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 Gare au voleur! -Athénaïs


Sam 8 Fév - 23:17

D'un coup de main habile, Marie lissa le taffetas de sa robe azure. Il y avait un moment maintenant qu'elle était arrivée au Palais pour assister la reine Anne d'Autriche dans ses derniers moments. La mort de la souveraine avait été longue et douloureuse. Marie se souviendrait éternellement de cette reine pour laquelle elle avait vécu tant d'aventures.

Il aurait été souhaitable à présent qu'elle puisse se retirer et regagner son domaine mais pour l'instant cela s'avérait inconvenant. En effet, la cinquantenaire, devait donner son congé au tout jeune roi mais celui-ci ne la recevait pas encore. Sachant parfaitement à quel point la tache royale s'avérait compliquée et prenante, Marie attendait sagement que le souverain lui accorde audience. C'est à peine si elle l'avait aperçu lui et le petit Monsieur. Marie sourit. Non, ces enfants n'avaient plus rien de petits maintenant, ils avaient grandit et étaient devenus deux hommes beaux et charmants. Et dire qu'ils avaient failli ne jamais voir le jour. Que de manipulations et d'intrigues il avait fallu pour que Louis XIII retrouve le chemin du lit de la reine!


"Gaaaaaaarde à vouuuus!"

Avec un rictus mi contrarié, mi amusé, La Dame s'approcha du perchoir où se dandinait le perroquet de son époux. Elle le flatta, lui tendit la main pour qu'il pince ses jolis doigts et regarda dans sa mangeoire où quelques pétales de rose rouge se mélangeaient aux graines.

- Philibert, petit chenapan tu as pris de mauvaises habitudes!

Philibert se tenait droit, les ailes écartées, les yeux écarquillés et dés qu'un serviteur passait il lui débitait tout le langage qu'il avait en mémoire et principalement du "baaaas les paaaates"!. Le perroquet était friand de la couleur rouge et il ramenait souvent des petits trésors qu'il dénichait au cour de ses promenades. Des plumes, des cerises confites, des morceaux de rubans...Mais l'autre jour c'était une boucle d'oreille que Philibert avait trouvé. Après enquête il s'était avéré que celle-ci appartenait à Athénaïs de Montespan. Marie lui avait écrit pour lui expliquer la situation et lui présenter des excuses. La marquise lui avait répondu qu'elle souhaitait la rencontrer. Marie allait donc le recevoir d'un instant à l'autre comme elles l'avaient convenu.
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Lun 10 Fév - 10:29

Suite au charmant et fort poli billet d'excuses qu'elle avait reçu de la part de Marie de Hautefort, la marquise de Montespan avait émis le souhait de la rencontrer, d'une part pour récupérer son pendant en rubis auquel son homologue manquait cruellement, et qui, à eux deux, constituaient à peu près les seuls bijoux qui avaient échappé au marquis qui mettait tous les bijoux de son épouse en gages afin que d'obtenir quelque pécule pour constituer son régiment, et d'autre part pour revoir cette femme qu'elle n'avait que vaguement aperçue au cours de ces dernières années, et qui pourtant était très proche de sa mère Diane de Grandseigne, duchesse de Mortemart, elle aussi au service de la reine-mère. Enfant, Athénaïs que l'on appelait encore Françoise de Rochechouart, avait eu le loisir de croiser cette belle dame, alors que son père l'avait ramenée du couvent à la cour pour un bref séjour au cours duquel la demoiselle de Tonnay-Charente avait eu le temps d'émerveiller Anne d'Autriche et ses dames, de par sa jeune beauté et son joli parlé. Tout cela remontait à présent à une quinzaine d'années, et la marquise n'en gardait que quelques bribes de souvenirs, se remémorant plutôt les jeux qu'elle faisait avec le petit Monsieur, alors si impertinent.

En ce jour, Athénaïs avait revêtu une robe en velours bleu nuit, agrémentée sobrement de quelques dentelles et rubans couleur champagne. Il faisait encore frais en cette période de mars, il n'était guère temps d'attraper quelque rhume ou autre maladie qui avaient le don d'aliter les souffrants pour une période indéterminée. Une fois ses cheveux blonds foncés convenablement coiffés et son visage maquillé comme il se devait, la jeune femme sortit de son appartement et se dirigea vers celui de la dame de Hautefort, dont celle-ci lui avait indiqué l'emplacement. La marche ne fut pas bien longue, et la marquise trouva aisément l'endroit. Elle se fit annoncer par le domestique de son hôtesse et attendit sagement dans l'antichambre qu'on l'autorise à entrer. Le valet revint moins d'une minute après, lui ouvrant la porte de l'appartement.

La pièce est vaste sans trop l'être, décorée avec bon goût d'objets et de meubles admirablement travaillés. Pour sûr que le couple avait des moyens qu'ils utilisaient à bon escient. La marquise sourit et inclina la tête respectueusement devant son aînée, attendant que celle-ci rompe le silence.
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Mar 18 Fév - 22:14

Alors que Marie regardait songeusement à travers la fenêtre du salon on lui annonça l'arrivée de sa visiteuse. Il fallut un petit temps à la Dame perdue dans ses pensées pour accueillir l'information. Elle pouvait difficilement s'empêcher de comparer ce qu'elle se souvenait du Louvre avec la version actuelle des lieux. Rien n'avait changé et pourtant elle ne reconnaissait personne. Les jeunes-gens avaient pris place et c'était bien. Elle posa le plat de sa main dans le creux de son dos, s'étira et un léger "crac" se fit entendre aussitôt repris par Philibert. Marie eut un petit rire.

- Eh oui Philibert, plus on vieillit et plus on devient craquant!

Comme elle aurait été mieux sur les rivages de Belle Isle! Le climat plus doux convenait mieux à ses articulations. L'hiver à Paris ne lui réussissait plus. Elle fit signe à Bertille de faire rentrer la Marquise. Il ne convenait guère de la faire attendre.

- Soyez la bienvenue marquise! Et je vous présente à nouveau mes plus plates excuses pour ce malheureux incident.

"bienvenuuuuuuuuue". Marie esquissa à nouveau un sourire amusé puis plongea dans une révérence avant de se relever.

- Permettez que je vous présente Philibert, le petit chenapan qui s'est pris d'affection pour votre boucle d'oreille.

La dame de Hautefort invita Athénaïs à s'asseoir. Bertille apporta aussitôt du ratafia et des massepins. Marie s'installa en même temps que son invitée sur un petit fauteuil. Le visage de la marquise n'était pas sans lui rappeler quelqu'un, mais qui ? Il n'était pas difficile en tous cas de se prendre d'affection pour elle. Elle semblait à la fois charmante et espiègle.

- C'est étrange, vos traits me semblent familiers. Parlez-moi de votre famille si vous le voulez bien chère enfant.
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Dim 6 Avr - 21:21

La marquise s'avança respectueusement tandis que son hôtesse la saluait. Elle relava la tête en lui souriant, posa ses iris azurs sur son interlocutrice.

-Madame, commença-t-elle, souriante, bien le bonjour.

Elle sourit de plus belle face aux sincères excuses de la dame de Hautefort. Après tout, le délit n'était pas réellement de sa faute, les animaux tels que les perroquets pouvaient s'avérer facilement incontrôlables. Ils étaient certes beaux et amusants, mais le plus souvent imprévisibles.

-J'accepte avec plaisir vos excuses, ainsi que celle de ce bel animal qu'est Philibert. Il est charmant et doit beaucoup vous divertir par ses farces.

Athénaïs adressa alors à Philibert un sourire bienveillant avant de répondre à l'invitation de Marie de Hautefort pour s'asseoir. Elle s'installa donc dans un confortable fauteuil bien douillet et regarda la domestique déposer toutes ces bonnes choses sur la petite table. Madame de Hautefort était une femme qu'Athénaïs avait connue étant jeune, sa mère Diane de Grandseinge était avec elle au service d'Anne d'Autriche, et alors que son père l'avait sortie du couvent durant quelques semaines, la jeune Françoise, demoiselle de Tonnay-Charentes à l'époque, avait fait séjour à la cour avec ses parents. Aussi, le fait que la maîtresse des lieux ne remette pas son nom l'étonna un peu. Elle sourit néanmoins.

-Vous m'avez connue lorsque j'étais enfants, sous le nom de Françoise de Rochechouart de Mortemart, pour Mademoiselle de Tonnay-Charentes. Je suis la fille de Diane de Grandseigne et de Gabriel de Mortemart... La soeur de Vivonne.

Toute la famille avait de hautes charges et distinctions. Son frère avait été le compagnon de jeux du jeune roi, premier gentilhomme de la chambre du Roi, tout comme l'avait été leur père pour Louis XIII. Ces détails aideraient sans doute Marie à s'en souvenir, mais il est vrai que la dernière fois qu'elles s'étaient rencontrées remontait à plus d'une dizaine d'années. A l'époque, la jeune Françoise avait ébloui la Reine-mère par sa vivacité d'esprit, tout-à-fait digne de son nom.
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Mer 23 Avr - 16:40

Conscient d'être le point de mire de ces dames, Philibert n'en finissait pas de se rengorger et de faire le beau afin de mettre en valeur ses plumes. Il se permit même de croasser "Philibeeeeert est joliiiii". Marie éclata de rire.

- Il est très amusant en effet et peu modeste. Mais le rouge lui fait perdre toutes bonnes manières ! Mon époux et moi n'avons jamais réussit à savoir d'où cette passion lui venait. Nous espérions qu'en vieillissant il s'assagirait mais il n'en est rien! Je crains de devoir le tenir enfermé tant que nous demeurerons ici.

Toujours ce "nous" alors que Charles avait rejoint Dieu depuis de nombreuses années à présent. Marie ne parvenait pas tout à fait à se détacher de ce mari qu'elle avait tant chéri. Du bout des doigts, elle envoya une chiquenaude affectueuse à Philibert.

- Quoiqu'il en soit je vous suis gré de votre amabilité. Car depuis cette histoire de vol au sein même du bal, tout le monde est méfiant et sur la défensive. Ce qui est, sommes toutes, assez logique. Peu de personnes auraient pardonné aussi facilement, même à un simple perroquet!

D'autant plus que pour ce qu'elle en savait, les coupables n'avaient pas encore été démasqués. Si seulement ce cher D'Artagnan avait été encore de service, jamais personne n'aurait osé accomplir un tel forfait. Le regard bleu pervenche de la cinquantenaire étincella légèrement. Il fallait être peu craintif de la justice du roi pour s'introduire à un bal et détrousser les convives. Cela ressemblait à une forme de provocation à vrai dire et c'était scandaleux! L'Aurore reporta son attention sur la charmante enfant. La fille de Diane de Grandseigne, c'était cela !! Oui, Marie se souvenait de cette petite fille qui leur avait fait quelques visites. Elle avait bien grandit depuis et jamais elle ne l'aurait reconnue. Pas au premier abord du moins. Sans parler du fait qu'à l'époque on ne l'appelait pas Athénaïs.

- J'ai bien connu votre mère en effet elle était la douceur incarnée. La reine appréciait beaucoup sa compagnie. Et moi aussi d'ailleurs. Je suis ravie d'avoir à faire à l'une de ses filles.

Cette chère Diane était aussi très pieuse et droite. Voilà pourquoi il n'avait  jamais été possible de la mêler aux intrigues de Anne d'Autriche. Il fallait pour cela ne pas hésiter à cacher des choses et à ruser. Et puis les tromperies incessantes de son mari qui était son opposé la tourmentait suffisamment!  Pauvre âme! La maréchale de Schomberg esquissa un petit geste de la main et Bertille vint présenter le plateau d'argent contenant les petits gâteaux.

- Je vous en prie, n'hésitez pas à goûter à ces petites douceurs. Il nous faut en profiter avant que Carême ne débute.

Marie huma le parfum délicat de chocolat chaud qui commençait à prendre possession des lieux et un souvenir de la petite Françoise, leur rendant visite au Louvre ressurgit. C'était avec une grâce toute naturelle que le petit visage sérieux encadré de boucles brunes avait déclamé une réplique de l'Œuvre de Racine qui se nommait "le Cid".

- "O rage, O désespoir, O vieillesse ennemie". Vous souvenez vous de cela chère enfant ? Et êtes vous toujours autant passionnée par l'art dramatique ?
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Jeu 24 Avr - 9:25

Il était vrai qu'après le tumulte qu'avait déclenché la fin sinistre du bal, le moindre bijou manquant pouvait faire céder à la panique. Et Athénaïs manquait cruellement de ces sortes de parures tant son mari les lui prenait pour les mettre en gages, récupérant ainsi quelque somme qu'il aura au préalable perdu aux jeux. Le peu de pierreries ou perles qu'il restait à la marquise étaient soit des présents de son père, soit des bijoux qu'elle avait pu mettre à l'abri du marquis en les laissant à la cour. Et cette paire de boucle d'oreilles en faisait partie. En temps normal, elle se serait vite inquiétée de n'en plus retrouver la moitié, mais avec les tourments qu'elle avait eus dernièrement à cause de ces lettres compromettantes, son attention se portait bien loin des apparats. Elle espérait d'ailleurs que ceci ne lui attirerait pas les soupçons.

-J'en conviens, madame. Et j'ose espérer que vous n'avez guère été victime, vous aussi, de ces basses actions de vol. J'ai, pour ma part, été allégée d'un bracelet de perles.

C'était la version officielle, celle qu'elle avait donnée aux enquêteurs... En réalité, elle n'avait été détroussée "que" des lettres mesquines écrites par Henriette d'Angleterre à destination de sa famille et dans lesquelles elle disait combien Monsieur était méprisable, que le roy ne l'était pas moins de l'avoir remplacée par la Vallière, que la reine était ceci, que feue la reine-mère était cela... Bref, elle et Stefano Sforza, un favoris de Monsieur, s'étaient mis en tête de se venger de Madame en dérobant ces lettres et en les faisant habilement voir à qui de droit afin de donner une leçon à cette femme qui les avait si mal traités. Mais leur action guidée par la vengeance s'était retournée contre eux quand, au bal, le voleur s'était emparé des lettres qu'Athénaïs était sur le point de remettre à son ami italien. Pas plus tard que le surlendemain, la marquise retrouva dans la petite pièce du méfait, une lettre de son voleur qui clairement lui disait que si elle souhaitait récupérer son "bien", il lui faudrait aligner les louis... Pour une marquise désargenter, être victime d'un tel chantage était un souci auquel il fallait prêter attention. Voilà donc l'objet de sa semaine de nuits blanches. A présent, l'affaire était réglée, Stefano l'avait aidée à payer, elle avait récupéré et détruit les lettres, et tout semblait être rentré dans l'ordre. Même si le voleur était un jour arrêté, il n'avait aucune idée de l'identité de la marquise et il n'avait plus les lettres en sa possession. Elle était donc tirée d'affaire.

La demoiselle sourit au compliment de Marie sur sa mère. Il était vrai que cette femme était douce et pieuse et que c'était ce qu'Anne d'Autriche appréciait grandement chez elle... et ce qui agaçait royalement son père le duc de Mortemart. Elle savait son père un fieffé coureur de jupons, elle n'avait à présent plus de doutes sur l'infidélité de son mari et celle de son frère, celle des maris de ses amies, sans parler de celle du roi, et Athénaïs se demandait si tous les hommes, tous les maris étaient ainsi.

Lorsque le plateau en argent lui fut présentée, et encouragée par son hôtesse, la jeune femme hocha la tête en se servant, posant sa main délicate sur un gâteau au visuel attirant. Il s'accommoderait parfaitement avec ce chocolat odorant qui était à présent devant elle. Que de délices! Elle se souvenait, lors de ces quelques visites quand elle n'était qu'une enfant, que la reine Anne était extrêmement friande de chocolat chaud. C'est d'ailleurs elle qui avait ramené cette mode d'Espagne. Elle attendit que Marie se serve à son tour avant de porter le biscuit à ses lèvres et d'en croquer un morceau.


-Vous avez raison, profitons-en, lança-t-elle joyeusement.

En entendant Marie prononcer cette fameuse tirade du Cid, Athénaïs ne put s'empêcher de continuer, se souvenant de ce à quoi elle faisait allusion.

-"N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?"
lança-t-elle sur un ton dramatique, avant d'éclater de rire.

-Oui, il m'en souvient parfaitement. Je dois dire qu'à présent je goûte d'avantage la danse, mais il me plait énormément d'assister aux représentations de tragédies, et même de comédies.

Il était vrai qu'enfant, la jeune Françoise se plaisait à lire diverses oeuvres et notamment des tragédies. Sans doute encouragée par sa soeur aînée qui les lui fournissait à chaque rencontre. A cette époque, Françoise de Rochechouart de Mortemart n'aspirait qu'à ressembler à Gabrielle sa soeur aînée, qui lui paraissait être un réel modèle de perfection.

-Je dois dire que j'ai la chance, depuis peu, de côtoyer Madeleine Béjart qui, en plus d'être une comédienne extrêmement talentueuse, est également une personne remarquable.
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Mar 29 Avr - 22:54

Les jolis sourcils de Marie se levèrent légérement. La belle Marquise avait été délesté d'un bracelet de perles seulement ? Par rapport à d'autres elle pouvait se considérer comme chanceuse. Tout de même, tout de même, comment les voleurs étaient-ils ensuite parvenus à obtenir de l'argent avec de tels bijoux trop marqués pour ne pas se rendre compte qu'ils avaient été volés ? Le mystère restait entier et si la Maréchale avait été plus jeune elle se serait employée à tâcher de le résoudre. Mais avec les années venait la sagesse...celle de laisser les personnes compétentes accomplir leurs tâches. Sa curiosité et son intrépidité d'en tant lui avait joué bien des tours et servi de leçon.

- Je n'ai heureusement aucune perte à déplorer puisque je n'ai pas assisté au bal. A mon âge les distractions prennent d'autres formes. Il y avait cercle pour tenter de sauver le théâtre du Marais. Il semblerait que le Théâtre de Bourgogne et ses comédies attirent d'avantage de monde que les tragédies du Marais.

Marie tendit la main afin de saisir un petit gâteau qu'elle porta à sa bouche. Délicieux! Un vrai nuage de saveurs parfumées! La jeune-femme se souvenait parfaitement de la tirade et l'énonça avec beaucoup de grâce avant de partir dans un rire frais, des plus agréables. Marie, qui était d'humeur joyeuse se joignit à elle dans cette si douce expression du bonheur.

- Bravo ma chère ! Votre mémoire est parfaite! Ce que vous ne savez pas c'est qu'à cette époque lorsque vous avez évoqué le Cid dans la chambre de la Reine vous avez involontairement remué une petite chamaillerie au sein du couple royal. C'est que, voyez-vous, la pièce est Espagnole! Croyant faire plaisir à son épouse, notre bon Louis XIII dés sa première représentation est venu lui dire à quel point il l'avait apprécié et qu'il en serait de même pour elle puisqu'elle était Espagnole! Anne d'Autriche, qui faisait des efforts méritoires pour paraitre le plus Française possible n'a pas apprécié cette remarque. Et les voilà partis tous les deux à bouder dans leur coin!

Elle envoya un charmant clin d'oeil à son interlocutrice

- Mais rassurez-vous, cela n'a pas duré! Nous, les suivantes de la reine, dont votre mère y avons veillé!

Marie s'arrêta soudainement. Elle n'était décidément qu'une grand mère qui évoquait de vieux souvenirs sans importances. Qui cela pouvait-il intéresser ? Grand Dieux, si il y avait une chose qu'elle n'avait pas apprécié chez ses aînés c'était bien cette manie-là. Et voilà qu'elle la reproduisait à son tour! La dame de Montespan évoqua Madeleine Béjart et ce nom fit son petit chemin dans l'esprit de Marie.

- Mais, dites-moi chère enfant, cette dame ne fait -elle pas parti de la compagnie de ce Monsieur Molière ?

Compagnie qui avait pris ses quartiers au Palais de Bourgogne d'ailleurs...
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Mer 30 Avr - 9:54


Athénaïs se sentit soudain un peu maladroite d'avoir demandé à Marie si elle avait assisté au bal, puisque la réponse de celle-ci traduisait l'évidence que ce genre de réjouissances ne l'amusait plus. Il y avait certes, des personnes plus âgées qui se plaisaient à s'y rendre, mais dans la bouche de la maréchale, cela semblait tant couler de source que la jeune marquise s'en sentit bête.

-Toutes mes excuses... bredouilla-t-elle alors. J'espère que votre soirée fut mémorable de manière plus positive que la nôtre...

Et Marie d'évoquer une anecdote alors inconnue de la jeune femme suite à sa tirade théâtrale d'enfant. Si elle s'était doutée d'une telle chose! Toute étonnée, elle ouvrit de grands yeux amusés et porta sa main libre, l'autre tenant toujours un morceau de biscuit, à sa bouche. Elle la retira ensuite et sourit, après avoir avaler ce qu'elle grignotait.

-Je dois dire qu'aujourd'hui j'occupe le même poste que vous et ma défunte mère, paix à son âme, et il est vrai que les humeurs des reines ne sont guère les choses du monde les plus aisées à gérer...

Marie-Thérèse, nièce et belle-fille d'Anne d'Autriche, était d'un caractère si étrange... A la fois mélancolique, rêveuse, et soudain colérique, puis secrète... On ne savait jamais à quoi s'attendre surtout jamais comme lui faire plaisir. Le roy lui-même parfois en perdait son latin. Contrairement à sa feue belle-mère, la reine ne s'attachait pas à paraître française et gardait autant que faire se pouvait ses habitudes espagnoles, ce qui avait le don d'agacer tout son entourage... Sauf pour le chocolat chaud, dont elle faisait tant excès que cela commençait à se ressentir.

-Anne d'Autriche était si douce...

C'était du moins le souvenir qu'en gardait Athénaïs. Elle avait même dit à Diane que si elle avait pu avoir une fille, elle aurait souhaité qu'elle ressemble à la sienne. A la place, elle avait eu Monsieur, et s'en contentait très bien.

Mais soudain, Athénaïs réalisa qu'évoquer Madeleine Béjart était peut-être une seconde erreur. Marie de Hautefort avait passé la soirée du bal à défendre le théâtre du Marais qui était en péril à cause du succès du théâtre de Bourgogne, où la troupe de Molière "sévissait". La marquise se sentit à nouveau un peu gauche de déplaire peut-être à sa si gentille hôtesse.


-Si, c'est cela. Une troupe fort talentueuse que le roy apprécie, dit-elle avec un petit sourire timide.

En général, évoquer les goûts du roy était une manière de faire mieux passer les informations. Mais pour une "aventurière" comme Marie de Hautefort, donner un avis, même différent, n'était pas chose étrangère.


Dernière édition par Athénaïs de Montespan le Jeu 15 Mai - 9:42, édité 1 fois
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Ven 9 Mai - 16:10

Marie fut un peu surprise de recevoir des excuses de la jeune-femme. Avait-elle été trop sèche dans ses propos ? Il convenait de rassurer la belle enfant. Elle but une gorgée de chocolat et lui sourit.

- Pour excuser il faut qu'il y aie eu faute. A ma connaissance vous n'en avez pas commise.

On ne pouvait tout de même pas demander aux jeunes gens de se préoccuper de la manière dont leurs aînés passaient le temps. Il y avait des choses bien plus importante à penser ! Marie reposa sa tasse en porcelaine sur sa soucoupe, écoutant Athénaïs lui raconter à quel point les humeurs d'une reine pouvaient être difficiles à gérer. Bien que Anne d'Autriche et la nouvelle petite reine semblaient être deux personnalités totalement différentes, pour les dames d'atour, les inquiétudes restaient les mêmes. Et Marie retrouvait en Athénaïs ses questionnements d'autrefois.

- Je vous comprends mon enfant. Votre rôle demande beaucoup de patience et d'écoute.

La Maréchale posa ses petites mains blanches sur ses genoux lorsque la marquise évoqua la douceur de Anne d'Autriche. Il aurait été inconvenant de lui raconter que tout ceci n'était que façade et qu'en réalité la reine mère bouillonnait de mauvais caractère et s'emportait bien souvent, plaçant son entourage dans des situations peu envieuses entre elle, le Cardinal de Richelieu et le roi. Et lorsque Mazarin était arrivé, elle avait simplement oublié ses amies, celles qui lui avaient été dévouées. Voilà qui avait été la véritable Anne d'Autriche. Portée sur le pouvoir et oublieuse. Même le bon Laporte qui avait été exécuté pour son service avait été effacé.

- Toutefois, il convient de ne jamais oublier quel rang elle occupe. Vous comprenez...Elles ne peuvent pas être comme nous. Semblables peut être mais bien différentes...

Marie laissa sa phrase en suspens. Elle espérait qu'Athénaïs ne tomberait pas de haut comme cela lui était arrivé. L'amitié des souverains n'était pas une chose sur laquelle on pouvait vraiment compter. A propos d'amitié, le jeune roi semblait avoir pris la troupe de Molière sous sa protection.

- C'est une bonne chose de mettre à l'honneur les artistes de talent. Je n'ai pas encore vu une seule farce ou comédie de cette compagnie et j'espère pouvoir bientôt le faire.

Elle se pencha un peu plus vers son interlocutrice

- J'ajouterais même que le théâtre de Bourgogne et Monsieur Moliére devraient travailler en partenariat. Qui n'a envie de ne regarder que de la comédie ou que de la tragédie vraiment ? Il faut savoir varier les divertissements.

"divertissemeeeeeeeeeeents !!"Philibert venait de se réveiller de sa petite sieste et il piaffa "Philibert veut un gateaaaaaaaaau!!!". Marie ne put s'empêcher de rire.

- En voilà un dont les désirs sont tout ce qu'il y a de plus limpide !
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Dim 1 Juin - 13:06

La dame de Hautefort avait le son de rassurer la jeune marquise lorsque celle-ci pensait l'avoir offensée. Marie était pleine de sagesse, et avoir l'opportunité d'échanger avec elle permettait à Athénaïs d'en apprendre d'avantage. Elle aussi avait été au service d'une reine, elle pouvait donc comprendre mieux que personne combien la tâche était délicate, même si nulle comparaison était possible entre Anne d'Autriche et Marie-Thérèse. Et Marie avait bien raison, ces femmes étaient "semblables peut-être, mais bien différentes". Cela donnait à réfléchir et à relativiser. Pourtant, la reine Marie-Thérèse semblait être à mille lieux de ses fonctions de reine parfois. Athénaïs était en pleine réflexion sur comment aider la reine à s'améliorer en tant que souveraine. Son français était encore très approximatif, et les dames avaient beau essayer de lui faire la conversation, elle préférait toujours quelque chose qui lui rappelait son Espagne natale. Son accent à couper au couteau écorchait les oreilles parfois. Il était difficile de lui faire lire des oeuvres françaises. Même le divertissement théâtral l'ennuyait car, du coup, elle n'en saisissait pas toujours les nuances. En était, la tâche était ardue.

La jeune femme sortit de sa rêverie lorsque le beau Philibert s'exprima bruyamment. Il aimait les divertissements, et visiblement les gâteaux aussi. Athénaïs éclata de rire et attrapa délicatement un gâteau sur la petite assiette située devant elle. Elle regarda alors la maîtresse des lieux pour lui demander la permission d'en donner à son petit protégé.


-Puis-je?

En attendant sa réponse, la marquise hocha la tête quant à la réflexion de Marie sur les troupes de théâtre.

-Vous avez raison, que voilà une idée intéressante. Mais je ne sais si les deux troupes rivales accepteraient de travailler en partenariat, à moins que le roy en personne ne leur demande. Qu'en pensez-vous?

Dans les Arts comme ailleurs, la concurrence était rude et les artistes plus que quiconque avaient une fierté débordante.

-Varier les divertissements est une chose, mais si l'on excelle dans une chose, n'est-il pas risqué de la délaisser pour s'atteler à une chose tout autre? La renommée d'un artiste tient à si peu de chose...

Athénaïs pensait alors à son amie Madeleine Béjart. Que dirait-elle d'une telle idée? Cela lui plairait-il ou bien la rejetterait-elle totalement? Il y avait tellement de paramètres en jeu pour un partenariat de cet ordre qu'il semblait à la marquise qu'il serait impossible à réaliser sans froisser les égos.

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Ven 6 Juin - 15:35

Naturellement, Marie donna son assentiment pour que Philibert reçoive un gâteau de la part d'Athénaïs. Il était toujours fort amusant de voir le perroquet se dandiner de plaisir lorsqu'on lui offrait de telles douceur. Voleur et gourmand rien que cela ! Ce volatile avait de la personnalité c'était le moins que l'on puisse dire.

- Et qu'est ce que l'on dit Philibert ?

" Philibert dit merci, merciiiii, merciiiii"

L'Aurore n'avait pas d'enfant mais un perroquet. Cela ne manquait pas d'originalité. Elle se figurait être parfois un peu gâteuse avec lui mais bon...il fallait bien que vieillesse se passe non ? Lorsque la Dame de Montespan évoqua la susceptibilité des acteurs Marie ne put qu'approuver.

- Tout est une question de moment et d'occasion à saisir à vrai dire. Tant que nos deux théâtres n'auront pas conscience qu'ils peuvent avoir besoin l'un de l'autre alors toute tentative dans ce sens sera mal accueillie. D'avantage encore si le roi l'ordonne. Ils verront là-dessous quelques disgrâces...

Il fallait laisser faire la vie et le temps voilà tout. Et suggérer la solution quand l'instant viendrait. La Maréchale se leva de son fauteuil et ouvrit un tiroir dont elle sortit un livre à la couverture reliée de cuir. Elle avait craint ne pas pouvoir remettre la main dessus tout de suite. Une chance que Bertille soit méticuleuse.

- Mon enfant il y a un présent que je tiens à vous faire. D'ancienne dame d'atour à nouvelle dame d'atour.

Marie tendit à son interlocutrice l'ouvrage intitulé "Le Cid- El Cid". Si ce n'était pas la pièce fétiche de la belle marquise il semblait qu'au moins elle lui avait porté chance.

- Nous nous étions amusées à retranscrire "le Cid" en Espagnole. La reine avait beaucoup apprécié et nous nous sommes toutes distraites pendant longtemps à nous répondre tantôt en français tantôt en Espagnole grâce à elle et en citant les dialogues. Ce jeu divertissait beaucoup Sa Majesté.

Si Athénaïs faisait preuve de curiosité en ouvrant le livre elle se rendrait compte que sous chaque phrase en Français figurait la traduction en Espagnole. Il n'y avait là rien de nouveaux ou de particulièrement inventif si ce n'était le support en lui même qui était pratique et pouvait même être emmené en promenade. Un seul livre à transporter valait toujours mieux que deux
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Sam 7 Juin - 10:15

Ravie de l'approbation de son hôtesse, la jeune marquise donna donc un petit biscuit à Philibert qui, s'il l'avait pu, aurait sans doute sourit autant qu'elle. Et lorsqu'il s'exclama, sur ordre de sa maîtresse, pour remercier poliment, Athénaïs se remit à rire. Elle adorait les animaux, et il n'y avait pas à dire, lorsqu'on s'en occupait, ils rendaient toujours fidèlement l'attention qu'on pouvait leur donner, et nous amusaient par leurs attitudes.

Encore une fois, Marie prouva sa sagesse. Il n'avait sans doute traversé l'esprit d'aucun membre des deux troupes d'éventuellement s'allier. Mais probablement que l'exercice de leurs arts, malgré tout un peu différents, ne pouvait pas admettre encore un tel rapprochement. Cela en plus de la fierté des comédiens. Athénaïs hocha la tête pensivement. Soudain, l'ancienne dame d'atours d'Anne d'Autriche déclara avoir un présent à faire à la jeune femme. Surprise, Athénaïs écarquilla les yeux. En quel honneur? Méritait-elle un cadeau de la part de cette femme, certes fort agréable, mais qu'elle n'avait croisé que quelques fois dans sa vie? Mais lorsque Marie expliqua ce que c'était, la jeune femme sourit. Ce présent était plein de joyeuses coïncidentes. "Le Cid", cette oeuvre qu'elle avait tant aimé, avait déjà, du temps de la reine Anne, passionné les dames qui s'étaient prises au jeu de le traduire et d'en réciter les répliques. Sourire au lèvres, Athénaïs accepta le présent qu'elle prit dans ses mains.


-Je vous remercie, c'est vraiment un présent extraordinaire que vous me faites-là.

Ses yeux pétillaient désormais. Elle imaginait Marie, plus jeune, avec la reine et d'autres dames telles que sa mère, s'amusant à réciter des répliques, tantôt en français tantôt en espagnol, l'ouvrage passant de mains en mains. Et elle se dit qu'elle tenait peut-être là le moyen d'égayer la reine, de l'amuser et de lui faire partager des choses avec ses dames. Peut-être se rapprocherait-elle d'elles alors, comme Anne d'Autriche avait pu être proche de certaines.

-Vraiment, merci infiniment. Je suis certaine qu'à son tour, Sa Majesté sera enchantée de le voir.

Mais il se faisait tard, il était temps de prendre congés. Elle n'allait pas déranger plus longtemps cette belle dame qui avait, probablement elle aussi, des choses à faire. Elle se leva alors.

-Bien, à présent, je vais prendre congé, vous devez être fort occupée, et je dois rejoindre la reine.

Elle lança un dernier sourire à Philibert, et de sa main libre, lui gratta doucement le cou.

-Merci encore pour ce présent, et pour ma boucle d'oreille. J'espère vous revoir très bientôt.

La maréchale hocha la tête, et la marquise se dirigea vers la sortie. Cette rencontre lui avait fait chaud au coeur et, souriant, elle arpenta les couloirs en direction de la chambre de la reine, feuilletant le bel ouvrage relié de cuir et donc les répliques en français se voyaient sous-titrée au crayon en espagnol, avec diverses écriture, et la marquise se laissa prendre au jeu d'imaginer qui avait pu écrire quelle phrase.
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