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 Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce? // Philippe de Lorraine


Jeu 5 Juin - 12:05



Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce?
Un serment fait d'un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui se veut confirmer,
Un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer;
C'est un secret qui prend la bouche pour oreille,
Un instant d'infini qui fait un bruit d'abeille,
Une communion ayant un goût de fleur,
Une façon d'un peu se respirer le cœur,
Et d'un peu se goûter, au bord des lèvres, l'âme!

Edmond Rostand Cyrano de Bergerac

Les boucles s’enroulaient autour de sa tête comme une auréole. Il aurait été facile de le réduire à ce simple petit angelot plumé. Là, étendu sur l’édredon, on aurait pu croire à une certaine innocence. On dit que le sommeil apaise les émotions, donnant aux éclats vifs des couleurs pastelles. C’était le cas pour le jeune chevalier. Son air moqueur s’était estompé, ne laissant qu’une moue sans artifice au coin de sa bouche. Son front s’était lissé de toutes rides d’expression rajeunissant encore l’homme si un tel exploit était possible. Sa respiration n’exaltait ni rire cynique, ni colère retenue, elle était calme et créait de douces marées entre les couvertures bleues mer.
Les jambes repliées sous son menton, Lina l’observait, la tête légèrement penchée, comme si cet amant lui donnait plus à réfléchir qu’une pièce tragique de Corneille.
Car Philippe de Lorraine n’avait à l’heure actuelle, de ce petit blondinet ailé que la nudité. En réalité, le jeune homme tenait plus d’une panthère noire que d’un joufflu enfant de cœur. Il y avait toujours eu quelque chose de félin chez le chevalier. Elle l’avait vu dès leur première rencontre, cette impression qu’il donnait parfois de frôler le sol comme si le monde lui appartenait et que d’une caresse ou d’un air dédaigneux il pouvait aimer et haïr à volonté. Ce n’était pas ce caractère capricieux qui avait cependant eu raison de la jeune comédienne, mais sa répartie. Evident me direz-vous pour une femme et qui plus est de théâtre, la parole est d’or.
Sa fraicheur avait trouvé écho à la spontanéité du chevalier. Elle riait de son mépris affiché pour certains personnages haut placé, elle riait de ses histoires qu’on murmurait au battant des portes secrètes, elle riait lorsqu’il tapait mollement des mains après l’une de ses interprétations tragiques plus que douteuses, elle riait lorsqu’il riait, et ce petit bout de bonheur avait suffi pour qu’elle s’attache à cet homme. Trop peut-être...

Son regard glissa le long de la fenêtre. Comme elle aurait aimé vivre ici. En ouvrant le battant elle était certaine de ne pas entendre les charrettes se heurter au pavé, ni les cris des marchands haranguer la foule. Non, en fait elle était sûre qu’en ouvrant cette fenêtre seul le chant du merle lui répondrait, ou le glougloutement joyeux des fontaines peut-être, ou encore des murmures et des rires coquets retenus. La jeune femme aimait ce monde de poudre et de parfum fleuri tout en sachant qu’il lui serait à jamais étranger.
Un grognement lui fit tourner la tête vers son amant qui roulait sur le dos attrapant un oreiller en plume pour essuyer un léger filet de salive non moins charmant. D’un geste elle libéra une mèche de cheveux de la bouche ouverte du garçon. La blonde comédienne n’aimait pas se montrer trop amoureuse ou trop douce avec les hommes. Elle en avait rencontré de différentes sortes, mais tous avaient le sentiment bien plus fragile que l’appel de la chair. Ses doigts circulèrent sur sa peau, s’arrêtèrent à une légère griffure. Oups, il allait la détester pour ça. Remarque, avec un peu de chance il ne s’en apercevrait même pas, en haut des reins, à l’ombre de la colonne vertébrale, qui pouvait bien allait fouiller dans ce coin ?
Hier soir contrairement aux autres fois, ils n’avaient presque pas parlé. Deux jours plus tôt, elle apprenait la mort d’un petit frère âgé de 4 ans en Italie, d’une mauvaise fièvre le mois passé. Ce décès l’accablait d’autant plus qu’elle s’en sentait étrangement détachée. Sur les routes depuis quelques années à présent, elle n’avait pas même assisté à la naissance de ce petit être. Elle ne le connaissait pas. Avait-il les yeux clairs de son père ? Le nez retroussé de sa mère ? Ressemblait-il à ses autres frères ? La seule peine qu’elle ressentait s’adressait à ses parents qui n’avaient jusque là perdu aucun enfant. Dieu punissait-il cette absence de deuil au cœur ? Cela faisait-elle d’elle une pécheresse, une femme hideuse et sans âme ?
Pire encore, elle ne pouvait faire taire l’égoïste pensée que si ses sentiments à l’égard de sa famille s’étaient autant atténués la réciproque était également vrai. Sa jeunesse, et ce qu’elle avait toujours cru liée à cette dernière, son insouciance, la troublait au point qu’elle se rendit à l’église dès le lendemain, sans se laisser deviner, allumant un cierge pour l’enfant et priant de longues heures durant. Son statut d’actrice l’avait banni des églises il y a longtemps, aux yeux des prêtres et autres hommes de religion, il n’empêchait que la jeune femme avait toujours gardé foi en un sauveur lui aussi incompris en son temps, et qu’exercer un métier qui rendait tant de gens heureux ne pouvaient pas être l’oeuvre du démon.
Mais les prières n’avaient pas réchauffé son cœur et même les cours de son maitre à pensée, Madeleine Béjart, n’avaient pas réussi à lui redonner le sourire, ce qui étrangement avait reflété un art du tragique bien meilleur que la semaine passée. La chaleur masculine lui manquait, comme si se tenir tout contre un corps bouillonnant de désir lui aurait soudain communiqué l’humanité qui lui faisait défaut. Le rendez-vous avec Philippe de Lorraine, son amant du moment semblait donc tomber à pic. Lina avait attendu deux jours sans chercher à avancer la rencontre, question d’honneur féminin oblige. Mais dès qu’ils se retrouvèrent seuls dans sa chambre à coucher elle fut plus que convaincante quand à ses projets pour le restant de la nuit. Si elle gardait d’ordinaire une fine chemise de coton, le vêtement avait été balayé avant même le début des ébats et le calme qui régnait à présent semblait presque irréel.

Un sombre présentiment occupait également ses pensées. Et peut-être était-ce de cette façon là que Lina gérait la perte, mais elle commençait à émettre de sérieux doutes qu’en à la sincérité du chevalier envers elle. Oui, elle savait qu’elle n’avait en aucun cas l’exclusivité de ses faveurs et elle l’avait accepté depuis longtemps. Ils avaient ce sentiment commun que l’amour n’était pas obligatoirement exclusif, et qu’on pouvait aimer bien des gens de bien des manières. Elle connaissait certaines de ses autres relations sans en être plus jalouse que cela.
Mais la jeune femme avait pour habitude de s’investir dans tout ce qu’elle entreprenait, y compris ses relations amoureuses. Elle s’était attachée sentimentalement à  Lorraine et elle avait cru l’inverse allant de soi. Mais des détails ne cessaient de lui revenir en tête et les mots « manipulation », « Duc d’Orléans », « jeu », « faux » tournoyaient à lui en donner des maux d’estomac.
Se levant du lit elle attrapa une robe de chambre qu’elle posa simplement sur ses épaules, et se fit couler un bon verre de vin rouge. Au moins une chose que les français et les italiens avaient en commun. De plus rien il n’y avait rien de mieux pour commencer la journée que ce goût âpre de vérité.
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Mer 11 Juin - 20:36

[HRP : écrit avec la bande son de The Hunter, pour l'ambiance]

    Des langueurs bienfaisantes du sommeil, il n'émergea que lentement, reprenant conscience de son corps par la sensation d'un toucher, d'un souffle, de la chaleur des draps, de mouvements invisibles. Dans un soupir profond mais silencieux il finit par ouvrir les yeux.
    De paisibles flots de lumière mordorée pénétraient au travers des rideaux mal tirés, noyant la pièce de courants mouvants d'ombres et de miel, au gré de l'agitation paresseuse des arbres du parc. Au-devant d'une des fenêtres se tenait Lina, la robe de chambre trop ample et le tissu trop fin pour faire meilleur barrage à la clarté matinale : on eut dit un théâtre d'ombre destiné à dévoiler sans révéler les courbes d'un corps dont il s'était enivré la nuit durant. Plus que de la sensualité pourtant, c'était une impression de fragilité qui émanait de cette silhouette, à peine sensible dans son attitude, la façon dont elle penchait la tête, dont elle portait, songeuse, le verre à ses lèvres, le regard qu'on devinait perdu au loin.
    Voilà qui n'avait rien d'ordinaire, provenant de la fraîche comédienne à laquelle il avait assidûment fait la cour, bien des semaines auparavant. Une aussi jolie fleur, qui savait vous tourner la tête de ses lèvres roses jusqu'aux insolentes générosités de sa silhouette, il n'aurait jamais été question de la laisser sur pied sans tenter de la cueillir pour en goûter tous les parfums. Mais cette fois-ci il ne s'était pas contenté des armes discrètes et subtiles qu'il réservait à la séduction des femmes qu'il désirait. Cette fois-ci, il y avait mis tout l'arsenal dont il était pourvu, sans dissimulation. Après tout, c'est qu'il fallait que cela se sache.
    Puisqu'
    il se complaisait dans la jalousie maladive et irraisonnée, alors on lui fournirait de quoi s'y plonger tout à plein, à foison, à s'en retourner les tripes d'acidité. Puisqu' ilrefusait de toute façon sa confiance, alors cette fois on lui donnerait toutes les raisons de douter. Puisqu'il accuserait, quoi qu'il advienne, autant avoir profité vraiment de ce qui était reproché. Ou presque.
    Car c'était vrai que la comédienne lui plaisait plus que le commun des jouvencelles. C'était vrai aussi qu'il avait plaisir à sa compagnie même lorsque il ne s'agissait pas que d'échanger des jouissances voluptueuses, au point de la rechercher spontanément. Vrai même qu'au fil du temps il en était venu à ressentir pour Lina bien plus de tendresse, de complicité et d'affection qu'il ne l'avait prévu.
    Mais des sentiments profonds qu'il avait montrés quand il la séduisait, de l'attachement amoureux qu'il avait prétendu ensuite, il n'y en avait que l'apparence. C'était un mensonge dont elle n'était même pas la première destinatrice. C'était malheureux, vraiment, elle ne méritait pas la désillusion qui finirait par advenir. Elle méritait mieux qu'un mirage. Cette reconnaissance, pourtant admise et acceptée, n'arrivait pas à peser sur la conscience de Lorraine, incapable de s'encombrer de culpabilité. Tout ce dont il était capable, c'était de décider d'offrir le meilleur. Avant la fin de la pièce.
    Après tout, en véritable et douée comédienne qu'elle était, elle saurait sûrement se remettre avec aisance de cette histoire avant de passer à une autre. Le mal n'était pas si grand.

    Dans une inspiration profonde, le jeune homme s'étira, comme s'il réveillait ainsi ses membres et ses sens, avant de quitter les draps et la rejoindre.
    Comme elle lui tournait le dos, il passa les bras autour d'elle, les mains écartant le tissus juste ce qu'il fallait pour embrasser à pleine paume un sein lourd et ferme, et flatter du bout des doigts la peau soyeuse où se nichait le nombril. Un bref baiser posé dans le creux du cou et il souffla pour faire s'envoler les boucles blondes qui voilaient encore le visage de la jolie comédienne. Ca n'avait pas été qu'une impression : son adorable maîtresse paraissait ailleurs, non pas de ces lointaines contrées où la fatigue vous emmène rêver, mais plutôt de ces horizons plus gris qui bordent la Mélancolie.


    -Hélas ! que dans l’esprit je sens d’inquiétude !, récita-t-il dans un presque murmure dont les accents espiègles n'étaient voués qu'à dédramatiser le tragique qui entourait la pièce qu'il citait.

    La veille déjà Lina ne semblait pas sujette à son habituelle humeur joyeuse et fraîche. Il n'en avait pas cherché la cause, tant parce qu'il avait goûté avec délice l'ardeur avec laquelle elle avait exigé leurs plaisirs, que parce qu'il connaissait lui-même assez cette sorte de pudeur pour savoir qu'on ne lui aurait probablement répondu que par des explications évasives au mieux.
    Le matin venu, il n'avait pas plus envie de lui extorquer la vérité, parce que sa curiosité s'arrêtait là où commençait sa méfiance pour tout sentiment malheureux. Ces sentiments-là vous apportaient trop souvent des ennuis : la plupart du temps ils s'accompagnaient d'ennuyeuses plaintes et larmes lesquelles provoquaient ordinairement gêne ou ennui. Plus rarement, ils étaient communicatifs ou vous imposaient de vous soucier plus d'un autre que de vous-même, ce qui n'avait rien de naturel, et encore moins de plaisant, pour le jeune homme. S'ils ne pouvaient être soignés par des sourires, des caresses et des mots, Lorraine préférait s'en éloigner, s'en tenir à distance respectable comme on le ferait d'un nid de guêpes, et les oublier.
    Pourtant il ne comptait pas jouer les dupes ou les aveugles. C'était sa curieuse manière à lui de la respecter. Et sous les airs de demi-plaisanterie qui suivirent, c'était bien cela qu'il affirmait à Lina :
    Je sais. Je vois. Mais il ne demanderait rien.
    Il lui laisserait le soin d'y réagir à sa manière.

    -Ma douce, joue leur cet air-là pour votre prochaine représentation, et plus aucune actrice n'osera le rôle de Chimène après toi.

    Sa main droite abandonna ses caresses pour forcer en douceur celle de la comédienne à porter son verre jusqu'à ses lèvres à lui. Ah ce vin... Il ne se rappelait pas qu'il ait déjà été à leur disposition la veille, se souvenant d'un autre nectar, plus fruité et rafraîchissant. Sans doute fallait-il y voir l'efficacité discrète de son valet, capable de prévenir à l'avance les besoins et désirs de son maître.
    C'était peut-être le seul avantage à précéder, à côtoyer, s'approcher d'un drame : on en savourait que mieux que sa propre existence, comme de chauds rayons de soleil à quelques lieues d'une averse orageuse.
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Dim 13 Juil - 22:39

Le verre à la main, la jeune comédienne entrouvrit de l'autre le battant de la fenêtre, laissant entrer une brise déjà lourde de senteurs et de chaleur. Les températures ne dépassaient pas celles de son Italie natale, non... Celles là vous brûlaient la peau, semblant vouloir l'embraser toute entière quand ici, le soleil se contentait d'y laisser une fine pellicule d'or.
Mais l'été promettait d'être chaud. Il lui faudrait trouver un éventail, bien qu'elle finirait plutôt par emprunter celui de son rôle d'amoureuse ou encore de ses nouvelles tragédiennes... Ahh un chapeau, il lui faudrait également un chapeau... Madeleine ne cessait de lui rappeler l'importance d'une tenue impeccable, et ce n'était certainement pas auprès de son italienne de troupe composée d'une majorité d'hommes que Lina pouvait espérer trouver de justes conseils en matière de mode, en beuverie à la limite...
Les draps remuèrent derrière elle et imperceptiblement, Lina pivota l'ouverture jusqu'à apercevoir l'Adonis dans le reflet de la vitre. Son étirement quasi félin lui tira un sourire qui chassa ses prévisions dépensières, pour en faire revenir de plus sombres. Laissant son regard fixer de nouveau l'horizon elle compta les pas qui la séparait d'elle.
Six... n'était-ce pas le chiffre du diable? La main du jeune démon frôla sa peau comme on caresse une riche étoffe et Lina ne put s'empêcher de fermer les yeux sous ses baisers chastes ou non. Tout en frissonnant sous son souffle bien plus prometteur encore que celui du dieu Éole. Pourquoi Dieu l’avait-il faite si forte pour certains hommes et si faible pour d’autres... ?
La citation du Cid fit se retourner à demi la jeune blonde, captant dans le sien le regard bleu gris de son amant. Il y avait toujours eut chez lui cette parfaite compréhension de l’autre. Bien sûr, c’est ce qui aidait ce jeune Apollon à arriver à ses fins, et à la cour du Roi Soleil, dieu que c’était un atout, mais une telle empathie ne pouvait venir d’un cœur trop étranger au sien ?
Il fallait aimer un peu pour comprendre l’autre. Pas le comprendre dans ses choix ni ses actions, mais dans ses silences. Ou bien n’était-ce qu’un moyen de se persuader elle-même qu’elle faisait fausse route quand à leur relation. Qu’elle n’était pas manipulée, juste aimée, simplement, et sans passion. Pour l’amour du ciel, sa vie commençait à ressembler aux pièces tortueuses que Lina jouait sur scène, et l’ont sait à quel point il est peu recommandable de mêler vie privée et vie professionnelle !
A ses mots pour Chimène, la jeune comédienne aurait aimé répondre d’une manière acerbe et piquante, mais elle possédait une nature trop douce, trop naïve peut-être encore, pour ce genre d’échange. Lina força donc sa bonne humeur à reprendre le dessus, laissant pour un temps ses tracas  hors de vue.


    «  Je serais bien incapable de reproduire cela sur scène et tu te moqueras encore de mon accent bien trop chantant lorsque je déclamerais … »


D’un élan soudain Lina s’échappa de ses bras, arrachant par la même occasion, le vin aux lèvres de son amant. La jeune femme monta sur le petit coffre de bois au pied du lit et ouvrit les bras, révélant entièrement sa nudité sans paraître sans apercevoir.


«  Mais il me faut te perdre après l'avoir perdu ;
Cet effort sur ma flamme à mon honneur est dû ;
Et cet affreux devoir dont l'ordre m'assassine,
Me force à travailler moi-même à ta ruine.
Car enfin n'attends pas de mon affection .
De lâches sentiments pour ta punition.
De quoi qu'en ta faveur notre amour m'entretienne,
Ma générosité doit répondre à la tienne :
Tu t'es, en m'offensant, montré digne de moi ;
Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi »


La demoiselle porta la main à son front de manière théâtrale et surexagérée. Pourtant, sous ses long cils, et par delà son regard pétillant, ses mots avaient eut une troublante et dangereuse lueur de vérité.


Dernière édition par Lina Romanelli le Ven 23 Jan - 23:24, édité 1 fois
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Lun 28 Juil - 20:09

    Il était rare qu'il passât autant de temps, aussi régulièrement avec une maîtresse, encore plus que cela dura au fil des semaines. A l'exception de Claude de Fiennes. Or, précisément sa complicité avec la jeune demoiselle attachée à la maison de Madame était bien l'origine de la relation particulière qu'il entretenait désormais avec la comédienne. En revanche il n'y avait qu'avec Lina qu'il ne prenait pas le moindre gant pour dissimuler sa liaison, maintenir un semblant d'apparence. C'était avant tout un choix stratégique, certes. Il fallait bien que cela se sache, après tout. Mais cela avait ses bons côtés aussi puisqu'il pouvait alors savourer la compagnie voluptueuse d'une superbe jeune femme, aussi bien dotée par la chair que l'esprit, sans que ce plaisir ne soit gâché par le besoin de discrétion. L'esprit libéré de toute contrainte, il pouvait alors s'abandonner parfaitement aux agréables moments qu'il partageait avec elle. Peut-être était-ce là l'une des raisons pour lesquelles il en était venu à tant apprécier l'Italienne. En plus de ses nombreux charmes, elle lui apportait comme un parfum de la liberté dont il s'estimait injustement privé.
    Aussi fut-ce sans amertume, qu'il la vit lui soustraire et le vin et ses courbes. Plantant fermement ses poings sur ses hanches, il attendit le jeu que Lina ne manquerait pas de lui dévoiler. Et "dévoiler", c'était bien le terme qui convenait. Ses yeux à lui en brillèrent de gourmandise.
    La tirade qui suivit, pourtant, était de nature à tiédir quelques ardeurs, pour peu qu'on la prit littéralement et qu'on oubliât les "r" roulés trop joliment. Il était trop intriguant pour ne pas percevoir ce que cela pouvait avoir de sens caché. Il était aussi trop courtisan pour en rien laisser paraître. Du reste, le spectacle des yeux valait bien mieux que celui de l'oreille et il s'y plongea tout naturellement.

    Le jeune ambitieux ne chercha ni à dissimuler ni à contraindre le début de désir qu'elle excitait chez lui, préférant goûter les sensations qui l'accompagnait autant que la vue qu'elle lui offrait. Mais il était définitivement bien incapable de regarder longtemps sans avoir envie de toucher. Et lorsque rien ne vient empêcher le souhait, alors pourquoi ne pas s'exhausser ? De nouveau ses doigts coururent sur la peau veloutée de hanches pleines, et puisque perchée comme elle l'était elle lui en donnait l'occasion, le jeune homme ne se priva pas non plus d'agacer brièvement son joli nombril de la pointe de la langue et de quelques baisers. Se faisant, il y mettait un savoir-faire licencieux destiné à troubler l'Italienne, avec cette habituelle perversité qui motivait Lorraine à ne donner du plaisir que pour la sensation de conquête de l'autre, de conversion, d'ensorcellement que cela lui prodiguait à lui. En toute conscience il aimait à faire passer cela pour une générosité libertine. En toute inconscience il évitait toute réflexion pouvant éclairer ses motivations plus profondes.

    Comme la jolie comédienne ne montrait pas la moindre velléité de partager son tourment, et choisissant d'ignorer parfaitement tout ce qui aurait pu avoir l'air d'une accusation à son encontre, le jeune homme décida alors naturellement d'orienter le cours de la conversation en comprenant les mots qu'il avait entendus à sa façon. De toutes les interprétations qu'on pouvait faire d'une telle citation à un tel moment, dans de telles circonstances, il préféra s'arrêter à celle qui lui convenait à lui plutôt que de chercher à deviner celle que Lina lui avait octroyée. Rien que de très naturel en somme.


    -C'est peut-être là que se trouve le manque de tragique, cara Lina : quelle offense pourrait-on bien oser te faire ?..., demanda-t-il en profitant de ses propres gestes pour y glisser, par une fossette malicieuse, des sous-entendus tendancieux.
    L'instant d'après la malice laissa le pas à un franc sourire, spontanément venu aux souvenirs de ces terribles déclamations chantantes auxquelles son sérieux résistait si mal.


    -Très bien, je l'avoue honteusement : j'ai ri la dernière fois. Mais c'était bien sans méchanceté et pour tout dire, j'aime mieux ces rires-là que l'humeur chagrine que me tirent tes consœurs. Si toutefois je t'ai attristée, alors je tâcherai de me faire pardonner.

    Sur ce, et comme pour ponctuer sa phrase, il lui piqua un dernier baiser sur son ventre blanc, avant de relever la tête vers elle. Il aurait presque pu avoir l'air d'attendre un verdict, avec ce sourcil interrogateur levé, s'il y avait eu un peu de contrition dans son expression. Au lieu de quoi, il arborait l'air serein et étrangement franc de ces coupables qui, pris sur le fait, n'éprouvent nulle crainte de ce qui pourrait bien leur advenir. Non pas par absence de peur de la sanction. Mais parce que le plaisir de la mauvaise action a été bien trop grand pour qu'on puisse jamais la regretter sincèrement.
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Ven 23 Jan - 23:46

(je comprendrais que tu n'es plus d'inspiration pour le sujet, je suis désolée du retard, dis moi si tu veux qu'on l'arrête ici Wink )

    Le discours avait enflammé ses joues. Ce texte, elle l'avait appris en une nuit et une seule, cela pouvait paraitre étonnant, ça l'était moins lorsqu'on la réduisait au seule monologue qu'elle venait de déclamer et non à la pièce dans son ensemble. Pour sa défense, le Cid était l'un des premiers textes que Madeleine lui avait fait étudier. Les tournures de phrases et la prononciation françaises avaient été écorchés dès le premier « r » survenu, dès la première phrase en fait. Cette dernière avait un peu près donné « Méé il mé fooo té perrrdrre apréés l’avouuérr perrrdou », somme toute assez drôle, Lina venait d’inventer le tragi-comique !
    Bien sûr elle ne l’avait pas répété tel quel devant Madeleine, elle l’aurait fichu à la porte sans même faire semblant de rire. La Béjart, riait peu, ses sourires étaient autant de sucreries distillés entre ses mots et ils étaient savamment comptés. Lina l’avait vu faire, devant les nobles courtisans, devant les  foules de spectateurs ébahis, devant elle aussi, au début tout du moins. Comme un masque, qu’un acteur ayant trop souvent porté ne sait plus différencier de son propre visage. Mais s’il y avait bien une chose sur laquelle on ne riait pas avec Madeleine, c’était la tragédie, et la jeune comédienne s’était promis de ne tirer, sinon des larmes, que des têtes de dix pieds de long à son public, et une moue légèrement boudeuse à Madeleine.
    Mais l’homme qui se tenait devant elle était un acteur d’une autre trempe. Un de ceux pour qui les coulisses n’existaient pas et n’étaient qu’une arrière-cour de plus à divertir. Un  de ceux dont les gestes et le toucher vous tiraient des cris de plaisir qu’il maniait aussi bien que la langue de Molière. Philippe de Lorraine aurait pu être comédien qu’il en aurait égalé plus d’un, mais son théâtre à lui était la réalité, et c’est peut-être en cela qu’il lui faisait le plus peur.
    Ses mains de doux démon s’emparèrent de nouveau de sa peau et en enflammèrent chaque centimètre, lui arrachant même un soupir frustré lorsqu’il atteignit le point névralgique de son ventre clair. Peut-être était-elle trop simple pour ce monde d’illusions, trop faible aussi, pour s’adonner au plaisir sans y résister même un peu. Et tout cela aurait pu continuer longtemps sans cette pointe de conscience acide qui laissait présager une fin à la hauteur des fortes passions qui la secouaient.
    La pirouette de son jeune amant en réponse à sa tirade ne put que faire sourire Lina, en façade tout du moins. Ses doigts glissèrent sur la tête bouclée, faussement à sa merci, redessinant les courbes de ses cheveux ébouriffés par une nuit de jouissance.
      « Les offenses sont souvent déguisées, elles apparaissent comme des cadeaux qui ne sont en réalité que poison lent. »

    Lina hésita à sourire, elle ne le voulait pas, elle voulait qu’il comprenne. Mais sans texte et sans canevas, la comédienne ne savait jouer. La cruauté des sentiments et en l’occurrence des non sentiments se profilaient à l’horizon et la jeune femme préférait fermer les yeux que d’y faire face.
    Un sourire en coin creusa donc ses joues alors qu’elle descendit à hauteur de Philippe les jambes repliées sous elle, glissant avec délice entre ses doigts.
      « Et puis tu as raison, la dignité est une chose en réalité peut commune en ce monde et ne vaut pas la peine qu’on meurt pour elle. »

    Ponctuant sa phrase d’un baiser frais sur les lèvres de son amant elle s’allongea de tout son long en travers du lit. Remontant ses jambes le long d’un des piliers en bois sculpté, ses orteils suivirent à petits pas le chemin de la vigne creusé à même le bois.
      « S’il y a bien une chose dont je meurs cependant, c’est de faim ! »
    Attrapant le regard de Philippe elle posa un doigt sur ses lèvres avant qu’il ne puisse répondre une des phrases sarcastiques dont il avait le secret.
      « De nourriture terrestre dois-je préciser ? »

    Le regard pétillant de Lina revenu, le jeu pouvait reprendre sans ombre au tableau.
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