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 De stercore Enii {Pv Pia}


Jeu 27 Mar - 12:55

Avachi sur sa chaise, les jambes étendues et le regard houleux Gabriel porta sa chope de bière à ses lèvres dans un mouvement lent. La réticence qu’il éprouvait à l’idée de boire encore un petit peu de cet alcool âcre et mousseux ne se voyait absolument dans son comportement alors qu’il entrouvait ses lèvres pour laisser le liquide jaune pisseux glisser du récipient d’étain sale à son palais. Les bulles pétillèrent sur sa langue. Que cette phrase ne fasse pas croire au lecteur inattentif ou naïf que la sensation est agréable comme celle de la caresse du vin de champagne dans la bouche. Au contraire ne pas recracher sur son interlocuteur la boisson désagréablement piquante, amère et sans subtilitée demanda au nouveau lieutenant criminel de lutter contre un instinct de préservation. Car cet instinct, dont l’être humain hérite malgré les siècles d’évolution et de polissage destinés à le transformer en sui juris, hurlait à l’homme que ce qu’il était en train d’ingurgiter se révélait si mauvais que ça ne pouvait être autre chose qu’un poison mortel. Plutôt que de prêter attention à la tension animal voulant qu’il ne boive plus pour ne pas mourir dans d’atroces souffrances (oui, l’instinct animal était mélodramatique), Gabriel se concentra sans en avoir l’air sur le bruissement des conversations que l’on entendait ci et là.
Cela aurait pût s’apparenter à de l’espionnage, mais ça n’en était pas vraiment. Pas si on considérait que la plupart des ivrognes consommant leurs mauvais alcools dans la taverne beuglait leurs discussions sans se soucier de connaitre les pauvres tympans qui recevaient ce flot de propos dénués de sens et d’intérêts.
Ecouter les imbécilités sans fin ne faisait pas parties des divertissements que Gabriel appréciait en temps normal. D’ailleurs la soirée qui s’écoulait avec une lenteur affolante pouvait assurément être mentionné comme l’une des nuits les plus ennuyeuse qu’il avait passé depuis longtemps. Mais il était bon de temps en temps d’écouter le peuple à son insu pour entendre la rumeur grondissante d’un mécontentement pouvant mener à un mouvement de foule ou à une révolte. Il ne s’agissait pas de pénétrer ainsi le coeur de la Cour des miracles, les gens suffisamment stupides pour beugler en bavassant dans une taverne minable ne menaient nulles parts ou à des précises médiocres et anecdotiques.
Pour l’instant on ne distinguait rien de tel.
Le Carême agaçait et fatiguait le peuple exacerbant les subtilités et les rancoeurs mais sans que cela ne devienne invivable. Cependant l’homme savait que d’ici à Pâques on verrait un grand nombre de crimes plus passionnelles que la moyenne éclater alors que les patiences s’amenuiseraient.
Les soldats et soudards demeuraient en ville depuis trop longtemps. Violents par natures et par professions, privés d’occupations et de disciplines ils présentaient de plus en plus une masse incontrôlable, avide de divertissement cruelles et plus dangereuse que les vrais brigands car mût non pas par l’ambition ou l’instinct de survie mais par une violence latente et un ennuie irrépréhensible.
A ces problèmes on pouvait ajouter les clochards, vagabonds et autres indigents qui fatigués de fouler le pavé parisiens sans but toute la journée venaient s’enivrer dans ce qui était assurément un des établissement les plus minables de la capitale française.
Quelques prostituées au rabais, ayant dépassées l’âge de la retraites offraient leurs services aux hommes les plus désespérés. Ainsi on pouvait aisément profiter de la vue, plus écoeurante qu’appréciable, d’un décolleté fripé, brunis par le sommeil et marqué par une vie de débauche forcée. Les corps amaigris ou au contraire flirtant avec l’obésité morbide réussissaient cependant à attiré les regards de certains consommateurs. La constatation de ce spectacle affligeant laissait Gabriel perplexe, vaguement nauséeux et avec un accroissement de son mépris envers ce qu’il considérait comme la lie de l’humanité.

Ce n’était pas un intérêt nouveau pour une étude sociologique et morbide qui avaient poussé Gabriel à mettre des guenille pour s’affliger sur l’espèce humaine dans la pire auberge qu’il lui ait jamais été donné de fréquenter. Pas plus que sa présence en ces lieux n’était dût à une fascination morbide pour une engeance qui ne méritait même plus l’adjectif de vulgaire et médiocre. En réalité, il s’était déplacé jusqu’ici pour rencontrer une mouche se devant de lui donner quelques renseignements appréciables sur une affaire en cours. Affaire marquée par le sceau du secret d’État et dont le lecteur, tout discret qu’il soit, n’apprendra rien ce soir. Il avait écouté avec intérêt, et même une pointe d’angoisse, le bourdonnement de son informateur qui pour une fois n’était pas nuisible. Enfin d’un geste de la main, il avait fait comprendre à son ancien interlocuteur qu’il pouvait retourner à ses occupations habituelles. L’homme, soucieux de ne passe faire remarquer, s’était exécuté avec le plus d’empressement possible. Même si sa célérité avait été mise à mal par un souci de normalité et de discrétion on ne peut plus légitime lorsqu’on savait les enjeux planant au dessus des deux collaborateurs. Finalement, laissé seul et désoeuvré, Gabriel avait entreprit de finir sa chope avec une lenteur qu’il jugeait lui-même exaspérante. Seulement filer le plus vite possible loin de cet établissement miteux aurait augmenter les soupçons pesant sur sa personne. Donc, il buvait avec une répugnance parfaitement dissimulée un alcool qui n’avait de boisson que le nom. Sa lenteur était également justifiée par la difficulté qu’il éprouvait dès lors qu’il se devait de déglutir avec naturel pour ingurgiter la boisson âcre. Donc rassembler son courage pour finir sa consommation lui demander plus de temps que prévu.
Par un de ces curieux effets de groupes, le silence se fit lentement alors que deux ivrognes entamaient ce qui dépassait les frontières de la simple dispute amicale et enivrée. Les yeux, embués par l’ivresse, se tournait vers les deux protagonistes. Malheureusement il ne s’agissait pas de clochards chétifs dont l’on pouvait se débarrasser d’une pichenette sur la tempe et d’un rappel des rapports de force. Non deux soldats, formant deux imposantes masses de muscles commençaient à s’invectiver et à s’insulter avec une hargne faisant honneur à leur réputation de brutes sans subtilités et sans manières. Les plus prudents des consommateurs déposaient des pièces sur leur table ou sur le comptoir et partaient en maugréant. D’autres plus curieux, plus fascinés observaient le début d’échauffourée avec intérêts et force de commentaire. On voyait aussi des partisans lancer des encouragements et des commentaires, versant ainsi de l’huile sur le feu. Gabriel aurait très volontiers profitait du mouvement de foule pour partir rejoindre sa demeure et retrouver un environnement propre, sain et civilisé. Malheureusement pour quitter l’établissement, il devait passer devant la querelle naissante. Et ce faisant il risquer de ce voir impliquer dans ce qui allait se transformer d’un instant à l’autre en une rixe qui à défaut d’être sanguinaire sera sans le moindre doute bruyante et brutale. Donc plutôt que de prendre ce risque, il gratta la tête de Sorbonne pour demander à son molosse de ne pas intervenir et reprit avec dégoût un peu de bière. Visiblement la controverse, aussi passionnante que celle de Valadolid, provenait d’un problème de chronologie. En effet les deux ivrognes jouaient jusqu’à il y a peu aux dés. Et désormais, il s’agissait de déterminer avec sérieux, rigueurs, forces de cris et d’insultes qui avait triché en premier. Passionné par le débat et tenu en haleine par une intrigue digne de l’Astrée, Gabriel attendait avec patience et exaspération la fin de la querelle.
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Ven 28 Mar - 23:51

On était ici loin de la cour. Pas de chandelier en or, de verre en cristal, de mouchoir parfumé ou de dentelle au blanc impeccable. Au champagne on préférait un mauvais vin –ou du moins on s’en contentait- ou une bière de basse qualité. Et à défaut de valet aux cheveux impeccables il fallait faire avec Pia et sa crinière rousse. Le tavernier ivre mort, allongé sur une table tel un vulgaire saoulard, elle était encore une fois aux commandes d’une joyeuse beuverie. Ou d’une beuverie tout court.
Le travail était physiquement épuisant, intellectuellement peu exigent et assurément  sous gratifiant, mais étonnamment la jeune femme l’appréciait tout particulièrement. Au milieu des interpellations pour plus de boissons, de bousculades avec ces prostituées dont elle avait fini par s’accommoder et de ces tâches de crasse qu’elle désespérait de faire un jour partir, Pia était aussi à l’aise qu’une duchesse au milieu des ragots. La compagnie était peut-être peu recommandable mais au moins les gens qu’on croisait avait le mérite de la sincérité. On ne se cachait pas derrière fards, éventails et flatteries, on disaient les choses comme on les pensait, on se laissait aller à la débauche sans jamais prétendre être un saint et on osait frapper du poing sur la table pour se faire entendre. Au diable cette cour pleine de faux semblant qu’elle exécrait mais qu’elle parvenait à côtoyer par pur intérêt, la vraie vie se trouvait dans les bas fonds de Paris ! Elle était nécessairement courte, cette vie de marginal, mais avait au moins le mérite d’être intense. Toujours difficile, souvent malheureuse, mais intense.

Car elle avait les mains encombrées d’un plateau remplis de cadavres de bouteilles et de chopes pleines, Pia avait pour sa part pris depuis longtemps le parti de grimper sur les tables lorsqu’il il s’agissait de se manifester. Dès lors qu’on voyait sa silhouette surplomber la salle le temps de s’assurer que personne n’avait besoin de rien, les habitués savaient qu’il était le moment opportun d’héler son nom, vite avant qu’elle ne redescende de son piédestal. Mais si on était chanceux, sa vigilance lorsqu’elle déambulait dans la salle exiguë était parfois suffisante et, sans avoir à se déplacer jusqu’à ce comptoir qui était son point d’attache, on pouvait éventuellement être servi. C’était par exemple ce qui était arrivé à ce client inconnu qui, au fond de la salle, buvait seul une bière qu’elle lui avait apporté en même temps que son éternel sourire. Mais car elle avait trop à faire pour perdre du temps à fixer cet inconnu dont la propreté –toute relative soit-elle- des vêtements déteignait quelque peu avec l’atmosphère du lieu, Pia l’avait vite oublié, lui tout autant que son énorme chien.  
D’autant que plutôt que de se préoccuper des clients de passages elle préférait se soucier de ses buveurs réguliers. S’approchant d’une table autour de laquelle étaient regroupés quatre joueurs de cartes qu’elle connaissait bien, elle en profita pour glisser un conseil à l’un d’eux.

- A ta place je ne parierais pas tant.
- Pia !


En guise de réponse à la protestation d’un des adversaires, elle haussa les épaules avec nonchalance et se glissa jusqu’à une autre table nécessitant d’être débarrassée, conseillant au passage à une catin de se rhabiller un peu si elle ne voulait pas faire fuir les clients potentiels. La chose faite, elle regagna son comptoir, et sans avoir eu le temps d’essuyer son front qui perlait de sueur, la jeune femme fut interpellée par des haussements de voix trop violents.
Elle aimait cet endroit miteux mais jamais celui-ci ne lui laisserait un instant de répit.

- Cosa sta succedendo, hurla-t-elle à l’intention de tout et n’importe qui.

Bien évidemment, personne ne daigna se tourner vers elle. Un soupire bruyant s’échappa de ses lèvres et d’un pas ferme Pia se dirigea vers ce qu’elle supposait à juste titre être une stupide altercation. Alors que les clients s’attroupaient ou partaient, le petit bout de femme joua des coudes pour se frayer un chemin entre les spectateurs et sans trop de mal arriva au premier rang. De nouveau elle soupira, plus bruyamment encore, toujours sans que personne ne la remarque.
Les noms d’oiseaux fusaient, les menaces partaient et il suffisait de ne pas être complètement sot pour deviner que jamais le mystère du « qui avait triché en premier » ne serait résolu. Alors avant que l’un finisse au milieu des débris d’une table qu’il faudrait par la suite remplacer : il fallait intervenir.

- Idioti, jura la serveuse tout en assénant un coup de chiffon à l’un des soldats en cause. Allez vous battre dehors.

Mais pas plus que sa voix n’avait atteint une oreille le torchon n’avait eut d’effet. Elle avait le statut de fantôme tant aux yeux des soldats qui faisaient deux têtes de plus qu’elle que des clients qui, une fois n’était pas coutumes, n’étaient d’aucune aide à meugler leurs encouragements. Stupides dés, sujets d’éternelles discordances quand le jeu était supposé rapprocher.

- J’ai dis dehors.

Deuxième avertissement et toujours les deux énergumènes s’entêtaient à prétendre qu’elle n’existait pas. Et voilà qu’à présent ils s’empoignaient pas le col. Nouveau de coup de torchon : toujours rien. Ah! Ils s’entêtaient, ces ivrognes. Et que surtout personne ne se préoccupe de venir l’aider… Maudite taverne. Comment faisait-elle pour ne pas avoir mille fois rendu son tablier ?
Puisqu’il fallait employer la manière forte pour se faire entendre et que la Gazza n’avait de toute évidence pas la force physique pour s’interposer, elle attrapa la bière à moitié vide laissée sur la table et lança le liquide jaunâtre à la figure de l’un des protagonistes. Voilà qu’elle avait réussi à capter l’attention. Mais la réponse fut aussi immédiate qu’inattendue. Alors que Pia n’espérait qu’un arrêt net de toute activité belliqueuse à la faveur d’une incrédulité, elle se retrouva, sans avoir eu le temps de comprendre ce qu’il lui arrivait, allongée sur le sol froid et boueux. La gifle était partie aussi vite qu’elle avait été violente et, malgré toute l’habilité dont elle avait par le passé su faire preuve lorsqu’il s’agissait d’éviter les bouteilles lancées et perdues dans les bagarres, elle avait été bien incapable d’esquiver. Une main contre la joue douloureuse, sonnée par ce qu’il venait de lui arriver, il lui fallut quelques secondes avant de songer à se relever afin d’éviter de se faire piétiner par un spectateur plus désireux de parier sur l’issue du combat qui s’annonçait imminent qu’inquiété par la serveuse étalée par terre. Vraisemblablement, il lui faudrait se résoudre à laisser couler ; attendre, une fois de plus, que les choses suivent leur court et que l’un ou l’autre des soldats soit suffisamment amoché pour déclarer forfait.

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Dim 1 Juin - 22:40

Gabriel inspira profondément pour garder son calme, contrairement aux deux abrutis qui vociféraient à qui mieux mieux face à lui. Les cris et les encouragement lui perçaient les tympans et il songea avec une pointe de nostalgie à son bureau si calme où à part les ronflements de Sorbonne et les pas des domestiques lui apportant à boire rien ne venait troubler sa quiétude. A propos de Sorbonne… Le lieutenant de police gratta distraitement le sommet du crâne de son chien. IL s’agissait de veiller à ce que le molosse ne saute pas à la gorge d’un des deux gêneurs. Gabriel l’aurait volontiers fait s’il avait été doté de crocs aussi impressionnant que son animal de compagnie mais ce n’était pas vraiment le moment.

En temps normal, il aurait siroter sa boisson. Autant pour patienter que parce que ça donnait une convenance. Sans compter que cela aurait caché son expression clairement ennuyée et réprobatrice. Mais le liquide qu’on lui avait servi était si mauvais qu’il était hors de question de le porter à ses lèvres plus que nécessaire.

Alors qu’il se demandait s’il pouvait rédiger un rapport sur la connerie humaine, rapport qui ferait rire Bontemps à n’en pas douter, la serveuse décida d’intervenir pour mettre fin à la controverse. Objectivement, la pauvre ne pouvait pas vraiment compter sur l’aide de son patron. La fine silhouette de la rousse se plaça entre lui et les protagoniste. Mais Gabriel n’eut qu’à se redresser pour pouvoir assister à toute la scène sans le moindre problème. La pauvre fille n’était pas vraiment de taille à affronter les ivrognes.

Gabriel avait des doutes très important sur l’efficacité du torchon comme argument pour mettre fin à la dispute. Pour lui ça s’apparenter plus à agiter un foulard sous les naseau d’un taureau pour une corrida qu’à un élément pacificateur. Mais l’effort était louable, inutile mais louable. Et puis au fond, il avait pitié de cette fille qui pour l’instant ne faisait qu’apporter un élément comique à la situation. IL avait pitié d’elle mais pas au point d’intervenir. La situation l’ennuyait, l’agaçait aussi car elle retardait son retour chez lui, mais au fond il ne se voyait pas risquer sa couverture pour si peu. Un des deux abrutis allait bien finir par vomir sur l’autre et on en parlerait plus. Mais comme le rejet d’alcool tardait à venir, la serveuse décida de prendre les choses en main un peu plus vigoureusement.

Au sens propre car elle s’empara de la chope de bière de Gabriel pour jeter son contenu sur les querelleur. Bon ce n’était pas comme si il allait pleurer sur la boisson perdu. Mais quand même, elle aurait put lui demander son avis. Il lui aurait donner sa bénédiction. L’attaque humide et alcoolisée eut au moins le mérite d’attirer l’attention des deux autres sur la rousse. Durant un très bref moment, très très bref. Juste le temps qu’un revers de la main l’expédie par terre. Puis la dispute reprit de plus belle chacun accusant en plus l’autre de leur rencontre avec la bière.

En la voyant atterrir sur le sol si près de lui Sorbonne poussa un grognement aussi sourd que menaçant. Il aurait volontiers planté ses crocs dans la nuque de la femelle qui envahissait ainsi son territoire. Les domestiques de son maitre eux-même avaient compris qu’on ne devait pas envahir son espace vital si on ne voulait pas perdre ses mollets ou pire. Même le chiot de son maitre faisait des détours prudent quand il le croisait dans un couloir. Mais avant que Sorbonne ne puisse rappeler qui était l’alpha ici, son maitre (le vrai alpha mais le chien aimé pas le reconnaitre) émit un petit sifflement inaudible et agita la main pour lui ordonner de ne pas bouger. Il grogna mais obtempéra.

Gabriel se releva en marmonnant. Il en avait marre et depuis quand on frappait une femme? Certes, il ne se gênait pas lui même pour exiger la question sur des femmes (lorsqu’il atteignait le quota de preuve). Mais quand même. Estimant qu’il ne risquait pas d’être reconnu même s’il se montrait assez peu discret, il se leva et avec un geste de la main il ordonna



- Sorbonne, attaque.



Le molosse, plus sanguin que son maitre, ne se le fit pas dire deux fois et bondit joyeusement sur l’un des deux combattant, le tricheur. Ce dernier confronté à l’attaque surprise de cette masse de muscle s’effondra sur le sol sale.



- Gare.



Aussitôt le chien cessa d’attaquer se contentant de retrousser ses babines pour montrer des crocs impressionnants à quelques centimètres du cou de sa victime. Le spectacle attira un silence atterré dans la salle. Le deuxième protagoniste se tourna vers celui qui avait le culot de les interrompre. Pour constater que Gabriel faisait sa taille, de toute évidence était sobre et avait un pistolet à la ceinture. Gabriel lui sourit, de ce sourire terrible et froids que l’on redoutait dans les parlements (et un peu dans la police aujourd’hui).

- J’ai perdu ma bière, sortez. Ou je perds mon calme.

Comme on ne discute pas avec un mec qui a une bête enragée pour compagnon l’homme acquiesça craintivement avant de partir en tentant de conserver un semblant de dignité. 



- Repos.



Sorbonne leva une tête dessus mais retourna en trottinant vers son maitre. Gabriel eut un mouvement de menton en direction de l’autre pour lui faire comprendre qu’il pouvait aller finir la dispute dehors. Puis il se rassit. En temps normal, il était un homme calme et discret. Mais finalement, cette intervention très théâtrale l’amusait énormément. Sans compter qu’elle flattait sa vanité et pas qu’un peu. Oui, il y avait quelque chose de profondément agréable dans le fait de se sentir craint par des idiots pareils. Même si au fond, il se reprochait son manque de discrétion et de s’être très clairement laissé influencer par le théâtre de rue et les interventions spectaculaire. Bah, sa soirée était foutu et personne ne le connaissait. Il pouvait se permettre un petit peu de narcissisme.

Alors que Sorbonne regagnait sa place sous la table il se tourna vers la serveuse…



- Vous devriez mettre de l’eau sur votre joue. Quel prix pour la bière?

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Dim 29 Juin - 10:24

Alcool de malheur et saleté de taverne. Les deux combinés et on se retrouvait à faire serpillère humaine sur un sol immonde. Et surtout, surtout, pas un pour intervenir. Comme si elle n’était qu’un simple objet de décoration qu’on pouvait balancer sans remord. Ou une figurante dont on ne remarquait pas la présence et encore moins l’absence. Mais alors qu’elle reprenait tout juste ses esprits, l’occasion de pester encore un peu ne lui fut pas donnée tant les choses filèrent.
Ses yeux se posèrent d’abord sur l’énorme molosse de l’inconnu, qui d’un grognement lui tira un léger cri à mi-chemin entre la peur et la surprise avant de la faire reculer et buter contre une table. Sans savoir pourquoi ni comment mais appréciant tout à fait de ne pas finir en pièce, le colosse de poils ne s’attarda pas à baver au-dessus d’elle et se jeta littéralement sur l’un des saoulards. On voyait comme sous le poids du chien l’homme perdait l’équilibre on s’accordait à dire que mieux valait lui que Pia.
Et un de moins.
Mais l’incident semblait ne pas faire rire l’autre. Bien au contraire. Ses joues étaient devenues aussi rouges sous le coup de la colère –on ne lui retirait pas son compagnon de bagarre sans conséquence!- que son nez à cause du vin. Parfait. Maintenant elle allait se retrouver avec un cadavre de chien sur les bras.
Quoique. Le Seigneur semblait avoir à cœur de remettre les points sur les i et de lui éviter d’avoir à passer une soirée à récurer les taches de sang. Il avait en effet exceptionnellement donné à cette taverne un client autre que végétatif. Une bonne âme qui en plus de posséder un monstre à quatre pattes et une arme était doté d’un certain sens moral. Chose ici assez rare pour être notée et appréciée.

Pia était impressionnée. Sincèrement admirative. Egalement reconnaissante. D’un regard qui avait dû être glacial –elle n’aurait pu le confirmer que s’il s’était trouvé face à elle, ce qui n’avait été pas le cas- il intima au fauteur de troubles de partir le champ. Ce dont ce dernier ne se fit pas prier. Plus convaincant que la demi-portion de serveuse et son torchon troué : c’était peu dire.
S’étant relevée rapidement pour sauver le peu de crédibilité qu’il lui restait, la rousse resta un instant immobile, semblant ne pas comprendre ce que le sauveur de sa journée lui disait à présent. Mettre de l’eau sur son front : voilà qui était le genre de conseil avisé et prévenant dont elle n’avait pas l’habitude. Une grimace d’incompréhension se dessina sur son visage et ne fut balayée que lorsqu’il lui demanda le prix de sa boisson. Cela sonnait tout de suite sonnait plus familièrement à ses oreilles.

- Elle est pour moi, déclara-t-elle en opinant fermement de la tête, c’est le moins que je puisse faire. Et au nom de votre bravoure vous en méritez même une autre.  

Sans lui laisser le temps de protester elle fila jusqu’à son comptoir, au passage jeta un regard noir au tavernier qui s’éveillait à peine et n’avait aujourd’hui encore pas pris la peine de la défendre, lança un peu d’eau sur son visage avant de revenir vers son nouveau client accompagnée de deux chopes sur un plateau. Une des deux fut poussée vers l’homme et l’autre réservée à l’Italienne qui en sirota une gorgée. Après quelques émotions qui, au nom de la bienséance, devraient être interdites aux jeunes femmes elle méritait en effet bien de se désaltérer. Avec un manque de délicatesse et de féminité évident Pia s’essuya la bouche du revers de la main avant de lancer un sourire franc à celui qui se trouvait face à elle.
Un grognement vindicatif qui émanait de quelques dizaines de centimètres plus bas la coupa cependant alors qu’elle n’avait pas même ouvert la bouche.

- J’ai failli oublier.

Ayant retrouvé son entrain habituel, elle courut cette fois jusqu’aux cuisines et revint avec une gamelle remplie de deux gros os qu’elle déposa devant le chien.

- Finalement il n’a pas l’air si méchant.

Il s’agissait cependant d’un jugement hâtif et simplement basé sur le fait qu’elle n’avait pas servi de dîner. Et quoiqu’elle était parvenue à se persuader qu’il s’agissait d’un chien bien éduqué elle ne serait pas allé risquer ses doigts en apposant une caresse sur sa tête.
Maintenant que le molosse était occupé par la récompense elle put relever les yeux le maître.

- Je suis Pia.

Il n'était pas trop tôt pour les présentations.
Sans se soucier d’être regardée du coin de l’œil par des habitués à présent méfiants vis-à-vis de l’inconnu qui venait faire sa loi dans un terrain qui ne lui appartenait pas, elle retrempa ses lèvres dans cette boisson dont elle ne sentait plus l’amertume.  

- Et je crois qu’il s’agit de la première fois que je vous ici. Êtes-vous seulement de passage ?

Ce qui alors serait tant regrétable, compte tenu du fait qu’il ne maintiendrait pas l’ordre plus longtemps qu’une soirée, que souhaitable, puisqu’il aurait alors fait fuir bon nombre de la clientèle. Ou peut-être finirait-il par se faire égorger par un groupe le prenant en traitre.  

Hj : C'est assez court, désolée =/

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Ven 11 Juil - 10:52

Bien qu’il soit théoriquement de retour à sa position initial, sous la table, Sorbonne observait ce qui se passait autour de lui avec intérêt et méfiance. Des fois qu’une partie de la lie de la meute décide de contester la position d’alpha. Pour l’instant ça ne semblait pas le cas et son maitre maitrisait parfaitement la situation, les abrutis étant trop ahuris pour contester la position supérieur, mais Sorbonne préférait demeurait prudent. Surtout vis à vis de la femelle au pelage roux qui avait tenté, misérablement, de s’imposer comme alpha avant eux.

La serveuse le regardait avec une expression assez vide qui embarrassait un peu Gabriel. Même si sa diction n’avait pas grand chose à voir avec celle des clients de la taverne, outre le fait que lui était sobre, il ne lui semblait pas avoir employé des mots incompréhensible pour la jeune femme qui malgré ses origines italiennes (il l’avait entendu jurer dans cette langue) aurait donc dût comprendre ce qu’il lui avait dit. Finalement un éclair d’intelligence passa dans ses prunelles et elle répondit à sa question avec un temps de retard.

Mais dès qu’elle commença à parler, avec une conviction et une énergie surprenant pour quelqu’un qui venait de voir trente-six chandelles, Gabriel regretta presque son état hébété. Surmontant son choc, il adressa un sourire crispé, crispissimé même, à la serveuse qui tourna les talons avec énergie. Dès qu’elle ne put plus le voir (heureusement elle n’était pas resté longtemps), il perdit le contrôle de son expression et laissa voir une expression qu’on ne lisait que très rarement sur le visage du si pondéré lieutenant criminel. Ses yeux devinrent un peu vitreux sous le choc tandis qu’on lisait la crainte à l’idée de devoir supporter une autre chope de cette immonde pisse de chat. La bouche légèrement entrouverte, il n’avait pas la mâchoire tombante mais quand même, il assimilait lentement les conséquences de son action précédente. Et se jura de ne plus jamais venir en aide à la moindre serveuse en détresse.

Voilà précisément pourquoi il n’aimait pas les actions irréfléchie et tendait à toujours peser soigneusement les conséquences de ses actes. Si on ne faisait pas ça, on fonçait tête baissée et paupières closes dans une nasse sans fin d’ennuis et de complication. Cette soirée pourrait même servir de cas d’école. On croit qu’on ne risque rien, on se sent pousser des ailes et au mépris de toute prudence on agit comme un chevalier ou un de ces abrutis sans grande réflexion. Donc on sauve une pauvre fille qui s’est prit la gifle de sa vie, et au lieu d’avoir une récompense adapté… On se retrouvait à devoir boire un élixir miteux à la couleur indéterminable, à l’odeur âcre, et au goût amer qui n’avait de bière que le nom et la mousse. Et encore à voir la couleur et la consistance de la mousse de cette maudite bière, on en venait à regretter qu’elle soit là. Gabriel n’avait pas l’impression d’être quelqu’un de compliqué ou d’exigeant. Un simple « merci » aurait suffit, lui offrir sa boisson précédente aurait été fort appréciable aussi (mais moins que de voir la moitié de cette saloperie filer droit sur un ivrogne), mais au lieu de ça on s’amusait à prolongeait cette séance de torture.
De plus tout cela était « au nom de sa bravoure », ce qui confortait sa conviction comme quoi le courage était le nom le plus gentil pour la stupidité. Si il avait fait preuve d’un peu plus de jugeote et d’un point moins de bravoure il n’en serait pas là. Le problème principal étant qu’au moment de l’action il n’avait pas précisément saisie en quoi braquer son arme, et le brave sorbonne, contre un alcoolique tenant à peine debout était particulièrement brave et méritait un traitement de faveur. Nouvelle preuve qu’il devait réfléchir avant d’agir. Parce que là, seule l’absence de la fille lui permettait de montrer à quel point il était atterré et coupable.
Et comme il était relativement bien élevé, il ne saisit pas cette opportunité pour s’enfuir comme un voleur et attendit patiemment que l’on revienne avec la cause de sa souffrance.


La fille fut de retour rapidement. un peu d’eau perlait sur son visage, preuve qu’elle avait tenu compte de son conseil. Elle posa sur la table deux bières. Et un instant Gabriel eut peur qu’elle estime que sa conduite ne lui vaille autant d’alcool. Est ce qu’il ressemblait à ce point à un poivrot? Elle ne lui en offrit qu’une seule et s’appropria la second, merci mon dieu. Il eut un sourire plus naturel que le précédent, mais toujours forcé.



- Merci

Puis il prit son courage à deux mains et approcha la chope de sa bouche. Pouah, rien que l’odeur aurait suffit à réduire en miette les lambeaux de sa prétendue bravoure. Il se força pourtant à ne rien laissé paraitre et tout en retenant son souffle avala un peu de bière. Une illumination lui permit de comprendre que les gens buvaient autant pour oublier qu’il ne buvaient que des boissons écoeurantes. Si on améliorait la qualité de l’alcool, on avait le vague espoir de diminuer l’alcoolisme parisien. Ou bien, ce truc toxique avait déjà commencé à attaquer son cerveau et à diminuer sa capacité à penser rationnellement. Ce qui supposait qu’il devait faire attention s’il ne voulait pas se retrouver à tricher aux cartes avant la fin de la soirée.

Sorbonne de son côté retint son grognement de mécontentement. Voilà que la femelle était de retour et qu’en plus elle apportait une de ces choses immondes à son maitre. A croire qu’elle tentait de s’approprier la place de bêta. La naïve. Quoi qu’il en soit, voir son territoire ainsi envahie n’était pas pour lui plaire et sans la présence sereine, quoique contrarié, et imposante (pas au sens physique) de son maitre, il lui aurait donné une leçon pour qu’elle comprenne enfin un peu l’ordre du monde. Mais visiblement, elle n’était pas aussi ignorante de la loi des plus forts qu’il l’avait cru. Même si sa tentative pour s’imposer plus tôt avait été stupide et ridicule. En tout cas, elle fila. Le molosse laissa échapper un bruit satisfait avant de la sentir et de l’entendre revenir; Mais c’est quel n’avait pas peur la petite. Trois fois sur son territoire c’était beaucoup. Mais comme par miracle deux os de très bonnes tailles et en bon état atterrirent sous son museau. Le chien approuva. Finalement, elle avait comprit qui dominait ici. Sans accorder plus d’importance à celle qui ici venait de gagner le titre de gamma (juste derrière lui et son maitre, comprenez l’honneur), il ouvrit sa mâchoire de taille impressionnante et entreprit de ronger le cartilage.

En voyant le contentement de son chien qui mordait allègrement dans les os Gabriel songea avec un peu de tristesse que dans ce monde il y avait deux poids, deux mesures. Le vrai héros de cette histoire, celui qui touchait la récompense, était son chien et pas lui qui devait s’enfiler des rasades d’une bière dégueulasse et dangereuse pour ses facultés intellectuels. Sans compter que Sorbonne pouvait se permettre d’ignorer la fille, elle ne lui en voudrait pas. Alors que lui, bah non. Le commentaire sur l’absence de méchanceté de Sorbonne lui tira un petit ricanement. Bien sur que son chien était méchant, impeccablement dressé mais il restait un tueur sans pitié, fourbe et colérique avec ça. Et la fille possédait l’intelligence suffisante pour ne pas s’en mêler.

Elle avait l’air gentille, et presque pas stupide, mais à la voir s’essuyer la bouche il avait plus l’impression d’être face à un soudard qu’autre chose. Enfin, il avait connu pire.

« Pia », un nom étrange qui confirmait les origines italiennes. Machinalement, il répondit.

- Nicolas.

Puis il avala encore un peu de bière en songeant que si avec ça, il ne gagnait pas de médaille il n’y avait pas de justice dans ce monde. Machinalement, il se mit à regarder autour de lui pour vérifier qu’il n’y avait pas d’espions à la solde de Bontemps ou d’Artagnan. Ces deux là risquaient de bien se foutre de sa gueule s’ils apprenaient sa situation actuelle. Et encore, ça pourrait être pire. Un noble pouvait apprendre sa présence ici.

La question lui attira un haussement d’épaule, pas dédaigneux juste montrant son peu d’intérêt pour la chose.




- Pas vraiment. Je vis à Paris, mais ce n’est pas un établissement que je fréquente normalement. Et je ne suis pas sur de recommencer, Sorbonne ne semble pas bien heureux ici.

Il surveilla du coin de l’oeil les autres clients.

Votre patron ne risque pas de vous en vouloir si vous ne les surveiller pas mieux.

Quoique, les ivrognes semblaient plus apathiques que méchants, pas le genre à commencer une révolte dans le bar. Il se força à avaler un peu de bière avant d’enchainer avec une ironie mordante.



- Quoi que, les querelles de son établissement semble le laisser de marbre.

Il devait faire un minimum de conversation, pour détourner l'attention de la fille, mais ne voyait pas trop quoi dire. Surtout qu'il ne devait pas risquer sa couverture. Puis il eut une idée.

- Avez vous entendu parlé du vol chez le frère du roi? J'ignore lequel des deux souverains de Paris est le plus furieux dans cette histoire...

Simple, sans risque, et qui en plus risquait de lui permettre d'apprendre des choses, ou au moins de prendre le pouls du peuple (enfin de la lie du peuple)

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Dim 13 Juil - 7:01

C’était étrange de venir là lorsqu’on connaissait Paris. A moins d’avoir vécu toute sa vie dans les bas quartiers et de considérer cette taverne comme un lieu de vie tout à fait ordinaire, on ne mettait pas spontanément les pieds ici. L’endroit puait à trois lieues à la ronde et n’avait assurément pas bonne réputation. De quoi dégoûter n’importe qui ayant les moyens d’aller boire ailleurs. Et à sa façon de parler et d’agir, Nicolas ne semblait assurément pas à sa place ici. Sans doute était-il simplement avide de sensations fortes. Et pourrait à présent annoncer en connaissance de cause qu’il valait mieux se tenir loin de cet établissement que la jeune femme se trouvait bien folle d’apprécier. La présence de l’homme était donc pour le moins étonnante, mais trop heureuse que Pia était de rencontrer une nouvelle tête, elle ne s’en formalisa longtemps. Quelqu’un qui semblait simplement bien passait par là, elle n’allait tout de même pas le mettre dehors sous prétexte qu'il détonnait avec l’ambiance générale du lieu.  
Lorsqu’il lui demanda si elle n’était pas censée jeter un œil plus assidu à ses clients au nom de la satisfaction de son patron, la serveuse lâcha un rire narquois.

- Il pourrait y avoir une descente de police qu’il se réveillerait pas.

Pour appuyer ses propos elle fit un nœud avec son chiffon –bout de tissu très multifonctionnel dont elle maniait à la perfection les différentes facettes- et le lança habilement à travers la salle de manière à ce qu’il atterrisse sur la tête d’un tavernier qui tout au plus émit un grognement sourd.

- Absolument, totalement de marbre. Vous voyez ? Je dirai même complètement mort. Mais je dois dire qu’aujourd’hui il fait fort. D’habitude il attend encore une ou deux heures avant de s’effondrer.  

Alors inutile de faire preuve d’exemplarité dans son travail. Et quand bien même elle s’accordait tout autant de liberté lorsqu’il était à peu près éveillé, au moins elle était là. Car une Pia en moins et il aurait bien du mal à retrouver quelqu’un à exploiter. Même les putes devaient être mieux payées.  

Légèrement penchée sur le côté, elle observait en souriant Sorbonne qui semblait apprécier sa récompense. Même si ce n’était qu’un chien, la sensation qu’un cadeau plaisait était toujours agréable.
Soudain l’homme la tira de ses contemplations béates de l’animal en évoquant un sujet qui dernièrement avait été sur toutes les lèvres.
Les sourcils se froncèrent et l’air se fut légèrement suspicieux.

- Pourquoi ça vous intéresse ? Vous êtes de la police ?

Quelques secondes de silence, une figure toujours marquée par le soupçon,  puis un rire franc s’échappa de la bouche de la serveuse. Quelle drôle de tête il avait tiré.
Car bien sûr elle n’était pas sérieuse. Comme si les hommes du roi pourraient un jour oser s’aventurer ici. Il aurait fallu être fou. Un mot de travers et c’était la gorge tranchée assurée. Personne ne pouvait être assez idiot pour prendre le risque, à moins d’avoir tout un régiment caché derrière le bar pour assurer ses arrières.

- C’est une drôle de question. Evidemment que j’en ai entendu parler. Tout le monde en a entendu parler.

Savait-il seulement où il se trouvait ? La plupart des fautifs étaient à chercher à moins de quelques centaines de mètres d’ici. Attendez un peu et vous pourriez même en voir franchir la porte de la taverne. par ailleurs, techniquement Nicolas se trouvait face à une graine de truand. Car si l’Italienne n’avait pas directement participé au vol, elle avait bien sûr était mise dans la confidence et avait participé à l’élaboration du plan. Un grand coup ne pouvait être réussi sans la participation de près ou de loin de la Gazza, c’était une douce certitude qui la berçait!  
Bien évidemment Pia se garda bien de préciser ce détail, jugeant qu’il était préférable pour tout le monde qu’un parfait inconnu ne sache pas qu’en plus d’un repère d’ivrognes les pires canailles de Paris prenaient rendez-vous ici une fois la nuit tombée, et qu’ils étaient accueillis à bras ouverts. Nicolas était d’ailleurs chanceux de s’être montré en après-midi et non pas en fin de soirée. La clientèle aurait en effet été sans doute moins amorphe.
Soucieuse de ne pas mettre l’un de ses collègues truand en danger par quelques phrases de trop, pour autant Pia ne pouvait décemment faire vœux de silence sur un tel sujet.

- Mais qu’est-ce que vous voulez que ça m’fasse ? On va quand même pas les plaindre. Ils ont perdu quelques bijoux, et alors quoi ? C’est pas comme si c’était ce qui leur manquait. Mais ici, avec juste la plus moche de leur bague, on pourrait se payer à manger pendant au moins un mois. Pas des festins comme eux, mais de quoi pas crever de faim. Et des gens qui crèvent de faim, c’est pas ce qui manque par ici.

Félicitations. Elle avait su rester très modérée et ne pas crier sa haine de la noblesse à la face d’un inconnu. Car savait-on jamais. Il y avait à Paris bon nombre d’imbéciles presque heureux qui donnaient à la cour un crédit non mérité, une aveugle obéissance voire une fascination aussi immonde qu’infondée. Les vrais voleurs c’était eux, tous ces aristo’ enrubannés qui prenaient au pauvre pour se faire plus riche.
Saletés.  

Alors qu’elle portait une nouvelle fois sa chope à ses lèvres sans quitter des yeux Nicolas, elle réalisa soudain qu’il semblait bien moins pressé qu’elle de descendre sa bière. Sans pour autant paraître dégoûté –il avait la politesse de le cacher-, plutôt que de boire c’était tout juste s’il ne faisait pas que tremper ses lèvres.

- Vous sentez pas obligé de la finir. J’la donnerai à quelqu’un d’autre si vous aimez pas.

C’était bien la première fois qu’on manquait tant d’enthousiasme devant une boisson gratuite. Quelque peu déçue de voir que son geste n’était au fond pas apprécié, elle baissa les yeux et laissa échapper un soupire. Tant pis. Elle se contenterait de la gratitude du chien.
Et de la concurrence des putains. Car l’une d’elles, à peine rhabillée et descendue de l’étage, venait en effet de s’asseoir sur la table, prenant une position volontairement provocante par sa nonchalance. Mais si Pia n’avait rien contre les catins, il ne fallait pas être d’une lucidité hors du commun pour voir que cella-là perdait son temps ici. Encore jeune mais déjà abimée par la vie, les vêtements sales et la peau rugueuse, la grande brune n’avait pas la moindre chance de plaire à un homme qui avait au moins le mérite d’être propre sur lui, voire presque séduisant. Ce que, peu subtilement, Pia fit comprendre à la fille de joie.

- Va faire traîner ton cul ailleurs, tu vois bien qu’il va pas payer pour ça.

Avec une pseudo langueur ridicule la fille s’éloigna pour aller s’échouer près de clients plus susceptibles d’apprécier ses… charmes, dirons-nous.

- Eh oui, ici on n’a ni les meilleures bières, ni les plus belles filles, lança-t-elle avec une certaine fatalité dans la voix. Par contre, je serai vous je vérifierai quand même mes poches. Celle-là arrondit souvent ses fins de semaine autrement qu’en passant par le plumard.

Pendant quelques secondes elle se tut de nouveau. Tritura une mèche de cheveux qui était tombé sur son front, parue songeuse et finalement ouvrit de nouveau la bouche. Incapable qu’elle était de rester silencieuse plus d’une minute.

- Mais pour en revenir au roi, avouez que la situation est quand même assez pitoyable. Sa police tient vaguement les rues par la peur des représailles mais ses gardes sont incapables de conserver les portes d’un palais correctement fermées…

Tous ses larbins manquaient cruellement de compétences. Pour jeter en prison de pauvres victimes d’une société abusive du pauvre, ça savait y aller, mais dès qu’il s’agissait de mettre la main sur quelques voleurs il n’y avait plus personne. Quelle bande d’incapables. Enfin… Au fond cela arrangeait bien la Gazza, qui se plaisait à rire avec l’estropié autant qu’elle se moquait du duc.  
Mais pour le moment, il était simplement question de profiter d’un auditoire qui enfin se préoccupait de ce qu’elle pouvait dire et penser. La chose était trop rare pour ne pas sauter sur l’occasion.


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Ven 25 Juil - 11:12

Cette fille amusait Gabriel. La voir lancer son torchon sur son patron ne compensait pas du tout la bière minable de cet établissement mais améliorait grandement son humeur et le lieutenant de police suivit avec intérêt la courbe du morceau de tissus avant qu’il n’aille s’écraser sur la tête de l’aubergiste. Ce dernier poussa un grognement. Un grognement particulièrement faible, ceux de Sorbonne était bien plus impressionnant. Mais son chien n’était peut être pas un excellent exemple à la matière. Cette bête ayant un don pour tout ce qui est sonore, impressionnant et un peu inquiétant.
Il eut un sourire en coin.



- Cette capacité à dormir doit être le fruit d’un entrainement intensif. Je suis impressionné. Mais moins que par votre usage pour le moins varié des torchons.

Sorbonne vit la nouvelle subordonnée se pencher pour le regarder s’il mangeait son os. Elle avait vite comprit la règle du jeu cette petite. Il eut un grognement approbateur, mais il fallait s’y connaitre pour ne pas le confondre avec le grognement ennuyé ou le grognement désapprobateur.  Puis il retourna à son rognage dans les règles de l’art. Jusqu’à ce quelque chose n’accroche son attention suffisamment pour lui faire lâcher son offrande. La femelle osait menacer l’alpha, ou en tout cas lui parler de façon agressive. Elle n’avait aucune considération pour son maitre et ça n’allait pas se passer comme ça. Il se redressa et poussa un grognement en se demandant si en lui grignotant les mollets ou la joue il allait lui rappeler qu’elle était en bas de l’échelle social, genre vraiment en bas et qu’on ne parlait pas comme ça à Gabriel de la Reynie. Ou on avait à faire à lui. 

La main de son maitre vint se poser sur sa nuque et il se calma aussitôt. Par contraste avec son chien, Gabriel était incroyablement calme. Il affrontait le regard de Pia un immense sourire sardonique aux lèvres.



- Et si oui? Je vais me prendre un coup de torchon moi aussi? C’est terrifiant.



Il sourit en l’entendant rire. Jamais il n’avouerait, même si son roi le lui demandait, mais un très court instant il avait plus ou moins eut peur. Pas beaucoup mais un peu. Mais habitué à ce genre de situation il ne l’avait pas montré enfin pas trop. Il haussa les épaules.



- Je vous conseilles d’éviter ce genre de plaisanterie, Sorbonne n’a pas un grand sens de l’humour.



D’une tape sur le sommet du crâne il renvoya le chien à ses os et écouta la réponse de Pia. Ouch. Il avait ben conscience que les gens de cet endroit ne le portait pas dans leur coeur. Et c’était l’euphémisme du siècle. Mais ce prendre autant de remarque désagréable dans un temps si court était vraiment rude. Surtout qu’il devait avoir l’air d’écouter poliment et pas de prendre personnellement. Soyons honnête les commentaires sur la noblesse n’ont absolument rien éveillé chez lui. IL était né dans la partie pauvre de la noblesse, celle qui tente plus ou moins d’empêcher le plafond de prendre la poudre d’escampette au moindre coup de vent. Et ce n’était pas comme si les amis de monsieur étaient ses amis. Bien au contraire, il avait eut du mal à ne pas répondre par l’indifférence la plus totale aux malheurs de chacun.

À la remarque sur la bière, il eut un sourire contrit. Il se sentait un peu mal. Cette fille avait juste voulu être gentille avec lui. Mais cette chose. Oh mon dieu!  Il avait clairement surestimé ses forces en pensant pouvoir en boire une seconde en gardant bonne figure, en plus. Le fait d’avoir déjà testé cette atrocité et d’avoir conscience de son goût absolument insupportable avant même de tremper ses lèvres dans le breuvage rendait la torture encore pire. Gabriel se demandait même si son sourire ne se figeait pas brutalement pour devenir un rictus inquiétant à chaque fois qu’il sirotait un peu de la boisson.

« J’ai un travail important qui m’attends derrière, désolé. »

Elle comprendrait ce qu’elle voudrait comprendre, le reste il s’en lavait les mains. Comme visiblement Dieu avait choisit de ne rien lui épargner ce soir il eut le droit à une de ces choses qui font le charmes de ces établissements bas de gamme. Une pute choisit donc de le prendre comme pigeon.  Formidable. Il ne manquait plus que ça à son excursion folklorique dans les bas fonds de la capitale. Après on allait sans doute le convier à un concours de crachat ou une saloperie du genre. Il regarda la fille d’un oeil critique. Et la critique était impitoyable. Il y avait les yeux vides des gens n’espérant plus rien de la vie et buvant un peu trop, tout le temps. La peau sale et rugueuse. Les manières sans classe. Le maquillage de mauvaise qualité trop et mal appliqué. Les vêtements qui avaient largement dépassé le stade de l’indécence et même celui de l’obscène pour devenir pathétique.
Gabriel élargit tellement son sourire que ses yeux ne devinrent que deux fentes méchantes dans son visage tandis que Sorbonne se redressait une fois de plus en grognant. Le chien était fabuleux, généralement il épargnait au lieutenant de police la peine de s’occuper des gêneurs. Ces derniers prenaient bien assez peur tout seul.
Mais pour une fois le chien n’eut pas besoin de faire plus que retrousser les babines et produire un long grognement sourd en voyant leur espace vital être envahie une fois de plus. La serveuse intervint et fit dégager la nuisance avec une célérité des plus appréciables.

Sorbonne eut un jappement approbateur. Il avait eut quelques frayeurs en voyant l’agressivité de la femelle mais elle avait assez bien comprit son rôle et son intervention, quoi que manquant de sang, de violence et de domination, avait été efficace. Brave petite. Il commençait presque à lui pardonner son manque de calme en dehors des situations de crises. On avait pas idée de parler et bouger autant.  Par contre il se demandait pourquoi son maitre avait eut l’idée étrange de venir dans un endroit où les gens envahissaient sans cesse leur espace personnel? Sans la moindre considération en plus. C’était ridicule. Ils auraient put être en train de tranquillement dormir sur un tapis persan. Enfin lui aurait dormi pendant que son maitre aurait lut des papiers qui semblaient mortellement ennuyeux. Mais ce programme aurait été plus intéressant.

Gabriel se tourna vers Pia et son sourire fut pour la première fois de la soirée absolument et totalement sincère.

«  Je crois que l’on est quitte pour les interventions salvatrices maintenant." 



Il tâta ses poches l’air de rien et comme il s’y attendait l’argent était encore là. Heureusement. Le chef de la police ne pouvait pas se faire détrousser comme un vulgaire paysans naïf venu de sa campagne. Toujours souriant il l’écouta reprendre sa diatribe et critiquer violemment la qualité de ses services. Enfin pas ses services au sens propre. Parce qu’au moment du vol il n’était pas encore lieutenant de police. Et en plus cet abruti de frère du roi avait refusé une intervention préventive de la police pour ne pas déranger ses invités. Parce que se faire voler ne déranger pas du tout les invités c’est connu. Et après lui devait réparer les boulette de ce ramassis d’imbécile au sang bleu. Mais quand même. Est ce que lui venait dans son établissement et lui expliquait que la bière était dégueu, les gens bruyant, les putes moches et tutti quanti. Non. Bon son langage corporel le montrait mais ce n’était pas tout à fait la même chose. Et puis merde. Il faisait ce qu’il pouvait en attendant de raser la cour des miracles et de mettre tout ce beau monde en prisons.  Bref. Ça c’était les négociations acharnés qu’il menait avec le roi pour son augmentation de budget.

Il eut un haussement d’épaule dédaigneux.



«  Je suis allée à Rome récemment, c’est nettement pire. On devrait s’estimer chanceux et puis je pense que je ne suis pas le seul à ne pas voir que le mal dans la passivité de la police. A propos vous êtes d'où en Italie?»

Il gratta machinalement la nuque de sorbonne qui soupira. Il voulait juste manger son os lui, ou égorger des poulets. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas égorger des poulets. Gabriel se permit encore un sourire.



«  En tout cas vous êtes la première personne que je rencontre qui parle aussi librement de ce sujet. Généralement les gens se contentent de plaisanterie ou de sourire en coin. Une raison personnelle à autant de passion ou bien est ce que peu importe le sujet que je choisis vous allez me décerner une tirade aussi passionnée?»


Il se laissa tomber en arrière sur son siège et forma un V inversé avec ses doigts.



«  Je ne m’en plains pas, notez bien. C’est plutôt agréable de connaitre les vrais opinions des gens. »
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Dim 17 Aoû - 4:52

Soit, un travail important qui l’attendait. Permettait tout de même à Pia le bénéfice du doute. Car on se demandait bien qui pouvait traîner ici et malgré tout avoir un boulot honnête, important par-dessus le marché.
Mais passons. Pia avait plus ou moins compris que Nicolas, en supposant seulement que ce soit véritable nom, n’avait pas sa place ici. Et sans doute était-il simplement venu chercher quelques sensations fortes. Voilà. Ce devait être ça. Il avait sans doute une vie trop bien rangée, minable au possible dans sa platitude et l’exotisme des bas fonds l’avait sans doute attiré, quoique cela lui allait plutôt mal. Sans doute ne saurait-elle jamais qui il était vraiment, mais au fond cela lui importait peu. Car il était le juste milieu. Cet homme d’apparence renfermé mais qui lui apparaissait comme rafraichissant, qui n’était ni un saoulard fini, ni un salaud de courtisan. Outre sa terreur de chien il était tout à fait banal, mais avait le mérite de s’intéresser à elle. En tout bien tout honneur, ce qui était louable.

- De Venise, répondit-elle du tac au tac lorsqu’il demanda le lieu duquel elle était originaire.

Face à lui, comme à quiconque ne se pavanait pas devant le roi, à rien ne servait de mentir. D’autant plus qu’ils ne se reverraient sans doute jamais, à moins que la bagarre de tout à l’heure l’ait plus enthousiasmé que les expressions de son visage aient laissé croire. Mais cela, Pia en doutait. Tout comme elle jurait être assez perspicace pour deviner que ce n’était définitivement pas la boisson qui lui donnerait envie de devenir un habitué. De toute façon, il y avait désormais peu de chance pour que la clientèle l’accepte comme tel. Si l’un des présents de ce soir le revoyait à l’avenir sans son colosse à poils, ou avec une arme à la main, il était fort à parier que Nicolas ne ferait pas long feu. Mais si la jeune femme en était pour ainsi dire persuadée, elle eut la décence de garder cette peu réjouissante perspective d’avenir pour elle.

- Et je ne connais pas Rome, sinon de rumeur, mais je puis vous assurer que ma cité est au moins son égale en matière de crime.
Sans doute son sang italien qui la poussait à toujours surenchérir.
- Si vous saviez le nombre de cadavres qu’on a repêchés dans le canal…
Alors que le sujet n’avait rien de ragoûtant ses yeux s’étaient illuminés, comme si elle évoquait, le plus naturellement du monde, une spécialité architecturale ou encore culinaire dont elle était très fière.
- Et le poison ! Il y avait beaucoup de poison. Il se disait même que l’épouse du doge en avait usé et abusé pour tuer des amants qui pourraient la compromettre.
Simples rumeurs sordides, ou histoires réelles, aujourd’hui encore elle n’en savait rien. Mais Venise faisait partie du passé et la vérité ne l’intéressait plus. La cité des doges, ses secrets et mystères, c’était cela qu’elle voulait garder en tête plutôt que la mort des proches. Alors elle se plaisait, dès que l’occasion lui était donnée, de diffuser les légendes urbaines, entretenant le mythe d’une ville qui au fond lui manquait.  
- Mais plus efficace encore : il y a les assassins.
Doucement elle s’était penchée vers Nicolas, avait baissé le ton, comme s’il s’agissait d’un bruit qui ne devait surtout pas être ébruité.
- Car nous avons surtout les meilleurs assassins de toute la botte. Et de toute l’Europe ! Vous n’en trouverez jamais de plus discrets et efficaces. Une fois qu’on leur a donné votre nom, vous êtes un homme mort.
A ces mots elle mima le couteau qu’on vous passait sous la gorge.
- Et je peux vous assurer que même à Paris les meilleurs sont vénitiens. Si vous avez un jour à vous débarrasser de quelqu’un, c’est assurément vers eux qu’il faudra vous tourner.

Son sourire, un instant devenu énigmatique à l’évocation de tant de crimes, redevint simplement franc lorsque l’homme recentra la discussion et loua, ou tout du moins nota, son avis bien tranché sur la question du vol. Remarque qui valut un haussement d’épaules.

- C’est surtout qu’on se moque souvent bien de connaître avis. Alors même si vous me le demandiez à propos de la meilleure façon de faire cuire un poulet, je vous le dirai. Mais ça, c’est tout même moins intéressant, je trouve.

Il lui sembla qu’au mot « poulet » le chien, auquel elle jeta un coup d’œil rapide, émit un grognement… Mais il ne devait être ni assez intelligent, ni assez avide de tuerie pour avoir réellement relevé le mot. Pia plaça donc le bruit sur un simple mirage de son imagination.
Son interlocuteur cependant n’en était pas un. Et, volontairement ou par hasard, là n’était pas la question, il avait déclenché un océan de paroles.

- Et vous êtes un des premiers qui semble vraiment s’intéresser à ce que je dis. Moi non plus je ne me plains pas, c’est simplement très inhabituel.
Un soupire en songeant à son lot quotidien. Cette triste incapacité à s’exprimer et à être entendue en dehors des longues mais au fond toujours semblables discussions avec Andrea.
- Je suis une femme et je travaille dans une taverne, alors forcément, j’ai l’habitude qu’on me prenne pour une idiote quand ce n’est pas pour une putain.  

Pauvre homme. A présent qu’il avait lancé Pia, il devrait en subir les conséquences et l’écouter jusqu’au bout, qu’il le veuille ou non. Il aurait mieux fait de finir sa bière : une gueule de bois ne pouvait pas faire plus mal à la tête qu’une Italienne sûre d’elle, et l’alcool avait pour effet immédiat d’anesthésier la raison et ainsi de faire passer plus facilement les grandes tirades.

- Je pense que vous n’arrivez pas à connaître la vraie opinion des gens, comme vous dites, car les gens n’ont simplement pas vraiment d’avis.
Le débit se faisait plus rapide, emporté, l’accent un peu plus prononcé. Les gestes étaient quant à eux plus en plus libres, si bien que le torchon n’apparaissait plus comme une arme mais telle la continuité d’un bras qui s’agitait naturellement.
- Ou du moins ils ne veulent pas avoir d’opinion puisqu’ils vivent très bien en se voilant la face. Ils aiment croire qu’on ne peut pas changer les choses et que quoi qu’ils pensent ça n’influera sur rien. Croire qu’avoir et donner une opinion ça ne sert à rien. Et c’est là qu’ils se trompent.

Ne croyez pas pouvoir en place une, cher/pauvre Nicolas, la serveuse était loin d’en avoir terminé. Alors si jusque-là il n’avait pas été asphyxié, il survivrait bien quelques instants encore.

- Je vous donne un exemple.
Sa voix s’était radoucie et ses mains posées sagement sur la table.  
- Vous me dites que vous n’aimez pas ma bière, mais je m’en moque, je vais continuer de la servir puisque tout le monde autour de vous continuera de la boire.
C’était une évidence. Si bien qu’elle ne poussa pas la démonstration jusqu’à offrir à l’un des clients une chope gratuite. Cela aurait été la meilleure des façons de faire des jaloux et donc de déclencher une nouvelle bagarre.
- Mais si aujourd’hui tous mes clients refusaient de me l’acheter, je serais bien obligée d’en changer pour ne pas qu’ils aillent tous boire chez le voisin.

La démonstration lui paraissait infaillible. Et malléable à souhait. On aurait par exemple pu prendre l’exemple du chien, qui, en supposant qu’il n’était pas seul gardien de la maison de son maître, ne pouvait pas exiger de meilleur traitement en arrêtant à lui seul de mordre les intrus. Cependant si toute sa meute cessait de faire ce pour quoi elle était élevée, au nom de repas pas assez copieux, alors Nicolas, à moins qu’il ne se sente de taille à faire face à une révolte de molosses, se devrait bien d’accéder à leurs demandes.
Élémentaire. La force du groupe face à l’oppresseur.  

- Mais un jour je crois que les gens se rendront compte qu’ils ont le droit de penser. Et à ce moment la police aura des problèmes plus graves que chercher quelques bijoux ou arrêter çà et là des pseudos criminels.

Une pause ? Si courte. Mais enfin on tendait vers une conclusion.

- D’ailleurs, je peux aussi vous dire que les criminels qu’ils arrêtent, ce n’est pas ceux qu’ils voudraient. Les voleurs de pain c’est une chose, les vrais truands c’en est une autre.

Et elle se tut. Enfin. Satisfaite de son argumentation, heureuse et presque soulagée d’avoir pu exprimer à voix haute un avis dont au quotidien tout le monde se moquait absolument royalement. Grâce à lui Pia contournait la frustration quotidienne.


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Jeu 18 Sep - 22:59

Sorbonne n’avait absolument aucune patience, c’était un de ses défauts. Le cabot prétendait même que c’était son seul défauts, oubliant au passage qu’il était également orgueilleux, belliqueux, égocentrique et territorial. Mais son manque de patience était le seul défaut posant des problèmes au chien dans sa vie quotidienne. Parce que contrairement à lui son maitre possédait une patience qui semblait n’avoir aucune limite. Donc alors que Gabriel s’accommodait plus ou moins bien des discours de Pia, Sorbonne, lassé par son os, poussa un grognement sourd signifiant son impatience. On allait pas non plus passer la soirée à écouter la serveuse, merde. Il avait mieux à faire que se soucier de ceux se trouvant en bas de l’échelle de la vie. Le seul intérêt de cette fille étant sa fourrure d’une couleur peu commune et sa capacité à suffisamment comprendre la hiérarchie pour lui offrir un os. Mais à part ça. Et que ça s’agitait et que ça s’exprimait et que ça voyait son français se détériorer. Comme si quelqu’un en avait quelque chose à foutre de son opinion. Sérieusement, elle roulait bizarrement les r en plus, sans parler de tout ces grands mouvements de bras avec le bout de tissus qui s’agitaient dans tout les sens. 
Le chien aurait volontiers manifesté son mécontentement plus avant, mais une main ferme vint se poser sur son crâne. Un rappel impérieux qui le calma aussitôt. Son maitre aimait écouter les gens, il passait sa journée à les écouter avant de lâcher quelques ordres laconique. Et le fait que cette gamine soit impertinente, ait une maitrise approximative de l’accent français ne comptait pas. Pas plus que l’approbation, ou dans le cas présent l’absence d’approbation, de son maitre. Il allait l’écouter et mémoriser chaque mots pour éventuellement les utiliser plus tard. Comment ? Sorbonne s’en moquait. Il guettait juste la fin de la conversation.

Gabriel eut un sourire amusé. Il n’approuvait absolument pas ce que Pia venait de dire. Outre le fait que tout le monde savait que les meilleurs assassins venaient de Florence et pas de Venise (sa fierté perdrait un jour l’italienne), faire ainsi l’apologie du crime et des meurtres n’étaient pas dans la nature de Gabriel. Un homme n’ayant jamais triché, même pour une version grecque, n’allait certainement pas approuvé des histoires d’empoisonnements. Même lorsqu’il savait, de source sur, que celles sur l’empoisonnement des amants de la femme du doge étaient vrais. Mais ce soir au lieu de monter sur ses grands cheveux, et de faire comprendre à cette jeune femme qu’elle ferait beaucoup mieux de changer de mode de vie, il l’écouta poliment. Finalement cette franchise criminelle avait quelque chose de rafraichissant et lui faisait moins grincer les dents que les piaillements des mignons, les ânonnements des dévots et les gloussement des précieuses. Loin de la basse-cour que formait la cour, il se permettait un court moment de relâchement dans un des lieux les plus inattendus qu’il puisse imaginer. Un relâchement partiel, parce que la main qui ne maintenant pas un certain calme dans la tête de son chien ne s’aventurait jamais très loin de son arme. Relâchement partiel parce que ses yeux sombres continuaient à suivre l’air de rien les mouvements de l’auberge et relâchement partiel parce que sous le consommateur malheureux de pisse-de-rat veillait le lieutenant criminel. Et il savait que malgré toute la sympathie qu’il avait pour la jeune femme, sympathie assez importante et totalement surprenante, il n’hésiterait pas. Si le besoin s’en faisait sentir, alors il sortirait son arme, l’emmènerait au Châtelet accomplirait son devoir sans sourciller et sans que cela ne l’empêche pas de dormir la nuit. Mais pour l’instant, Pia n’était pas la problème. Elle était la conséquence d’un problème d’une société nécrosée par le crime. Et lui se devait de découper la source de la nécroses, le reste il le laissait à ses hommes.

Sa remarque sur sa position en tant que femme et serveuse n’attira qu’un haussement de sourcil à Gabriel. Bien entendu, les gens la prenait pour une pute. Mais ce n’était pas pour cela que les gens ne s’intéressaient pas à son avis. Dans ce genre de lieu, on ne prenait l’avis des autres qu’en cas d’extrême nécessité, pour identifier un tricheur ou un mauvais payeurs. De ce fait, l’absence d’intérêt pour les opinions controversée de Pia se trouvait renforcé par l’atavisme navrant des clients. Cependant il n’en fit pas la remarque, autant par manque de temps que par conviction que les paroles de Pia n’attendaient pas la moindre réponse.

Le débat avait quelque chose de revigorant. Enfin il aurait eut quelque chose de revigorant si ça avait mérité le titre de débat. Mais elle discourait comme un professeur de théologie et n’attendait que les applaudissement et les approbations finales. Ce qu’il était disposé à donner parce qu’elle méritait au moins une mention pour l’enthousiasme. Bien que ça thèse soit totalement irréaliste et utopique.

Le marché des mauvaises bières et la politique ce n’est pas la même chose. Les gens ne protestent pas parce qu’ils savent que le changement n’apportera que le chaos, objecta-t-il tranquillement alors qu’elle s’arrêtait pour reprendre son souffle. Dans ce genre de situation, il vaut mieux tirer son partie de ce qu’on connait.

La remarque sur les policiers manqua de le faire tressaillir mais il ne montra rien et d’une tape sur le museau calma Sorbonne. Le chien, loin d’être stupide avait sentit la tension de son maitre et s’apprêtait déjà à réagir. Mais le rappel à l’ordre se contenta de la faire grogner et il donna un coup de tête mécontent dans le genoux de Gabriel avant de retourner bouder sous sa table, cette soirée était décidément désastreuse. Il aurait mieux fait de voler des poulets à la cuisine. Pendant que Sorbonne se montrait dépité, Gabriel eut un sourire nonchalant. Au fond l’agitation de Sorbonne permettait de détourner un peu l’attention de la serveuse et donnait une excuse parfaite à son comportement.

Tout le monde le sait. Plus facile de courir après les voleurs de pains que les voleurs de bijoux. Ce qui est assez surprenant parce que l’or et les diamants pèsent plus lourds. Et gênent plus la course pendant que j’y pense.

Il eut une moue

Mais les vrais truands se contentent rarement de bijoux qu’ils viennent de la sérénissime ou d’ailleurs.

Il allait ajouter quelque chose quand tu coin de l’oeil il vit quelque chose foncer sur la table. Il se pencha juste à temps pour éviter le projectile et dans un mouvement protecteur appuya sa main droite sur la nuque de Pia pour la forcer à faire de même. Ils restèrent un moment la tête plaquée contre le bois de la table avant qu’il ne se relève. Légèrement. Visiblement ils n’étaient absolument pas la cible du projectile. La pute de tout à l’heure voulait qu’un client la paye. Il refusait, elle lui balançait sa bière à la gueule, gobelet inclus. Ce qui permettait de constater que d’une part la pute ne savait absolument pas viser, et ensuite qu’elle faisait preuve d’une logique assez troublante. Perdre de l’argent pour en gagner en obtenant le remboursement de dettes étant particulièrement contreproductif. Enfin, Gabriel avait de la bière partout sur ses vêtements, ils ne les aimaient pas mais quand même. Et surtout ses cheveux étaient imprégnés du liquide poisseux. Alors que son chien, tranquillement planqué sous la table ne subissait aucun dommage. Ce qui n’empêchait pas Sorbonne de grogner si fort que les piliers en tremblaient.


- Gare, ordonna sans y penser Gabriel, puis se tournant vers Pia, vous allez encore devoir faire usage de ce fabuleux torchons. Un spectacle dont on ne se lasse pas.






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Dim 2 Nov - 7:34

Trop occupée à dévisager le chien qui de nouveau exprimait son mécontentement –sans doute la faute à l’os qui venait à sa fin, songea Pia- elle ne remarqua pas la légère crispation de Gabriel. Et quand bien même elle y aurait prêté attention, le sujet légèrement sanglant couplé à une remontée de bière aurait été déclaré coupable. Bien loin qu’elle était de se douter de son implication pour le moins intime avec la police.
Une fois que l’homme eut regagné l’attention de la serveuse, cette dernière aurait bien volontiers ajouté quelque chose, se sentant une fois de plus concernée par le sujet. Les truands, elle les connaissait ! Et si bien sûr elle ne se serait pas étendue sur son propre compte, un avis général, qui au demeurant allait dans la direction de celui évoqué, aurait volontiers été formulé. Pour le simple plaisir de donner son avis et de se sentir écoutée. Seulement, les circonstances semblaient aller contre son envie. Maudit endroit. Car voilà que sans s’y attendre elle se retrouvait le visage contre la table collante d’alcool, à éviter une chope qui arrivait droit sur eux. Mais grâce à Gabriel tout dégât fut évité. Du moins pour elle. Son interlocuteur, moins chanceux, se trouvait en effet immergé sous le malodorant liquide jaunâtre. La chose lui tira une mine légèrement embêtée, alors qu’elle se redressait, mais l’air s’estompa rapidement. Car de toute évidence il s’en remettrait –son vêtement peut-être pas, mais c’était une affaire qui ne la préoccupait pas le moins du monde-, alors que dans son dos des hostilités reprenaient vraisemblablement. Excellent. Comme cela lui déjà avait manqué. Une nouvelle situation envenimée par la malhonnête du client et la stupidité de la pute. Faire payer le bonhomme avant de s’allonger : il ne fallait pas être bien maligne pour deviner que ce devait être une règle primordiale.
Pia soupira, maudissant de nouveau la Providence qui semblait bien décidée à ne pas lui accorder plus d’une dizaine de minutes de quiétude. Puis la remarque de Gabriel lui tira un court rire. Un rire léger et sans vulgarité, simplement naturel, comme il en sortait rarement de ses lèvres.

- Ne vous moquez pas, il est un allié de taille dans bon nombre de situations.
Même ici, puisque d’un coup devant le nez de Gabriel elle fit mine de chasser la bêtise.
- On n’a pas tous la chance d’avoir un vrai compagnon pour veiller sur nous.

Sans doute un peu inconsciente et convaincue que l’animal ne pouvait refuser un peu d’amour, sa main vint tapoter affectivement la tête de Sorbonne et fut retirée avant qu’il n’ait le temps de venir y planter ses crocs. Un chien, cela devait être tout de même drôlement mieux que l’espèce de lézard de compagnie duquel elle avait hérité. Puisque l’originalité s’arrêtait là où la parfaite inutilité commençait.  
Une rapide dernière gorgée et Pia releva les yeux vers l’étrange personnage.  

- J’ai le pressentiment que je ne vous reverrai pas régulièrement ici. Mais cela a été un plaisir de vous rencontrer, Nicolas.

L’accent fut volontairement mis sur le prénom, lui faisant ainsi comprendre qu’elle avait bien compris qu’il ne s’agissait que d’un faux. Mais bien mal placée pour juger sévèrement le mensonge, elle se contenta d’afficher un large sourire, témoignant ainsi de sa sincérité quant à la petite joie qu’avaient provoqué les quelques minutes partagées. Un instant à discuter avait en effet agi comme un bol d’air frais, une parenthèse dans l’ordinaire soirée. Un peu de normalité dans ce monde de truanderie et de vulgarité : cela avait été extraordinairement agréable. Mais trop bien pour cet endroit, il n’aurait sans doute rien à y refaire. Et si la saugrenue idée de repasser lui venait, il finirait potentiellement vidé de son sang ou battu à mort, ainsi que Sorbonne s’il tentait de nouveau de s’interposer. Ainsi le monde allait, tout aussi injuste qu’impitoyable. La perspective était bien dommage, mais n’empêcherait pas le bon souvenir de rester. Dans la mémoire de la Vénitienne se baladerait sans doute longtemps encore l’image d’un étrange inconnu et de son doublement intrigant molosse, couple bien assorti, autant qu’il attirait respect et sympathie.
Un dernier « ciao » enthousiaste et elle l’abandonna définitivement, retournant à sa pragmatique réalité.

Parce que le devoir n’attendait pas, elle se remit sans plus attendre sur ses pieds afin d’aller faire comprendre à l’un que quand on couchait on payait, à l’autre qu’agresser les clients méritait bien qu’elle se fasse mettre dehors. Et de nouveau ses discours reprenaient leur place quotidienne : de la pure figuration. Heureusement, le fameux torchon était là pour tenter d’attirer au moins un peu l’attention.

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