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 Ac noctem ad dies - PV : Catherine Duparvis


Dim 12 Jan - 17:51

    L'heure était à l'intermède final. Peu de convives encore avait déjà quitté les lieux, paressant encore quelque temps, épars dans les salons où tous s'étaient dispersés, un peu hagards et étourdis des ivresses et découvertes qu'ils s'étaient offerts la nuit durant, hésitant encore avant d'avoir le courage de marcher de nouveau pour rejoindre leurs coches respectifs, leurs masques dissimulant mal la fatigue. L'heure de partir selon les estimations du jeune homme. Et déjà Lorraine délaissait en douceur les bras auxquels il s'était abandonné plus tôt, profita d'un miroir croisé pour se redonner des airs plus civilisés avant de revêtir un ample manteau sombre mangeant d'ombre la moitié de son visage, tandis que l'autre moitié disparaissait sous celle du chapeau.

    Cela avait été de ces réceptions dont on ne faisait guère la promotion haut et fort, mais au sujet desquelles on murmurait dans les couloirs et aux seuls initiés – ou pensaient-ils qu'ils l'étaient – qu'elle aurait lieu bientôt, laissant planer mystères et énigmes sur le lieu et l'heure, dont on glissait une devinette dans l'invitation susurrée. Une de ces réceptions qui auraient fait hurler les dévots, mais qu'on tolérait pourvu qu'elles restassent discrètes, où les esprits curieux croisaient les personnages étranges, où l'on se plaisait à croire imiter les Anciens et où les comportements se libéraient sous la licence des masques portés.
    Nulle surprise d'apprendre que sa devineresse s'y trouverait, apportant sa touche de mystique aux divertissements prévus. Sitôt qu'il l'avait appris, Lorraine avait décidé qu'il profiterait de l'occasion... Sans prendre la peine d'en avertir Catherine. Après tout, pourquoi perdre du temps quand l'évidence s'imposerait d'elle-même ?
    A peine arrivé, il avait fait savoir à ses gens qu'il souhaitait la voir rentrer avec eux, et non par le coche destiné à ramener la devineresse en toute discrétion à sa vie de rubanière. Il fallait qu'ils le fissent sans qu'on s'en rendît compte, au nez et à la barbe de l'organisatrice de la réception, laquelle serait de toute manière bien occupée ailleurs. Il n'avait pas précisé la manière : menace, corruption, ou autres fourberies, qu'importait pourvu qu'ils fussent efficaces et d'une discrétion exemplaire.
    A l'intérieur, il avait été vite évident que nombre de spécialistes en kabbalistique, d'astrologues et autres tireuses de cartes n'avaient absolument pas prévu d'avoir à affronter autant de leurs confrères et consœurs ni autant de paires d'yeux et d'oreilles curieuses. Trop de lumière et de spectateurs pour ces artisans de l'ombre malgré le peu volontaire de bougies allumées. La maîtresse de cérémonie n'avait visiblement pas jugé utile de leur faire connaître les conditions quelques peu... exceptionnelles de la nuit.

    Lorsqu'il avait reconnu sa devineresse – la pauvrette ayant été installée vivement non loin d'un charmeur de serpent qui ne le charmait pas si bien - , Philippe avait feint la surprise avant d'assurer ceux qui l'entouraient alors du sérieux du don de la jeune fille, de ce qu'elle avait de tout à fait extraordinaire. Avec force souvenirs de prédictions parfaitement inventées, il lui gagna en quelques minutes toute une coterie de curieux soudainement très empressés de connaître ce que l'Avenir leur réservait, ce que les cartes leur révéleraient. Parmi lesquels figuraient quelques personnes qu'il espérait bien voir mordre définitivement à l'hameçon et refaire appel à Catherine plus tard, plus discrètement.
    Satisfait de son petit jeu, le jeune homme était alors allé chercher ailleurs les plaisirs qui s'offraient partout, au bras d'une plantureuse créature au masque flamboyant et aux jupons plus accueillant encore aux mains très baladeuses. De quoi épicer toutes les découvertes de la nuit...

    Cela semblait une éternité plus tôt déjà.

    Dehors, tous les coches se ressemblaient : noirs et sans armes, tout élément permettant la reconnaissance soigneusement dissimulé, à l'exception des propriétaires les moins sages. Mais le valet qui l'accueillit dès qu'il eut passé le perron savait parfaitement où se trouvait celui de son maître et l'y mena promptement. Le ciel était couvert, les étoiles voilées, mais il ne pleuvait. Pas encore. Le vent frais portait l'humidité et annonçait l'averse aussi sûrement que la pâleur à l'Est annonçait une aube proche, bien que sans soleil. Le trajet de Saint-Mandé à Paris serait donc placé sous le signe des rafales et giboulées.

    Une botte déjà sur le marche-pied, d'un regard interrogatif, Lorraine interrogea le valet sur la présence de la devineresse.

    -Elle est déjà là.
    -Bien.

    Et tandis que les premières gouttes se mirent à tomber finement, Lorraine pénétra dans le carrosse où il reconnut sans mal la jolie rubanière malgré la pénombre ambiante tout juste atténuée par un lumignon dans sa lanterne.

    -Ma chère Catherine..., la salua-t-il d'une voix souriante, comme si la situation était la plus banale qui soit.

    Le jeune homme se saisit d'épaisses couvertures de laine placées sous l'un des deux sièges pour les protéger de l'humidité ambiante, en tendit une à la jeune femme et plaça l'autre à son côté tandis qu'il s'installait face à elle, les jambes étendues. L'aube promettait d'être fraîche, mais il attendrait que la fatigue le fasse frissonner pour plus se couvrir. Il frappa enfin d'un coup sec sur la paroi du coche, qui partit aussitôt au trot de l'attelage.
    Dans la lumière ballottée du lanternon au plafond, la chevelure flamboyante de la devineresse prenait mille reflets – cuivres et ors, flammes et roussis de feuilles automnales.. - avec une soie invitant la main à toucher. Ce qu'il ne fit pas alors même que cette petite tentation lui rappela une conversation qu'il s'était promis d'éclairer et qui eut le don d'atténuer son sourire et de le rendre plus songeur.

    -Est-ce toi la devineresse que le marquis de Souillac a .. invitée pour tirer les cartes à ses amis ? Si cela était, tu serais bien avisée de ne pas t'y rendre quel que soit le prix qu'on t'a fait miroiter. Ces gentilshommes goûtent fort la bonne chair, de quelque nature qu'elle soit. Ce dont je me garderais bien de leur faire reproche. Mais ils ont tendance à prendre les "non" pour d'invitantes manières. Et la vertu comme un devoir de leur plaire...

    Pléonasme... Ces messieurs semblaient de fait trouver un bien grand plaisir à obtenir ce qui leur était refusé. Et plus l'oiseau était exotique plus ils en semblaient comblés. Une devineresse avait de quoi leur ouvrir l'appétit. Et qui s'en plaindrait ? Personne dont la parole eut un poids quelconque contre de si hauts personnages. Tout au plus leur demanderait-on plus de discrétion... Seulement... :

    -Il me déplairait que tu souffres d'une telle mésaventure par ignorance, précisa-t-il comme le sourire lui revenait. Te voilà aux faits.

    En ce qui le concernait, Philippe estimait déjà l'affaire close, la jeune fille étant prévenue, et ce n'était pas les questions plus passionnantes qui manquaient à se presser derrière ses lèvres. La patience néanmoins est souvent payante et se montrer empressé est toujours une faiblesse. Aussi laissa-t-il la jolie rubanière digérer l'information qu'il venait de lui divulguer, espérant par ailleurs avoir bien le fin mot de l'histoire, à savoir si elle était bien la proie sur laquelle Souillac avait jeté son dévolu. Pour dire le vrai, la première inquiétude de Lorraine avait été qu'un tel incident ne révélât l'identité véritable de Catherine à d'autres que lui. Et cependant passée l'égoïste expression de son inquiétude pour ses intérêts propres, il avait résolu qu'il ne goûterait pas, définitivement, qu'on s'en prît à ses gens, qu'ils fussent officiellement à son service ou tout officieusement.
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Mer 16 Juil - 17:34

Enfin ! Enfin, Catherine allait pouvoir déserter les lieux. Très honnêtement...Dès son entrée dans l’Arène mystérieuse, laquelle son hôtesse avait pris grand soin de préparer, Catherine avait ressenti la vive envie de s'enfuir. Lointainement. Très lointainement.

Madame de Verneuil avait réussi à rassembler un véritable petit cabinet des Curiosités, songea brièvement la demoiselle Duparvis comme elle embrassait une dernière fois le salon du regard. Elle aurait presque pu admirer l'effort, si elle n'avait pas fait elle-même partie des dites Curiosités de la soirée. La Dame - dont elle ne connaissait que le nom, et encore... Était-ce vraiment le sien ? - lui avait fait parvenir quelques jours plus tôt, un billet dans lequel elle clamait avoir entendu de la bouche de l'une de ses proches amies - une cliente habituelle, avait supposé la rousse -, l'étendue de son très illégal talent. Une dizaine de lignes plus bas, elle proposait de la présenter à un cercle privé, lequel lui assurait-elle, goûterait ses dons de prédiction. Dons pour lesquels elle serait, généreusement récompensée bien sûr. Après lecture, la rubanière se rappelait avoir longuement hésité : il n'était guère usuel pour elle, de tirer les cartes à un large cercle de personnes. Il lui était arrivé de lire l'avenir à deux ou trois individus présents dans une même pièce, mais jamais au delà de ce nombre. Plus grand était le cercle, plus grand était le risque qu'un jour on la reconnaisse au détour d'une allée... Et alors, elle n'osait penser ce qu'il adviendrait d'elle.        

Ses mains - déjà animées par quelques tremblements indésirables - s'étaient mises à tressauter sous ses amples manches cotonneuses. La peur, l'anxiété s'était insinuée en elle. Son pâle faciès était - comme toujours lorsqu'elle exerçait ses activités peu recommandables de devineresse -, dissimulé sous un loup grisâtre, et ses cheveux flamboyant attachés très sobrement par une broche de fortune. Une mante bleue nuit - dont le tissu quelque peu râpé d'avoir était trop souvent revêtu -, la couvrait de la tête aux pieds. Elle était parfaitement méconnaissable. Oui. Méconnaissable, c'était là ce qu'elle s'était murmuré afin de mieux se rassurer, alors que l'un des domestiques se chargeait de la conduire rapidement à son emplacement. Le début de soirée ne lui avait apporté que de minces revenus, la raison ? Peut-être sa conviction chancelante lorsqu'elle énonçait ses visions, ou peut-être son charmant, rampant, sifflant et très indompté voisinage, lequel faisait fuir la plupart des Dames voguant à l'intérieur des salons en quête d'une activité quelconque...

La situation s'était brusquement arrangée pour Catherine lorsqu'un homme - consciencieusement drapé dans une cape de velours sombre -, avait commencé à louer ses mérites. Elle avait tiqué à l'entente des prédictions énoncées, lesquelles la rousse lui aurait soi-disant faites sans qu'elle en ai pourtant le moindre souvenir. Cependant, elle n'avait guère eu le temps de s’abîmer dans son incompréhension : une foule masquée s'était pour ainsi dire formée face à elle, et réclamait bientôt tirage ou lecture des lignes de main.

En conséquence, la rousse était parfaitement exténuée de sa soirée. Et elle n'était pas la seule, les curieux avaient depuis un moment délaissé les Curiosités pour d'autres jeux. Jeux d'amour ou d'argent. Inutile de préciser à quel point la demoiselle Duparvis se trouvait mal à l'aise, baignée dans une telle ambiance. Ses outils divinatoires rangés, elle se dirigea discrètement vers l'entrée où elle avait repéré le même domestique l'ayant conduite à sa place lors de son arrivée. Apparemment, lui aussi l'avait repéré puisqu'il s'adressa aussitôt à elle :

- Ah, vous voila... Madame est fort satisfaite de vos services, beaucoup ont demandé à vous revoir. Sa main plongea à l'intérieur de son par-dessus pour en sortir une bourse en cuir, qu'il lui tendit. En particulier un certain marquis de Souillac... Le domestique lui jeta alors une œillade, que Catherine ne sut interpréter. Monsieur vous contactera sans doute très prochainement pour... son divertissement personnel.

Ne sachant que répondre, Catherine se contenta de hocher la tête. Elle attacha la bourse à sa taille fine, et s'apprêtait à franchir le pas de la porte lorsqu'un homme la percuta de plein fouet.

A partir de ce moment, tout se passa très vite. La rousse déséquilibrée, manqua de choir très inélégamment sur le sol. Fort heureusement, l'homme l'ayant bousculé maladroitement pensa à la retenir par les coudes. Il se confondit en de multiples excuses, alors que Catherine lui réitérait qu'il n'y avait là rien de très grave sincèrement... Quand...

Soudain elle s'aperçut du mauvais tour dont elle était victime : tandis qu'il s'excusait avec force, le jeune homme l'attirait à l'extérieur dans l'humidité de la nuit, et l'emmenait en direction des coches.

- Crier ne serait pas très intelligent, mademoiselle. Imposa-t-il lorsqu'il vit sous son masque, la douce expression de la jeune femme s'étioler progressivement pour mieux laisser place à une panique insidieuse.

Et Il avait raison. Crier. Pour quoi faire ? Personne ne l'entendrait. Et même si c'était le cas, le sort d'une devineresse était bien le cadet des soucis des personnes encore présentes à l'intérieur de la demeure. Et puis, elle ne voulait surtout pas attirer l'attention. Elle ne le pouvait pas.

Il ouvrit l'une des calèches, et la poussa aussitôt à l'intérieur prenant soin de verrouiller la portière après elle. Catherine se projeta immédiatement sur l'autre portière, espérant la trouver ouverte. Peine perdue. Son ravisseur n'était pas stupide, lui. Elle en revanche, avait la nette impression de s'être comportée telle une vraie dinde pour changer : qui ! Qui sinon Catherine Duparvis pouvait se faire mener en bateau de la sorte ? Qu'allait-elle faire à présent ? Pendant qu'elle pestait silencieusement contre elle-même, elle cherchait encore le moyen de s'échapper... Peut-être par le bas ? Y avait-il une trappe... Ou bien en haut ?

Oui ! Un sourire éclaira son visage. Elle s'agenouilla sur la banquette. Si seulement elle était un peu plus leste... Alors elle pourrait atteindre ce minuscule crochet sur la gauche de la percée, et...

Le coche s'agita légèrement. Alors que Catherine luttait pour se maintenir en équilibre malgré sa position inconfortable, la porte s'ouvrit toute grande sur un personnage qu'elle ne connaissait que trop bien : Philippe de Lorraine. Grand Dieu, était-ce sa journée ? Bien sûr, il fallait qu'il la surprenne ainsi... Jouant l'équilibriste, les bras levés vers une échappatoire que curieusement, elle zyeutait encore avec envie.

- Bonsoir Monsieur de Lorraine. La devineresse baissa les bras - au sens littéral, comme au sens figuré -, et se renfonça lentement dans son siège.

Sans un mot de plus, il lui offrit une simple mais épaisse couverture de laine. Quelque peu surprise par l'attention, elle en recouvrit ses jambes frigorifiées... L’adrénaline aidant, elle n'avait pas remarqué à quel point la nuit s'était rafraîchi jusqu'à présent.

La rousse observa attentivement sous ses cils, le jeune homme s'installer face à elle. Philippe de Lorraine la rendait terriblement confuse. Cela faisait pourtant des mois désormais qu'elle travaillait pour lui, elle aurait dû savoir à quoi s'attendre de la part du noble aux traits par trop angéliques. Ou du moins, en avoir une vague idée.

Au tout début elle pensait sincèrement le détester : il exploitait ses faiblesses, son secret pour ses intérêts. C'était bien là ce que faisaient les personnes sans cœur, non ? Pire encore, il l'encourageait à duper... à continuer sur un chemin qu'elle n'avait voulu prendre que pour mieux réchapper des griffes du fils Lesage... Il la rendait... comme lui...

Et puis... Parfois... De plus en plus souvent, elle croyait découvrir une toute autre facette chez Monsieur de Lorraine. Une facette dont elle ne savait que faire, ou même que penser.

Elle venait tout juste de ôter son loup, lorsqu'il ordonna à l'attelage de prendre la route. Quelques minutes de silence s'écoulèrent, leur trajet seulement ponctué par les nombreux cahotements que subissait le coche. La devineresse qui venait à peine de sortir du brouhaha de la réception, apprécia cet instant de répit. La voix de son hôte cependant, brisa bien vite l'intermède et l'étonna de par ce qu'elle avait à annoncer. Le marquis de Souillac ? Oui, l'un des serviteurs lui en avait vaguement touché mot... Avant qu'elle ne se fasse grossièrement enlevée.

- Et bien... A peine eut elle balbutiée ces mots qu'il poursuivait avec ce détachement qui lui était propre face à une Catherine qui elle ne l'était absolument pas, détachée.

Des non pour pour d'invitantes manières, la vertu comme devoir de leur plaire ?! L’effarement lisible sur le minois de la rousse se mua brusquement en un pur effroi.

- Monsieur vous contactera sans doute très prochainement pour son divertissement personnel. Murmura doucement Catherine pour elle-même, répétant sombrement les paroles qu'on lui avait adressé un peu plus tôt. La rubanière n'aurait jamais songé à ce genre de... Divertissement.

Qu'elle pouvait-être stupide, vraiment. Pour Philippe de Lorraine l'affaire semblait déjà réglée, il arborait même son fameux sourire satisfait. Ce sourire, ô combien agaçant ! Et pourtant, qu'avait-il dit avant cela... Il ne voulait pas qu'elle souffre. Voila qui était plutôt... Inattendu. Une fois de plus, la devineresse se trouvait confuse. Cela soulevait de multiples questions, dont une très importante pour la rousse : que voyait-il en elle ? Une bonne affaire. Un moyen de parvenir à ses fins, sans doute. Mais au delà de ça ? Jusqu’à quel point lui était-elle nécessaire ? De combien de temps disposait-elle avant qu'il ne la délaisse, et alors que ferait-il d'elle ? Elle s'interrompit dans ses réflexions, lesquelles - de toute façon - ne menaient nulle part sinon à une probable fin tragique.

- Je... Oui, une personne m'a informé que le marquis souhaitait m'inviter pour... Divertir. Une nausée s'éveilla en elle à l'énonciation du mot, lequel lui avait semblé au premier abord bien innocent. Je ne dispose malheureusement pas d'autres détails à propos de cette invitation.

Catherine se mordilla la lèvre inférieure, inquiète : elle n'avait pas pensé à plus insister auprès du domestique de la Maison Verneuil, cependant elle possédait d'autres informations lesquelles - elle l'espérait -, pourraient intéresser le jeune homme.

- Monsieur de L'Isle semble certain d'hériter de son père dans 2 mois exactement, durant sa consultation il a vivement insisté pour connaitre son état de santé futur... Il m'a laissé son nom ainsi que son adresse, et m'a demandé - si par le plus grand des hasards - je n'aurais pas dans mes connaissances une certaine Catherine Montvoisin.

La rousse n'ayant jamais entendu ce nom auparavant, elle n'avait était que de peu d'assistance pour le comte de L'Isle. Elle demeura silencieuse un moment, cherchant dans ses souvenirs parmi les demandes étranges, ou osées de la soirée. La rubanière rougit profondément comme elle se souvint d'une femme en particulier, aux mœurs plutôt libres... Elle hésitait entre plusieurs amants, et comptait entièrement sur Catherine et ses dons pour lui en choisir un cette nuit. Comme les cartes n'étaient pas parvenues à fournir une réponse claire à Catherine, sa cliente y avait vu là un signe et s'était éclipsée en murmurant à l'oreille de la jeune femme qu'il faudrait qu'on accepte de la partager dans ce cas. Une remarque, qui n'avait fait que la plonger plus encore dans l'embarras.

- Je crains de n'avoir rien d'autre d'importance à vous confier, Monsieur.

La devineresse remonta sur elle la couverture laineuse, l'aube ne tarderait sans doute plus à poindre. Avec le jour, elle accueillerait son habituelle culpabilité. Tromper les autres ainsi, puis colporter leurs espoirs... Si Indra était encore là, elle aurait honte d'elle et la désapprouverait.

Si elle était coupable de duperie, l'homme devant elle l'était tout autant. C'est pourtant un regard débordant de reconnaissance que Catherine adressa timidement à Philippe de Lorraine, se stupéfiant elle-même.

- Merci pour... Vous savez...

Oui. Au moins, si la vieille bohémienne était encore de ce monde, elle n'aurait pas eu à se plaindre d'un manque de politesse.
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- L'Orpheline de Paris -
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Billets envoyés : 59
Situation : Célibataire, n'a d'yeux que pour son travail...

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Dim 3 Aoû - 22:47

  • -Vous devriez vous joindre à nous Chevalier. Cette fois-ci promet d'être piquante.
    -Vraiment ?
    -Une devineresse... Pensez-vous qu'elle devinera son sort aussi bien qu'elle devine celui des autres ?

    La question, pourtant sans finesse, tira nombre de pouffements feutrés, notamment féminins. Personne ici ne s'identifiait à la devineresse. Et personne ici n'était capable de ressentir d'apitoiement pour qui ne lui ressemblait pas. La plupart ne pouvait ressentir d'apitoiement pour qui que ce soit d'ailleurs. En revanche, beaucoup savourait fort les déboires qui frappaient les autres, nourrissant leur cruauté des drames nés de la naïveté et de l'impuissance des victimes de leurs semblables ou de leurs propres cibles. Les autres, au mieux, n'y réagissaient que par une indifférence arrogante.
    Dans ce salon-ci étaient rassemblées les ombres étincelantes de la Cour du Soleil, et comme la lumière montante du souverain était chaque jour plus forte, elles se faisaient toujours plus sombres, monstres absous par le sang, les titres, les rangs, la soie et l'or. Et qui le savaient.
    Et cela se savait même assez pour que personne de trop gris n'ait osé passer cette porte-là.
    Leurs visages étaient sans doute ce qu'il y avait de plus couverts ce soir-là – qui gardait la chemise l'avait bien ouverte, qui s'embarrassait encore de son corset l'avait fort délassé - , voilant les identités mais, paradoxe, jamais ils ne dissimulaient moins qu'en de tels instants.
    Lorraine n'aurait pas accordé plus d'importance au sort de la devineresse que ses congénères s'il n'y avait pas eu une petite chance qu'il se fût agi de sa petite Catherine. Qu'elle se retrouvât entre les griffes de Souillac et il y avait fort à parier qu'il ne serait plus seul dépositaire du secret de la jolie rubanière et de tous les avantages qui allaient avec. Il sut si peu masquer ce que cela pouvait avoir d'ennuyeux qu'il lui fallut attribuer son demi froncement de sourcils à une autre sorte d'agacement, masque ou pas masque.

    -Ah marquis... Vous la surprendrez sûrement. Mais moi... Je crains de me lasser vite des spectacles dont je connais chaque virgule avant même l'ouverture du rideau...
    -Mais ce n'est pas qu'une invitation à voir mon cher. Il ne tiendrait qu'à vous de nous surprendre tous.

    Un instant, l'idée prit corps par sa terrible imagination si facilement galvanisée par l'éventualité d'un tel défi. Les surprendre. Eux et elle. Et pas à la manière des prestidigitateurs qui hantaient les salons à côté. Un bref instant ses yeux s'animèrent d'un mauvais appétit. Jusqu'à se souvenir qu'il pouvait fort bien s'agir de Sa devineresse à lui. Auquel cas il ne goûterait pas du tout la situation. Ce n'était pas juste que ses propre intérêts étaient en jeu. C'était bien qu'il s'agissait de l'une des filles de Sa maison à lui. S'il était toujours dangereux pour son entourage – de manière plus ou moins imprévisible, et de façon très largement inconsciente - , l'exception se trouvait curieusement dans ce qu'il avait de plus proche : non pas sa famille, ni ses amis, amants ou maîtresses. Mais dans sa maisonnée. Au sens large, les officieux comme les officiels donc. Ceux qu'il estimait très exclusivement Ses gens n'avaient pas grand chose à craindre de leur maître aussi longtemps qu'ils ne commettaient pas l'erreur de lui être déloyal. Lorraine avait ses propres principes, sa morale bancale, selon laquelle on n'est responsable que de ce qui vous appartient. Tant pis si les autres ne savaient pas se protéger, eux, leurs biens et leurs proches. Tant mieux ! Mais lui ne comptait pas commettre de telles erreurs. Inconsciemment, ce n'était jamais qu'un héritage d'une enfance passée à l'ombre des armées. Il fallait prendre soin de ses propres hommes, ne jamais hésiter à nuire à ceux d'en face et ne jamais trop compter sur les alliés d'un jour. C'était aussi simple que ça.
    Alors dans une moue boudeuse, la lueur malveillante s'était éteinte dans ses prunelles et il avait lâché, l'œil effrontément accroché à celui de son vis-à-vis :

    -Vous.. sur-prendre... Quelle invitation, Souillac. Prenez garde que je ne la prenne à ma manière...
    Et comme tous ceux qui étaient rassemblés là n'avaient pas besoin qu'on leur traduise les sous-entendus, le marquis pâlit un peu dans un froncement de sourcils, tandis qu'autour d'eux les rires acides s'élevaient paresseusement, les yeux brillants à la scène qu'ils imaginaient tous, excités à l'idée de ce qui devait probablement dépasser même leur imagination. Face à la mine déconfite de son interlocuteur, Lorraine laissa échapper un rire joyeux, presque enfantin. Décidant de le prendre comme un signe de plaisanterie, Souillac retrouva son sourire. Et pourtant, l'hésitation qu'on lisait encore sur son visage disait bien assez qu'il avait entendu les accents carnassiers trop plein de malice dans l'éclat du sulfureux personnage qu'il avait imprudemment invité.
    Quant à Lorraine, il s'estimait fort satisfait de la manière dont il avait décliné la véritable invitation. Il doutait fort que le marquis insistât encore pour le recevoir et il n'avait même pas besoin de se trouver une excuse. Ainsi si Souillac se trouvait privé de la devineresse, pour quelque raison que ce soit, il ne saurait se faire un point d'honneur à la retrouver absolument.
    Du reste, les caresses de la dame au masque écarlate valaient bien les lauriers d'une réussite.


    ***

    La scène lui était revenue, fugace, comme elle se perdait en remerciements hésitants et pâles. Qu'il aurait détesté qu'il lui arrivât quelque chose, sa pâleur accentuée ornée de perles de larme et de sueur, cet air perdu transformé en panique, les cheveux roux non plus sagement coiffés mais épars et comme électrisés par la tension. La respiration perdue, l'œil hagard. Non, cette fois-là, pour elle, il aurait détesté voir un tel tableau.
    Pour l'heure, il accueillit le merci dans un sourire en coin sans méchanceté, appréciant la gratitude sans se confondre en fausse modestie à prétendre que ce n'était rien.


    -Fais moi savoir si lui refuser ta présence s'avère difficile.

    Souillac n'aimait pas les "non" qu'il ne pouvait briser. Mais il y avait des moyens de lui opposer un refus catégorique auquel il ne pourrait contrevenir, si nécessaire.
    Puis il retourna à ce qui était de plus d'intérêt, à savoir ses propres affaires
    .

    -De l'Isle donc..., c'est une information intéressante Catherine. Lorsque tu lui prédiras de nouveau l'avenir, j'aimerais que tu lui en tires quelques autres. … …. Et fais-lui peur. Inquiète-le par quelques... prédictions vagues mais sombres. Parle-lui... Parle-lui d'une silhouette, sombre et petite. Qui sentirait la mort ou quelque chose de cet ordre. J'ignore comment vous amenez ça, vous autres devins, mais tu le feras très bien. Et n'oublie pas : une petite silhouette, pas tout à fait un enfant, et pas encore adulte, quelque chose d'ambigu. Sans visage... Arrange-toi pour le faire le plus tôt possible et fais-moi connaître les détails que tu lui auras donnés.

    Naturellement il pensait déjà à qui jouerait le rôle de cette fameuse silhouette inquiétante, imaginait le costume qu'on lui prêterait, regrettait de ne pouvoir assister aux scènes qu'on jouerait à ce parricide en puissance. Il se ferait un plaisir de se les faire raconter. Oh comme c'était frustrant d'imaginer tout cela en sachant qu'il ne pourrait y assister de ses propres yeux.
    Il hésita un instant puis finit par ajouter :


    -Et s'il demande où il peut trouver de l'aide, mais seulement s'il le demande vraiment, alors oriente-le vers moi. Je te fais confiance quant aux.. subtilités à employer pour cela. Mais envoie-le moi. S'il demande de l'aide.

    Le jeune homme s'interrompit un temps, prenant quelques minutes pour réfléchir à la suite. Passant rêveusement un doigt sur ses lèvres, il écarta quelque peu le rideau de son côté pour laisser entrer le peu de lumière matinal comme pour s'inspirer du paysage qui défilait en cahotant.
    Elle avait parlé d'une certaine Montvoisin. Le nom ne lui disait rien et si Catherine n'en avait pas dit plus, alors c'est que la jolie rubanière ignorait également de qui il s'agissait. Mais si De L'Isle demandait après cette femme alors qu'il cherchait de toute évidence à se débarrasser de son père... Il faudrait qu'il mette l'un de ses limiers sur les traces de cette femme.


    -Tu as fait beaucoup d'effet tout à l'heure.
    , reprit-il, souriant, de nouveau tourné vers la jeune femme. On n'a pas tari d'éloges à ton égard. Tu as vraiment joué ton rôle à merveille, je suis fier de toi. Et je suis certain que tu seras rappelée par beaucoup. Peut-être même as-tu déjà été invitée ? J'en suis sûr. Il n'y a pas que le marquis de Souillac qui espérait te revoir, n'est-ce pas ? Dis-moi tout. Si tu ne connais les noms nous les devinerons ensemble.
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Ac noctem ad dies - PV : Catherine Duparvis

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