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 Sauvons au moins les apparences || Athénaïs


Jeu 30 Jan - 22:48

Le reflet que lui renvoyait ce miroir devant lequel elle s’était arrêtée lui déplaisait au plus au point. Ces joues rouges sur un teint diaphane lui donnaient des allures de cadavre quand cette robe au trop-plein de broderies comprimait sa poitrine tant et si bien que chaque inspiration relevait du calvaire. Et s’il y avait une chose qui l’irritait plus que tout c’était assurément d’avoir une nouvelle fois du troquer ses longueurs rousses à la faveur de cheveux poudrés et au combien trop palots. L’espace d’un instant elle oublia où elle se trouvait et esquissa une grimace après qu’un frisson de dégoût l’ait traversée tout entière. La réalité la rattrapa lorsqu’elle vit derrière elle se dessiner la silhouette d’un courtisan intrigué par son soudain manque de sourire. Rapidement elle reprit sur elle, fit volte-face et esquissa un rictus tout en posant sa main sur le bras qu’il lui tendait.
S’en suivit une discussion tout aussi banale qu’ennuyeuse alors qu’ils se dirigeaient, suivant quelques pas derrière un groupe de nobles dont les rires hypocrites s’échappaient dans l’air, vers les extérieurs du château. Il faisait aujourd’hui étonnamment beau et doux, ce qui impliquait qu’il faille en profiter…
Pia n’avait pas même prêté attention à l’identité des individus qui la précédait. Elle ne voyait que leur dos et se moquait bien de leur visage, puisque pour elle, seul comptait ce qui se trouvait à leurs mains et poignets. Ainsi elle avait remarqué une bien belle bague sertie d’un saphir qu’elle se promettait de subtiliser. Voilà un joli bijou qui une fois revendu pourrait presque nourrir la moitié des gamins de Paris pendant une semaine au moins.

Ils errèrent un moment dans les allées aux tristes atours. Et pendant qu’ils avançaient lentement, Pia se contentait de se prétendre intéressée par ce qui arrivait à ses oreilles mais ne répondait que lorsque cela était nécessaire. Ses mots étaient trop précieux pour être gâchés inutilement, ainsi, à moins le silence la fasse passer pour impolie, elle avait à la cour pris l’habitude de se taire autant que possible. Cela était un principe d’autant plus facile à appliquer que dans la plupart des cas, un hochement de tête suffisait à satisfaire l’approbation que tous ces courtisans recherchaient. Il leur fallait simplement la confirmation qu’ils étaient au dessus de tout et de chacun, que leur bon goût n’avait pas d’égal et que tout en eux n’était que raffinement. Tout aussi fats que sots, ils s’obstinaient à se voir grands et respectables.
Au fur et à mesure qu’ils avançaient, la Gazza et celui qui lui prêtait son avant-bras prenaient du retard sur les quatre personnes qui les précédaient. Ils ne les rattrapèrent que quand ils se furent arrêtés au détour d’un bosquet dénué de fleurs. Alors Pia leva les yeux pour contempler les visages qui se trouvaient face à elle. Personne n’était digne d’intérêt. Personne à l’exception d’une marquise qu’elle s’étonnait de ne pas avoir remarqué plus tôt.

Venait-elle d’arriver ou se trouvait-elle dans le groupe qui la précédait depuis tout à l’heure ? Pia n’en savait trop rien et s’en moquait bien. Comment et pourquoi n’avait pas d’importance, seul comptait le fait qu’elle soit à présent ici.
Athénaïs de Montespan représentait à peu près tout ce que Pia haïssait. Sa beauté insolente et ses mots amers n’étaient que parures, artifices qui cachaient à merveille tout ce qu’elle avait dans le cœur. Elle était l’archétype de cette courtisane qui avait l’apparence autant que l’esprit mais pour seul mérite celui d’être bien née. Pourquoi la mépriser elle plus qu’une autre ? Sans doute car elle dégageait une présence qui ne pouvait simplement pas laisser indifférente. Qu’elle n’inspirait pas la neutralité et que Pia se refusait à éprouver à son égard quoi que ce soit de positif.
Mais ce que Pia Fiorentini pensait, la comtesse prenait soin de le taire. Cette dernière souriait doucement, inclinait la tête devant la marquise et la saluait le plus aimablement du monde. Dans son regard s’était cependant niché une hypocrisie légèrement perceptible. Devant n’importe quel duc son regard n’aurait été que douceur, face à Athénaïs ses prunelles s’emplissaient d’une lueur qui ne trahissait rien de bon.  

- Madame.
Elle fit mine de ne pas lui prêter plus ample attention et passa dans son dos, toujours accompagnée, prétextant qu’elle voulait aller voir de plus près les quelques nénuphars qui flottaient dans le bassin. Mais alors qu’elle frôlait Athénaïs, la Gazza sembla perdre l’équilibre et à cette occasion bouscula légèrement la Française.
- Mille excuses, bafouilla-t-elle alors qu’elle se redressait avec l’aide du comte qui s’enquérait de savoir si elle se sentait bien, j’ai simplement trébuché.
Elle lissa les pans de sa robe, les yeux ainsi baissés sur le sol.
- Mais cela ne vous appartiendrait-il pas, madame, elle tourna la tête vers Athénaïs et pointa du doigt un bijou tombé près d’elle. S’accroupissant pour le rattraper, elle tendit ensuite le bracelet qu’elle venait de lui détacher subtilement du poignet et que volontairement elle avait fait tomber sur le sol.
- Un si jolie merveille, comme il serait dommage de la perdre.

D’apparence aimable et soucieuse que madame de Montespan n’éparpille pas ses atours, son sourire doux cachait en réalité la satisfaction de se savoir capable de la dépouiller en un claquement de doigts.

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Dim 16 Fév - 15:34

Après cette nuit des plus fortunées où Athénaïs s'était trouvée assez heureuse pour parvenir à marchander la lettre qui la mettait tant dans l'embarras, et l'avait donc récupérée et détruite, la soirée s'était rapidement terminée en un sommeil fort réparateur, ce qui lui avait manqué depuis une bonne semaine. Dès cette après-dînée, elle irait conter à Stefano l'heureuse fin de cette aventure et ils iraient la fête dans un lieu approprié, pourquoi pas chez Ninon de l'Enclos, cette femme respectable qui savait si bien recevoir. Bref, cette journée allait s'annoncer radieuse, il le fallait, la marquise en avait besoin après cette semaine d'horreur qu'elle avait vécu.

Ce fut donc sourire aux lèvres et mine reposée que la belle dame fit son entrée dans la chambre de la reine ce matin-là. Après quelques heures passées dans la plus grande banalité, la souveraine décida que le temps se prêtait à une promenade. Loin de se plaindre de cette décision dont le genre était trop rare venant de Marie-Thérèse, toutes les dames se préparèrent à sortir. Une fois le cortège rendu sur l'esplanade, il sembla que tous les gentilshommes s'étaient donné le mot pour se retrouver au même endroit que ces dames, si bien que tout un chacun vint présenter son compliment à la reine pour ensuite discuter avec quelque dame. C'est ainsi que madame de Montespan se retrouva au bras d'un certain comte de Lauzun, qui n'était autre que son cousin par alliance, et dont les frasques dont il se vantait commençait à lui donner la migraine.

Fort heureusement, comme un signe du destin, une jeune femme la tira de l'ennui auquel elle aurait probablement succombé sans un peu de distraction. Cette jeune personne la salua, et la marquise lui accorda un sourire et un signe de tête. C'est alors qu'elle lui montra un bracelet qui lui paru instantanément familier, et pour cause, c'était celui qu'elle portait. Le bracelet que lui avait offert son père et qui avait été retrouvé par la mendiante, Laura Zirrafon. Décidément, ce bracelet était maudit! Il ne cessait de se décrocher de son poignet, et jusqu'à présent, Athénaïs avait été assez chanceuse pour qu'on le lui rende.


-En effet, il s'agit de mon bracelet. Je vous remercie, ajouta-t-elle en prenant dans ses mains gantées le petit bijou.

S'il ne s'était agi là d'une gente dame accompagnée d'un comte, Athénaïs aurait commencé à se poser des questions: comment un bijou tout neuf pouvait choir aussi facilement sans aucune "aide extérieure" alors qu'il semblait bien accroché au préalable. Aucun geste brusque ni accroc n'avait été fait par sa propriétaire, après tout. Mais bon, il lui avait été rendu et c'était ce qui comptait, aussi la marquise lança-t-elle un regard bienveillant à cette jeune femme dont elle ignorait ou avait oublié le nom, mais dont le minois ne lui semblait pas inconnu.

-Vraiment, merci.

Elle glissa le bijou dans sa petite bourse qui disparut ensuite sous son manteau de robe.
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Ven 28 Mar - 11:23

Avant qu’elle n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche, le marquis qui l’avait jusque lors accompagnée arriva en deux enjambées à ses côtés et se senti soudain investi du devoir de présenter les deux femmes. Pia était pourtant Italienne, pas sauvage ! Et bien évidemment elle aurait prit soin de s’introduire avant de se lancer dans une plus ample discussion. Enfin…  Elle retint l’irrésistible envie de lever les yeux au ciel et de laisser échapper un soupire pour se contenter de paraître ravie qu’un tiers se charge des formalités.

- Madame d’Aradeo, s’exclama le dit marquis dans un geste ridicule, vous connaissez bien sûr la marquise de Montespan ?

Pourquoi poser la question quand celle-ci avait tout d’une affirmation ? Sot. Sot tout autant que fat.
Elle ignora presque l’homme pour se tourner vers Athénaïs, ne lésinant pas sur la flatterie. Puisque l’occasion lui était donnée de montrer toutes les mièvreries dont elle était capable, autant la saisir.  

- Qui n’a pas ouï dire de ce brillant esprit. Et il me semble par ailleurs que nous nous sommes déjà croisées chez mademoiselle de la Vallière.

Il n’y avait là aucun mensonge, si bien qu’il fallait à Pia toute la mauvaise volonté du monde pour réfuter silencieusement le terme de « brillant ». Mordant, éventuellement distrayant, tout au plus moins mauvais que beaucoup, assurément prétentieux, mais jamais, ô Grand Dieu jamais, la Vénitienne n’accepterait de le qualifier de brillant. Et pourtant quand elle ne pensait mot elle disait.
Pour ce qui était de la Vallière, il était en effet exact que par l’intermédiaire cette dernière les deux femmes se soient croisées. Mais si Pia avait bien vite retenu le nom de Montespan, la réciprocité était cependant peu probable. Après tout elle n’était pas de celles que l’on pourrait qualifier d’habituées, et lorsqu’elle était présente dans l’entourage de cette favorite dont elle se prétendait l’amie fidèle et sincère, au contraire de s’imposer elle cherchait à s’effacer doucement. Moins on la voyait, plus elle observait, mieux elle se portait.
De nouveau, Pia ouvrit la bouche afin de s’adresser à Athénaïs mais fut coupée dans son élan par ce personnage tout aussi récurrent que détestable.

- Je crois que le comte de Lauzun ne serait pas contre un peu d’intimité avec madame.
Devant les propos que les plus prudes jugeraient aventureux et le clin d’œil adressé par le marquis, Pia déploya son éventail afin de s’y réfugier derrière. Mais plutôt que de la gêne elle cachait en réalité une simple exaspération. Elle jeta un rapide regard en direction du couple désigné, et constata en effet que le comte semblait en pleines tractations. Par ailleurs les quelques autres individus qui quelques dizaines de secondes se trouvaient non loin s’étaient remis à déambuler. Il n’était somme toute plus que trois : ce désespérant Mascarille de mauvaise facture, la marquise qui devait sans doute regretter de ne pas s’être enfuie en meilleure compagnie, et la voleuse qui en venait à songer qu’elle aurait sans doute mieux fait de rester ce jour à Paris. Car la compagnie dans sa taverne n’était pas plus mauvaise que celle-ci.
- Puis-je vous raccompagnez jusqu’au château, mesdames ?

« Vous le pouvez, mais je n’y tiens pas », fut-elle tentée de répondre. Comme toujours elle n’en fit rien et prit le parti de peser ses mots.

- Prêtez-moi votre bras et j’en serai flattée, souffla-t-elle en rougissant légèrement, comme si cet aveu à la limite de la mauvaise préciosité l’embarrassait.
La main à présent posée sur l’avant-bras qui lui avait été tendue, Pia se tourna de nouveau vers la Montespan, au fond déçue de ne pouvoir lui parler en tête à tête mais pour autant décidée à se montrer tout autant polie que flatteuse.

- Savez-vous, madame, que dans les Deux-Siciles, où on ne cesse de glorifier l’élégance française, vous seriez accueillie en reine, en étant l’incarnation même.

Le compliment lui écorchait la langue. Si toute la phrase avait été prononcée avec la rondeur italienne, les dernières syllabes paraissaient étrangement tranchantes. Et derrière les doux battements de cils, ses prunelles étaient plus emplies d’une pointe de cynisme que de réelle admiration à l’intention de la belle marquise.
On n’aurait jamais trop fait de répéter à quel point ses cheveux parfaitement ondulés, ses dents perlées et son cou trop bien fait avaient lieu d’exaspérer Pia. Et si elle justifiait tant de dégoût envers la jeune femme par cette logique implacable qui voulait qu’elle déteste tout type de noblesse dépensière et oppressante du peuple, sans doute y avait-il derrière ce sentiment une pointe de jalousie. Non. Pia refusait d’admettre que par l’esprit et la beauté Athénaïs s’élevait. Elle refusait d’admettre qu’une quelconque bonté d’âme ou un esprit profondément chrétien puisse racheter une naissance non méritée. Puisqu’elle ne pouvait ni reconnaître de bonne foi, ni apprécier sincèrement, Pia se contenter donc de mépriser.

- Oh. Elle s’arrêta net et se tourna vers le marquis. N’avez-vous pas entendu votre nom ? C’était peu probable étant donné qu’il n’avait jamais été prononcé. Je crois que votre ami réclame votre soutien, il semblerait que son humour ne soit pas suffisant à meubler une conversation. Eh bien, monsieur, courrez donc, nous trouverons seules le chemin du retour.

Il n’en fit d’abord rien, mais devant l’air insistant de Pia il se résolu à retourner sur ses pas. Alors que dans son dos le marquis arrivait au moment où la demoiselle, exaspérée sans doute par des compliments peu à propos, tournait les talons et se hâtait de s’éloigner des deux compères qui ne comprenaient ni l’un ni l’autre ce qui était en train de se passer, Pia se félicitait d’être parvenue à se trouver seule avec la marquise. Elle resta un instant silencieuse, fixant avec une attention inexplicable les pans en mouvement de la robe d’Athénaïs. Non. Non, elle n’admettrait pas que la couleur était choisie tant de circonstance que de manière à rehausser le teint pâle de celle qui la portait.
Cette fois elle ne retint pas le léger soupire qui glissa au bout de ses lèvres.

- C’est amusant, madame, je vous regarde et je suis persuadée de vous avoir déjà croisé ailleurs qu’à la cour.
Si depuis qu’elle avait posé le regard sur Athénaïs elle n’avait fait que se mentir à elle-même, Pia pouvait avoir la fierté de s’être toujours montrée parfaitement –ou presque- sincère face à son interlocutrice.
- Mais Paris est grand et peut-être vous aies-je confondue.

L’air volontairement songeur, ses yeux roulèrent alors qu’elle continuait à avancer d’un pas lent.

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Lun 7 Avr - 21:54

Il semblait bien, en effet, que le visage de cette jeune personne ne lui était pas étranger. Et alors qu’un marquis prit l’initiative de les introduire, Athénaïs hocha la tête, se souvenant d’avoir croiser cette femme chez Louise. D’ailleurs, la dame d’Aradeo le signala. Elle sourit d’abord au compliment sur son esprit, fameux dans toute la Cour, qu’elle, sa sœur et son frère mettaient un point d’honneur à défendre. Puis elle acquiesça sur leur dernière rencontre.

-Oui, tout à fait. Je remercie mademoiselle de la Vallière ne nous avoir présentées.

Sans cela, son bracelet aurait été perdu, du moins c’était ce qu’elle s’imaginait. Ce marquis semblait agacer profondément la belle dame d’Aradeo, Athénaïs le sentait bien que la demoiselle cacha à merveille son ressenti avec un éventail. Elle décida donc de lui clore le clapet.

-Saviez-vous, marquis, qu’en plus d’être un coureur de jupons, monsieur de Lauzun est mon cousin par alliance ? lança-t-elle, tout sourire.

Le marquis opta pour proposer de raccompagner ces dames. Pia commença par demander, visiblement à contrecoeur, le bras du fort galant homme. Ravi, le marquis céda à cette demande sous le regard amusé d’Athénaïs qui était ravie de ne point souffrir une telle proximité avec lui.
Un compliment rondement annoncé et le sourire de la marquise s’accentua, d’un côté seulement, car trop de compliments avaient quelque chose de suspect. Néanmoins, elle n’allait pas porter un jugement sur une personne qu’elle ne connaissait pour ainsi dire pas. Après tout, elle n’avait jamais eu l’occasion de s’entretenir avec elle seule à seule, et c’eut été un divertissement intéressant, alors autant profiter de ce moment opportun, puisque madame d’Aradeo était parvenue à se débarrasser du marquis encombrant. Athénaïs allait rompre le silence en félicitant la jeune femme pour ce coup d’éclat, mais elle fut devancée par son interlocutrice qui entama la conversation par lui dire qu’elle  l’avait sans doute vue ailleurs qu’à la cour, probablement en ville. La suivant dans son allure de balade, Athénaïs opina du chef.


-Eh bien, je dois dire qu’il n’est pas rare que je me rende en ville, mes enfants y demeurent et j’ai souvent quelques courses à faire pour eux ou pour moi-même…

Mais la marquise n’avait pas souvenir d’avoir croisé cette femme en dehors de la cour. Son visage lui était associé au bel appartement de Louise, rien de plus. L’aurait-elle remarquée ailleurs ? Sans doute pas. Elle avait ses habitudes. Si elle l’avait vu dans un salon, elle s’en serait souvenue. Mais elle avait beau chercher dans sa mémoire, rien de tel ne lui revenait.

-Où donc pensez-vous m’avoir aperçue ? demanda-t-elle d’un air amusé, loin de se douter d'où Pia voulait en venir.
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Mar 22 Avr - 9:24

Elle ne répondit pas immédiatement à la question d’Athénaïs. Non pas qu’elle cherchait ses mots, plutôt qu’une courte hésitation lui faisait gagner un peu en crédibilité. Ce qu’elle croyait du moins. Mais au fond, elle était décidée, maintenant qu’elles s’étaient débarrassées du marquis, à s’en soucier beaucoup moins. Juste un instant. Juste face à une personne. Juste maintenant, Pia acceptait d’exagérer tant le trait qu’il devenait difficile de la prendre au mot.

- A vrai dire je ne m’en souviens plus exactement.

Bien sûr qu’elle s’en souvenait. Bien évidemment, elle avait gardé en mémoire l’endroit, la date, l’heure presque exacte à laquelle elle avait vu la marquise. Grâce à une bonne mémoire peut-être, car ce qu’elle avait aperçu n’était pas dénué d’intérêt surtout. Voyant une autre sortir d’une boutique ordinaire, une baronne quelconque accompagnée d’une servante, Pia se serait contenté de faire profil bas et de ne surtout jamais évoquer l’épisode. Mais il n’était aujourd’hui question ni de simples dentelles, ni d’une quelconque courtisane.

- Il me semble que cela remonte à la semaine dernière…
Elle fit mine d’hésiter une seconde, s’arrêta, leva deux yeux songeurs.
- Mercredi ?
Question rhétorique, évidemment. Sans attendre confirmation ou infirmation, elle reprit la marche.  
- Non. Mardi je crois.

Deux doigts de sa main gauche venaient tapoter ses lèvres rougies artificiellement pendant qu’elle détaillait du coin de l’œil le visage d’Athénaïs. Mais comme il était difficile de lire entre ces expressions policées. Déroutant ? Frustrant ? Au fond amusant. Sans doute intéressant. Autant que les ridules étaient masquées et les imperfections de teint gommées, ces petits accrocs, ces faibles mimiques devenaient bien plus difficilement repérables. Pia ne s’était jamais targuée d’une capacité à lire à travers ses interlocuteurs comme dans des livres ouverts –s’agissant de cela elle était d’une normalité presque affligeante- et devait aujourd’hui reconnaître qu’Athénaïs lui apparaissait comme presque totalement close. Quoiqu’elle aurait voulu croire que cette conversation finirait par faire naître en elle au moins un début d’incompréhension à défaut de malaise.  

- Mardi certes, à Paris c’est chose certaine, mais où exactement…
Sa tête hocha de gauche à droite, comme pour marquer encore une fois l’hésitation.
- Il me semble que je venais d’acheter de la poudre pour mes cheveux.
Elle passa une main dans ses longueurs faussement blondes et rendues pâlottes par l’usage et le presque abus de produits.
- C’est cela. De la poudre pour mes cheveux. Et c’est alors que je vous ai aperçue -ou tout du moins j’ai cru que c’était vous- à la sortie d’une maison.
Pia haussa les épaules et esquissa un sourire qui paraissait somme toute sincère, presque tinté d’autodérision.
- Mais j’avoue ne pas être certaine de connaître l’identité du ou de la propriétaire des lieux. Après tout je suis loin de savoir tous des moindres recoins de Paris.  

Pauvre petite italienne venue de loin et qui n’avait pas encore eu le temps d’explorer la ville… La carte qu’elle jouait là était bien loin de celle de la serveuse aux éclats de voix raisonnant dans toute la rue et qui connaissait trop bien la capitale.
La veuve d’Aradeo était de loin trop bien pensante pour oser s’écarter de son chemin tout tracé et n’avait jamais eu l’audace de pousser la porte d’une boutique qui ne survivait que par la rumeur. Evidemment.

Alors que les deux femmes arrivaient devant une porte du château, Pia s’arrêta, pivota d’un quart de tour pour planter ses yeux vers dans les prunelles claires de la marquise. Elle la fixait avec l’audace qu’on ne lui suspectait d’abord pas, alors que sur ses lèvres dessinées légèrement de travers restait gravé un éternel sourire en coin. Face à Athénaïs, cette femme pleine d’assurance et face à laquelle le commun des mortels ne pouvait que s’abaisser ; devant cette noble dont elle maudissait chaque trait de la belle figure, chaque mot si bien trouvé qui sortait de sa parfaite bouche, Pia s’offrait enfin la jouissance si courte et pourtant si intense de ne pas baisser le regard. Sur le parvis, quand une porte les séparait encore d’un intérieur où elle reprendrait le rôle appris par cœur qu’elle s’était elle-même créé, Pia transgressait. Un instant. Rien qu’un instant elle savourait le fait de ne pas avoir à s’écraser.

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Ven 25 Avr - 11:03


Ne voyant d’abord pas où l’italienne voulait en venir, l’air enjoué et amusé de la marquise s’estompa bien vite, du moins intérieurement, lorsque Pia assura qu’elle l’avait vue mardi. En apparence, Athénaïs gardait toujours son sourire de façade, mais l’étonnement et la curiosité commençaient à faire bondir son cœur. Où donc voulait-elle en venir ? Qui donc s’affairait à noter avec autant de précision quel jour et à quelle heure, après avoir fait quelle action, l’on avait cru voir telle ou telle personne, et en plus sans aller la saluer ? Cette attitude parut quelque peu saugrenue à la dame de compagnie de la reine qui, l’air désinvolte, haussa les épaules.

-Je confesse m’être aventurée en ville quelques fois cette semaine, il est vrai. Ma fille ayant été souffrante lundi, j’ai dû m’enquérir de quelque remède pour elle… Ma belle-mère étant certaine de pouvoir la soigner seule, je ne lui porte cependant aucune confiance quant à ses soi-disant vertus médicinales, ajouta-t-elle avec un sourire amusé. Mon mari garde encore les cicatrices d’un cataplasme qu’elle lui aurait fait alors qu’il était enfant. Imaginez donc mon inquiétude à laisser cette belle enfant seule avec elle avec de la fièvre.

Plus elles avançaient et plus le comportement de son interlocutrice paraissait étrange à Athénaïs. Elle avait l’impression de passer à la question, mais de manière subtile et détournée. Elle avait ressenti le même malaise lorsque les gens d’armes avaient interrogé chaque convive du bal désastreux au cours duquel beaucoup d’entre eux s’était vus détroussés. Essayait-elle de lui faire avouer quelque chose ? L’avait-elle aperçue alors qu’elle se rendait aux portes de la ville afin de récupérer les lettres compromettantes de Madame ? Non.. impossible, elle disait l’avoir vue en plein jour, mardi… ce n’était pas ce jour-là.

-Vraiment, vous auriez dû venir me saluer, je suis bien marrie d'apprendre que peut-être je vous ai croisée sans vous voir,lança-t-elle avec un regard et un sourire francs et directs.

La marquise souffla, la marche avait été longue jusqu’au bâtiment. L’italienne s’arrêta et se tourna vers elle, et Athénaïs en fit de même. C’est alors qu’elle perçut son regard, cet air froid et distant, presqu’hautain. Jamais personne n’avait osé la regarder de la sorte, et bien qu’intérieurement ce regard lui fasse froid dans le dos, la marquise campa sur ses positions, ne la lâchant pas du regard, et fronça quelque peu les sourcils.

-En effet, peu de personnes peuvent se vanter de connaître les moindres recoins de Paris. ? J’imagine que seuls les brigands qui y rôdent peuvent se targuer de telles connaissances, pour mieux détrousser leurs victimes, lança-t-elle d’un air songeur.

Puis, histoire de relancer le sujet tout en le détournant un peu, la marquise poursuivit, après avoir brièvement observé les cheveux poudrés de la veuve d’Aradéo. Athénaïs elle-même usait de ce genre de stratagème pour éclaircir ses cheveux, puisque la mode était au blond.

-Où donc vous procurez-vous votre poudre ? Force est de constater, sans flatterie aucune, que vos cheveux ont un rendu exceptionnel.

Elle ponctua cette phrase d'un nouveau sourire. Ce compliment n'avait pour autre but que de l'amadouer d'avantage, et scruter les réaction de l'italienne.
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Lun 5 Mai - 23:13

Bien peu soucieuse de la santé de la fille d’Athénaïs qui devait à présent se porter comme un charme puisque sa mère l’avait délaissée pour venir se pavaner à la cour, Pia avait à peine écouté ce que la marquise présentait comme une justification de son trajet de mardi. Et lorsque la dame lui reprocha de ne pas être venue la saluer, elle se contenta de hausser les épaules, dégageant ainsi un certain fatalisme mêlé à de la nonchalance. Pourquoi diable serait-elle venue saluer une femme qui, indépendamment du fait qu’elle la détester silencieusement, avait eu tant de mal, quelques minutes auparavant à retrouver son nom ?

- Sans doute, madame, acquiesça-t-elle cependant lorsque la marquise fit remarquer le caractère peu recommandable de ceux qui pouvaient se targuer de connaître Paris sur le bout des doigts, sans doute.

Pourtant il avait semblé à Pia que la Montespan, pleine de mauvaise foi, avait, très peu de temps auparavant, été s’aventurer dans ces rues certes encore peu dangereuses mais qui s’éloignaient considérablement des rues bordées de ces hôtels particuliers dans lesquels se tenaient ces salons où la belle brillait.
Belle tentative que celle du compliment. Seulement Pia feintait mais ne marchait pas.

- N’est-ce pas ? Je trouve également la couleur particulièrement bien réussie, d’autant plus quand on considère celle que Dieu m’a donnée.
Mais comme elle exécrait ce blond. Comme elle vomissait cette pâleur qui lui donnait des airs de vierge effarouchée. Comment elle s’en voulait presque de se grimer ainsi alors que le Seigneur l’avait doté de ce roux si flamboyant, si caractéristique, mais malheureusement si reconnaissable, qui allait à l’encontre de toute la discrétion de laquelle elle souhaitait s’entourait dès lors qu’elle quittait son tablier de serveuse.
- Mais il est affreusement difficile de trouver une poudre de qualité à Paris. Contrairement à la plupart des Etats Italiens, ajouta-t-elle en soupira, trouvant de bon goût de critiquer le pays d’origine de la marquise pour vanter sa botte, qui à l’égard des soins capillaires était en effet bien mieux fournie. Surtout la belle Venise dont elle se gardait bien de prononcer le nom.

Pour autant le chauvinisme ne répondait pas à la question posée. La chose fut faite avec naturel dans la foulée mais après s’être assurée que personne ne se trouvait à proximité, comme si le dévoilement d’un secret de beauté ne devait pas dépasser la sphère des deux interlocutrices.

- Pour m’en procurer il me faut donc presque aller jusqu’au faubourg Saint-Denis, imaginez-vous ? Ce n’est pas l’endroit où les bien nés se rendraient spontanément, mais je puis vous assurer que le jeu en vaut la chandelle. On trouve là-bas tout ce qui manque au cœur de la capitale. Absolument tout, assura-t-elle en hochant la tête avec assurance.

Elle fit un pas en direction du château. Mais s’arrêta avant d’aller plus loin. Hésitante, les yeux emplis d’un doute maîtrisé, un index sur ses lèvres pour marquer le chancellement de l’esprit, Pia attendit une seconde avant de finalement faire volte-face. Avec dans le regard cette sorte de curiosité malsaine si propre à ceux et celles qui étaient familiers du ragot, elle revint vers Athénaïs.

- Mais savez-vous, madame, ce que j’ai un jour entendu dire ?
Elle se rapprocha légèrement de la marquise pour se pencher vers son oreille et pouvoir baisser la voix de façon à ce que son ton se rapproche de celui de la confidence.
- Il paraît qu’on y trouve également les boutiques des plus grandes criminelles de Paris… Des faiseuses d’anges…
Elle se signa rapidement. On aurait sans doute pu croire le contraire, mais le geste n’était étonnamment pas calculé quand on savait à quel point ces pratiques dégoûtaient la pieuse Italienne.
- Pouvez-vous y croire ? A quelques minutes à peine des plus belles façades, cela semble invraisemblablement, n’est-il pas ? Il se dit même que la plus connue d’entre elle passe de premier abord comme étant une femme tout à fait décente. Elle esquissa une grimace de dégoût extraordinairement naturelle et sincère. Pour autant elle n’en reste pas moins une véritable sorcière. Et ses clients, peu importe ce qu’ils lui demandent, des individus bien peu recommandables.

La chose semblait à présent claire quoique jamais expressément dite.

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Lun 2 Juin - 10:55

Plus la conversation avançait, et plus il était clair pour Athénaïs que son interlocutrice n’était pas née rousse par hasard. Elle pressentait en elle quelque chose de machiavélique, et elle commença à se sentir mal à l’aise. Cette italienne était tout en sous-entendus, et enfin que lui voulait-elle ? Elle semblait au final vouloir mêler la marquise à de sombres affaires concernant certaines faiseuses d’anges ? Avait-elle perdu la raison ? Certes il lui arrivait d’aller dans des quartiers un peu moins bien famés de Paris pour se procurer certains produits de qualité, mais après tout, les activités annexes des vendeurs ne la regardaient pas. Et puis c’était sur conseil de sa sœur qu’elle s’y était rendue ce jour-là, Gabrielle ne l’aurait sans doute pas envoyée dans un coupe-gorges de bon gré.

Athénaïs esquissa un haussement puis un léger froncement de sourcils. En effet, la conversation prenait une tournure qui ne lui plaisait guère et cette jeune femme devenait peu à peu fort désagréable à côtoyer. Voilà qu’elle l’accusait de fréquenter des sorcières. Si c’était ainsi qu’elle appelait les cartomanciennes, alors soit. Mais ce n’était point un crime que de se faire dire la bonne aventure, et cette mode était belle et bien présente chez les dames de cour. Qu’allait-elle donc chercher ?

-Eh bien en ce qui concerne les personnes peu recommandables, il n’est guère besoin de s’aventurer bien loin pour en trouver. La cour elle-même regorge de menteurs, de voleur et parfois même d’assassins, que l’on ne tarde bien sûr pas à arrêter. Il se raconte des histoires effroyables.

La marquise esquissa un sourire cette fois, en regardant franchement son interlocutrice.

-Aussi, pour une personne aussi éclairée que vous l’êtes, je vous trouve bien facilement impressionnable sur ce que l’on puit trouver à Paris. Ce n’est un secret pour personne que notre capitale peut s’avérer aussi merveilleuse que sale et mal fréquentée.

Mais elle ne voulait surtout pas avoir l’air de l’accuser à son tour.

-Savez-vous que pas plus tard que le mois dernier, j’ai retrouvé chez moi une petite voleuse accoutrée d’une livrée de page, essayant de me faire croire qu’il, ou plutôt elle en l’occurrence, venait de la part de mon mari pour prendre un poste ? En réalité, cette vermine tentait de dérober quelque bien.

Elle ponctua cette phrase par un léger haussement d’épaules.

-Nous ne sommes en sécurité réellement nulle part. Voyez, les invités se sont fait voler leurs biens sur eux lors d’un bal du prince. Alors comment pouvez-vous penser une seule seconde que trouver des gens peu recommandables à Paris est chose surprenante ?

Puis elle se mit à rire quelques secondes.

-Vous n’êtes pas dupe et je ne le suis point non plus, madame.

Cela suffirait-il pour que la belle italienne arrête de la soupçonner aussi ouvertement ? Et puis de quoi, au fond ? Bien qu’Athénaïs n’ait pas l’impression d’avoir grand-chose à se reprocher, sans bien comprendre pourquoi la jeune femme la faisait se sentir coupable.
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Mar 3 Juin - 17:35

Les allusions étaient désormais à peine voilées. Pour autant Athénaïs ne se laissait pas démonter, répondait avec un certain aplomb et un visage aux expressions maîtrisées. Comme si elle restait persuadée de ne pas être en tort quand bien même elle se reconnaissait sans doute dans les accusations de Pia. Plutôt que de défendre de fréquenter celles que malgré la mode la Gazza s’obstinait à appeler de viles sorcières –la bonne aventure n’était peut-être pas un crime, mais les activités connexes, dont au moins des rumeurs chatouillaient sans doute les oreilles des clientes, l’étaient assurément-, la marquise préféra disserter à son tour sur le caractère dangereux de Paris.

- Un mal sans doute emprunté à l’Italie, ponctua-t-elle avec une pointe d’humour dans la voix.
Référence à ces assassins de la botte que le commun des mortels ne pouvait que craindre mais dont les malfrats ne devaient se résoudre à admirer le talent. Française de cœur mais toujours Vénitienne dans l’âme, Pia restait persuadée que malgré une Cour des miracles qui à Paris faisait régner sa loi, les truands n’avaient pour la plupart pas la moitié de l’habilité des tueurs des cités italiennes. Derrière cela il y avait peut-être également un léger clin d’œil à sa propre personne. Le subconscient qui au-delà du mensonge laissait apparaître des petits éclats de vérité.
A l’anecdote rapportée Pia ouvrit de grands yeux et feignit –plutôt mal, il fallait le reconnaître- la surprise.

- Je ne peux y croire, souffla-t-elle avec hypocrisie.
Intérieurement elle s’amusait à imaginer la scène, une voleuse vraisemblablement sans grand talent et une dame dont elle se demandait si elle s’était d’abord affolée ou offusquée ?
Elle continuait de prêter une oreille attentive au discours de la Mortemart et force était de constater qu’elles s’accordaient sur bien des points. Car certes, elles n’étaient pas dupes.

- Je crois madame, qu’à la cour on le reste rarement bien longtemps. Chacun sait se grimer mais tôt ou tard les masques tombent.  

Il n’y avait au fond pas une semaine sans qu’un scandale éclate. Affaires de coucheries, tromperies, duperies. Véritable nid de serpents, la cour était un lieu où on cachait ses sentiments et intentions au moins autant qu’on aimait se montrer sous son jour le plus brillant. Mascarade scintillante et respirant l’orgueil des uns et des autres, pour autant les costumes étaient parfois troués. Mais si Pia se délectait du malheur de ceux qui çà et là étaient percés à jour, pour autant elle était persuadée que cela ne pouvait lui arriver. Son ego lui soufflait qu’elle valait bien mieux qu’eux. Vanité grandissant chaque fois qu’elle se glissait ici et repartait avec quelques pierreries mais qui un jour devrait pourtant finir par s’effondrer.

- A présent, veuillez m’excuser mais je me sens lasse. Sans doute devrais-je rentrer, en espérant passer entre les voleurs et autres assassins sur le chemin du retour.

Elle esquissa une espèce de grimace théâtrale visant à moquer légèrement la paranoïa qu’avait dégagée la marquise. Ou plutôt, il était ici question de prendre à la légère une réalité. Car Pia était au fond extraordinairement bien placée pour savoir qu’il n’y avait dans l’idée d’un Paris dangereux et puant l’arnaque rien de faux.

- Adieu, madame. Portez-vous bien.

N’ayant pas le goût du cérémonial et des sorties grandioses, elle se contenta de remettre son masque d’amabilité et de tourner les talons, préférant repasser par l’esplanade afin de quitter le château plutôt que d’y entrer. Car la perspective d’avoir à adresser encore la parole à quelqu’un lui était trop désagréable. Entre marquis de mauvais genre, coureurs de jupons de bas étage et belle Athénaïs à la réplique mordante, elle jugeait avoir assez donné pour la journée.


(Je te laisse décider si tu veux répondre une dernière fois ou conclure ici =] )

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Sauvons au moins les apparences || Athénaïs

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