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 Des retrouvailles et pas des moindres (ft. Philippe de Lorraine)


Dim 2 Fév - 23:59

❝ philippe & achille ❞

Se levant du bon pied, Achille se décida pour ce matin ensoleillé, le premier de printemps 1666, à reprendre l’exercice des armes. Sage résolution en effet puisqu’il ne s’était pas entraîné depuis des jours, fort pris ces derniers temps. Le vol d’un certain nombre de bijoux s’effectuant lors d’un bal donné par un prince de sang n’était pas chose à prendre à la légère. L’enquête avançait lentement mais sûrement, le vol n’avait pas été perpétué par des mains inexpérimentées. L’affaire, grandissant de jour en jour, gagnait en ampleur et incitait les soldats, dont les mousquetaires, à une extrême prudence qu’il ne faut surtout point négliger. Paris, la capitale ténébreuse du crime, n’était en aucun cas une ville pleinement sûre. Personne, ni même les soldats, ne devrait s’y aventurer mais c’était chose perdue à l’avance. La recommandation, personne ne l’écoutait car une ville se vivait aussi la nuit. Néanmoins, il fut conseillé d’éviter les endroits réputés dangereux, là où la vermine régnait en maître et où coulait parfois le sang innocent des victimes. Cette fois-ci, le conseil fut judicieusement écouté.

Après une nuit des plus fructueuses, l’œil du mousquetaire lorgna sur le livre tombé à terre lorsqu’il avait glissé sous les draps. Se penchant pour le ramasser, il revint à la page où il s’était arrêté la veille au soir. Il le referma aussitôt, le reposa par terre et noya son visage dans ses mains, le dos collé au mur. Un soupir fit écarter ses mains et il ne vit pas que dehors, l’aube commençait déjà son œuvre. Les premiers rayons du soleil grimpaient dans le ciel mais n’éclipsaient pas pour autant la lumière encore vive de la Lune. Il restait encore quelques bonnes minutes pour que l’astre solaire dépasse la ligne d’horizon et chasse lui-même les ombres campant dans les ruelles profondes de la capitale. Assis sur un lit qu’il trouvât étroit, le dos toujours appuyé au mur, le mousquetaire rapprocha ses deux jambes à lui et cramponna ses pieds nus sur la barre solide du sommier. Il resta un long moment ainsi, l'esprit ailleurs. Enfin, il tourna mollement la tête vers la petite lucarne et contempla le lever du soleil. Mais il se détourna rapidement quand un rayon de soleil avait trouvé le chemin de son visage, picorant ses yeux. Soudain il se renforça et sa lumière éblouissait le visage blanc du jeune soldat. Elle emplissait la petite chambre mansardée dans laquelle il était et la ville autour.

Compressé par la petitesse de la soupente qu’on avait aménagée en chambre, Achille fut pressé de s’en sortir. Il l’avait payée pour une nuit, dans le seul but d’y dormir afin d’accuser un sommeil réparateur. Au réveil cependant, alors qu’il n’avait dormi que quelques heures, le jeune homme se sentait pleinement en forme. Chassant l’atrabile qui l’immobilisait dans sa couchette, il se releva et gagna en vitesse le broc et sa cuvette posés non loin de là. Il attrapa au passage ses habits qu’il enfila de suite. Il se barbouilla le visage d’eau froide mais claire, qui le réveilla. Tout en s’essuyant avec soin, il repensa à ce qui le tourmentait ce matin. À dire vrai, il s’agissait de cette affaire qui occupait tant lui et ses camarades dernièrement. Mais pour cette première journée de printemps, il ne voulut plus y reporter toute son attention, ni y repenser une seule seconde, même si le mal était déjà fait. En bref, il souhaita oublier cette affaire, juste pour aujourd'hui, certain d’y revenir plus tard, ce qui l’embêtait un peu. Il en avait par-dessus la tête et profita donc de cette joyeuse matinée pour reprendre un entraînement qu’il n’avait plus suivi pendant un bout de temps.

Rasséréné, il sortit du logis où il avait passé la nuit et évita soigneusement un fiacre qui roulait à vive allure malgré l’étroitesse de la rue. Ciel ! Même le jour, la rue n’était pas sans danger. S’étant réfugié sur des degrés, il les descendit la tête penchée. Il vérifia qu’il n’y avait plus aucun danger et reprit tranquillement sa route. Avec un objectif bien précis en tête, il atteignit sans encombre la rue aux Ours, calme et désert à cette heure matinale. Il entra dans l’un des bâtiments qui la bordait et s’avança vers une grande salle qu'il connaissait fort bien. Il avait maintes fois croisé le fer là avec ses camarades, mousquetaires eux aussi, améliorant à chaque fois sa botte secrète, ainsi que ses techniques d’attaque ou de défense. Il se trouvait là dans la salle d’armes de la rue aux Ours, lieu prisé non pas que par des soldats mais aussi des nobles.

Il entendit un bruit d’épée provenant de la grande salle. L’heure était vraiment bien trop matinale pour un entraînement de cette facture. C’était la première fois qu’il venait très tôt mais il avait ouï-dire que la salle était généralement vide au lever du soleil. Mais voilà que ce claquement que produisit une lame au contact de quelque autre lame lui arrivât aux oreilles. Soucieux de bien savoir de qui il provenait, il s’approcha à pas feutrés de la grande porte et baissa la tête pour mieux entrevoir la salle tout en veillant de ne pas être vu. Il vit un homme rouquin, de dos, et s’entraînant, comme il l’avait douté, à l’épée. Cette silhouette ne lui disait au premier abord rien de bien fameux mais quand il se retourna pour changer de position, il étouffa un cri en reconnaissant ledit rouquin. Le chevalier Philippe de Lorraine en personne. Très surpris de reconnaître ce qui avait été autrefois son ami sur le champ de bataille, il se recolla au mur qui le séparait de la grande salle. Il sentit sa respiration s'accélérer et ferma les yeux. Des souvenirs qu'il croyait enfouis surgirent dans son esprit, des images de lui avec le chevalier datant de l'époque où ils combattaient tous les deux sous le même étendard royal. Achille rééprouvait cette même peur qui le retenait à chaque fois qu'il croisait le chevalier de Lorraine.

Tout en déglutissant, il parvint à reprendre une respiration normale et se ressaisit enfin. Il n'avait plus reparlé avec le chevalier depuis justement cette époque-là. Disons que le mousquetaire n'avait jamais eu l'occasion de l'approcher, il était si souvent entouré d'hommes, tous du même âge pratiquement, et dont la plupart étaient des mignons de Monsieur Philippe d'Orléans, le frère de son chef suprême, le roi. Cependant, il y avait des chances aussi d'apercevoir le rouquin en compagnie de Monsieur lui-même. Ils étaient déjà amants lorsque le mousquetaire rencontra le chevalier dans l'armée. Bien sûr qu'il fût au courant de cette histoire qui avait fait la renommée du chevalier. Ses états d'âme ne firent qu'accentuer le caractère déjà sulfureux du personnage. En dehors de ça, Achille voyait en lui un réel compagnon, ils avaient combattu ensemble pour le roi et ce lien de frères d'armes qui les unissait ne se détachait pas aussi facilement que l'on pourrait croire, à l'usure du temps.

Achille n'était pas homme à juger les gens selon leur apparence, il appréciait le chevalier malgré la réputation qui le précédait. Et il avait finalement trouvé une occasion pour lui parler seul à seul, autrement il ne pouvait pas. Un soldat ne s'adressait pas à un noble sans que celui-ci l'invitât à prendre la parole, sauf dans de rares exceptions. Mais le soldat était un mousquetaire, il avait donc en titre des libertés à converser avec les nobles, fort heureusement. D'ailleurs, cela le rapprochait plus d'eux. Alors que Lorraine était seul dans la grande salle, Achille pouvait donc profiter de cette situation qui s'offrait à lui pour lui adresser aisément la parole, de soldat à soldat, en souvenir de leur ancienne amitié. C'était toujours la solution la plus simple la plus facile qui soit. Il sortit donc de sa cachette et traversa la grande porte pour entrer dans une salle aux grandes dimensions, la salle d'armes. Sur fond de murs blancs se rangeaient d'après leur taille toutes les hallebardes et épées qu'il pouvait exister sur Terre.
    ▬ Chevalier, quel heureux hasard de vous retrouver seul ici ! dit-il en s'avançant dans sa direction. Tiens, je m'aperçois étrangement que vous n'êtes point accompagné par l'un de vos inséparables mignons, plaisanta Achille avant de reprendre son sérieux. Vous entraînez-vous si tôt le matin ?


Dernière édition par Achille de Montaron le Mar 1 Juil - 4:12, édité 6 fois
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Dim 2 Mar - 17:39

    Frappes, crissements et froissements métalliques résonnaient, se répercutaient et se multipliaient dans la salle encore presque vide, baignée d'une lumière matinale et aussi froide que les lames sur lesquelles elle rejaillissait en éclats miroitants. Ce n'était pas qu'à l'écho seul qu'on devait l'ampleur des chocs : aucune épée de cour ne participait au duel, ayant laissé la place aux redoutables sabres de cavalerie, plus lourds et infiniment plus efficaces sur les champs de bataille. A condition d'en avoir la force, de manier leur poids avec souplesse et endurance, de savoir jouer de leur centre de gravité. Il y avait une forme de volupté dans le duel contre un adversaire aguerri, dans cette concentration absolue, dans ces mouvements aussi précis que ceux d'un ballet mais tellement plus imprévisibles, dans ces sens décuplés, le sang battu puissamment dans les veines... et rien des odeurs pestilentielles, des cris et des effluves immondes qui accompagnaient les véritables combats. Sa lame s'abattit vers la poitrine de son adversaire mais ne franchit que la moitié de sa trajectoire : dans son cou la caresse froide de l'autre sabre venait d'annoncer la fin de la passe, et sa propre défaite.
    Lorraine inclina la tête vers son adversaire, reconnaissant ainsi la victoire de Fontenac, puis la releva dans un demi-sourire. Mieux valait une défaite aujourd'hui contre un tel maître d'arme, dont l'expérience était incontestée, la réputation inébranlable, que de mordre demain la poussière pour n'avoir pas osé se confronter plus tôt à plus fort que soi. La prochaine fois, il ne referait pas la même erreur. Il finirait même par le vaincre.
    Fontenac proposa de mettre un terme à l'entraînement du jour, aussi bien parce qu'il avait duré assez que parce que certaines affaires requéraient sa présence et le Chevalier acquiesça silencieusement. Bientôt la salle se remplirait et il ne souhaitait guère s'y trouver encore au rang des duellistes lorsque cela se produirait.
    Le jeune homme laissa s'éloigner le vieux militaire vers les bancs où ils avaient laissé leurs effets, jaugeant de nouveau le poids de sa propre lame, sa répartition et comme tout cela changeait en fonction de l'inclinaison qu'on lui donnait, de la manière dont on tenait la poignée... Poignée sur laquelle se refermèrent brusquement ses doigts lorsqu'il s'entendit interpeller ; tenue avec plus de désinvolture dès qu'il reconnut le jeune mousquetaire qui venait d'entrer. Le sourire lui vint tout naturellement aux lèvres comme il le salua brièvement :

    -Montaron.

    Achille de Montaron pour le présenter dans les formes, mousquetaire depuis peu, avait servi sous les drapeaux du roi plusieurs années, ce qui avait été le théâtre de sa rencontre avec le Chevalier. La naïveté du jeune provincial y avait été aussi visible que le nez au milieu de la figure parmi les autres soldats, si bien que Lorraine vit rapidement l'avantage qu'il pouvait en tirer pour remonter le moral des troupes lorsque les sièges duraient trop, ou que le ciel semblait vouloir les embourber. Ce qui n'avait été que manœuvre stratégique avait fini par nouer des liens réels, autant que leur différence de rang le permettait. Achille avait progressivement cessé de n'être qu'un pion au beau milieu de la guerre, un soldat parmi d'autres, et quelques mésaventures communes n'avaient pas peu contribué à resserrer les liens tissés.
    Tout cela avait eu lieu à peine quelques années plus tôt, pourtant dans ce noble lieu de l'exercice du plus noble des sports par les plus nobles de ses pratiquants, dans cette ambiance d'un calme presque religieux, ces quelques années paraissaient une éternité.

    La suite des dires du mousquetaire lui fit lever un sourcil, un sourire en coin ponctuant la plaisanterie que lui lançait Achille. Si le jeune mousquetaire n'était pas trop différent du plus jeune militaire que Lorraine avait rencontré quelques années plus tôt, c'était une perche qu'il pourrait réutiliser. Mais plus tard. Une question attendait une réponse auparavant.

    -Eh bien, il y a une heure pour chaque chose : celle pour s'entraîner, et celle pour observer.

    Exactement comme il y avait des spectacles qu'on donnait, et d'autres qu'on était bien avisé de garder pour soi. Le maniement des armes faisait partie de la seconde catégorie selon Lorraine. Inutile de laisser voir à de potentiels – et fort probables – futurs adversaires les bottes qu'on maniait le mieux, les défenses les moins pourvues, la lame qu'on maîtrisait le plus aisément, et encore moins votre endurance, votre souffle, votre force et votre souplesse. Que les plus imbéciles l'imaginassent donc faignant, et que restassent dans l'ignorance ceux qui se rappelaient les batailles gagnées, lui n'offrirait pas si facilement le loisir à ses ennemis de pouvoir analyser son jeu. Même s'il ne se privait pas d'aller observer ceux des autres qui échangeaient des passes d'armes plus tard devant un parterre de spectateurs variés.
    Naturellement les duels étaient depuis longtemps interdits. Cela aurait été néanmoins d'une grande naïveté que de croire n'avoir jamais à croiser le fer loin des champs de bataille.


    -Sans doute l'attitude la plus sage., opina une voix dans son dos. Fontenac était revenu, de nouveau vêtu de pied en cape, l'épée au fourreau et le chapeau à la main.

    Tout dans l'attitude du militaire disait comme il doutait infiniment que le Chevalier fut vraiment pourvu de la dite qualité de sagesse. Pour autant, la désapprobation était adoucie par l'infime plissement des commissures des lèvres, ombre de sourire qui ne s'assumait qu'à demi.


    -Je vous laisse Messieurs, j'ai à faire. Chevalier. Mousquetaire.

    Le salut avait été martial et la démarche raide qui mena le vieux militaire vers la sortie l'était tout autant. Rien de la grâce ni de l'élégance qu'affichait tous les oiseaux de Cour, et pourtant quelque chose de dangereux, de mortellement efficace, qui vous faisait respecter l'homme au premier regard. Enfant, Lorraine en avait admiré le charisme, l'autorité naturelle qu'il exerçait sur ses hommes et s'était naturellement employé à l'analyser, en comprendre les codes presque animaux, en tirer le suc, en éliminer les scories et le faire sien.

    -C'est probablement l'un des meilleurs sabreurs de France..., précisa le Chevalier dans le dos de son adversaire du matin, tandis que celui disparaissait par la porte qu'avait traversé Achille quelques instants plus tôt. A défaut d'être mignon..., acheva-t-il dans un sourire malicieux entendu.

    Amusé, il l'était bel et bien par son propre sous-entendu, mais c'était – exceptionnellement – bien innocent car il ne nourrissait qu'une amitié légère pour le vieil épéiste. Bien innocent si l'on exceptait naturellement le goût de la provocation et tout ce qui se trouvait d'implicite sous des mots anodins.


    -Alors... Vous voilà donc mousquetaire, mon ami... Cela vous arme-t-il assez pour survivre à la Cour ? A tout le moins l'uniforme doit certainement être une arme redoutable auprès de ces dames.

    La phrase avait été malicieusement ponctuée du mouvement souple de sa lame, laquelle s'était fendue sans avertissement droit vers le cœur du mousquetaire. Ce n'était pas une menace et encore moins le lancement d'hostilité. Tout juste une illustration de ses propres paroles, et comme une invite à échanger quelques passes d'arme. Montaron n'était pas aussi habile que Fontenac, mais il restait un adversaire à ne pas sous-estimer l'épée au poing, un excellent épéiste, ce qui en faisait un challenger de qualité pour un entraînement.

    -Racontez-moi.

    Lorraine jouait d'ingénuité en se prétendant presque complètement ignorant de la nouvelle vie que menait Achille de Montaron. Le fait était qu'il suivait de loin l'évolution du mousquetaire, hésitant encore sur le parti qu'il pourrait en tirer. User des personnes pour qui il éprouvait de l'affection ne lui avait jamais posé le moindre cas de conscience. Après tout, il les aimait encore mieux de cette manière alors qui irait s'en plaindre ? Et puisqu'on parlait d'affection et de service, on en arrivait à la seconde raison pour laquelle le Chevalier ne pouvait ignorer la présence et les mésaventures du jeune mousquetaire : il semblait fort que ce dernier se soit attiré l'intérêt tout particulier de Monsieur. Quoi de surprenant ? Il suffisait de jeter un œil à ce visage candide aux grands yeux bruns pour pouvoir parier sans risque sur la chasse que le Prince mènerait à cet oiseau-là.
    Un fil rajouté à la grande toile. Le jeune homme avait commencé de réfléchir au moyen de renouer les liens qu'il avait tissés auparavant avec le jeune Montaron, et voilà que la Fortune lui en offrait l'opportunité.
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Jeu 13 Mar - 0:16

À peine eut-il franchi le seuil de la porte qu'il sentit les muscles de son corps se raidir, le chevalier n'était pas seul dans la grande pièce. Mais ils se détendirent aussitôt lorsque celui-ci pivota sur ses pas et reconnut avec un sourire, le plus charmant et le plus naturel qui soit, le jeune Montaron. En retour, Achille lui offrit son meilleur sourire et marchait dans sa direction pour le saluer, tout ravi de revoir un ancien frère d'armes avec qui il avait noué une solide amitié. Le temps et les circonstances les avaient malheureusement contraints à se séparer ensuite, Philippe était devenu abbé à Chartres et Achille était entré chez les mousquetaires. Ils ne s'étaient plus revus après, et le hasard avait fait qu'ils se retrouvaient dans une salle des plus communs, à l'image de leur amitié et loin du faste de la Cour où l'étiquette était de rigueur. Un bel endroit, autre que la Cour, pour retrouver un ancien ami. Certes ils étaient tous deux des soldats ayant servi Sa Majesté le roi à la même période, donc quoi de mieux qu'une salle d'armes pour de joyeuses retrouvailles.

La tête du jeune soldat esquissa un léger mouvement d'inclinaison, saluant le chevalier. Même s'il s'agissait d'une ancienne connaissance, d'un vieil compatriote, il était de son devoir de saluer respectueusement les nobles qu'il croisait sur son chemin. Après tout, il était reconnaissable avec son uniforme de mousquetaire et devait assurer leur sécurité. Pendant que Lorraine répondait sagement à la question d'Achille, ce dernier se risqua un coup d'œil vers Fontenac, au-dessus de l'épaule du chevalier. Il l'avait maintes fois entrevu dans cette même salle, avec des soldats ou des nobles, peu importe, mais sans jamais retenir son nom. Assez connu, il était un excellent épéiste, du fait qu'il soit maître d'armes. Mais comme l'art du combat n'avait jamais réellement intéressé le jeune mousquetaire, il attachait peu d'importance à tout ce qui touchait ce domaine. Excepté les techniques de combat, nécessaires à sa survie et, par conséquent, à la poursuite de son ambition personnelle. Il avait l'avantage de savoir combattre, alors que ce n'était pas son point fort, d'être un privilégié mais sans vraiment l'être, comme la plupart de ses compagnons, qui seraient soldats toute leur vie, alors que lui rêvait du contraire. Reportant ses yeux sur le visage du chevalier, il lui répondit :
    ▬ Vous avez bien raison.
Soudain la voix forte et presque rauque de Fontenac lui fit hérisser les poils de la nuque. Ne s'attendant certainement pas à ce qu'il élevât la voix, il ne vit pas le vieil homme se lever. Il avait revêtu sa tenue de ville et se rapprochait d'eux. Rapidement il les salua. Tout en inclinant brièvement la tête, un faible sourire ornait le coin des lèvres du mousquetaire et Fontenac quitta la salle sans plus tarder. Enfin, Achille revint vers le chevalier et ne put contenir un autre sourire à la remarque qui lui avait été donnée, si classique au Lorrain. Le jeune homme brun n'avait point changé depuis le temps, toujours fidèle à lui-même, n'hésitant pas à lancer à toute occasion des allusions pouvant en choquer plus d'un. Il avait cette manie habituelle et fâcheuse pour certains de cacher le vrai sens de ses phrases, où un semblant de provocation s'y recelait parfois. Lorraine prenait un malin plaisir à se jouer de ses interlocuteurs, de personnes qu'il n'appréciait guère et dont la relation avec le chevalier n'était pas au beau fixe. Sa réputation de bel amant de Monsieur lui avait valu de nombreux ennemis, des jalousies, et des scandales qui le frappaient.

C'était un homme dénué de tout sens moral ; malgré cela, Achille l'appréciait tout de même. Il avait été un bon compagnon lorsqu'ils avaient combattu ensemble, affrontant les horreurs des champs de bataille. Le soldat se souvenait encore des cris interminables que lançaient les soldats à l'assaut, de ceux qui mouraient sous les coups de l'ennemi, du raclement des épées qui s'affrontaient et du bruit sec qu'ils produisaient quand ils s'enfonçaient dans les corps mourants de l'ennemi. Des bruits horribles qui, par chance, ne revenaient pas hanter le jeune mousquetaire mais qu'il n'oublierait jamais. Ces batailles marquaient à vie tout humain y participant et Achille n'en fit pas exception. Bien qu'il fût quelqu'un d'assez fragile mentalement, ces années dans l'armée n'avaient point perturbé le jeune soldat qui, au contraire, s'était forgé un mental d'acier. Pour remédier à cela, la souffrance qu'il avait ressentie à ses débuts, du fait de sa douloureuse séparation avec sa mère, il l'avait acceptée avec le temps, ce qui le changea. En effet, pour survivre à ces mortels combats où son père l'avait envoyé dans l'espoir qu'il meure, il avait dû mettre de côté le déchirant sentiment qui l'affectait tout particulièrement et pour y parvenir, il avait concentré toutes ses forces dans son esprit. Ce qui le sauva.

La suite des propos du Lorrain le fit ouvrir de grands yeux et à la vue de son arme il recula par réflexe en sortant le sien. Sous la surprise, il réussit néanmoins à parer la lame polie du jeune Lorraine désormais en position de combat. Elle visait son cœur et un pas de plus en avant il serait mort. Reculant encore, il croisa le fer de sa lame avec celui de son adversaire et surveilla en même temps ses moindres faits et gestes, paré à toute éventuelle attaque. Concentré, Achille ne le détacha pas du regard et se laissa envahir par le silence quasi religieux de la pièce. Il le rompit tout d'un coup en lui parlant, sans engager un début de combat, les sens à l'affût toutefois.
    ▬ Vous êtes soudain bien intéressé par ma nouvelle vie, monsieur de Lorraine. Me voyez-vous bien différent sous cet uniforme que dans vos souvenirs ?
Il laissa échapper un léger rire à la fin de sa phrase. Puis il bascula la tête sur le côté pour le distraire avant de fendre l'air du mouvement rapide et horizontal de sa fine lame. Dans un jeu de jambes impeccable, il para efficacement les coups que lui donnaient son adversaire et les coupa court non sans oublier d'en donner quelques-uns lui aussi. Durant le combat, il avait levé son bras gauche en guise de bouclier. Bien sûr ce n'était pas un réel combat mais les gestes automatiques de défense s'y manifestaient tout naturellement pendant puisqu'à force de les répéter, il était évident que le cerveau automatisait ces gestes. Le mousquetaire continua une salve de coups d'épée avec Lorraine et stoppa le combat en bloquant son épée au sol.
    ▬ Vous m'étonnez chevalier, ne croyez-vous pas que l'uniforme attirerait tout un essaim de dames ? Certes ce fut prouvé mais sachez que je n'en tire pas profit, ces dames sont de vraies pies bavardes et difficilement séparables. Redoutable en effet comme vous dites, pour les faire jacasser.
Propos qui fut ponctué par un petit sourire sous-entendu. Il n'avait pas tort concernant les dames de la Cour, la plupart se ruaient presque à la vue d'un uniforme de mousquetaire afin de leur faire part des derniers ragots qui circulaient parmi les courtisans ou de profiter de leur compagnie. Après tout, il n'était pas de refus pour ces dames d'avoir un mousquetaire dans les parages. Un si jeune et si beau comme Achille surtout. Sa gentillesse était un plus également, les dames se raffolaient de mousquetaires serviables et à leur écoute.
D'un geste vif de la main, il décrocha la lame du chevalier du sol et la fit tournoyer. Il esquiva d'autres coups en reculant et reprit l'assurance de ses débuts pour redonner des frappes successives. Raclant l'épée du chevalier, il se rapprocha de lui, les bras croisés, et continua :
    ▬ Cependant il faut affirmer que je m'en sors plutôt bien à la Cour que sur les champs de bataille, donc oui cela m'arme assez pour y survivre.
Il n'évoqua pas Monsieur, l'amant de Lorraine, qui l'importunait depuis leur rencontre au théâtre. Certes il savait bien que le prince de sang avait un goût marqué pour la gente masculine et affectionnait donc tout particulièrement les visages d'ange qui circulaient dans les couloirs ou ailleurs, dont celui du jeune Montaron. Non pas qu'il se sentait harcelé par ce dernier mais espérait tout de même qu'il jetterait son dévolu sur une autre proie sans plus attendre.


Dernière édition par Achille de Montaron le Mar 7 Oct - 17:25, édité 4 fois
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Mar 25 Mar - 18:48

    Passée sa première provocation, Lorraine avait délaissé l'attaque pour se consacrer principalement à sa défense. Il la savait son point faible, car ayant trop souvent privilégié les stratégies agressives et il lui fallait donc l'améliorer. Qui de mieux pour cela qu'un adversaire plein de fougue enthousiaste tel que le jeune mousquetaire ? Lorraine retrouvait presque affectueusement la naïveté du jeune homme, celle-ci même qui lui faisait oublier si facilement qu'ils n'avaient jamais qu'une petite année d'écart. Aux yeux du Chevalier pourtant, Montaron paraissait si jeune. Miraculeusement encore si fraîchement innocent malgré les guerres qu'il avait vécues. A croire qu'ils n'avaient pas vus, sentis ni entendus les mêmes choses.

    Aussi ne répondit-il pas tout de suite aux dires d'Achille, se contentant ici d'un haussement de sourcil faussement surpris pour une question rhétorique, là d'un sourire désapprobateur face aux opportunités voluptueuses dédaignées par le mousquetaire et répondant de même par l'épée. Pour cause, sa concentration était prise ailleurs, observant son adversaire du moment, cherchant à retrouver les traits qu'il avait connus, jaugeant l'ampleur des changements qui s'étaient opérés depuis. Bref ! Lorraine cherchait à se constituer mentalement un portrait qui fut à jour d'Achille de Montaron, guettant la sincérité dans les brunes iris, la spontanéité d'un rire, le moindre accent qui put faire douter de l'apparence chérubine du mousquetaire. Mais à croire que tous les anges ne cachent pas de troubles desseins derrière de charmantes apparences, Achille semblait bien plus appartenir au corps des charmants Amours de Raphaël que des terribles Séraphins de l'Ancien Testament. Quant à ce que cela augurait du résultat des chasses du Prince amateur de « célestes » personnages... L'imagination de la scène allégorique tira à Lorraine un sourire intérieur, ridant à peine la surface du regard d'un éclat ambigu.
    Face à lui, comme conscient des appétits de toute sorte qu'il pouvait susciter, avec force paroles assurées le Chérubin portait haut ses défenses. Un peu trop. Trop vite, trop clair, trop frontalement, trop sûres d'elles...

    *Ah Achille il n'est pas que votre talon que vous nous dévoilez innocemment...*
    A trop bien montrer ses défenses rutilantes on provoque souvent l'envie de les tester...

    -Eh bien eh bien... Quelle méfiance marquée à mon égard, après si peu de temps à la Cour. Est-ce par défiance envers moi ?, demanda-t-il dans une fausse moue vexée qu'il ne chercha pas à rendre crédible, l'espièglerie brillant malicieusement du fond des prunelles. Il aurait pu être effectivement blessé par la méfiance affichée d'un ancien compagnon d'armes. D'autres à l'égo moins fier, et donc plus sensible aux regards des autres, l'auraient été. Plus que cela néanmoins, Lorraine était trop conscient de la terrible réputation qui était la sienne pour reprocher à ceux qui en entendaient les rumeurs de se méfier de lui. N'était-ce pas finalement faire preuve de simple bon sens ? Ou êtes vous toujours si prompt à défendre ostensiblement les secrets qu'on ne vous demande pas ? Rassurez-moi Montaron, vous ne tenez pas le même discours auprès de tout un chacun ? Il a de quoi éveiller les curiosités les plus timorées et si elles ne trouvent pas de quoi satisfaire leur appétit, vous les verrez bientôt vous créez quelques vices dont vous ignoriez tout vous-même la veille au soir. Les... « jacasseries » vous paraîtront bien douces en comparaison de ce que vous entendrez alors. Et des conséquences qui s'ensuivront.

    La phrase fut ponctuée par le claquement vibrant des lames. Un claquement qui, une fois de plus, ne sonnait pas clair. L'affrontement des deux armes était inégal, celle du mousquetaire n'étant pas conçue pour encaisser le poids et la force du sabre. Achille se défendait bien mais il se défendait précisément comme un soldat qui aurait eu entre ses mains une arme adéquate, capable d'absorber le choc, et non pas une élégante mais trop fine épée civile. Elles étaient certes idéales dans l'exercice des fonctions de mousquetaire et dans les duels aristocratiques où la performance et la technique valaient presque autant que la victoire. Elles restaient mortelles, particulièrement face à qui ne portait pas plus qu'un épais manteau en guise de protection. Mais contre une arme vouée à la guerre, elles ne faisaient pas le poids. Achille semblait l'oublier dans ses passes, ou sans doute devait-on mettre cela sur le compte des réflexes de l'entraînement militaire. Comme ce bras gauche trop levé qui, comme s'il portait une protection pourtant inexistante, risquait d'autant plus les mauvais coups à s'offrir ainsi. Surtout, à prendre autant de coups lourds et directs, son épée finirait rapidement par se fausser ou se fendre, voire se briser. Ce qui aurait été dommageable.
    Sans même compter le fait que l'inégalité de l'entraînement n'avait aucun intérêt pour Lorraine. C'était bien lorsque les risques mortels étaient écartés qu'il fallait augmenter la difficulté pour devenir meilleur. Il avait retenu jusqu'ici la vitesse et la force de ses coups pour équilibrer précisément l'inégalité, mais il faudrait remédier rapidement et plus efficacement à cela. Il rompit donc, faisant un pas marqué en arrière et baissant sa lame pour indiquer l'arrêt temporaire de la passe d'armes.


    -Mais puisque vous m'affirmez être armé et expérimenté en la matière... Je vais cesser de m'inquiéter à votre égard. Et je ne vous ferai pas l'insulte de vous conseiller ce que vous savez naturellement si bien déjà, ni de vous prévenir contre des menaces par trop évidentes à votre sagesse aguerrie.

    Bien entendu l'exagération des termes que le Chevalier utilisait, tout comme le geste de la main évoquant le salut d'un chapeau, avait quelque chose chose de moqueur. Il ne se cachait guère de ne pas croire vraiment en la perspicacité du jeune mousquetaire concernant les brillants et délicieux dangers que recelait la Cour. Pourtant on était fort loin de l'acidité et de la malveillance avec laquelle Lorraine s'attaquait à ses cibles et proies habituelles. Et pour cause, ses derniers mots n'étaient à ses oreilles qu'une simple plaisanterie. Il aurait été clair, pour tout oiseau de Cour, mâle ou femelle, jeune ou vieux, des hautes aux plus basses branches, que le jeune Montaron manquait trop d'expérience pour se prévaloir d'éviter les écueils du royal voisinage. Le premier de ces écueils étant naturellement que la majorité de ces mêmes oiseaux aurait estimé que le mousquetaire représentait une opportunité à saisir : une belle âme innocente à manipuler pour s'élever quelques branches plus haut, un divertissement facile ou d'autres intentions plus inavouables encore.
    Ainsi, la plaisanterie de Lorraine était en quelque sorte un avertissement courtois et exceptionnellement bienveillant, une façon de dire « ce dont je plaisante ouvertement avec vous, d'autres en disent au moins autant et avec des intentions moins louables sans que vous n'en sachiez rien». Achille saurait-il le comprendre ? C'était en fin de compte un minimum si le jeune mousquetaire espérait vivre au milieu de la race prédatrice des courtisans.
    La question ne se serait pas posée pour un homme sans ambition à qui le meilleur conseil aurait été qu'il restât discrètement dans l'ombre. Mais le souvenir que Philippe avait de Montaron, était celui d'un jeune homme avide de vivre et résolu à ne pas se satisfaire d'une condition médiocre ou moyenne. Cela avait été une des raisons de l'intérêt que Lorraine lui avait porté, goûtant la fougue un peu maladroite mais très vive qui continuait de faire espérer un homme même au milieu de la boucherie de Mars. Un espoir heureusement contagieux. Ce genre de personnes ne restent pas dans l'ombre. Et malheureusement pour Achille, ce genre de personnes commettent bien des erreurs lorsqu'elles ne sont pas conseillées par plus expérimenté qu'elles. Le sulfureux Chevalier était bien placé pour le savoir : il devait à l'expérience de quelques grands esprits retors de ne pas s'être laissé prendre à ses propres et premières machinations. A certains, l'indomptable Ninon parmi eux, il gardait même une affection complice qu'il aimait à raviver de temps à autres. A d'autres, il avait finalement offert le goût amer de l'ingratitude cruelle de l'élève qui solde ses études en écrasant son maître...
    Quant à être celui qui donnerait les conseils cette fois-ci... Lorraine ne s'était pas encore décidé. Le fait qu'on lui eût demandé ou non ces conseils était secondaire, voire même complètement hors de débat. Toute la question était pour le moment de savoir si Achille saurait faire usage de ces fameux conseils si on les lui donnait, ou s'il faisait partie des imbéciles qui croyaient tout mieux savoir que tout le monde.

    Néanmoins à très court terme, une autre nécessité s'imposait :


    -Allez vous chercher un sabre sur le râtelier, mon ami. Je m'en voudrais de briser votre belle lame de mousquetaire... Que diraient les pies si elles vous savaient la rapière hors d'usage ?
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Jeu 10 Avr - 14:06

Absorbé dans les passes qu'il échangeait avec le Lorrain, Montaron oubliait qu'il avait sorti la mauvaise épée. Dans le feu de l'action, il n'avait point pensé en effet à la changer, Lorraine avait été rapide et à deux doigts de transpercer le cœur du jeune mousquetaire. Plutôt concentré sur les mouvements de son adversaire, il réfléchissait rapidement sur les dispositions à prendre à chaque coup donné car il attaquait beaucoup. Trop à son goût. Heureusement qu'Achille savait se défendre. Agile et réfléchi, il évitait soigneusement et à toute vitesse la longue épée de Lorraine qui le visait tout particulièrement. Parfois, il lui rendait les coups, seulement lorsque sa défense s'en retrouva amoindrie. Il la savait son point faible et s'en rappelait encore. Pourquoi diable Lorraine ne l'avait-il pas améliorée depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus ? Sans doute qu'il n'avait jamais eu l'occasion, noyé entre les soirées interminables de Monsieur son amant, les bras de jolis mignons et sa "couverture" religieuse. La simple vision de Philippe en homme du clergé dépassait l'imagination dans l'esprit d'Achille. Le connaissant de réputation, le mousquetaire se demandait sérieusement comment parvenait-il à dissocier tous ses débauches et l'abbaye dont il était à la charge en tant qu'abbé. Cette vie que menait le chevalier impressionnait et terrifiait à la fois Achille. Il le fascinait car il représentait la liberté avec un grand L, une liberté qu'il aurait toujours voulue. Il laissait libre cours à ses sulfureuses envies, il était un libertin assumé. Mais il le craignait tout autant car c'était le genre de personne à laquelle pour rien au monde il ne voulait ressembler.

Tout en écoutant d'une oreille les dires du Lorrain, Achille ne répondit pas à la première question. Était-il question de méfiance entre les deux anciens compagnons d'armes ? Non, pas vraiment. Il était normal, après tant d'années, de s'informer des nouvelles situations de chacun d'entre eux. Pourtant, indirectement, le mousquetaire savait un peu près tout de la vie de Lorraine. À chacune de ses passages dans les couloirs, les courtisans ne parlaient que de lui. Et un mousquetaire posté non loin d'eux pouvait très bien écouter discrètement ce qu'ils disaient. Après tout, il avait cet avantage. Achille supposa que Lorraine n'était pas non plus étranger à sa nouvelle vie. La preuve, il savait d'ores et déjà qu'il était mousquetaire. Suivait-il attentivement son nouvel parcours à la cour du Roi ? La question disparut de sa tête dans un énième entrechoc de leurs lames. Le soldat commença à sentir que sa lame ne faisait pas le poids avec celle du chevalier et se rendit compte de sa méprise. Son épée de civil n'avait rien de comparable avec le sabre qu'utilisait Philippe, qui était une arme militaire de qualité. Les yeux presque en soucoupe, il se surprit d'avoir longtemps résisté à une arme de cette envergure et redoubla d'efforts afin de ne pas perdre le rythme du combat engagé. Il fit attention cependant à ne pas trop l'exposer, sous peine de la casser sous un coup tranchant et fracassant de la part de Philippe. Ses coups étaient forts, il gagnait en rapidité et Achille dut contenir toutes ses frappes avec sa trop mince et fine épée, épée qu'il regrettait déjà de l'avoir sorti de son fourreau.

Par chance, le mousquetaire parvint à ne pas se laisser distancer par son adversaire mais le combat restait inégal. Tout en ne lâchant pas prise, son attention se reporta l'instant d'une demi-seconde sur le visage oblong du Lorrain et l'image de sa moue faussement molle qu'il avait délivré lorsque Achille lui avait répondu qu'il était bien soudain intéressé par sa nouvelle vie lui revint aussitôt en mémoire. À cette pensée, il eut un léger sourire mesquin. Ce n'était pas là un reproche chevalier, juste un bienheureux constat. En effet, il n'avait pas échappé au mousquetaire que Lorraine se renseignait constamment sur son entourage, pour tout dire il connaissait pratiquement tous les secrets de la Cour, dont forcément celui d'Achille. Secrets qu'il ne dévoilait pas toujours bien sûr, avec cela il pouvait manipuler la personne de son choix. C'était très malin de sa part. De plus, il était l'amant chéri de Monsieur donc personne ne pouvait le toucher, à part le Roi. En voilà une autre raison du pourquoi il inspirait la crainte chez le mousquetaire. Mais trêve de plaisanterie, Montaron se reconcentra et continua à repousser du mieux qu'il pouvait les attaques de Philippe. Le bruit des lames s'entrechoquant se fit plus virulent, s'il continuait ainsi, Achille risquerait de voir très vite son épée se briser en plusieurs morceaux. Et se retrouver avec une arme de service en miettes n'était guère enthousiasmant pour la suite des choses. Car il faudrait en repayer une toute nouvelle et son père n'apprécierait pas cette énième dépense. Il le ferait certainement mais seulement pour son bon plaisir, pour montrer au Roi qu'un Montaron pouvait être digne de la Cour. Sauf qu'Achille n'en était pas réellement un... Chose qu'il ne saurait jamais !

Décidément, Achille n'était pas très bavard durant le combat. Il reconnaissait ce défaut qui l'habitait, or pour l'instant il ne voulut pas parler, il s'inquiétait surtout pour l'état de sa lame après l'affrontement. Il se questionnait à son sujet, de comment elle serait après, si elle resterait toujours intacte ou non. Soudain, son cerveau cessa toute question et se bloqua aux mots « vices », « bien douces » et « conséquences ». Il se mit sur le côté pour prendre le temps d'interpréter les trois mots à sa juste valeur mais sans interrompre le combat, désormais plus léger. Secouant furtivement la tête, Achille tenta de remettre de l'ordre dans ses pensées et analysa les mots judicieusement choisis par le Lorrain. Jacasseries douces ? Que sous entendait-il précisément ? Le mousquetaire comprit qu'il ne savait en réalité pas tout sur la Cour et qu'il ne voyait que les bons côtés des choses. Trop même ! Il ne répondit toujours pas, laissant le soin au chevalier de poursuivre la conversation, désireux d'en savoir plus de ce qu'il essayait de dire. Au grand soulagement d'Achille, Lorraine stoppa le combat en baisant son arme au sol. Le soldat respira un bon coup et baissa son arme. Elle fut sauve et il se réjouissait de cela. Vraiment. Il ne se pardonnerait pas si elle avait été cassée, brisée, détruite. Sa fougue maladroite avait aveuglé sa conscience réfléchie. Bref, il leva la tête et dirigea son regard vers Philippe qui rouvrait la bouche. Il l'écouta attentivement et fut vivement intrigué par certains termes. Il avait cligné les yeux aux mots « insulte », « menaces » et « sagesse aguerrie ». Que cherchait-il à faire passer comme message ? Et ce salut de chapeau avec la main ? Ironie ? Ah mais bien sûr, le mousquetaire saisit désormais le sens de ses propos. Il bougea faiblement la tête comme pour se dire d'accord, qu'il comprenait à présent... Puis Lorraine lui rappela de troquer sa fragile lame contre un sabre, idéalement dans le même style que le sien. Il sourit en coin à la remarque de ce dernier, sur la réaction des pies si elles savaient l'épée du mousquetaire hors d'usage. Sur quoi, il ouvrit enfin la bouche pour répondre :
    ▬ Elles iraient chercher une autre proie puisqu'un homme démuni d'une épée serait disgraciant pour leurs yeux, ou alors parce qu'il aura perdu toute valeur à leurs yeux.
Il rangea son arme et alla décrocher du râtelier le sabre qui, morphologiquement, semblait plus se rapprocher à celui du Lorrain. Il revint avec devant lui, jaugeant dans la main le poids de l'arme. À force d'utiliser l'épée la plus répandue chez les mousquetaires, il avait oublié ô combien les armes militaires étaient lourdes. Il n'en avait plus utilisé depuis son entrée chez les mousquetaires justement. Et il était drôle de retrouver une certaine familiarité avec les armes anciennes qu'il avait brandi avec bon nombre de ses camarades sur les champs de bataille. Pris d'une étrange nostalgie, il retrouva son sourire et regarda Lorraine. Il le revit sous cet uniforme qu'il avait connu lors de leur rencontre.
    ▬ Eh bien Lorraine, vous qui en savez des choses et aimez démêler le vrai du faux, est-ce à bien des dangers, des menaces comme vous dites, que vous me mettez en garde ? À vrai dire, je ne connais pas grand chose à la Cour. Pourtant, elle a le don de me fasciner et cela, voilà trois ans que vous le savez déjà. Je suppose que vous n'avez pas oublié le jour où je vous ai conté mon histoire et partagé mes ambitions. Bref, comment voulez-vous que je trouve douces les jacasseries alors que vous savez bien qu'elles m'agacent au plus haut point ? Les sujet qu'elles évoquent ne sont guère passionnants et je regrette amèrement qu'elles n'égalent pas ces femmes intelligentes et cultivées que l'on rencontre dans les salons littéraires. Elles sont beaucoup plus intéressantes et je les admire. Ah mais comment voulez-vous aussi que je trouve à ces pies un brin d'intelligence ? Elles n'en ont aucun je vous dis, elles sont inintéressantes. Puis vous me parlez de vices. Me dites-vous qu'il existe un meilleur moyen d'évoluer au milieu des langues acérées et des pies bavardes et que je ne sois suffisamment pas armé pour ? Si vous croyez m'aider chevalier, je vous en prie faites-le !
Achille avait bien sûr remarqué que tout n'était pas rose à la Cour et qu'il fallait s'en méfier mais le faste qu'elle dégageait au monde entier le captivait tellement qu'il en oubliait les vrais dangers... Croisant le fer de son sabre à celui du Lorrain, il attendit sagement qu'il redonne le coup d'envoi.


Dernière édition par Achille de Montaron le Mar 1 Juil - 3:27, édité 4 fois
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Dim 20 Avr - 21:24

    Tandis que le mousquetaire allait se chercher une arme plus convenable, Lorraine arbora un bref sourire appréciateur à la dernière réplique qui lui avait été faite. Au moins Achille ne se contentait pas de percevoir les sous-entendus : il savait également y répondre. Cela augurait bien de la suite. Son expression se fit plus sérieuse à l'écoute de la suite. Il n'ignorait pas les ambitions du mousquetaire qui lui en avait fait part quelques années auparavant. Néanmoins il était bon de voir qu'il n'y avait pas renoncé. Tout comme il était rassurant de constater que le jeune homme était conscient d'ignorer où se trouvaient les dangers de la Cour tout en sachant qu'ils étaient là, tapis dans cette forêt d'ors et de pierres précieuses, sous des frondes de soie, à l'ombre des plus belles œuvres, dissimulés derrière les chants les plus innocents. Poison, délation, vol, zizanie, dague, diffamation, chantage, duel, humiliation.... La liste était longue des dangers qui guettaient. Dans cet univers de prédateurs il était heureux qu'Achille se soit montré discret car il avait de quoi faire naître de mauvais appétits. Lui n'en manquait pas non plus d'ailleurs : mais accepterait-il de se servir des mêmes armes que ses adversaires naturels pour parvenir à ses fins ? Lorraine reconnaissait et respectait l'ambition. Il méprisait en revanche ceux qui refusaient de se donner les moyens de les assouvir. Que le mousquetaire, malgré la connaissance qu'il avait de la réputation du Chevalier, lui demandât de l'aide malgré tout était tout à son honneur. Du moins suivant la vision que Philippe en avait.

    A présent que son adversaire était correctement armé, il n'avait plus de raison de retenir ses coups. Lorraine estima cependant plus opportun d'entraîner sa défense. Une fois le premier coup donné pour marquer la reprise de l'échange, il se contenta de parer les attaques du mousquetaire, tentant, puisqu'il s'agissait d'un exercice, d'innover par de nouvelles feintes, de tester l'efficacité de différents angles de réception de l'autre lame, de la manière d'alléger les coups reçus par un équilibre en mouvement. Quant au souffle, pouvait-il y avoir meilleur entraînement que de tenir une conversation en même temps qu'on s'exerçait ?


    -Parlons net Montaron. Tel que vous êtes, chacun à la Cour ne saurait vous voir que comme un pion idéal de naïveté. A n'être pas encore capable de voir que parmi ces .. "pies" que vous méprisez, certaines cachent leur cautèle sous des dehors futiles et frivoles. L'une d'elles pourrait mettre à profit votre dédain pour se servir de vous. Vous essuieriez toutes les conséquences fâcheuses de ses manigances quand elle gagnerait son prix. Sans même parler de ces femmes que vous admirez, plus dangereuses encore. Vous pourriez vous en défendre en restant strictement dans vos rangs et votre rôle, Mousquetaire. Mais ce n'est pas ce que vous voulez n'est-ce pas ? Vous rêvez à mieux.... Plus haut... Je comprends cela. Toutefois, présentement vous êtes plus désarmé qu'un nourrisson.

    Bien que dressant un constat sévère, la dernière phrase avait été prononcée avec une pointe d'affection non déguisée. Même s'il arrivait à faire d'Achille un intriguant suffisamment armé pour pouvoir mener ses propres ambitions à leur terme, Lorraine doutait que le mousquetaire se départît jamais complètement de cette part de naïveté qui lui semblait intrinsèque. C'était malheureusement dangereux dans le milieu doré de la Cour. Pourtant c'était également une qualité. N'importe qui pouvait percevoir l'innocence d'Achille : si cela susciterait inévitablement des convoitises, cela pouvait également servir à attirer la sympathie et la générosité. Le Chevalier était bien placé pour le savoir : l'avoir à portée de main lors de la difficile campagne d'Italie qui les avait fait se rencontrer, s'était révélé une véritable chance. La fraîcheur, la spontanéité et l'optimisme de celui qui n'était pas encore mousquetaire avait su maintenir un bon moral aussi bien parmi les troupes que les officiers.
    Cette innocence était une sorte de diamant brut qu'il faudrait tailler pour lui permettre de briller de tous ses feux. Naturellement cela nécessiterait du temps et de l'énergie et donc tout aussi naturellement, il n'était pas envisageable qu'Achille soit le seul bénéficiaire de l'affaire si elle se concluait n'est-ce pas ? Seuls les paysans – masse lâche et résignée – travaillaient en échange de rien.
    Encore fallait-il que chacun soit d'accord sur les termes du contrat, tout amical qu'il fût.


    -Ne voyez aucune insulte dans mes propos, mon ami, seulement une mise en garde. C'est l'aide la plus fiable que je puisse vous donner, en souvenir des temps passés. Je peux vous offrir plus mais il faudra me faire confiance.

    Ce n'était pas des paroles en l'air. Plus que de simples mots c'était une sorte d'engagement tacite qu'il attendait du mousquetaire. Montaron ne pouvait pas s'attendre à ce qu'une aide concrète lui soit fournie sans avoir à payer un peu de sa personne, n'est-ce pas ? On n'a rien sans rien à la Cour, et c'est toujours plus vrai à mesure que l'on monte dans les honneurs, le tout étant de choisir les actes qui vous faisaient gagner votre propre part de gâteau. C'était la première leçon à apprendre et aucun autre enseignement ni aucun conseil ne servirait de rien si elle n'était pas assimilée. Lorraine était cependant tout à fait conscient de ce que sa demande pouvait avoir de.... suspicieux au mieux ? Lui, le plus sulfureux personnage de la Cour française, à qui l'on attribuait tous les vices, demandait qu'on se fie aveuglément à ses avis, ses conseils et ses demandes. Même l'innocent Achille en était suffisamment conscient pour avoir affiché quelque méfiance un peu plus tôt.
    Le jeune homme ajouta donc dans un large sourire malicieux et un peu carnassier :


    -Je ne me ferais certainement pas confiance si j'étais à votre place.

    Sans avertissement, il fit passer son épée d'une main à l'autre pour porter sa première attaque depuis la reprise de l'affrontement, vicieusement pointée sur les jarrets, avant de reprendre une position de défense comme si de rien n'était : ni contradiction ni estocade soudaine.

    -Néanmoins pour les hauteurs que vous visez il n'y a pas de chemin sans danger. A vous de choisir celui qui vous offrira le plus de succès et le moins de déboires. Si c'est mon aide que vous voulez, alors commencez par m'en dire plus sur vos projets.. Sinon je vous souhaite tout le plaisir du monde...
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Jeu 1 Mai - 17:18

Pendant qu'ils se remettaient à échanger des passes, Montaron écouta attentivement Lorraine tout en restant concentré dans les coups qu'il donnait. Le chevalier semblait encouragé par les frappes plus vraies que nature que lui lançait Achille à l'épée pour améliorer ses défenses. Il y arrivait et s'en sortait plutôt bien donc le mousquetaire poursuivait ses attaques. Il se contentait pour le moment de le pousser à innover de nouvelles techniques de défense, d'en trouver une à son aise, et ne cherchait donc pas à le toucher, ni à le blesser. Retrouvant l'aisance de porter une arme aussi lourde, il retrouva également son agilité et parvint donc à mieux manier l'arme. Sa respiration suivit un rythme à chacun de ses coups et ses jambes se contrebalancèrent sur le sol plat afin de garder un bon équilibre. Achille avait l’œil rivé sur le visage du chevalier et sa lame, ne les quittant pas une seconde des yeux. Il se plongea dans les expressions de son adversaire pour anticiper du mieux qu'il pouvait ses coups. Après un croisement de fers, le mousquetaire fit une courte pause en bloquant l'épée du Lorrain et écouta ce qu'il avait à dire avant de relancer le combat entre les deux anciens compagnons.

Achille n'était pas totalement d'accord sur le fait qu'on le compare tel à un nourrisson. Certes la comparaison fut forte mais il comprenait un peu près où il voulait en venir. Il était pour ainsi dire un nourrisson livré à lui-même qui n'avait personne à la Cour pour le protéger. Quelle drôle de conclusion sachant qu'il était un mousquetaire et qu'il n'était pas censé se protéger lui-même, puisque apte à le faire, mais de protéger les courtisans, ceux qui d'après Lorraine n'étaient pas les personnes à protéger mais à craindre. Enfin le conseil qu'il donnait était plutôt de se méfier d'eux car certains d'entre eux cacheraient bien leur jeu. Comme ces pies dont il faudrait redoubler de vigilance pour connaître leurs réelles intentions. Achille ne comprenait pas sur le coup, quel était l'intérêt pour elles de se servir d'un mousquetaire comme lui ? Justement, il n'en voyait pas la raison. Il exerçait une fonction noble et légendaire, le rêve de tous les jeunes garçons. Que ferait une fille – une dame de surcroît – avec un mousquetaire ? À la question qu'il se posait, il ne connut pas de réponse puisqu'il n'avait aucune idée de ce que pouvait être cette dernière. Avec le chevalier il voulut savoir si une ou plusieurs de ces pies complotaient bien contre lui ou pas.
    ▬ En toute franchise, pensez-vous que ces pies se joueraient de moi, Lorraine ? demanda Achille avec un regard perplexe.
Sinon le jeune soldat appréciait le fait que Lorraine aille droit au but. C'était bien, on parlait de choses sérieuses et puis, Montaron ne le considérait pas comme un simple étranger mais un bon ami, ils avaient partagé des choses ensemble dans les moments fraternels, et ne pensait pas comme les autres personnes qui voyaient en lui un homme sarcastique. Bref, Achille ne pouvait pas croire aussi que les femmes qu'il rencontrait ou revoyait dans les salons parisiens puissent être aussi diaboliques que l'imaginait Lorraine. Cette vérité vraie ou fausse, il n'en savait fichtrement rien, l'éberluait vivement. Lorraine continuerait à le surprendre, c'était certain. Par contre, il n'arrivait pas à penser que son amie madame de La Fayette, par exemple, puisse nourrir de sombres dessins à son égard. Il l'admirait tellement qu'il en fut tombé amoureux. Dire que certaines, Lorraine avait bien dit pas toutes, avaient déjà dû ou étaient sur le point d'user de son incroyable gentillesse et de sa bonté. En gros, il était plus facile pour elles que les pies citées plus tôt de le rouler dans la farine sans qu'il le sache. Apparemment il serait si naïf, si innocent, que les gens verraient en lui une cible facile et lui, en pauvre gentil et malheureux, ne se doutait de rien... L'idée d'envisager que ces dames puissent bien profiter de lui fit l'effet d'un coup de poing sur la figure du mousquetaire. Ne voyait-il donc vraiment rien ? Était-il si aveugle que cela ?
    ▬ Ces femmes lettrées... oui elles sont intelligentes et capables de tout... mhh, pensait-il tout haut.
Perdu dans ses pensées, il avait baissé sa garde et ne vit pas tout de suite que Lorraine avait délaissé la défense au profit de l'attaque. Achille eut du mal à contrecarrer sa première attaque et dut partir sur le côté pour l'échapper. Désormais il lui donnerait des coups francs, non simulés. Il se reconcentra et regarda Lorraine, les yeux légèrement froncés. Était-il vraiment ignorant de tant de choses ? Si c'était le cas, comment remédier à cela ? Lorraine pouvait l'aider certainement à y voir plus clair, le soldat lui avait d'ailleurs demandé de l'aide. Il attendit fiévreusement sa réponse à ce sujet et cela s'impacta dans ses gestes devenus à présent quelques peu désordonnés. L'attente fut de courte durée et sa réponse lui laissa un peu de répit.
    ▬ Bien sûr mon ami, je vous connais assez pour ne voir rien d'insultant dans vos propos.
La phrase promptement dite, il esquissa un sourire et redonna plus d'ardeur à ses frappes, la même qu'il avait au début de l'affrontement. Cependant, il les calma et son sourire disparut quand il fut question de confiance. Faire confiance à Lorraine ? C'était comme demander l'impossible à quelqu'un. Faire confiance à Lorraine, l'homme le plus décrié de la Cour, quelle idée ! Achille resta sans voix à cette annonce pour le moins surprenante mais qui valait le mérite de s'y pencher sérieusement. Néanmoins il sut d'avance qu'il serait le seul personnage qui pouvait l'aider puisqu'il en savait des choses sur la Cour, tout un rayon. Et le seul en qui il pouvait avoir confiance, même s'il ne pensait pas pouvoir le faire, pour des raisons que vous connaissez bien sûr. Lorraine le rassura à ce point, il ne fallait guère faire confiance en lui. Achille acquiesça à cette remarque, au moins il le prévenait. La décision ne serait tout de même pas facile pour le jeune Montaron. Mais s'il espérait vraiment de l'aide de sa part, il devrait alors donner un peu de sa personne. Il en avait conscience et ne craignait pas qu'un peu les conséquences de son apprentissage avec Lorraine. Qu'allait-il voir avec lui ? Il préféra ne rien imaginer pour le moment et se borna à accepter d'un hochement de tête les termes du contrat que lui soulignait Lorraine. On n'avait rien sans avoir quelque chose en échange. Le mousquetaire savait cela et se dirigeait donc sur des chemins dangereux. Il n'osa même pas imaginer ce qui l'attendait en route et quelle serait la chose que désirait Lorraine en retour de son engagement en tant que mentor. Après tout, il venait d'accepter son aide et ne pouvait dorénavant plus reculer. Il en connaissait les risques et en avait fait le choix. Malgré les réticences qui le freinaient, le soldat avait décidé qu'il était temps de mettre en application ses ambitieux projets, quel que soit le prix à payer.

Lorraine demanda à savoir quels étaient ses projets, ce que Montaron répondit aussitôt :
    ▬ Eh bien, mon ami, je suis pleinement conscient que l'on ne peut rien avoir sans que vous ayez une chose en échange et que les chemins qui m'attendent ne sont pas sans danger. C'est pourquoi j'ai accepté votre aide car je n'imaginais pas être tout autant désarmé qu'un nourrisson, dit-il avec un sourire non dissimulé. La comparaison était drôle mais nécessaire au jeune mousquetaire pour qu'il ouvre les yeux sur l'apparente naïveté qui lui faisait défaut. Je n'aurais pas trouvé meilleur mentor que vous et en souvenir à nos instants passés, je vous remets en main propre mon avenir qui j'espère sera bien plus brillant avec vous. Vous savez que ma condition actuelle ne me satisfait toujours pas, donc j'espérais m'octroyer les faveurs des Grands et des esprits illuminés de ce royaume... Depuis l'année où j'ai sauvé la reine enceinte de sa deuxième fille Marie-Anne, paix à son âme, j'ai monté dans son estime et lui rends souvent visite. Elle apprécie chacune de nos rencontres et me voit comme un ami véritable. Cependant je ne comptais pas m'arrêter là, pour m'attirer ses faveurs je pensais la courtiser...


Dernière édition par Achille de Montaron le Mar 1 Juil - 3:23, édité 3 fois
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Dim 1 Juin - 18:53

    S'il avait bu avec une satisfaction orgueilleuse et féline l'acceptation flatteuse d'Achille, Lorraine manqua rater une parade en entendant l'ambition profonde du mousquetaire. Le Chevalier avait pourtant l'habitude de ne pas réagir à des discours autrement plus étranges. Ça ne l'empêcha pas d'avoir à rattraper son erreur d'un mouvement forcé du poignet et sans élégance. Il avait de toute évidence sous-estimé la naïveté de Montaron. Courtiser la reine... Sans rang ni protecteur, sans or ni appui diplomatique, sans complice ni expérience, sans bouc émissaire ni échappatoire.

    -Eh bien... Icare aurait l'air circonspect auprès de vous. Mais soyez réaliste, mon cher mousquetaire. Courtisez la reine aujourd'hui et aussitôt ses dames le sauront. Ce soir il n'y aura pas une âme à la Cour pour l'ignorer et puisque personne ne vous connaît, alors chacun vous brossera un portrait à sa convenance. Le pire donc. Et c'est le pire qu'on s'imaginera que vous aurez fait. Et ce faisant... Vous humiliez notre souverain...

    Philippe accorda un temps à Achille pour imaginer les conséquences que cela impliquait, puis précisa, s'il était nécessaire :

    -Qui n'a guère le goût des affronts, tant s'en faut.

    Quel pléonasme... L'Histoire regorgeait de condamnations royales à qui avait eu l'audace de leur faire pousser les cornes, et toutes plus cruelles et inventives les unes que les autres. Il semblait difficile de faire plus terribles encore et pourtant, leur cher Louis, quatorzième du nom, saurait sûrement placer la barre plus haut si quelqu'un lui donnait l'occasion de s'essayer à l'exercice. Cela avait de quoi éveiller la curiosité, autant l'admettre. Mais mieux valait que l'expérience soit tentée sur un ennemi ou un rival plutôt que son tout nouveau protégé.

    -Que croyez-vous qu'il vous arrivera alors ? Ni vous ni moi n'avons envie d'en découvrir l'ampleur n'est-ce pas ? Tout à perdre et rien à gagner c'est exactement ce que nous souhaitons vous éviter.

    Néanmoins il n'était pas question de passer à côté d'une occasion en or : être bien placé dans l'entourage de la reine. Ce serait bon pour Achille, et ce serait tout aussi bénéfique pour son protecteur. Ce n'était certes pas la coterie la plus puissante de la Cour, mais elle avait son propre réseau d'influence, lequel pouvait s'avérer utile. Sans compter que cette influence ne pouvait disparaître à l'avenir, s'agissant d'une personne royale. Et la reine était un être influençable autant que le jeune lorrain pût en juger de loin. En vérité, la plupart des femmes délaissées par leurs époux l'étaient. Toutes les âmes pieuses l'étaient plus encore... Aux yeux de ces deux catégories, Achille de Montaron représentait l'homme respectable par excellence, celui à qui l'on pouvait faire confiance. Avec un visage d'ange et l'aura militaire, son innocence aussi visible que le nez au milieu de la figure, il devenait idéal de loyauté chevaleresque. Un Lancelot dont on pourrait oublier qu'il avait réussi à séduire Guenièvre... A l'origine de toutes les joyeusetés qui avaient suivi...
    Quoi qu'il en soit, toutes les chances étaient donc de leur côté, à condition de ne pas se tromper dans la partition qu'ils allaient jouer. Et l'erreur à éviter était justement d'être trop prompt à pousser l'avantage d'Achille. Peut-être la reine avait-elle suffisamment d'estime pour le jeune mousquetaire pour ne pas repousser ses avances. Tant mieux si c'était le cas : les choses seraient facilitées si elle se mettait à se rêver en Astrée. Mais il était beaucoup trop tôt pour le vérifier par les faits. Céladon n'avait présentement aucune défense face aux réactions qu'une telle entreprise provoquerait inévitablement et des ambitions plus matérielles et moins aventureuses que le berger du roman.
    Ce qu'il lui fallait avant tout, c'était une position aisée à défendre, un rôle qui lui assurerait qu'en cas d'attaque ce ne serait pas au mousquetaire de chercher la parade, mais à de plus hauts personnages qui se porteraient garants et écarteraient les menaces avant qu'elles ne prennent corps. Il suffisait de réviser un peu les ambitions du jeune homme à la baisse.
    Au moins pour le moment. Peut-être le futur réservait-il de généreuses surprises pour le mousquetaire.


    -En revanche, l'amitié de la Reine, si vous arriviez à gagner toute sa confiance, si vous vous rendiez indispensable.... En tout bien tout honneur naturellement, en digne mousquetaire que vous êtes. En la matière, les belles paroles ne suffisent pas. Il faudrait quelques nouvelles opportunités... toutes fortuites bien sûr, et toutes dépourvues de la moindre trace d'ombre d'un soupçon de sentiments malvenus. Elles vous assureraient l'amitié de la reine, mais qui sait si vous n'y gagneriez pas un peu de bienveillance du roi également...

    Derrière la légèreté du ton, Lorraine établissait déjà quelques plans possibles. Bien entendu, les fameuses opportunités auxquelles il pensait ne devraient rien au hasard. Elles devraient être soigneusement pensées puis mises en scène afin de donner chaque fois plus de valeur au mousquetaire aux yeux de la souveraine, tout en prévenant toute éventuelle critique, soupçon, attaque jalouse... Les pièges et attaques ne manqueraient pas.
    S'épanouissant tout naturellement dans ces machinations, son jeu évoluait sensiblement, oubliant peu à peu la bonne résolution de l'entraînement à la défense et reprenant en agressivité vive et joyeusement vicieuse.

    -Précisément tout le défi à relever tient en cela : être le plus proche ami de la reine... sans qu'on puisse jamais vous soupçonner de l'écarter de ses devoirs. Or, vous avez votre réputation pour vous. Il suffit de la renforcer et d'établir... quelques solides défenses en prévision des attaques inévitables dont vous souffrirez. La première qu'il vous faut c'est une fille à courtiser, en toute discrétion ostensible. Mais peut-être êtes-vous déjà engagé auprès d'une demoiselle ? Dites-moi.

    Avec un peu de chance, la jeune femme correspondrait aux quelques critères nécessaires à la bonne marche du plan. Sinon, il faudrait convaincre le jeune mousquetaire d'y renoncer au plus vite pour se consacrer à une meilleure parade. Ou, s'il y tenait vraiment, à mener les deux de front, mais avec une discrétion redoublée pour la première.
    Quant à la paradoxale discrétion ostensible, il s'agissait ni plus ni moins que de se donner les airs du secret tout en comptant fermement sur le fait qu'il soit vite éventé. Le commun s'arrêtait toujours au premier secret, n'imaginant pas une seconde qu'il puisse s'en trouver d'autres derrières. Un petit secret sans importance était bien souvent un excellent paravent à de plus délicates machinations.



[HRP : désolée pour le retard !!]
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Mer 11 Juin - 18:26

Achille était-il vraiment le personnage le plus naïf au monde ? D’après les dires du prince lorrain oui. Il ouvrit grand les yeux quand ce dernier affirmait que courtiser la reine était bien une mauvaise idée et que ce serait attaquer le roi indirectement. Le Montaron, aveuglé par son ambition qui visait trop haut pour Lorraine, n’avait alors rien vu du caractère dangereux qu’imputait son rapprochement avec la reine, qui serait très vite perçu par ses amies et dames de compagnie comme trop intime. Si la reine et son fervent sauveteur se côtoyaient de très près, celui-ci risquerait rapidement de porter préjudiciable au royal monarque qui n’hésiterait pas à l’évincer de son chemin, comme il l’avait fait avant avec son ancien surintendant des finances, Fouquet. Au regard de Dieu et de son peuple, la reine ne devait être courtisée par aucun homme, le seul possédant ces droits était Louis le Quatorzième.

Achille se rendit compte peu à peu de la gravité de ses actes s’ils n’avaient pas été stoppés par le chevalier de Lorraine. En réalité, il n’avait pas mis en exécution son plan mais y pensait depuis un bon moment, cela faisait un peu près deux ans qu’il connaissait la femme de son souverain et il n’avait depuis franchi le pas. Lorraine venait de l’arrêter, expliquant qu’il existait un autre chemin, plus sûr et qui lui permettrait de s’affranchir. Le mousquetaire était curieux de connaître les idées de Lorraine mais pour patienter, il commença à démonter mentalement son plan de séduction avec la reine. Une vague d’émotions submergea soudain le soldat, il comprit à quel point son acte manqué aurait pu être grave.
Il revit l’image qu’il s’était imaginé dans sa tête d’un homme coupable d’avoir séduit une femme mariée et de haute naissance, prêt à se faire décapiter par un gaillard qui le dépassait d’une tête, le bourreau.

Achille frissonna à l’idée de se faire jeter comme un vulgaire sac de pommes de terre en prison pour s’être trop approché de la reine et attendant longuement la fatale sentence. Que se passerait-il ensuite ? Il serait emmené place de Grève pour une exécution publique et les gens verraient le châtiment réservé à toute personne approchant de trop près de la reine. Achille condamné à mort, sa famille serait à tout jamais déshonorée. Le nom Montaron perdurerait peut-être dans le temps, en souvenir de celui qui avait eu une liaison avec la reine. Mais du vivant du Roi Soleil, personne n’oserait le nommer, en présence de ce dernier surtout, afin de ne point froisser son royal orgueil, et passé à trépas, ce soldat redeviendrait poussière car personne ne se souviendrait de ses bonnes grâces, personne sauf sa mère...

Au fin fond du Morvan, elle pleurerait sa mort survenue trop rapidement. Elle pleurerait, pleurerait, au grand dam de son époux qui se préoccupait plutôt de son honneur à présent souillé. Il s’en morfondait dans son fauteuil, maudissant sa conscience vingt-deux ans plus tôt, le jour où il avait eu l’occasion de se débarrasser du nouvel enfant de sa femme, le bâtard de la famille. Achille… Ce nom lui donnait le tournis, cet incompétent garçon n’était pas capable de justifier ses actes, s’éprendre de la reine quelle idée fabuleuse ! Le comte de Montaron fut désormais certain de ne plus jamais remonter à Paris, le roi l’ayant banni dans sa contrée morvandelle toute sa vie. Johana, la mère d’Achille, mourrait certainement de chagrin et son "père" s’isolerait tel un ermite, rongé par la colère. Le château comprenant la riche famille de Montaron ne serait plus que l’ombre de lui-même.

Le mousquetaire encaissa les réprimandes lancées par le chevalier, ainsi que ses frappes à présent violentes. Il perdit alors de l’assurance et dut battre en retraite. À l’arrêt, le soldat cligna les yeux et reporta un regard mêlé de mystère et d’attention sur Philippe. Bien sûr qu’il avait déjà vu le roi piquer une colère et c’en fut terrible pour le réprimé. Sur le coup, Achille s’était senti stupide, mais vraiment stupide. Comment avait-il pu croire que courtiser la reine n’allait pas entraîner de désastreuses conséquences ? Sans quelqu’un pour l’orienter ou l’épauler, Achille courait droit à sa perte. Il était encore un jeune garçon qui avait beaucoup à apprendre sur la vie courtisane, il venait juste de débuter l’apprentissage avec Lorraine. Avec une chose en retour comme il l’avait bien remarqué mais ce n’était pas la préoccupation principale du mousquetaire. Il avait repris le combat et était bien déterminé à reprendre le dessus. Tout ce mal qu’il s’était donné pour plus se rapprocher de la reine, il l’avait replacé dans ce combat avec Philippe. Dorénavant, il n’aurait plus cette pensée négative qui l’habitait depuis un moment et agirait donc en toute retenue avec elle lors d’une prochaine entrevue.

En homme respectable, il ne voulut en aucun cas provoquer le courroux divin qui passait par son représentant sur Terre, le roi. Son maître. Il eut envie d’apposer son genou sur le sol dur et de supplier le pardon au grand homme qu’il servait. L’acte ayant été détourné de son chemin initial, il ne le ferait pas. Le souverain n’en saurait rien et Lorraine fut la seule personne qui connaissait le secret d’Achille. Ce dernier lança un bref instant un regard suspicieux en sa direction, se demandant franchement s’il allait le garder pour lui ou s’il choisissait l’option chantage, ainsi il obtiendrait tout d’Achille et lui verrait tous ses rêves s’envoler et réduits en néant. Lui l’homme le plus sulfureux de la Cour en était parfaitement capable et le mousquetaire craignait cette aptitude chez le Lorrain. Néanmoins il se rassura malgré le petit moment de doute, Lorraine et lui étaient de très bons amis. La guerre les avait réunis, le prêtre aux mœurs douteuses mais aux aptitudes militaires prometteuses et le jeune caporal qui n’avait eu de cesse que de gravir les échelons suite à des coups d’éclat sur le champ de bataille. Personne, ni même le destin, n’aurait prédit la rencontre de ces êtres que tout opposait.

Même Philippe l’avait dit, on ne pouvait pas pleinement faire confiance à lui. Mais Achille ne put faire autrement, il n’avait que lui pour l’aider et comme il le connaissait assez bien, le soldat lui fit suffisamment confiance pour lui avoir remis les clefs de son avenir. Non il ne devenait pas le pantin de Lorraine, il était son élève. Que lui proposait le Lorrain de faire ? Quelles étaient donc ces nouvelles opportunités ? Achille chercha dans son esprit qui malheureusement restait éteint et fronça le sourcil pour signifier son incompréhension. Tout en même temps, il para les coups de son adversaire qui dominait toujours. Il semblait prendre un malin plaisir à porter des coups qui sortaient de nulle part, tous vicieux et extraordinairement tranchants. Achille dut à chaque fois reculer ou balancer à droite et à gauche pour esquiver les différentes trajectoires de la lame. Avec un jeu de jambes spectaculaire, il tenta de percer un angle d’attaque faible mais dut attendre le bon moment. Le mousquetaire fit attention de ne pas trop se fatiguer car Philippe semblait s’acharner sur celui-ci afin de l’épuiser. Achille, voyant clair dans son jeu, décida de le tourner à son avantage et s’amusa à fatiguer Lorraine qui cherchait à l’atteindre sans jamais réussir.

L’angle mort se dévoila enfin, là où la défense faisait défaut. Le soldat s’arma jusqu’aux dents, brandissant son épée plus haut, et profita d’une diversion pour se précipiter vers Lorraine avant de l’attaquer de front. Achille put donc maîtriser son adversaire, sans doute désarmé par l’attaque. Un léger sourire victorieux orna ses lèvres et il rapprocha sa lame vers lui, préparé à toute autre éventuelle attaque. Il fit néanmoins avant de relancer une autre salve de coups une longue tirade :
    ▬ La reine n’est pas ma priorité, je le conçois. Cependant, je ne comprends pas tout à fait l’intérêt de se constituer de petits secrets par-ci par-là que la Cour connaît pour mieux l’approcher, enfin pas dans le sens où je l’entendais au départ, dans un nouveau. Il existe bien des manières d’obtenir des faveurs, par le biais du mensonge et de la mesquinerie je ne me trompe pas chevalier ? Or je sais, vous aussi, que je possède des qualités bien contraires, plus nobles que la plupart des courtisans qui convoitent quasiment les mêmes choses que moi. Cela ne devrait pas m’aider ? Il y a toutefois une chose que j’ai comprise mais que je n’apprécie guère, c’est qu’on ne peut obtenir ces choses en passant par la fourberie. Beaucoup s’y emploient j’ai bien remarqué, pourtant cela ne me ressemble pas !
Achille avait encore en tête l’image de son exécution s’il avait réussi à séduire la reine. Il se reprit rapidement, cela ne se passerait pas tant que le mousquetaire ne ferait rien de sensé avec la souveraine. Lorraine était là pour veiller au grain mais s’il se faisait surprendre un jour avec, c’était mort. Avec un soupir discret, le soldat avança d’un pas vers Philippe et le regarda franchement. S’investissant dans son travail – un travail qu’il n’aimait pas, Achille n’avait guère eu le temps de penser aux filles, il ne les trouvait pas spécialement belles et couchait encore moins avec. Néanmoins, dernièrement il avait passé une nuit fabuleuse avec une Italienne, fraîchement débarquée à la Cour et dont il était tombé sous le charme. Cela remettait-il en cause ses aptitudes en la matière ? Ce n’était pas parce qu’il ne le faisait pas souvent qu’il manquait un peu d’exubérance, d’entrain. Non la raison venait ailleurs. Achille avait toujours été un garçon sérieux, studieux et très agréable mais à présent il était un homme et avide de beaucoup de choses, pour cela il était temps de faire sortir le petit oiseau de son nid, faire venir le nouvel Achille que l’on attendait tous, impétueux mais toujours adorable.
    ▬ Vous croyez que ces petits secrets vont m’aider à me défendre d’une horde de pies ? Il eut un petit rire ironique au rappel des « pies » et poursuivit en acquiesçant. Hum oui, j’en ai courtisé une dernièrement, que voulez-vous savoir de plus ?
Le mousquetaire regardait Philippe, désireux de connaître les plans qu’il fomentait dans sa tête.


Dernière édition par Achille de Montaron le Mar 1 Juil - 3:19, édité 1 fois
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Dim 29 Juin - 17:06

  • Converser nuisait décidément au jeu d'épée. Sitôt posée sa question, Lorraine réalisa qu'il avait délaissé la défense qu'il souhaitait pourtant améliorer. Une réflexion qui fut aussitôt noyée sous d'autres bien éloignées et d'une nature tout à fait différente tant l'aveu des ambitions du mousquetaire lui avait fait miroiter d'intéressantes possibilité.
    Sans doute Achille était-il lui aussi trop pris par la conversation mais cette épée si haut levée qu'on avait tout son temps pour changer son angle de défense... Cette précipitation dans la faille... Et de front ! Face à un adversaire qui n'était pas connu pour son honneur et duquel on pouvait naturellement attendre qu'il s'efface d'une simple volte plutôt que d'accepter l'engagement et prendre la peine de rétorquer lame à lame. Comme il aurait été facile de simplement donner un coup de botte dans un genou, ou une cheville trop offerte. Sans la moindre défense tant la lame était loin, pointe trop levée... Pour déséquilibrer définitivement l'adversaire d'un croc-en-jambe sans noblesse mais diablement efficace. Sûrement. Mais Lorraine n'était lui-même plus tout à fait à l'échange des armes et se contenta d'encaisser l'attaque machinalement sans même s'essayer à de meilleures défenses. Bien entendu, sa mauvaise foi naturelle l'empêchait de noter les nombreuses fautes qu'il avait lui-même commises dans son jeu d'épée, trop spontané, ne valant plus guère que par des réflexes acquis de longue date et sans plus grande stratégie. Des fautes qui avaient pourtant permis l'ouverture d'une faille. Mais bah ! Ce n'était qu'un entraînement et rien d'aussi sérieux que lorsqu'il fourbissait ses armes contre Saverne. De toute façon son esprit était désormais ailleurs et se désintéressait d'autant du reste.
    A peine s'il nota dans un amusement léger le sourire victorieux qu'arborait le mousquetaire : un enfant. Qu'on allait s'employer à faire grandir. Qui avait besoin de grandir si l'on se fiait sa tirade. Il pouvait se concevoir qu'un homme ignorât l'utilité de protéger ses secrets véritables et de s'en créer d'autres. Mais seul l'inexpérience pouvait vous laisser croire que vous pouviez briguer les mêmes trésors qu'un ban de vipères sans les surpasser en venimosité. Les places étaient chères et rares étaient ceux qui hésiteraient à se débarrasser d'un rival quel que soit le moyen. Ce n'était d'ailleurs pas toujours fait méchamment. Certains ne se rendaient qu'à peine compte de se qu'ils faisaient, ruinant leur concurrent comme ils écraseraient une mouche : dans l'indifférence la plus absolue et avec la meilleure bonne foi du monde. Et chacun autour de considérer la chose normale et comme allant de soi. Hauts rangs et richesses vous offraient ce luxe de conscience vierge. Ce n'était pourtant pas le cas de tout un chacun, tant s'en fallait et parmi ceux qui espéraient les mêmes bienfaits que ceux auxquels aspirait le mousquetaire, figuraient nombre d'individus qui ne lui voulait guère de bien.
    Achille constituait déjà une menace pour bien des hommes, moins bien faits, moins heureux auprès des femmes, moins jeunes, moins vifs, moins forts, moins innocents, plus Scaramouche que Lancelot. Ces jalousies se compensaient par la petite naissance et la pauvreté du garçon. Mais si ce jeune et charmant mousquetaire gravissait les marches jusqu'à leur faire de l'ombre... Seul, Montaron était voué à échouer ou à s'adapter aux manières détournées qu'il méprisait encore. Seul, il ne serait pas toutefois, d'autres se chargeraient de réduire les jaloux à l'impuissance, et ainsi la candeur du cher ami de la reine serait préservée pour leur plus grands plaisirs et intérêts, plus ou moins communs.


    -Il vous faut un paravent, mon ami. Ni plus ni moins. Cette jeune femme sera votre bouclier contre tous les soupçons qu'on pourrait nourrir quant à votre rôle auprès de la reine. Aussi longtemps qu'on ne vous connaîtra pas galant naturellement. Cela semblera bien plus crédible si vous avez l'air de vouloir le cacher, croyez-moi. Et quant aux secrets... Ah mon cher mousquetaire, vous ignorez quels armes efficaces ils font. Il y a ceux qu'on soupçonne et qui vous font craindre, éloignent les importuns. Ceux qu'on partage et nouent des complicités surprenantes. Ceux qu'on est seul à connaître et qu'on peut vendre plus que leur pesant d'or. Ceux qui nourrissent les curiosités trop grandes et les empêchent de chercher vos ombres véritables. Ceux qui vous ouvrent certaines portes. Ceux qui font de certains vos empressés obligés... Et tant d'autres.

    D'un pas nettement fait en arrière, Lorraine rompit l'engagement. Des échos de voix sonores s'entendaient nettement depuis l'accès par lequel Fontenac les avait quittés un peu plus tôt. On venait. Cela signifiait le temps du départ pour Philippe. Il n'y aurait de témoin ni pour ses entraînements ni pour la formation des desseins qu'il préparait pour Achille. Aussi rejoignit-il à son tour le râtelier où il abandonna son arme, et entreprit de revêtir ses propres effets en poursuivant la conversation qu'il avait interrompue :

    -C'est pourquoi vous devez garder les vôtres et chasser ceux de vos pairs. Ce sera votre premier entraînement mon cher. La Reine a dans son entourage une jeune demoiselle de Folleville. Elle n'a ni charme ni grand esprit et chacun s'étonne de la voir si favorisée. Pourtant d'évidence la Reine lui voue une grande affection. Découvrez un secret de cette demoiselle de Folleville et nul doute que vous vous obtiendrez un outil utile à vos ambitions auprès de votre protectrice. Je vous aiderai...

    Il leva les yeux vers les nouveaux arrivants – anonymes bruyants, un seul visage parmi les quatre lui rappelait quelque chose – et alors qu'il finissait de passer sa veste richement ornée, ajouta dans un demi-sourire :


    -Plus tard.

    D'un geste familier, Lorraine acheva de s'apprêter à sortir en revêtant son chapeau à feutre empanaché. Ne restaient plus que les gants.

    -Nous sommes conviés mes frères et moi à la chasse à courre donnée par le vicomte de Bragonne mercredi prochain. Joignez-vous à nous. Ces parties sont terriblement ennuyeuses, mais comme ils seront tous occupés à courir le sanglier, nous pourrons discuter de vos projets. Nous partirons de Saint-Germain à neuf heures, ne soyez pas en retard.

    Lorraine n'avait pas pris la peine de préciser que d'autres prestigieux invités participeraient à la chasse, au nombre desquels un certain Duc d'Orléans. Le gibier ne serait pas seulement celui qu'on croyait.
    Un secret cachés derrière des secrets. Une intrigue dissimulée dans l'ombre d'une autre. L'évidence parlerait d'elle-même lors de la chasse lorsque les yeux les plus inquisiteurs verraient le chevalier deviser avec le mousquetaire. Ce ne serait pas aux bras de la reine qu'on songerait que le jeune militaire serait poussé pour le moins.
    Quant à la demoiselle de Folleville... Lorraine comptait bien que son mousquetaire ne se contentât pas de découvrir un secret, mais bien Le secret de la dame de compagnie. S'il avait longtemps douté que la si fade jeune femme puisse avoir à son crédit quelque chose d'aussi excitant qu'un secret, Lorraine avait changé d'avis cette nuit où il l'avait aperçue, mal encapuchonnée, cherchant maladroitement la discrétion dans les ombres des arcades du Louvre. Un angle qu'elle avait tourné, et le temps de le tourner à son tour, le jeune homme avait constaté que la grise colombe s'était envolée sans qu'on trouve trace d'où. Si peu de temps, si peu vu, à croire avoir rêvé. Il y avait là quelque chose qui ne demandait qu'à être révélé.


    -Au plaisir, Montaron.

    [HRP : je mène le rp vers sa fin parce qu'il me semble qu'après on entre de plein pied dans les machinations et que l'entraînement à l'épée ne s'y prête plus vraiment. J'espère que ça ne te gêne pas. Maintenant rien ne t'empêche de suivre Lorraine et de poursuivre le rp d'une autre manière. A ta préférence =) }
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