit judicieux? Qu'espérez-vous réellement?

Il fallait gagner du temps. En parlementant, peut-être que quelqu'un finirait par pénétrer dans la pièce, et la domestique serait forcée d'éloigner de la marquise ce dangereux tisonnier qui, malgré tout était toujours pointé vers le sol. Athénaïs avait furtivement jeté un oeil sur cette pointe avant d'à son tour ne pas quitter des yeux celle qui la menaçait.

-Nous pouvons sans doute trouver un terrain d'entente, en femmes civilisées que nous sommes, n'est-il pas?

Négocier avec une domestique. La marquise soupira intérieurement. Elle avait déjà négocié, ou tenté du moins, avec un voleur, maintenant avec une domestique tout aussi voleuse... Le Ciel se moquait-il d'elle? Une petite aide divine n'aurait pas été de refus...
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Mer 30 Avr - 18:26



Judicieux, de s'attaquer à l'élite du royaume ? Alix en avait vu d'autre. Elle avait presque castré un soldat aux mains quelque peu empressées auprès de son arrière-train. Et vu la tête qu'il faisait dès qu'ils se croisaient lorsqu'elle se rendait au palais, il ne devait pas en garder un agréable souvenir. La domestique n'était pas de ces frêles dames tremblant comme des feuilles face au danger. Et, en l'occurrence, elle n'était pas de ceux qui ploient devant un nom et un tabouret chez la reine. Le titre de la Montespan ne lui faisait pas peur.

Alix ne pouvait empêcher un sourire de courber ses lèvres. Après tout, cette femme si richement parée et à la naissance noble venait de reculer face à ses menaces. Après tout, face au danger, elles étaient deux femmes – rien de plus. Se cacher derrière un titre, des terres, un château, des engageantes de dentelle et des colliers de perles n'avait jamais sauvé la vie de quiconque. Il était cependant fort possible que d'autres, dépourvus de tout ceci, en soient morts. Alix le savait, sa parole ne vaudrait rien contre celle d'une marquise. Il n'était cependant plus temps de faire marche arrière. Son geste l'engageait dans un chemin qu'elle ne pouvait désormais plus quitter. Elle devait aller jusqu'au bout, quitte à se mettre en danger – si ce n'était déjà le cas.

« Mais certainement, madame » répondit Alix avec ironie en moquant une révérence. « En femmes civilisées que nous sommes, vous comprendrez certainement que je doive assurer la subsistance de ma famille, tout comme vous êtes indispensable à la votre. Je suppose » ajouta la domestique.

L'argument familial n'était pas le plus habituel chez Alix, mais elle préféra jouer la carte des enfants. Après tout, Athénaïs de Montespan était une mère – tout comme elle. Peut-être pourrait-elle comprendre ? Pour Alix, rien n'était moins sûr. Elle procéda donc autrement.


« Je ne vous demande guère, madame. Seulement votre silence » dit-elle en crispant son poing autour du tisonnier. « Ce chandelier ne disparaîtra pas, mais il me faut votre parole » ajouta-t-elle. « Vous êtes intelligente, madame » dit Alix en s'approchant encore plus de la marquise. « Comprenez donc que je n'ai pas d'états d'âme. Jamais » finit-elle avec un sourire amusé. « Jurez de votre silence, madame la marquise. Et je vous laisserai en paix ».
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Mer 30 Avr - 20:47


Sans pourtant être couarde à l'ordinaire, Athénaïs sentait la peur l'envahir à mesure qu'elle observait le regard de la domestique. Alix avec une sorte de lueur froide dans les yeux, qui faisait parfaitement comprendre qu'elle était prête à tout et ne reculerait devant rien. En effet, ses menaces n'étaient pas à prendre à la légère. Elle prétendait n'avoir rien à perdre, cependant elle commença à parler famille. Peut-être fallait-il s'engager sur ce chemin-là alors. Bien entendu, la marquise n'avait aucune idée de la vie privée d'Alix, et venait donc d'apprendre qu'elle avait une famille. Elle déglutit doucement, et reprit sa respiration pour parler.

-Certes, une mère est toujours indispensable à sa famille, et je gage que, puisque vous l'êtes aussi, votre travail est important pour vous. Pourquoi donc prendre de tels risques puisque travailler pour la reine vous apporte certainement de quoi prendre soin des vôtres?

Faisant mine de passer l'éponge cette fois seulement sur l'incident, la marquise hocha la tête lentement en fermant les yeux l'espace d'une seconde, avec un léger sourire.

-Disons qu'il s'agit là d'une erreur de parcours de votre part, et je suis prête à fermer les yeux pour cette fois. Mais sachez que vous aurez beau menacer quiconque vous prendra en flagrant-délit, vous ne tomberez guère toujours sur personne aussi clémente que je puis l'être.

Ceci adoucirait-il Alix qui semblait bien déterminée à effrayer Athénaïs par tous les moyens? Elle avait bien remarqué que la domestique avec serré sa main autour du tisonnier, et la marquise espérait fort que quelqu'un arriverait sous peu pour interrompre ce dialogue des plus désagréables. Mais il semblait que la reine ne s'impatientait pas, et que les dames n'étaient point pressées de venir gagner leur poste en avance. Malgré l'angoisse qu'elle sentait monter en elle, Athénaïus ne s'abaisserait pas à supplier ou à pleurer pour susciter la pitié de cette femme qui par ailleurs semblait ne pas en avoir. Elle gardait la tête haute et son allure fière malgré qu'elle ne se sentait guère en sécurité face à Alix.

-Vous me laisserez en paix? Vraiment? Et pour combien de temps? Jusqu'à ce qu'il vous prenne l'envie de voler à nouveau quelque chose sous mon nez? Me demandez-vous également de mentir à ma reine? Pécher auquel je ne puis me résoudre puisque j'ai juré de la servir corps et âme. Et en acceptant ce poste, vous aussi d'ailleurs. Pourquoi donc faut-il que vous soyez si malhonnête? N'avez-vous pas un toit sur votre tête, une livrée en bon état, un salaire correct? Quel besoin avez-vous de voler ceux qui vous nourrissent?

Parfois, elle parlait avant de réfléchir, et cette fois-ci en faisait partie. A peine eut-elle fini sa tirade qu'elle s'en mordit les doigts. Il fallait qu'elle soit folle pour ainsi tenir tête à une femme qui la menaçait physiquement et sans témoins.

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Ven 30 Mai - 11:08



L'atmosphère s'était nettement refroidie, dans le petit salon, malgré la chaleur réconfortante du feu de bois. La confrontation entre les deux femmes pouvait s'achever à chaque instant par l'entrée d'une domestique ou d'une dame de la Cour mais pour le moment, Alix et la marquise se regardaient en chiens de faïence. Le plaisir de voir la divine Athénaïs hésitante et presque effrayée valait bien le risque d'être prise la main sur un chandelier. La partie se corsait.

« Certes cet emploi m'apporte de quoi nourrir ma famille. Cependant, l'ambition d'une femme ne peut décemment être si aisément assouvie. Il serait bien triste de s'accommoder de si peu, ne pensez-vous pas ? » La marquise semblait vouloir agir comme tous ces Grands le faisaient à longueur de journée – oublions, ma bonne fille, oublions. Mais Alix n'était ni stupide, ni vide d'orgueil. « L'intelligence est de menacer au bon instant, ma dame » objecta Alix en faisant un pas de plus vers la marquise, réduisant encore un peu plus la distance les séparant. La domestique pouvait sentir les effluves du dispendieux parfum dont la noble s'était couverte. Elle fit une légère grimace de dégoût. Le chandelier pourrait lui permettre de s'offrir d'agréables senteurs pour ravir Albert.

« Je n'ai cure de votre clémence. Ce que je demande, c'est votre parole. Rien de plus. J'ai suffisamment de jugeote, madame, pour éviter cette erreur une seconde fois. Plus rien ne disparaîtra sous votre nez, dorénavant. » Bien entendu, elle ne promit rien pour tout ce que la marquise ne pouvait couver de son regard vert. « Si le chandelier reste à sa place, sa majesté n'aura nulle question à vous poser quant à sa disparition. Ainsi, vous ne transgressez pas votre morale » ajouta-t-elle avec une pointe d'ironie. Qu'avaient-ils donc, tous ces nobles catholiques, avec leur prétendue morale chrétienne ? Ils se prétendaient vertueux pourtant, les pires intrigues et complots de la cour n'étaient certainement pas fomentés par une troupe de protestants.

Les guerres qui avaient enflammé la France bien des années auparavant ne s'étaient pas étouffées avec la présence du roi François à Nantes et la signature de l'édit qui avait assuré la liberté de culte à tous ses sujets. En secret, derrière les façades rutilantes des sourires et des courbettes, les guerres avaient repris – bien plus sombres et meurtrières que les précédentes. Les combats armés étaient devenus joutes verbales, prenant pour champ de bataille les arcades d'albâtre et les couloirs dorés du Château-Neuf. Dans le dos du Roi, avec son accord tacite, les factions religieuses s'opposaient et tant que nul décès n'était à déplorer, le souverain s'en accommodait avec bonhomie.

Il y avait tellement plus que leurs bourses pleines, leurs toilettes charmantes et leurs airs raffinés, à haïr. Et par malchance, la marquise de Montespan cristallisait toutes les colères et frustrations d'un petit peuple pendu à la lame du tisonnier que tenait Alix. Elles n'étaient pas seulement deux femmes s'opposant l'une à l'autre – elles étaient deux couches de la société, deux mondes totalement divergents et qui ne savaient cohabiter ensemble sans dégâts.

« Je le répète une seule et dernière fois, madame » coupa Alix. « Promettez de garder le silence. Ce chandelier reste ici et je passerai mon chemin sans vous nuire aucunement. »
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Dim 1 Juin - 14:07

Aussi asservie et obéissante qu'Alix pouvait paraître au quotidien, elle s'avéra être en cet instant une diabolique négociatrice, et Athénaïs, dos au mur dans tous les sens du terme, ne voyait d'autre planche de salut que de céder à son chantage. Après tout, la domestique le tournait bien à son avantage et négociait pour qu'elle accepte: elle ne volerait rien sous son nez, ne l'obligeant pas à mentir ou dissimuler quelque chose que la marquise aurait vu. La présence du tisonnier si près d'elle, et fermement tenu par cette voleuse, Athénaïs n'eut guère plus envie de jouer les aventurières. Elle ferma les paupières une seconde pour prendre une lente inspiration, gonflant ainsi sa poitrine, et libéra l'air de ses poumons doucement. Elle rouvrit ses yeux et fixa de ses iris azurs son interlocutrice qu'elle trouvait dorénavant incroyablement machiavélique.

-Fort bien. Vous avez ma parole.

Elle espérait à présent que la domestique s'éloigne d'elle à distance respectable. Comment pourrait-elle un jour confesser cela dans commettre un pécher en manquant à sa parole? Mais la sécurité de la Reine n'était-elle pas la chose la plus importante? Bref, pour l'heure, la question importante était de sortir de cette pièce et s'éloigner le plus possible de cette Alix de malheur!

-Vous l'avez, alors à présent, tenez la vôtre et éloignez cet objet de moi, je vous prie!

Elle se dégoûtait d'avoir ainsi céder à pareil chantage, mais qu'aurait-elle pu faire d'autre? Les roturiers savaient se battre, et elle ne savait que broder! Comment pouvait-elle se défendre contre Alix qui semblait si déterminée? La culpabilité, en plus de la peur, l'avait à présent envahie. Elle tâcha de dissimuler l'émotion qui lui faisait monter les larmes aux yeux. Plus que jamais elle regretta d'être arrivée en avance!

Soudain, la voix de la reine se fit entendre. Celle-ci pestait que la comtesse de Soissons mettait trop de temps à arriver. Elle appelait à présent Athénaïs pour qu'elle commence à l'habiller. Jamais la marquise n'aurait cru être si heureuse de se voir réclamer avec une telle humeur de la reine. Ses yeux pétillants d'espoir, après avoir machinalement tourné la tête vers la porte close, se posèrent à nouveau sur Alix. La domestique 'navait pas le choix que de libérer la dame, si elle ne voulait pas éveiller de soupçons.
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Mer 4 Juin - 21:54



Alix se sentait l'âme d'un vainqueur. Fière et droite devant la marquise de Montespan, elle lui arrachait sa parole et, avec, devenait – l'espace d'un instant – plus puissante qu'une femme de la Cour. A cause d'un bête chandelier en argent, une domestique avait défié une noble et s'en tirait à bon compte. Il lui faudrait certes être particulièrement prudente désormais, mais sa victoire n'avait pas de prix. Ses yeux brillèrent d'une lueur machiavélique, tandis que sa victime reconnaissait sa défaite à voix haute. Le délice de la voir accéder à son désir transcendait tout le reste. Cependant, la voix de la reine à travers la porte ouvragée la ramena à sa médiocre situation. Elle n'était, après tout, rien aux yeux du monde – un insecte sur la roue d'un carrosse. Les domestiques de la demeure royale n'étaient rien de plus que des meubles, ce qui avait l'intérêt non négligeable qu'ils pouvaient rester dans une pièce lors d'une entrevue plus ou moins secrète. Les plus folles rumeurs trouvaient leurs sources en cuisine et dans les laveries royales, parmi les flots de commérages échangés entre deux lavages, ou deux plumages.

Alix rangea le tisonnier près de la cheminée et fit volte face vers la marquise. Après un rapide coup d’œil à la porte qui ne s'ouvrait toujours pas, elle murmura en pointant son index vers l'autre femme. « N'oubliez pas notre accord. Je n'hésiterai pas à le rappeler à votre bon souvenir ». Elle enleva son chiffon de sa ceinture et retourna à ses tâches, tandis que la porte s'ouvrait et que l'une de ses compagnes d'infortune demandait à la Montespan de rejoindre la reine pour son lever. Alix scella leur accord d'un dernier regard avant de quitter la pièce pour rejoindre la salle d'eau de la reine. La domestique savait parfaitement qu'elle n'avait pas joué fin en se laissant aussi bêtement surprendre. Pourtant, ce jour-là, il n'y eut personne au château pour s'inquiéter de la disparition d'une demi-douzaine de bougies en cire.
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