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 jeux de miroirs // libre


Dim 26 Jan - 15:11



Inspirer...Expirer...

« Votre Majesté... je ... vous ... suis teeellement reconnaissant! Vous êtes le plus graaand de tous les hommes devant Dieu! » Aplati, la tête entre les pattes, Raphaël mimait parfaitement le cabot soumis, rampant au sol de manière grotesque. Seul le chapeau noir rapiécé de leur maitre à penser lui faisait encore paraitre humain. Le ventre et les quatre fers en l'air, Ignacio faisait pendre sa langue, se tortillant à côté de son ami.
« Continuez... c'est trop bon. » De sa bouche sortaient des jappements de chiots heureux. Les rires qui accompagnaient leur performance galvanisaient les deux acteurs qui redoublaient de grognements canins.
Quand les jeunes gens de leur audience se frottèrent le ventre, tentant d'en adoucir les douleurs, les deux italiens se relevèrent enfin, prenant soudain l'air sérieux.
« C'était Fiorilli et le Roi de France, Acte I, scène 1.» La troupe applaudit et des « encore » fusèrent de  toutes parts. Sans se faire prier les deux comédiens se rallongèrent, prêts à recommencer leurs pitreries.
« ASSEZ ! Cessez vos sottises tous les deux et relevez-vous !» Pris sur le fait les deux jeunes hommes se redressèrent précipitamment s'époussetant grossièrement. Fiorilli s'approchait du petit groupe composé des plus jeunes de la troupe. Ils étaient quatre tout au plus, mais leurs rires portaient bien au delà de leur cercle. Lina essuya même les larmes qui s'étaient formées au coin de ses yeux clairs. Les artistes italiens avaient toujours été des insoumis prêts à se moquer de leur propre directeur. Ils riaient de tout sans se soucier des conséquences, et c'est ce que la jeune femme admirait et aimait chez eux depuis qu'elle les avait rejoint.
Ils avaient décidé de prendre le grand air, loin de Paris, loin du palais, loin des gens. En fait, à seulement quelques kilomètres de la capitale, mais c'était assez pour se ressourcer et déclamer leurs textes en toute tranquillité, et sans les espions de Molière. Car bien que les deux troupes n'en disent rien, une rivalité muette s'était établie entre les préférés du Roy, chacun tentant d'épater, de se surpasser devant sa Majesté et Monsieur son frère.
« Si on vous entendait... on ne rit pas du Roi. » Devant leur silence, Fiorilli jura en italien et arracha son chapeau des mains de Raphaël avant de s'éloigner, chacun entendant distinctement des « bambino » et « stupido » en boucle.
Lina étira ses jambes nues sur lesquelles vint s'échouer Raphaël.
« Il a perdu son humour au fond de son chapeau ou quoi ? »
«  Il te protège. »
Le ton apaisant de Lina avait toujours su calmer les colères des garçons, et sa main douce dans ses cheveux bouclés lui fit fermer les yeux. Pour elle, ils étaient comme ses frères. Quand son Italie natale lui manquait il suffisait de rester en compagnie de ces garnements du Sud pour s’imprégner de l'accent chantant de son enfance.
Il ne faisait pas beau à proprement parler, le temps tirait plus sur le gris maussade mais ça et là subsistaient des trainés claires, un bout de ciel bleu, un nuage délavé.
« En plus j'ai soif... » Lina leva les yeux au ciel et remonta ses genoux à elle d'un mouvement si vif qu'il fit s'écraser son ami, le nez dans les pissenlits.
« Je reviens. » Sans s'excuser ni même un regard pour la petite troupe qu'elle laissait derrière elle, Lina attrapa le seau près des fruits qui leur servait de pichet depuis le début du pique nique.
Elle n'eut pas à s'enfoncer énormément pour entendre le glougloutement lointain de l'eau. Remontant sa robe à mi cuisse, histoire de ne pas avoir à la raccommoder une énième fois, et resserrant le châle grossier autour de ses épaules, Lina serpenta jusqu'au ruisseau, crottant ses souliers jusqu'aux chevilles.
L'odeur du bois d'hiver et les senteurs acres du bois mouillé emplissaient ses poumons. Elle n'avait jamais vraiment connu la forêt en Italie, plus habituée au bruit de la mer et des bateaux qu'au chant des coucous au petit matin. Contrairement à la plupart des gens elle n'aimait pas s'y promener, il y avait trop d'obstacles à la vue, trop de couvert, de feuillage qui encombrait le ciel, elle s'y sentait oppressée. Arrivée au bord de l'eau elle y plongea le seau, réprimant une grimace lorsque le froid lécha sa main, remontant son bras en une trainée glaciale. Elle se pencha pour le remplir et...
PLOUF !
Lina releva les yeux, devant elle, quelqu'un s'extirpait tant bien que mal du cours d'eau dans lequel il venait de tomber.
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Mer 3 Sep - 21:43

Il n’est pas compliqué de se sentir loin de la capitale. Quelques heures de marche, moins encore à cheval, et la nature s’offre à vous. Pure, naïve, encore dépourvue des reliefs artificiels dans lesquels on aime se protéger. Ici, sous la fraicheur des arbres et sur un sol propre, la protection qui nous vient est tout autre. Intérieure. Profonde. On se sent irrémédiablement comblé et satisfait de ce calme qui, il est vrai, peut s’avérer oppressant à la longue pour des personnes excessivement philanthrope.
J’aime la compagnie des gens, des camarades mousquetaires, des villageois reconnaissants, des femmes, évidemment…

Mais la permission que l’on m’a laissée est l’occasion de m’éloigner du raffut général qui règne continuellement dans les rues de Paris. Aucune journée n’est calme car il y a toujours désordres par ci, escarmouches par là, marchés bruyants ou règlements de compte, coalitions douteuses au milieu des grandes gueules, défis, bambins excités, complots.
C’est sans fin.

« Bon l’espagnol ! Tu te bouges oui ?! Ne me dis pas que tu as oublié la belle Adèle ? Hum ? »

Je me déplie lentement, quittant le tronc d’arbre qui me servait de siège juste là au dessus de l’eau, et fais face à mon coéquipier en souriant. Pour sûr, je n’oublierai pas Adèle facilement. Mais les quelques heures de repos que je viens de prendre m’ont tenu éloigné du quotidien.
Plus d’ordres à suivre, de nobles à escorter, loin du brouhaha des tavernes et des bras de mes amantes, je suis venu me ressourcer.
Sauf que toutes les choses ont une fin, parait-il.

« Et toi ose me dire que tu n’as pas pensé, un instant, à essayer de me la prendre si jamais je restai ici encore un peu !... »

Dis-je avec une indulgence moqueuse. J’attrape mes effets pour me revêtir convenablement, avant d’ajouter :

« Mais comme tu sais que tu ne lui plairas jamais… tu viens me secouer avec jalousie. »

Piqué au vif, le bon soldat lève les yeux au ciel en tiquant. Je ne suis pas méchant, un brin espiègle voilà tout. Et vous reconnaitrez qu’il m’a cherché.

Alors que je m’occupe d’accrocher mes armes – que j’ai passé une bonne partie de la journée à nettoyer avec application – à la selle de mon cheval, je ne vois pas l’autre s’approcher.
Une violente bousculade, une perte d’équilibre inévitable, je lâche ma chemise sous le choc et dégringole du talus où nous étions installés pour lamentablement tomber dans la rivière. Leurs rires me reviennent quand je sors la tête de l’eau, mais s’éloignent aussitôt. Je comprends qu’ils ont repris la route, je les retrouverai assez vite à la caserne.

Tout sourire, je dégage mes cheveux trempés de mon visage dans un geste d’amusement. Ils sont bourrus et susceptibles, mais ils me sont chers. Ces mousquetaires.
C’est à cet instant précis que mon regard croise celui de Lina.
Saisissante, aussi pâle que doit l’être un ange. Je reste bêtement à ma place, bras ballants, avant d’articuler un hésitant :

« Bonjour. »

L'effet de surprise passé, l'assurance me revient. Il m’arrive parfois d’être désarçonné par la beauté d’une femme mais il m’en faut plus pour m’empêcher d’engager la conversation. Cette demoiselle est beaucoup trop séduisante, intrigante, pour que je me contente de retourner près de ma monture et abandonne toute opportunité de la connaitre.
Je m’approche, sans cesser d’afficher un air jovial.

« Tiago Valdemar, des mousquetaires du roi. Pardonnez cette intrusion. Que faites vous dans un coin si peu sécurisé, madame ? Puis-je vous aider ? »

Je propose mon secours, cependant, c'est moi qui suis ruisselant et débraillé. C'est moi qui viens de lui tomber sous le nez alors qu'elle semblait maitriser.
Alors que les reflets de l'eau et les quelques rayons de soleil, qui évitent le piège des nuages puis celui des feuilles, donnent à la scène une dimension surnaturelle, c'est bien moi qui me fais piéger par ces troublants jeux de miroirs.
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Mer 17 Sep - 9:02



Le seau se débattait dans ses mains, aspiré par le courant tandis que Lina restait interdite. Oh bien sûr elle avait déjà vu des hommes, des hommes à moitié nus, des hommes nus, étant comédienne elle connaissait les coulisses de la masculinité. Mais lorsqu'elle y était préparée, pas comme ça, tombé dans le bras de la rivière, ruisselant à vous en faire rougir une nonne ! De toute manière il semblait tout aussi étourdi qu'elle et pendant un instant la forêt sembla jouer en solitaire cette pièce étrange. Puis le jeune homme finit par le rompre en un bonjour auquel elle répondit tout aussi mécaniquement.
    «Bonjour»
brisant ainsi ce moment à l'écart du temps. Alors qu'il s'approchait, Lina ramena son seau à elle, le posant sur la berge et se saisit du plus long bâton qu'elle pu trouver. Elle savait de quoi elle avait l'air en cet instant, une jeune femme crottée, apeurée et prête à défendre chèrement sa vie. Mais les apparences sont souvent trompeuses...

Alors que le mousquetaire, il avait bien dit mousquetaire? se présentait, Lina tendit son bout de bois au dessus de l'eau... Délogeant un tissu blanc coincé entre les racines d’un arbre, la jeune femme ramena à elle la chemise trempée de l'espagnol. Son accent lui rappelait son pays natal ou si proche, et Lina cacha avec peine son sourire lorsqu'il lui proposa son aide.

    « Votre aide vraiment? J'avais plutôt l'impression de m'en sortir assez brillamment pour le moment, ais-je l'air d'une demoiselle en détresse señor Valdemar? »
Alors qu’il n’était plus qu’à quelques mètres d’elle, Lina lui envoya le linge en plein torse laissant échapper un rire qu’elle tenta mollement d’étouffer.
    « En fait, je dirais que je ressemble autant à une femme esseulée que vous à un mousquetaire !»
La comédienne, remise de cette soudain apparition retrouvait sa fraicheur et son insolence. Son visage penché, faisant mine de réfléchir, elle s’adossa à un rocher tout proche détaillant le jeune homme de son regard azur.
    « Je ne vois pas d’épée, pas de chapeau à longue plume, vous pourriez tout aussi bien être un gredin de passage !»

Qu’on se le dise, si la jeune italienne avait réellement cru à ses propres paroles, elle serait loin d’ici à l’heure actuelle, courant plus vite qu’un lapin de garenne! Elle croyait ce fringant jeune homme tout droit sorti d’un conte …., de la rivière. Oui, seul un mousquetaire pouvait avoir cette audace et cet aplomb suffisants pour proposer ses services alors qu’il était glacé jusqu’aux os et à moitié nu. Détrompez-vous, la jeune femme était faite du même bois que toutes les autres, elle le cachait sans doute un peu mieux voilà tout, enfin l’espérait-elle.
Ses yeux clairs fouillèrent les environs, la rumeur disait qu’on ne voyait pas un mousquetaire sans apercevoir la plume d’un autre, mais ce dernier semblait seul, abandonné par ses frères d’arme. Etrange, peut-être s’était-elle trompée sur lui après tout... Et pour le savoir il n’y avait qu’un seul moyen de le découvrir...
Levant son bâton de fortune dans les airs, se fichant bien d’être ridicule, la jeune femme se campa fermement sur ses deux pieds, pliant légèrement son bras, visant de sa branche biscornue le cœur de Tiago.
Elle avait déjà vu maintes fois des duellistes s’affronter, c’était son métier après tout, d’observer, de mimer, de retranscrire ce qu’elle voyait. La vivacité des italiens en plus et on obtenait ...
    « En garde mousquetaire !»


… ça.
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Sam 27 Sep - 20:35

Non, en effet. Je n'ai rien d'un mousquetaire, à cet instant.
Suite aux propos de la jolie blonde, j'effectue un rapide coup d’œil sur ma dégaine. Un sourire moqueur vient alors étirer mes lèvres et j'acquiesce, bien contrains de lui accorder ce point : je n'ai pas plus l'air d'un brave soldat qu'elle une demoiselle en détresse...
Un regard en direction du petit monticule d’où je viens de royalement tomber, puis je reviens à elle. Pleine de répartie, taquine, voire provocatrice, elle n'a certainement pas peur quand bien même je pourrais n'être qu'un gredin. Ses remarques sont espiègles et dépourvues de crédibilités. Elle souhaite simplement s'amuser? Ce goût prononcer pour la désinvolture me plait, il est vrai, néanmoins c'est dangereux d'être si légère, pour une jeune femme.

La logique voudrait que je m'excuse et retourne là d'où je viens afin de récupérer mes effets. Oui mais dans ce cas, que fait-on de la logique du séducteur ? Que fait-on du comportement du romantique, de l'attitude et des réflexes qui font de moi un homme tout aussi galant qu'intéressé ?
Haussant un sourcil surpris lorsqu'elle se met en garde, je prends aussitôt ma décision : je reste.

L' "arme" en direction de mon cœur, j'ai peu de chance de m'en tirer sans épée. À ceci près : son bâton n'est qu'un bâton. Aussi, je m'approche, méfiant, prudent pour ainsi dire. Inutile d'insulter son imitation - très réussie. Je la prends au sérieux, jaugeant son positionnement, déplaçant lentement mes jambes en appréciant son parallélisme judicieux...

Puis je m'avance, anticipe une botte, me décale sur le côté sans perdre mon équilibre et vient dégager sa "lame" d'un plat de la main exigeant.
Me retrouvant à sa droite, l'index contre sa hanche mimant une dague, je souris fièrement.

« Lâchez votre arme je vous prie... Je ne voudrai pas avoir à utiliser la mienne. »

La plaisanterie m'amuse trop pour que je sois bon comédien. Néanmoins, je maintiens position, me délectant de ce jeu léger, parfait pour me changer les idées. La beauté de mon adversaire n'enlève rien au charme de la situation, bien au contraire.

« Seriez-vous comédienne, madame ? N'y voyez aucune insulte je vous trouve excellente... »

Il est vrai que l'art n'est pas apprécié partout à sa juste valeur, n'est pas jugé de la même façon selon les éducations. Je m'en voudrais de froisser une noble, comme de vexer une jeune paysanne. J'ai tendance à me régaler devant une pièce de théâtre, pour les rares fois que cela m'est arrivé.
Je fais un pas en arrière, replaçant une distance plus polie entre nous. Après tout, je ne sais toujours pas qui est mon ennemie.

« Dans un combat à la loyale, dans les règles, on se présente. A qui ai-je l'honneur ? »
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