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 Janvier 1666 - Un malheureux sauvetage (ft. Madeleine)


Lun 3 Fév - 23:03



Madeleine & Achille

Les toits de Paris engloutirent faiblement le soleil puis les derniers rayons disparurent derrière la ligne d’horizon, la nuit tomba sur la ville et l’agitation diurne se dissipa, laissant place à celle de la nuit. Les marchés plièrent bagage et les établissements nocturnes ouvrirent leurs portes. Les nobles affluèrent dans les maisons de passe et les gens du peuple dans les tavernes. Les plus érudits d’entre eux préférèrent se rendre dans les théâtres et les plus pauvres mendier dans les rues. Paris réunit toute la classe sociale, surtout la nuit, et n’était donc guère sûre, une bagarre ou un meurtre pouvait survenir n’importe où dans la capitale, infectée par les cours des miracles. Le roi avait donc chargé la Reynie de les éradiquer et de réinstaurer l’ordre dans les rues.

Une ombre furtive se dessina à chaque passage sous un réverbère et des talons claquèrent sur le sol à la fois rocailleux et boueux. Cette ombre se déplaça d’une rue à l'autre à une vitesse inouïe. Elle avait rendez-vous quelque part mais ne vous dira jamais où. Elle calma le jeu entre deux ivrognes qui allaient se bagarrer, aida une dame à monter dans un fiacre, indiqua à un prêtre le chemin le plus sûr au lieu où il souhaitait se rendre ; elle fit tout un tas de bonnes actions.

Achille obtint la confiance du roi depuis qu’il ait secouru son épouse la reine, le jour de son malaise, lui confiant de délicates missions. Il l’avait envoyé à Paris remettre une missive à la personne dont il taira le nom. La missive remise, il arpenta les rues de la capitale et passa devant le Val-de-Grâce, église construite sous la volonté de la reine mère. Il la longea rapidement, remontant par le sud. Il bifurqua ensuite vers le nord-est et gagna la Seine. Le fleuve était noir et quelques lumières éclairaient le pont qui l’enjambait, le seul avec le pont Neuf à ne pas avoir de maisons dessus. Il le prit et rejoignit l’île Saint-Louis, marchant toujours en ligne droite. Le trajet sur l’île fut très court et il traversa de nouveau la Seine sur le pont Marie. Arrivé sur la rive droite, il tourna à gauche, dans le Marais, où l’on trouvait un grand nombre d’hôtels particuliers. En plus de la mission octroyée par le roi, Achille avait, semblait-il, une autre mission à remplir.

L’ombre se faufila dans l’obscurité et évita soigneusement les endroits bondés de monde. Elle marcha sans s’arrêter et tout en regardant derrière elle, voir si personne ne la suivait. Discrétion absolue était son maître-mot. Elle continuait à marcher, la main sur son épée. Elle portait un uniforme discret, haut et pantalon foncés, bottes et chapeau, puis une cape par-dessus les épaules et qui lui arrivait aux cuisses. Elle fonçait tête baissée, craignant d’être démasquée, quand au détour d’une rue, elle s’arrêta. Des proférations s’y élevèrent, un homme retenait une femme et refusait de la laisser partir. La femme tenta bien que mal de se libérer de son emprise, il tenait fermement son poignet. Elle se débattit et réussit à le repousser mais dans un élan, elle perdit le contrôle et l’homme allait lui régler son compte. Ce fut là que l’ombre intervint.

- Holà, laissez-la tranquille !, cria une voix masculine.

Celle d’Achille.

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Sam 1 Mar - 21:52


L’après-midi n’avait somme toute pas été désagréable. Pas de répétition, d’apprentissage de texte, de vaniteuses comédiennes à remettre à leur place, de couturières après qui courir, ou de chandelles à réclamer, seulement de passionnantes discussions. Le ton léger -quoique par moment délicieusement cynique et toujours intelligent- des personnes en présence l’avait réjouie au point qu’elle pouvait à présent se targuer d’avoir été en excellente compagnie. Mondanité et pointe de préciosité s’étaient mêlées pour créer cette ambiance particulière si chère aux salons parisiens. Pour ne pas bousculer les habitudes les discussions s’étaient centrées sur les nouvelles littéraires et le bon goût des participants qui se vantaient, plus ou moins ouvertement, d’avoir un esprit que le tout Paris devait leur envier. Et si Madeleine était de celles qui ne pipaient mot lorsqu’il était question de s’auto-congratuler, elle n’en pensait pas moins et se nourrissait silencieusement de toue remarque méliorative, soit-elle groupée ou plus directement dirigée vers elle. Ici, on critiquait autrui autant qu’on adorait se féliciter mutuellement. Comme la marquise était une hôtesse remarquable, que ce poète composait de beaux vers, la répartie de ce comte était incroyable et l’intelligence fine de cet autre tout à fait appréciable… Aussi ce salon était l’endroit le plus agréable au monde pourvu que l’esprit soi à la hauteur de la réputation du lieu. Mais puisque les entrées étaient soigneusement filtrées et que l’invitation était de rigueur, aucun risque d’y mettre les pieds sans que les pairs n’aient jugé le talent pour le verbe suffisant. Contrairement à la cour on ne jugeait pas sur de simples apparences -reconnaissons cependant que les passés de mode étaient rarement en bonnes grâces- mais on appréciait sincèrement ce qui se trouvait sous votre perruque ou autres boucles blondes bien ordonnées.  

Les heures s’étaient écoulées à une vitesse folle, si bien que le ciel s’était considérablement assombri sans même que Madeleine ne s’en soit aperçu. L’hôtel s’était déjà vidé de moitié avant qu’elle n’en vienne à considérer qu’il était temps de rentrer. Vivant à seulement quelques rues d’ici et ayant emprunté ce chemin suffisamment souvent pour savoir qu’il ne lui arriverait rien, elle déclina poliment l’offre de ce jeune homme qui fort aimablement proposa de l’accompagner. Par bienséance il insista quelque peu, car elle n’en sentait sincèrement pas le besoin elle lui assura que cela ne serait pas nécessaire. Bien mal lui en pris.
Sur le pas de la porte de ce magnifique hôtel particulier ils se quittèrent, sourire aux lèvres, lui retournant sans doute à ses écrits quand elle venait de se rappeler qu’elle avait promis à Armande d’être là avant le coup des six heures –désormais assurément passé- afin de prendre le relais de la garde de la petiote qui était légèrement fiévreuse. Ah! Quelle mauvaise marraine elle faisait à l’avoir oubliée. Entendant les cloches de l’église sonner la demi-heure, elle hâta considérablement le pas alors que dans sa tête résonnaient déjà les mille reproches dont sa fille l’accablerait sans doute.
Dans la pénombre naissante, la Béjart arpenta rapidement les rues qui, après une journée agitée, continuaient de se vider. Le souffle haletant, elle était presque arrivée. Tout au plus deux minutes de marche et elle aurait tout le loisir de passer une soirée à veiller sur le sommeil de l’enfant après une journée à s’être tant amusée.  

Mais définitivement, il avait été stupide de refuser une présence masculine.
Les choses se passèrent si vite. Une main rugueuse qui lui attrapa le poignet, l’obligeant à se retourner et voilà qu’elle se trouvait un couteau sous la gorge. Paralysée par la peur Madeleine en devenait même incapable de comprendre ce que le truand réclamait. Sans doute de l’argent. Qu’elle n’avait bien évidemment pas. D’habitude la langue bien pendue elle peinait à laisser le moindre son franchir la barrière de ses lèvres. Le visage tout près du sien, ce qui laissait à la comédienne tout le loisir d’apprécier son odeur de pestiféré, il s’impatientait. Faiblement Madeleine souffla qu’elle n’avait pas la moindre pièce mais qu’à défaut elle portait quelques bijoux. S’imaginant déjà gisant, la gorge tranchée, au milieu de cette ruelle déserte, les larmes lui montaient aux yeux pendant  que le truand s’occupait de la dépouiller de ses quelques biens précieux. Mais aussi fallait-il croire qu’un misérable bracelet de petites perles et un anneau en argent ne lui était pas suffisant, car voilà qu’avec un sourire mauvais il faisait glisser une main rêche le long de son cou. Dégoûtée par ce geste, Madeleine usa de toutes les forces procurées par l’adrénaline pour le repousser. En vain.

Mais alors qu’elle continuait de se débattre sans réussir à lui faire lâcher ses poignets qu’il tenait désormais fermement, une force extérieure vint faire lâcher prise à son agresseur. Un parfait inconnu venait de donner à la comédienne l’occasion de se soustraire à ce qui quelques secondes auparavant paraissait une malheureuse fatalité. Dans un mouvement précipité elle manqua de trébucher mais parvint à venir se réfugier dans le dos de cette silhouette chevaleresque, lui laissant le bon soin d’envoyer définitivement paître l’agresseur.  
Par-dessus l’épaule du gentilhomme –car portant une épée il devait nécessairement l’être- elle regarda l’homme s’éloigner à la hâte mais restait trop choquée par ce qui venait de se passer pour prononcer le moindre mot.

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Ven 28 Mar - 12:05



Madeleine & Achille

Des femmes à secourir dans la rue il était fréquent mais Achille mettait en péril son identité en la sauvant, elle. Pourquoi ? Pour la simple et bonne raison qu'il n'allait pas la laisser aux prises d'un homme dont le comportement n'augurait rien de bon, annonciateur d'une envie non partagée. La dame, approchant la cinquantaine, ne partageait en effet pas l'enthousiasme de ses membres excités, bien au contraire. Elle en fut même répugnée, l'homme lui caressait le cou avec sa main rugueuse. Alors qu'elle se désespérait de l'étreinte qu'il exerçait sur elle, elle vit la chance lui sourire lorsque le jeune mousquetaire, qui se trouvait là par hasard, du moins c'était l'excuse qu'il donnerait s'il venait à croiser une connaissance ou un visage familier, puisque personne ne fut informé de ses réelles motivations, vint la sauver. Cet inconnu ne paraissait pas tendre avec elle, mais alors pas du tout. Et il était inconcevable pour le jeune soldat de l'abandonner à son sort, ce serait contraire à ses valeurs. Aussitôt, dès qu'il l'ait vue ainsi malmenée par cet homme – une vraie brute –, il s'était lancé sans réfléchir à son secours. À son appel, le gars s'était retourné en bougonnant avant de frémir à la vue de son uniforme. Il lâcha immédiatement sa prise, prise qu'il tenait fermement une seconde auparavant.

- Laisse-la tranquille !, répéta le mousquetaire, dans un ton plus ferme.

L’homme, le visage blême, ne bougeait pas d’un pouce et ne réagissait pas immédiatement à l’impératif donné par le soldat, sans doute paralysé par la peur. Il l’entendit se racler bruyamment la gorge avant de reprendre conscience et de se préparer à s’enfuir mais il ne le fit pas. Achille n’avait pas idée du pourquoi il ne partait pas si tôt, qu’attendait-il précisément ? N’y attachant plus d’importance à la question, le mousquetaire se concentra sur un moyen de le faire partir, il importunait cette pauvre demoiselle. Une seule solution se présentait à lui : l’attaque frontale. C’était la plus simple mais la plus risquée aussi, cependant il n’avait pas le choix s’il voulait le faire déguerpir au plus vite. Vu la tête qu’il avait fait en voyant son uniforme, il y avait de grandes chances que cela marchait. Pour le vérifier, il fallait tenter le coup. Ce qu’il fit. Tout en marchant d’un bon pas, il sortit son épée qui pointa dans sa direction et accéléra la cadence de ses pas vers la fin. Le truand, surpris par sa rapidité, recula avec peine, il faillit trébucher, et Achille, de la pointe de la lame, l’atteignit très vite mais ne le toucha pas. Il lui cria dessus, l’épée vacillant sur son front.

- Pars avant je t’embroche ! Que je ne te revois plus à l’avenir, c’est clair ?

L’homme ne répondit pas à la question, il se contenta de se retourner et de partir à la hâte, selon toute apparence effrayé à l’idée de se faire transpercer le crâne par la fine lame d’un soldat, d'un mousquetaire pour être excat. Ce serait mourir tout bêtement. Jusque-là, Achille n’avait pas remarqué que la dame s’était refugiée dans son dos, regardant le truand s’enfuir précipitamment. Soit c’était un peureux et ne reviendrait plus jamais, soit il reviendrait avec du renfort. La deuxième option paraissait peu probable dans la tête du mousquetaire, les truands vivaient cachés des forces de l’ordre qui avaient pour objectif de les pourchasser et de trouver leurs repaires. Eux devaient se montrer assez malins pour les échapper, l’objectif pour eux était de ne pas se faire attraper. C’était là la règle de leur survie. Mais pour survivre aussi, il fallait là parfois commettre des méfaits. Ils n’avaient guère le choix…

Se retournant pour rassurer la dame, il rangea son épée et abaissa son capuchon, dévoilant son visage. Le soldat esquissa un mouvement protecteur pour la rassurer mais se retint. Toujours sous le choc et nullement détendue, elle semblait ne pas se remettre de ses émotions. Son agression l’avait durement éprouvée, le truand avait été sans pitié avec elle et il gardait encore en mémoire cette main rugueuse caressant son cou. Quelle affreuse vision et il comprenait maintenant la peur qu’avait éprouvé cette dame, craignant à cet instant-là pour sa vie. Personne n’était à l’abri dans Paris, le jeune homme le savait. Mieux fallait se munir d’une arme pour se défendre à tout moment. C’est pourquoi le soldat avait la chance de circuler tranquillement dans la ville car il possédait déjà une épée. Mais ce n’était pas tout, mieux fallait aussi ne pas toujours se balader seul et surtout à découvert. D’où la longue cape qui protégeait Achille de son identité. Il se fondait dans la masse et très peu de gens le remarqueraient. Cette tenue avait l’avantage de pouvoir passer inaperçu n’importe où. Cependant, n’oublions pas que le mousquetaire ne portait qu’occasionnellement cette tenue qui le camouflait car il effectuait ce soir une mission pour le roi. Bref, en temps normal, Achille n’avait pas cette longue cape mais son uniforme de mousquetaire qu’il portait presque tous les jours, et souvent doté d’une cape s’il était de sortie, mais plus courte.
Revenant vers la dame qui paraissait encore toute ébranlée, il redoubla ses efforts pour l’apaiser le plus possible.

- Vous êtes en sécurité avec moi, madame. N’ayez aucune crainte, je suis mousquetaire du roi. Vous pouvez me faire confiance. Madame, ça va aller ?

Il avait parlé calmement, très calmement, en la regardant droit dans les yeux.

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Mar 22 Avr - 21:28

Des éclats de voix, une épée brandie, deux silhouettes qui se faisaient face, tout s’enchaînait si vite. Trop vite. A présent simple spectatrice, Madeleine ne savait que faire ni que penser, se demandait à peine pourquoi et comment elle se trouvait désormais protégée derrière la carrure d’un parfait inconnu. Les faits continuaient de se dérouler sous ses yeux grands ouverts sans qu’elle ne semble comprendre plus rien à ce qui était en train de se passer. Et les paroles au ton chaud de ce jeune homme qui avait déboulé de nul part raisonnaient comme un simple écho dont elle ne pouvait capter le sens, alors que le truand s’enfuyait à présent à grandes enjambées.
Alors qu’elle tentait de calmer une respiration haletante, ses prunelles, chargées en coin de deux gouttes, se reportaient sur la figure du soldat. Du dos de la main elle essuya négligemment les chaudes larmes qui venaient de couler sur ses joues dénuées de toute couleur afin de tenter de distinguer des traits nets malgré l’obscurité. Dieu qu’il semblait jeune. Assurément courageux, le regard déterminé, fin escrimeur et aux sentiments nobles, et pourtant porteur d’une vingtaine d’années tout au plus… Encore si jeune et bien de sa personne quand trop d’émotions avaient soudain considérablement vieilli la comédienne. Qu’elle se serait trouvée hideuse du haut de ce visage livide et de cette expression hébétée.

- Un mousquetaire, répéta-t-elle en détachant chaque syllabe avec application, comme pour analyser et s’assurer d’avoir bien compris ce qui venait d’être dit.
Soit. Un mousquetaire. Tout dans l’attitude laissait à penser qu’il s’agissait de la vérité. Et il n’avait au fond aucune raison de mentir. Dans ce cas bénis soient les hommes du roi. Celui-ci en particulier. Quelle horreur que d’imaginer ce qu’il aurait pu arriver s’il n’était pas intervenu. Mais au fond la question ne se posait pas. Ne se posait plus. Le jeune homme était arrivé au moment opportun et sans hésiter l’avait tirée d’un bien mauvais pas. Et puisque vraisemblablement il était homme de cœur autant que d’épée, il s’enquérait de savoir si elle se sentait bien.
Mais la question lui semblait lointaine tout autant que la réponse non évidente. Madeleine se sentait extérieure à la scène, regardait toujours avec incrédulité le mousquetaire, et à présent hochait la tête de gauche à droite quand pourtant elle disait le contraire de ce qu’elle mimait.  

- Je. Je suppose. Oui, je crois.
Elle hésita, garda une bouche entrouverte alors que les mots continuaient de buter contre la barrière de ses lèvres. Machinalement elle porta une main à son cou, comme pour s’assurer qu’elle respirait toujours convenablement. Son regard s’était dérobé, avait fui et balayait la rue désormais vide avec appréhension.
Près de quatre décennies passées à Paris et il s’agissait de la quasi première fois où elle regrettait tant d’avoir refusé d’être accompagnée. Et d’avoir tant tardé à quitter un salon. Mais comme par miracle, sinon le choc elle n’avait rien. Grâce à ce jeune homme, car il se trouvait au bon moment, au bon endroit et qu’il avait eu la généreuse  idée d’agir, elle était encore entière.
Alors sans doute pouvait elle faire plus que croire. Sa respiration se posait doucement et elle était maintenant persuadée qu’elle se trouvait physiquement bien.

- Je vais bien, assura-t-elle d’une voix faible. Je vais bien.
Quand de nouveau elle s’adonnait à la répétition les mots semblaient plus percutants lorsqu’ils étaient énoncés une seconde fois. La mollesse sans conviction cédait la place à une attaque plus nette des syllabes. Fébrilement elle replaça derrière son oreille une mèche de cheveux tombée sur son visage et força encore un peu plus sa voix afin qu’on puisse au loin y déceler une pointe d’assurance.  

- Merci.
Elle posa une main sur l’avant-bras du jeune homme, geste qui a défaut de trop de mots signifiait sa gratitude. Après quelques secondes d’immobilité elle regarda par-dessus son épaule pour s’assurer, non sans une pointe de paranoïa dans les yeux, que personne ne menaçait de surgir à nouveau dans son dos. Toujours aucun signe de vie autre que le mousquetaire.
- Il me faut rentrer.

Car bien que désormais en sûre compagnie, Madeleine était encore trop sonnée et peu rassurée pour s’attarder plus longtemps dehors. Il ne lui rester qu’une centaine de mètres à parcourir et à renfort d’un pas de course il lui semblait qu’elle serait capable d’y arriver sans peine. Et quand bien même dans les circonstances présentes il aurait été judicieux de quémander au jeune homme de l’accompagner jusque chez elle,  l’idée ne lui effleura pas l’esprit.
Elle voulait simplement rentrer. Vite. De suite. Le jeune homme avait fait son devoir de soldat et la Béjart n’en demandait pas plus.
Avant de s’éloigner, elle leva une dernière fois le regard vers ce jeune visage qu’elle se promettait de ne pas oublier.

- Merci.
Visiblement elle avait aujourd’hui le goût des phrases promptes et saccadées ainsi que des doublons. Lui sauvait avec panache et elle luttait encore contre l’angoisse.
Sans s’embarrasser de plus de remerciements, oubliant toute forme de bienséance et ne jugeant pas qu’une vie valait plus qu’un simple « merci », la comédienne s’éclipsa à la hâte, sans même prendre le temps de demander un nom ou de donner le sien.
A tête reposée elle se jugerait aussi sotte que manquant affreusement de reconnaissance, mais actuellement rien ne l’effleurait sinon l’envie pressante et irrépressible de se sentir en sécurité derrière une porte fermée.

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