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 L'or safrané des puissants [Erwan mi-bottes & Rosa Maria Gomez]


Mar 1 Avr - 0:58


L'épicerie de la rue du Roy de Sicile ouvrit tard ce matin là, Rosa Maria avait mal dormi, une angoisse la hantait qui ne voulait pas encore montrer son visage. Elle avait l'habitude d'arranger systématiquement sa boutique la veille afin qu'au matin elle soit prête pour l'ouverture. Elle passa simplement un tablier bruni par les poudres en suspension dans l'air et sorti ses instrument de pesée ainsi que sa large caisse de bois et d'acier qui renfermait la recette du jour. Elle déverrouilla ensuite la porte d'entrée. Au moment de sauter le pas pour rejoindre la rue son regard se posa sur une tignasse blonde qui dissimulait à moitié la paire d'yeux bleus qui lorgnaient par dessus les plis de sa robe. Elle esquissa une moue amusée et descendit les marches du perron, elle épousseta ses jupons et son tablier avant de tourner son regard vers le nain.

Tu viens acheter le salut de ta langue Mi-bottes? Serais-tu lassé du mauvais vin ?

Elle rit entre ses dents, attentive aux réactions de ce petit bout d'escroc. L'avait-on déjà pris au sérieux? Il ne payait pas de mine du haut de ses trois pommes bien tassées, cependant Rosa Maria sentait bouillonner en lui un océan de vice dont elle ignorait encore l'étendu, et cela l'intriguait.

Elle se souvenait leur première rencontre, il était venu visiter le chat d'or à l'époque où celui-ci n'était qu'un taudis délabré aux draperies tachées, emplis de l'odeur des rances semences de ces messieurs. Le petit homme était rougi par le vin et bafouillait un verbiage graveleux. La détresse éthylique l'avait jeté dans les bras d'Agnès, une jeune fille rondelette qu'elle avait dénichée à moitié nue sur les quais de Seine et couverte de bleus avant d'en faire une de ses filles. Il fit son affaire et paya généreusement pour ce peu de chaleur. Il semblait pitoyable alors, un vrai déchet, il avait quitté les lieux en trébuchant sous les yeux de la maquerelle. Elle l'imaginait mort avant l'aube, on retrouverait des morceaux de ses tripes traîner le long du fleuve comme il s'était traîner jusqu'à la couche d'Agnès. A sa grande surprise, il revint le lendemain, aussi vicié que la veille, et ainsi de suite jusqu'à boucler son tour du propriétaire. Quand il ne revint plus, Rosa Maria comprit alors, elle devina derrière l'habit puant de l'ivrogne sourdre la force de caractère, elle vit dans l'absence du nain le reflet de sa propre énergie. Depuis elle guettait son arrivée, persuadée que le petit bonhomme n'était pas l'entrepreneur de ces seules demoiselles et qu'il reviendrait un jour dégrisé et vif, avec ses sombres desseins sous le bras et de l'or à la clé.

Erwan pour elle n'était pas un être fixe, ses jugements à son égard devaient sans cesse être ajustés. Le petit homme vous filait entre les doigts telle une anguille, sa personnalité échappait aux lois de la gravité, son esprit ne touchait pas le sol. Il ne manquait jamais de la railler, et elle de répliquer, leur complicité toutefois restait mondaine, masquant le climat de méfiance qui régnait entre eux. Elle l'avait observé, il était son semblable et son contraire, elle sentait la chaleur du feu consumant son âme mais n'en voyait que la fumée virevoltante, le nain grimaçait et jonglait avec les apparences. Rosa Maria, elle, étouffait la fumée, restait impassible, elle était le pendant stoïque des singeries sociale du semi-homme. C'est pourquoi elle l'estimait et craignait ses fourberies, mais aussi qu'elle lui accordât sa confiance et ses services dans son projet de cambriolage au bal masqué. La grandiloquence idiote de l'idée l'avais convaincue, c'était à la fois si brillant et stupide que personne n'oserait, que personne ne se méfierait. La reine mère une fois sous terre avait laissé Paris s'enfoncer dans la froide moiteur de l'hiver, la rigueur du deuil avait épuisé les nerfs de la cour qui remplissait chaque soir les bordels pour noyer son ennui. La fièvre du renouveau les perdrait tous et elle et les autres rampants du monde seraient là pour collecter le tribut de leur insouciance retrouvée. La noble paierait son imprudence nocturne de ses parures. Elle avait tendu l'oreille cette nuit là et n'avait pas fermé l'oeil, elle avait compté et recompté les lits vides au fond des alcôves; le grand monde avait délaissé pour une nuit le chat d'or et ce vide la remplissait d'allégresse.
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Ven 11 Avr - 18:33

    Comme convenu il avait laissé couler le temps. Comme convenu il s'était tu et n'avait rien dit, avait surveillé le monde autour de lui sans trop montrer qu'il était soupçonneux, alerte.
    Miraculeusement il n'y avait eu aucune fuite, Grégoire ignorait toujours qui était derrière tout ça, ignorait que Mi-Botte avait tout orchestré. Et il ferait en sorte que cela le reste le plus longtemps possible, pour l'éternité en somme, ou au moins jusqu'à ce que Grégoire ne soit plus Roi Thunes... Ce qui pouvait arriver à tout moment.
    L'inconvénient c'est que cela pouvait lui arriver à lui aussi. Il suffisant que l'un de ses associés se dégonfle et c'en était fini. La police et les gardes du Roi franchement il n'y avait rien de plus facile à éviter. Les gars étaient tellement peu discrets que pour la plupart dès qu'ils entraient dans une pièce ils puaient la Cour. Il y avait quelques exception, mais Erwan avait appris à s'en méfier. Les gars de Grégoire par contre, ça c'était une autre paire de manche, parce que même si Erwan les connaissait il ne pouvait pas savoir à l'avance s'ils venaient juste comme ça ou pour lui.
    Bref bref pour en revenir au commencement du début, Erwan avait été sage et avait sagement gardé son argent ainsi que les bijoux qu'on lui avait confié. Il les avait réparti entre deux types.
    Le Premier était un de ces hommes qui connaissait les mauvais quartiers, leur mauvaise fréquentation et les profits qu'ils pouvait apporter. Niccolo Alghieri savait ce qu'il faisait et Erwan lui faisait confiance pour le débarrasser de tout bijoux trop reconnaissable et en tirer profit. D'autant plus qu'ils avaient perdu un homme dans la fuite ce qui libérait une part. Tant mieux il n'y avait pas de place pour les faibles.
    Le deuxième quant à lui était un pari risqué mais le Nain n'était plus à ça près. François Vihna était un novice dans tout ce qui était des histoires louche, un innocent en fait. Le joaillier n'avait jamais eu aucune histoire, n'avais jamais eu aucun problème avec la justice et n'en voulait pas. Mais voilà Erwan savait que Grégoire comptait faire payer une "protection" à François comme il le faisait de tous les commerçants proches de son quartier... En somme de tous les commerçants de Paris. Mi-Botte avait décidé de passer à l'action avant que l'Araignée ne le fasse. Il lui avait promis de l'aider, en échange il lui demandait de disloquer des bijoux en sa possession. Il ne saurait pas d'où il venaient et il les lui ferait amener par la petite Melechia qui elle-même ne saurait rien de leur provenance. Et ça valait mieux.
    Maintenant il avait ses ultimes comptes à régler.

    Son sourire fut torve et goguenard en regardant la maquerelle ou boutiquière comme elle se plaisait à le montrer. Il avait fait l'effort de s'habiller pas trop mal pour que sa présence dans la boutique d'épice ne soit pas trop démarquée des clients habituels.
    C'est qu'il faisait un effort pour la Rosa Maria, ou Rose Marie Gaumont comme elle aimait se faire appeler. Il trouvait cela amusant, personne n'ignorait d'où elle venait ou le devinait. En revanche ses yeux dissimulaient parfaitement ce qu'ils ne voulaient pas dévoiler.

    - A défaut de sauver mon âme il faut bien sauver quelque chose mais je pensais pas me sauver ici pour dire vrai.


    Il leva le menton pour la regarder, ce qui était un mouvement malheureusement habituel.

    -Parc'qu'il me semble que le vin de la dernière fois avait déjà achevé ce qui pouvait l'être.


    Comment expliquer le fait que ni l'un ni l'autre ne faisait confiance à celui qui lui faisait face. Bien simplement en vérité puisqu'ils n'étaient pas suffisamment mièvre pour accorder leur confiance à qui que ce soit et d'un autre côté bien trop imbus de leur personne pour ne pouvoir reconnaître chez l'autre une similitude de caractère assez troublante.

    -T'vois qu'il vaut mieux tuer ma langue elle est mauvaise, en fait je me souviens même pas de ma dernière fois ici.


    Il avait dit cela dans un rire gras qui faisait tressaillir ses épaules grossières.

    -Tu m'invites ? dit-il en pointant l'entrée de sa boutique d'un index à l'apparence gourd et qui pourtant était les doigts les plus habilement faussaires de Paris.

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Ven 25 Avr - 15:42

Elle haussa légèrement les sourcils. Les railleries du nain étaient devenues à ses oreilles une des nombreuses mélodie du quotidien, sa pensée s'imagina alors le bruissement métallique que produirait l'or en tombant et un frisson parcouru son échine. Elle n'était pas bien vénale, mais l'idée de l'éclat pur des richesses royales l'émeut l'espace d'un instant. L'or n'était rien d'autre que le pouvoir qu'il représentait, un pas de plus, un pas après l'autre... Rosa Maria se ressaisit, interrompant le court de sa pensée. Elle posa un regard teinté d'indifférence sur le visage bouffi d'Erwann et se retourna pour remonter une à une les marches du perron de sa petite épicerie. Elle en ouvrit délicatement la porte qui actionna une clochette. Le tintement retentit une fois, de son pied Rosa Maria avait interposé une petite cale de bois afin que la porte resta suffisamment ouverte pour laisser entrer son chétif suivant. L'odeur mélangée de la cannelle et du cumin emplit ses narines, leur fumet âcre et épais dominait dans l'atmosphère suspendue de la petite boutique. La disposition soignée de l'établissement emplissait de satisfaction le cœur de la gitane, la pièce, toute en longueur rappelait la caravane à l'exception de sa hauteur sous plafond inhabituelle. Elle représentait un défi d'équilibre et d'organisation hors de portée des sédentaires, elle n'employait ici que ses fidèles du temps de la gloire, du temps de la grande caravane. Victoria la secondait et prenait possession de la boutique lors de ses absences, depuis le renouveau du Chat d'or, elle jonglait entre les visiteurs d'importances des deux lieux et suivait un rythme de sommeil peu commun. Carlos ne comprenait pas grand chose aux épices et à l'organisation subtile du lieu, il assurait seulement les ouvertures et fermetures avant de rejoindre l' « arrière boutique ». Un sourire passa brièvement sur son visage, elle entendit le pas irrégulier d'Erwann derrière elle, elle continua d'avancer jusqu'à un rideau épais de velour qu'elle souleva pour découvrir une porte en bois d'apparence imprenable. Une clé glissa dans la main de la femme, mais son geste resta suspendu.

Tu serais le premier à franchir ces deux portes dès la première visite mi-bottes. Nous serons plus à l'aise à l'arrière, qu'en penses-tu?

Sans attendre sa réponse elle se retourna, dépassa le petit homme, frottant contre son petit corps les plis épais de sa robe sombre et ferma à double tour la porte d'entrée ainsi que la grille métallique qui en doublait le pouvoir de dissuasion. Le visage pâle qu'habitait un regard profond et noir se tourna seul vers les yeux bleus du semi-homme.

Vous pardonnerez mon manque d'égards, ce n'est pas toi que j'enferme, mais le secret de notre alliance. Le prince d'Orléans n'est pas le seul dont les émissaires sont en chasse.

Elle dépassa à nouveau d'un pas décider la tête blonde et cette fois d'une geste assuré déverrouilla la  lourde porte de bois sombre, qu'elle ouvrit, révélant une petite pièce bien rangée éclairée par une unique fenêtre donnant sur une petite cour intérieure. Rosa Maria s'y engagea et s'installa derrière son bureau après avoir pris le soin de vérifier que la fenêtre était bien fermée.


Dernière édition par Rosa Maria Gomez le Sam 27 Sep - 17:59, édité 1 fois
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Sam 27 Sep - 15:51

Quelle gentillesse et amabilité d'avoir descendu les marches de son petit perron. Au moins n'avait-il pas à lever le nez plus haut encore pour pouvoir la regarder. Les gens ne réfléchissaient pas souvent aux conséquences d'une taille beaucoup plus petite que la norme. Ou alors y réfléchissaient trop et en profitait à leur avantage. Mi-Botte supportait cela mais se souvenait toujours de ceux qui souhaitaient poser leur ascendant sur lui. Une sensation désagréable qu'il n'avait jamais aimé.
Rosa Maria n'avait pas encore fait parti des ces personnes là. Erwan n'oubliait pourtant pas que cela pouvait arriver à tout moment. Il garda son sourire goguenard sous le regard sombre et sans reflet de la maquerelle. Il savait ne pas en connaître tous les secrets loin de là mais il en avait dévoilé le plus profond peut-être : son ambition. Prendre la place de Grégoire ou au moins l'entraver dans son règne. cela le servait.
Il suivit Rosa Maria dans sa boutique, plissant légèrement le nez lorsque les odeurs nombreuses et puissantes voulurent toutes se présenter à lui dès son entrée. Il fallait dire que Mi-Botte n'était pas habitué à sentir des odeurs aussi délicates et luxueuses. Il avait été habitué dans sa lointaine jeunesse à l'âpre odeur de l'encens utilisé lors de la messe pendant ses années de noviciat, mais maintenant c'était presque oublié. et puis qui se servait vraiment de tout ça pour cuisiner ? On avait déjà pleins d'aromates dans ce beau royaume de France, le plus beau sous les cieux, alors pourquoi se compliquer la vie avec autant de choses qui semblaient inutile au nain. Il n'aimait pas trop l'endroit il avait le sentiment que cette longueur l'écrasait.
Pas impressionné plus que ça, il laissait son regard bleu passer sur les épices et les étagères de la boutique. Ca s'était agrandi depuis la dernière fois qu'il était venu, les affaires devait marcher... Des deux côtés.
Le passage d'un monde à l'autre n'était pas très long, il fallait dire que pour Rosa Maria bien qu'elle fasse l'effort de les dissocier en apparence les deux univers qu'elle avait créé était intimement lié l'un à l'autre. A un tel point que la respectable clientèle de Rose Marie Gaumont serait outrée de rencontrer celle dévergondée et libertine, et perverse de Rosa Maria Gomez. Cela amusait beaucoup Erwan, et lui prouvait une fois encore que les hommes n'étaient fait que d'hypocrisie et de principes de façades. Des principes à doubles face. Comme la boutique de Rosa Maria.
Le faussaire fut intrigué lorsqu’elle écarta un lourd rideau. Il avait déjà remarqué que la maquerelle avait un goût poussé pour la dramatisation. Le rideau lui semblait donc tout à fait naturel pour dévoiler un passage vers l'autre "monde". La porte aussi était intimidante. Il eut un sourire en coin pour lui répondre.

-J'peux qu'approuver, mon ego flatté m'en voudrais d'pas profiter d'ce privilège d'initié.


Il regarda néanmoins derrière lui, ça l'embêterait d'être vu par quelqu'un alors qu'il profitait de ce privilège. Lorsque la clé tourna dans la serrure et que la robe de la Madame le frôla, il regarda de nouveau devant lui après un petit clignement d'yeux. Il était trop tôt pour un client, du moins il l'espérait, alors que, laissant son inquiétude derrière lui, il entrait à sa suite.
Quelle démonstration de force elle lui faisait. Le rideau, la lourde porte, la grille métallique. Tout pour lui montrer qu'elle était parée à tout, qu'elle ne reculait devant rien, qu'elle pouvait mettre en œuvre les moyens qui lui était nécessaire.
Message reçu, bien que déjà connu. On ne jouait pas avec Rosa Maria.

-J'ai pas fait affaire avec toi pour r'cevoir des égards,
répondit-il d'un ton égal. Et j'avais r'marqué qu'le dindon était pas l'seul à chercher ses possessions. J'ai eu une 'tite conversation avec l'Araignée...

Il marcha dans le bureau, regardant autour de lui sans se soucier de l'effet de sa dernière petite phrase. Lui aussi aimait ménager ses effets.
Parler avec l'Araignée lui avait filé des sueurs froides il devait bien le reconnaître. Pourquoi ? Dans quel but ? Surtout pourquoi lui ? Le Grand Coësre avait mille personnes à qui s'adresser pour avoir des nouvelles, même si pour sa petite fierté personnelle Erwan pouvait se vanter de faire partie des sources les plus fiables de Paris.
Il regarda autour de lui. C'était là qu'il avait rencontrée Rosa Maria. Là qu'il lui avait expliqué son plan insensé, qu'il l'avait convaincue de le suivre.
Il semblait donc légitime de se retrouver là de nouveau.

-Tu t'doutes que si j'suis là à t'parler c'est qu'le Coësre soupçonne rien. L'est furieux, il enrage d'avoir été doublé comme ça. Mais,
appuya-t-il, il s'doute de rien ou pas assez pour nous inquiéter.

Erwan s'humecta les lèvres en se souvenant de cette conversation. Une des plus dangereuses de sa vie à vrai dire. Ça avait pas franchement été une partie de plaisir. Il tournait dans le bureau pour en observer les recoins, pour en apprendre un peu plus sur sa propriétaire sans vraiment y penser tout en s'assurant qu'il n'y avait personne d'autre ici.

- Il m'a posé des questions, si j'avais pas entendu des choses. Comme convenu j'l'ai lancé sur la piste des bohémiens qu'étaient en ville et qui sont partis le lendemain grâce à tes soins. Une rumeur qu'javais entendu qu'j'lui ai dit, mais rien d'autre. Les gens n'parlent pas, ont trop peur blablablabla tout ça quoi.


Il la regarda.

-Mais j'ai pas b'soin d'te dire qu'faut rester méfiant... Du coup... j'ai bien sûr pas ta part sous ma cape. J'préfère un autre moyen et t'la faire amener dans un lieu qui s'ra pas c'lui-ci.
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Sam 27 Sep - 17:55

Rosa Maria s'était assise au creux d'une large chaise de bois massif, elle appréciait le dur contact de l'inflexible dossier et des bras courbes. On lui prêtait parfois des goûts et des manières d'homme, une lourde porte, un implacable trône et de larges murs de pierre comptaient pour elle bien plus que la joaillerie la plus fine, ils appuyaient, asseyaient sa puissance. Le petit homme scrutait, ses mouvements emprunts de la furtivité nerveuse que lui conférait sa petite taille. Elle esquissa un sourire amusé, la maquerelle voyait chaque être comme un bloc cohérent de mouvements, de bruits et d'émotions tous emmêlés, un maelström indissociable qu'il convenait de regarder de loin pour en dessiner la tendance. Erwan semblait respirer cette agitation interne, ce bouillonnement des entrailles et des esprits, tendus à l'extrême vers une expansion physique impossible. La condition du nain ne lui inspirait aucunement pitié, ses émotions y étaient parfaitement indifférente. Tout ce qu'il éveillait chez elle était son esprit et son désir illimité de croissance, désir qu'apparemment ils partageaient. Elle posa une main blanche d'un geste ferme sur la table, ses yeux soudain fixés avec intensité sur ceux, ridiculement placés, du semi-homme.

_ La colère du Coësre est notre meilleur alibi, mais il ne durera pas, il ne faudra pas longtemps à notre araignée ou l'un de ses rampants pour douter de cette histoire de bohémiens. Nous devons le maintenir dans la rage, ainsi il restera aveugle et distrait, ne le laissons pas examiner la situation avec les yeux de la raison.

Elle avala sa salive et mordilla sa lèvre inférieure d'un geste rapide. Elle ne trébucherait pas sur les mots, elle savait quoi dire. Elle souhaitait cependant peser encore une dernière fois sa réflexion des semaines passées. Son cœur battait à un rythme lent et régulier, elle se redressa doucement dans sa position afin d'appuyer sa décision sur la force de son assise. Ses yeux noirs restaient fixés sur le visage biscornu de l'homme assis de l'autre côté du bureau. Les désirs qu'elle sentait éclore en lui seraient ils suffisants pour le rallier à sa cause?

_Je crois cher mi-botte que la route que nous avons empruntée ensemble est sans retour, la première pierre à été jetée, il faut maintenant qu'il en pleuve, ou nous serons découverts. Grégoire est puissant, son esprit est aiguisé, cependant il est loin d'être sage. Maintenons le dans la paranoïa, attisons la traîtrise mesquine des petits brigands de la cour, séparons les influents mignons par la peur. Si nous frappons à nouveau et fréquemment, les têtes tomberont, la guerre civile affaiblira le trône du Coësre qui déjà n'a plus son équilibre d'hier. Une révolte est à nos portes, si nous ne la laissons pas entrer, d'autres le feront et nous serons emportés avec elle.

Son regard devait refléter en eux de la folie, ou quelque chose de plus effrayant encore, car Erwan la regardait un peu ébahi. Peu après qu'elle eut fini elle cru néanmoins percevoir chez lui un subtil amusement. Elle avait toujours fondé l'ordre dans le chaos, dans le feu, elle voulait que le nain le comprenne et façonne avec elle un brasier qui marquerait l'histoire. Elle testait ici sa loyauté envers le seigneur des fous et des éclopés. La concurrence financière qu'ils avaient entrepris n'était pas la guerre, voulait-il la guerre ou bien rester à jamais à rôder entre les ombres des grandes gens? Après une pause dramatique, durant laquelle elle plongeait son regard par la petite fenêtre sur cour, capturant ainsi la lumière dans le blanc de son visage, elle se tourna à nouveau vers son interlocuteur, qui arborait maintenant un rictus goguenard.

_J'entends bien que tu ne transportes pas l'or de notre chère noblesse avec autant d'insouciance. A quel moyen de me les remettre as tu donc pensé ?
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Sam 27 Sep - 20:20

C'était toujours intéressant d'observer le privé des gens, on y voyait des objets insignifiants et qui pourtant voulait tout dire. Ce trône, ce bureau, massif et imposant certes étaient le mobilier le plus voyant. Solide et inflexible, qui préférait se briser plutôt que de se plier. Il avait entendu un poète tergiverser sur ce sujet dans la taverne de la pomme de pin une fois, clamant qu'il écrirait une fable relatant l'histoire d'un chêne et d'un roseau. Un truc du genre.
Bref, tout ça pour dire qu'il y avait des détails tout aussi intéressants. Tel ou tel livre, une babiole sur une étagère, une plante... Autant de choses qui mettait en lumière une intimité savamment dissimulée.
Il marchait, ses mains épaisses nouées dans son dos, dévoilant un pourpoint bleu sombre usé par les ans, tâché d'encre aussi. Erwan aimait se faire passer pour un écrivain public, alors que ces tâches étaient le saignement d'écrit imposteurs. Il tourna le regard vers elle lorsque sa main heurta le bois de chêne avec une telle détermination. Quoi ? Elle n'appréciait qu'il fouine ? Tssss... Quel manque de savoir vivre.
Il se rapprocha du bureau en l'écoutant non sans arrêter son jeu. Le nain n'aimait pas s'asseoir, les chaises n'étaient pas faites pour lui et plutôt que de ressembler à un enfant derrière une chaise il préférait se mettre à bonne distance de la table pour pouvoir regarder son interlocuteur, sans paraître ridicule.

-Bien sûr... Pourtant je m''méfierai d'laisser l'Araignée  s'exciter dans sa toile... Quand on est aveuglé par la rage, on a tendance à cramer tout c'qu'on touche. C'est dans c'genre de truc qu'on finit par avoir un r'tour de flamme, chère Maquerelle. Il s'méfie pas... Mais on est pas l'abri non plus.


C'était un jeu dangereux. Il le savait bien, il y avait longuement réfléchis avant de le mettre en œuvre, et finalement à sa propre surprise il avait pris la résolution de l'exécuter. Mi-Botte n'était pas de ceux qui mettait leur vie en danger pour une folle ambition. La situation où il se trouvait jusqu'à présent le satisfaisait entièrement, il avait suffisamment de client pour ne pas trop s'inquiéter des fins de mois, il était en suffisamment bons termes avec la Cour des miracles pour ne pas avoir de problèmes avec le Coësre ou d'autres Cagoux, il était suffisamment intelligent pour échapper à la police, à la prévôté, aux Suisses, mousquetaires, à beaucoup de monde en somme. Une vie tranquille.
Peut-être trop tranquille. Mi-Botte avait toujours eu une tendance à la zizanie, que ce soit par sa grande gueule ou son sourire goguenard. Il repensait au "Grand patron" qu'il avait rencontré il y avait quelques semaines de ça. A plusieurs reprises il aurait mieux fait de se la fermer.
Mais Mi-Botte n'était pas toujours capable de réfréner son attirance pour Thanatos. Tout à ses réflexions, il revînt sur terre lorsque la voix de la gitane repentie se leva de nouveau entre les murs de son antre.
Plus les mots défilaient, dansaient, plus Mi-Botte fut perplexe, fronçant les sourcils, les écarquillant finalement.
Qu'entendait-il ? Que lui proposait cette folle ?
Le nain regardait Rosa Maria, perplexe, inquiet quelque part mais aussi immanquablement fasciné. L'ambition de la maquerelle était un soupçon plus que certain pour lui mais à présent qu'elle lui disait cela, Erwan la voyait se se redresser de toute sa hauteur et se vêtir de cette aspiration avec folie, avec avidité, désir.
Que disait cette femme aux yeux flamboyants ?
Erwan n'avait jamais fait cette entreprise que pour une raison toute vénale. Il aimait l'argent et il avait soudainement pris goût pour le risque, pour l'excitation, pour la transgression non pas d'un monde mais deux. Le Nain avait roulé tout le monde par sa malice et son ingéniosité. pour dire vrai Erwan n'avait jamais penser aller plus loin, ou au moins aller au delà du simple vol. Il aurait sans doute remis ça avec les autres. Ça avait marché alors pourquoi pas une seconde et dernière fois ? histoire d'être plus riche que Crésus et Fouquet réunis.
En excitant l'ambition de Rosa Maria, Erwan avait consciemment décider d'ignorer la possibilité que leur vision ne soient pas aussi étendue l'un que l'autre.
Il était presque assolé par ce qu'elle venait de lui dire.
Elle lui proposait rien moins qu'une révolte, un coup d’État, si l'on pouvait dire ainsi pour la Cour des Miracles. Il n'avait jamais pensé en arriver là, ou du moins il n'avait jamais pensé être directement impliqué dans cette révolte. Il se serait laissé porter par le courant, aurait survécu comme à son habitude.
Inconsciemment, il avait pourtant su ce qu'il créait là en allant voir Rosa Maria Gomez.
L'éveil d'un monstre.

Elle parla de nouveau, mais Erwan n'écouta pas. Il était toujours sous le choc de ce qu'elle venait de lui dire. Et de ce qu'elle laissait entendre.
Il n'était pas stupide. Le refus serait sa mort assurée, Rosa Maria ne pouvait pas se permettre de laisser quelqu'un d'étranger à sa Cour être porteur de l'ambition profonde de la maquerelle.
Un non et il ne sortirait pas vivant du Chat d'Or.
Il y avait pire comme endroit pour mourir mais enfin... Il n'était pas non plus pressé.
D'un autre côté... un oui...
Il s'humecta les lèvres. Tant qu'il n'abordait pas directement le sujet, il avait toujours la possibilité de s'échapper, de ne rien dire, de faire comme s'il n'avait pas compris ce qu'il pouvait lire entre les lignes.
Mais ce oui qui lui brûlait les lèvres était insidieusement planté en lui.

-Toi et moi en a vu des révoltes... des guerres et d'autres abominations humaines. Une d'plus ou d'moins qu'importe. Si nous jouons bien, nous survivrons et les autres sombreront, d'autres se relevront, d'autres brilleront, prendrons la place des morts comme toujours. Si nous restons silencieux, nous s'rons oubliés et nous aurons emporté not' pactole, nous aurons l'argent pour lequel on a sué et risqué not' peau. Grégoire pass'ra à autres choses, tant mieux si les autr' se révoltent pour nous et meurent à notr' place... il n'aura plus d'raisons d's'occuper d'nous.

C'était sa prudence qui parlait et qui se battait avec ce serpent qui voulait le jeter sans réfléchir dans la tourmente. Il n'avait plus quinze ans nom de Dieu !
Pourtant il venait de parler comme s'il faisait un sermon...
Foutre Dieu Mi-Botte ta gueule ! par pitié ta gueule !
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Mar 7 Oct - 22:01

Elle plongea intensément son regard dans celui, asymétrique, de l'être semblant soudain rabougri, qui la regardait depuis une raisonnable distance. Elle haussa un sourcil. Se pourrait-il qu'elle eut effrayé l'audacieux Erwan? Cette pensée l'emplissait d'un étrange sentiment de fierté mêlé d'appréhension. Avait-elle été trop imprudente? Il était encore bien difficile de comprendre comment basculerait sa décision. D'un autre côté, à quel autre moment aurait-il été plus proche, plus saisissable qu'en cet instant? Pourtant elle le sentait qui se défilait, usant de ses habituels détours pour éviter de poser le premier pas sur un chemin sans retour. Elle se demandait en cet instant si elle n'avait pas cru déceler en ce petit homme quelque chose, un rêve de fuite en avant et de liberté, qui en réalité n'existait pas, et que dans sa propre ambition elle aurait créé de toutes pièces. Son sang-froid, fruit de ses années passées sur la route à mener une bande de gitans sans foi ni loi, l'aidait à garder sa posture et son calme. Le rallier à sa cause nécessitait qu'elle-même soit forte et imprenable comme la plus sûre forteresse. La douceur du bois sous sa paume appuyée lui rappelait le chemin parcouru et l'empire solide qu'elle avait bâti à force de patience et de travail. N'était-il pas maintenant temps que tout cela paie enfin, que tout le labeur se transforme en victoire? Elle parla d'une voix calme et résolue.

_Toi et moi avons en effet vu bien des guerres et des révoltes. Mais sois sûr que d'autres sont à venir, plus féroce et dévastatrices que jamais. Le Grand Coësre ne se méfie pas dis-tu? C'est peut-être vrai, mais combien de temps encore s'écoulera avant que par simple prudence il ne décide d'écarter de lui ceux dont l'insolent succès anime les rumeurs? Et par écarter je veux dire...

Derrière l'énorme tête d'Erwan, la maquerelle ne décelait aucun mensonge, sans doute l'araignée ne se méfiait-elle pas. La sotte créature. Le roi des fous n'oublierait cependant jamais l'affront subi, dès lors frapper à nouveau maintenant ou plus tard ne changerait pas grand chose, sinon qu'elle et le nain seraient plus confortables encore et plus paresseux. Une fois secouée, il fallait à présent que la toile brûle et se déchire dans les tourments d'une impitoyable rébellion. Un nouveau coup porté à l'honneur du Coësre et elle savait que déjà les premiers couards de sa cour débuteraient leurs intrigues. Les nobles enguenillés de la cour des miracles n'étaient jamais à court de complot ni de trahison. A voir leur maître ainsi traîné dans la boue et roulé de toute part, ils n'auraient qu'à laisser filer ça et là leur propre toile dans l'espoir de le renverser. Sans doute plusieurs têtes tomberaient, la question était combien avant que la guerre n'éclatât et que de nouveau prétendants ne réclament le trône. Ce serait dans ce brouhaha de petite tromperie de poignards dans le dos qu'elle s'élèverait, appuyée d'une armée assoiffée de pouvoir et de richesse, une nuée de loups à son image et qui emporteraient tout. Mais les loups ne gagneraient pas seuls, il leur fallait un renard, et il s'en trouvait justement un devant elle.

_Serais tu vraiment prêt à laisser le destin de la cour des miracles à d'autres mains que les tiennes mi-bottes? Si comme je le crois la félonie des damnés emporte le trône de l'araignée, comment être si sûrs que nous serons tranquille? Le nouveau Coësre pour assoir son autorité n'hésitera pas à semer la terreur, aussi bien parmi sa cour nouvellement acquise que ses anciens fidèles. Ne préfèrerais-tu pas pour une sublime fois trôner du bon côté de l'histoire, tenir à la fois la bourse et l'épée?

Elle se rendit compte qu'elle avait soudain levé la main qui reposait jusqu'alors sur la table vers le ciel en un signe belliqueux. Elle savoura un instant la dramaturgie de son geste avant de reporter son attention et son regard plus brillant que jamais vers le semi-homme.
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Mer 17 Déc - 12:02

La prudence d'Erwan si elle ne se manifestait certes pas dans les expressions impromptues de sa grande gueule, se retrouvait dans la nécessaire méditation qu'il s'imposait avant toute décision qui pouvait changer sa vie, en bien ou en mal. Que la réflexion soit rapide ou lente, il mettait un point d'honneur à se poser et peser le pour et le contre.
En l’occurrence il voyait la mort. Mort si tu dis non Mi-Botte. Mort immédiate ou très légèrement différée. Mort si tu dis oui Nain. Celle-là sera un peu plus lointaine.
Voilà ce qui pouvait te tomber sur le crâne quand tu te croyais plus malin que n'importe qui. Erwan avait péché par orgueil. Le père Barthélémy aurait trouvé en lui un parfait exemple pour un de ses sermons tonnant et passionné.
Il fronça légèrement les sourcils en se surprenant à penser ainsi à son père adoptif. Des semaines qu'il n'avait plus pensé à lui... Et voilà que maintenant il repointait le bout de son nez. C'était bien la preuve que l'instant était tragique.
Sans doute.
En tout cas la ci-devant gitane égalait le ton illuminé et passionné de quelques frères qu'il avait connu. Prophétesse et fanatique de sa propre cause visiblement, Erwan avait toujours eu des problèmes avec ces deux types de personnes. Il n'y avait pas à exclure le fait que Rosa-Maria suive la voie de Savonarole. Une voie beaucoup moins pieuse et chaste pour sûr, mais tout aussi féroce et impitoyable, et quoique brillante et intense, la ferait chuter immanquablement. En théorie. L'histoire ne se répétait pas toujours non ? Ni ne s'intensifiait.

-J'crois pas à cette montée inéluctable vers l'Apocalypse Gomez,
répondit-il calmement. D'autres sont à v'nir c'est vrai, les hommes c'est des zanimaux de t'façon. Mais le "plus" et le "jamais" m'semblent...  trop oraculaire.

Sans doute que cette figure de pythie devait impressionner l'entourage superstitieux de Rosa-Maria et asseoir son autorité sur sa petite bande. Les Ibères étaient connus pour leur simplicité dirait poliment Erwan, contentons-nous de dire esprit aisément impressionnable et forgé par des années de lutte inquisitoriales contre des sorcières qui, selon l'avis du Nain, n'existaient que dans l’esprit de leurs chasseurs et de ceux qui avaient quelque chose de beaucoup plus matériel à leur reprocher. Si Mi-Botte devait reconnaître à la Gomez une certaine prestance, il fallait dire qu'il ne saurait être de cette engeance là.

-Sauf si t'es déterminée à provoquer st'apocalypse par toi-même. Dans c'cas : Credo.


Car il était  tout à fait convaincu que cette fin d'un monde pouvait être précipité par cette Espagnole au sang chaud et à l'ambition jamais assouvie. La question était maintenant de savoir si Erwan prenait le risque de se laisser entraîner avec elle. Tout d'abord pour sa survie immédiate, et enfin pour une survie hypothétique plus tard. Ce qui semblait bien entendu compromis par le simple fait de s'opposer à Grégoire.
Il y avait beaucoup trop d'inconnu dans cette équation et cela gênait profondément le Nain. Quelle était leur marge de manœuvre ? Leur chances de survie ? Quasi nulle il fallait bien le dire. Mais c'était exactement ce qu'il s'était dit lorsque son plan avait germé dans son esprit, et c'était sans doute cela qui avait fait marcher son entreprise.
Mi-Botte entendait le brouhaha de la rue qui vivait parfaitement sans lui.
Est-ce que cela le contentait ? Voulait-il compter dans le monde ? "Le destin de la cour des Miracles"... le seul destin qu'il lui voyait était d'être un jour proprement rasée comme la nuisance qu'elle était voilà quel était son destin pour Erwan. Peut-être demain, peut-être dans un mois, dans six ans, dans cent... mais un jour viendrait où le Roi trouverait le moyen de se débarrasser de cette épine puante. Oh elle repousserait sûrement ailleurs, plus discrètement peut-être mais en tout cas sa vie au grand jour sera terminée.
Il suivit machinalement du regard le bras de Rosa-Maria qui s'était dressé vers le ciel. C'était ça qu'elle voulait atteindre. Rien moins que ça. Erwan ne put s'empêcher de penser que la pause était peut-être un peu de trop. Aussi sa voix prudente contrasta presque naturellement contre l'emphase de l'Espagnole.

-J'ai pas l'ambition particulière d'trôner Rosa-Maria. Mes mains sont déjà pleines avec ma destinée à moi. T'étais pas là la dernière fois, mais ya vingt ans j'ai réussi à être tranquille quand Grégoire est dev'nu Coësre... Et ouais c'était pas d'la tarte. J'suis sûr que je survivrai à un autre Roi Thunes.

Il se détourna en allant vers la fenêtre. Il cherchait encore un moyen de gagner du temps et de réfléchir. Avait-il envie de répéter la même chose que la dernière fois ? D'attendre que les ans passe et qu'il vieillisse au milieu des putes et du vin ? Cette perspective était plutôt alléchante.

-Maintenant... Si t'as une offre intéressante à me faire... J'pourrais ptêtre revoir mon assurance. Après tout, c'est vrai qu'on peut être sûr de pas grand chose dans c'monde.


Peut-être pouvait-il tirer avantage de cette situation. Il pensait à quelques-un de ses ennemis qui devenaient de plus en plus belliqueux, de plus en plus violents. Erwan pouvait les contenir mais il avait appris récemment qu'ils avaient par il ne savait quelle sombre entreprise obtenu le soutien et la sympathie de Grégoire.
Erwan n'oubliait pas qu'en vieillissant sa liste d'opposant se faisait aussi plus longue que lors de ses premières années à Paris.
En ayant enfin une alliée de taille... Pourrait-il survivre.

-Parce que, dis-moi si j'me trompe mais... il me semble que ce trône... c't'épée et c'te bourse... Ce nouveau Coësre... Il faudrait qu'ils me soient favorables sans conditions... Du moins si elle... il, se corrigea-t-il faussement, souhaite s'assurer l'infaillibilité de mes services. C'plutôt difficile à accorder quand même.

Et voilà. Du bout des lèvres disait-il oui, Erwan se gardait encore un moyen de reculer, de fuir de ses jambes torves et épaisses mais ce serait en vain. Le Nain ayant rejeté toute existence divine, ne pouvait pas même avoir la consolation qu'au moins une personne en ce monde, même suprême, sache ce qu'il adviendrait.
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L'or safrané des puissants [Erwan mi-bottes & Rosa Maria Gomez]

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