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 Une visite dérangeante ? (libre)


Mar 1 Juil - 7:24

❝ ... & catherine ❞

Agenouillée, la Voisin regardait attentivement une mère tenant son enfant. Furtivement elle leva un sourcil, esquissant une longue inspiration, et pencha la tête. De la bouche elle marmonna des bribes indistinctes. Toute personne connaissant son visage trouverait étrange la présence de la Voisin dans un lieu aussi propice au recueillement et à la prière. Dans la maison de Dieu, la Voisin priait. Si peu de gens savaient que malgré tout elle était selon toute apparence une bonne chrétienne. Née dans la foi catholique, elle ne reniait pas Jésus. Néanmoins pour elle, il existait un certain équilibre entre le bien et le mal et que pour garder cet équilibre, les Hommes devraient faire le culte des deux. C'était le cas des civilisations passées, disparues, qui vénéraient le Soleil et la Lune. Mais ces gens qui connaissaient ses pratiques s'en fichaient. Ce qui leur importait étaient les poisons que leur fournissait la Voisin. Pas sa religion. Au moins, la plupart d'entre eux ne la faisait pas passer au premier plan, même si les histoires bibliques imprégnaient encore leurs esprits. Sinon, la personne deviendrait cendres, sans doute brûlée place de Grèves. Heureusement qu'ils savaient rester silencieux. De ce fait, cette personne pouvait tranquillement continuer son activité d'empoisonneuse. Et c'était le cas de la Voisin.

Fixant la Vierge de ses globes brillants, l'ombre d'un sourire vint soudain planer sur ses lèvres. Un sourire que même un piètre membre du clergé trouverait cela déplacé, voire choquant. On ne souriait pas de cette façon à la Sainte Mère de Dieu, pardi ! Mais la Voisin, qui ne quittait pas la Vierge des yeux, ne put s'empêcher de penser si elle n'avait pas une fois dans sa vie accompli le moindre péché, le plus infime qui soit. La Vierge qui aurait mené une existence vouée à l'adoration et à la vie de son fils Jésus ne pouvait pas être pleinement pure, elle avait bien dû être fautive quelque part. Bref, bien sûr ceux qui étaient à l'origine des traces écrites afin que son histoire et la naissance de Dieu perdure dans le temps les avaient quelque peu enjolivées. Du moins, c'était ce que croyait Catherine qui acceptait toutes les religions terrestres pouvant exister. Mais cela ne voulait pas dire qu'elle n'en était pas moins rattachée à sa religion d'origine. La Vierge à l'enfant était tout ce qu'il y avait pour elle et sa fille puisqu'elle incarnait en quelque sorte leur relation mère-fille. La Voisin ressentait en effet les mêmes sentiments que la Vierge éprouvait à l'égard de son fils Jésus. Tout dans son attitude, sur cette sculpture, reflétait le visage qu'avait la Voisin lorsqu'elle retrouvait sa fille dans les rares moments intimes qu'elles avaient ensemble. La Voisin, d'un point de vue externe, croulait sous les commandes des clients de plus en plus pressants.

Marre de se lancer dans dix préparations à la fois et généralement longues, elle chercha un poison qui nécessiterait une préparation rapide et qui pourrait être vendu rapidement en abondance. Elle en trouva un qui réunit les deux critères mais c'était un risque à prendre car ce poison n'était pas n'importe lequel. On pourrait croire à une épidémie mais si elle le vendait une fois dans l'année, cela devrait passer inaperçu et les gens la prendraient pour la peste. Après tout, elle n'avait jamais complètement disparu de la Terre. En soupirant elle s'aida de ses deux jambes pour se relever du prie-Dieu contre lequel elle avait pris appui. Elle fit un signe de croix et regarda une dernière fois la Vierge avant de s'éclipser par la lourde porte de l'église. Dehors, à l'air libre, elle s'engouffra dans sa cape, méfiante. Jetant des regards attentifs à droite et à gauche, elle se faufila dans une rue, puis rejoignit une autre, plus étroite, afin d'entrer discrètement à l'arrière d'une boutique, la sienne. Elle se dévêtit de sa cape, l'accrochant dans un recoin secret, et la remplaça par un simple tablier qu'elle mettait habituellement pour effectuer ses préparations. Après l'avoir noué derrière, dans son dos, elle se rapprocha de la boutique. Écartant le rideau qui la séparait de l'arrière-boutique, elle vérifia qu'il n'y ait personne et que tout fût bien mis en place. Elle revint dans la pièce et ouvrit une trappe au sol, invisible aux yeux de tous.

Grattant une vulgaire allumette, elle alluma une lanterne, la prit et descendit sans bruit dans le grand trou qui semblait l'aspirer dans les ténèbres. Pour y être descendu à plusieurs reprises, elle connaissait par cœur le nombre de marches que composait l'étroit escalier. Elle se retrouva dans une vaste pièce et tendit la source de lumière qu'elle tenait vers le fond, vérifiant encore qu'il n'y avait personne. Soulagée, elle se mit en quête des bougies pour éclairer la cave. Avant de s'attabler à sa préparation du jour, elle regarda une dernière fois l'ouverture béante de la trappe, les sens en éveil. Elle détestait cela mais il le fallait pour sa sécurité, la sécurité qu'elle conférait à son activité d'empoisonneuse. La procédure en tête, la Voisin alla au fond de la cave, dans une petite réserve où elle entreposait avec la Vigoureux certaines plantes connues pour être vénéneuses. L'air frais et pur de la cave permettait aux plantes de la petite serre, sans cesse renouvelée, de garder une certaine fraîcheur. La devineresse se souvint d'une espèce de plante qu'un de ses fournisseurs ramenait parfois du sud de la France, de la Provence pour être exact, qu'elle gardait au fond de la serre. Elle partit la chercher et la porta jusqu'à la table en bois. Sortant un gros registre, elle défila son doigt sur les différents noms de plantes entrées dernièrement et tomba sur celui qu'elle venait de sortir. Elle lut :

❝ Entrée le 26 mars 1666 - Utilisation d'une semaine et demie. ❞

La plante était donc arrivée dans cette cave il y a trois jours, c'était parfait.

Parfait c'était bien le mot car dans huit jours elle ne serait plus bonne. Cette plante nécessitait de soleil, étant cultivée sous un climat méditerranéen. La Voisin fronça les sourcils, ce n'était pourtant pas la saison. Elle rouvrit le registre et tapota à l'« Italie », écrite sous une plume hésitante. Elle avait été importée d'Italie et la plante était donc passée de main en main jusqu'au fournisseur de la Voisin. Elle haussa les épaules et referma le registre, elle l'avait cette plante. Se rapprochant d'une plante, elle regarda sur toutes les coutures les fleurs qu'elle arborait. Elles étaient magnifiques et personne n'aurait imaginé qu'elles pouvaient être dangereuses, contenant un puissant poison, tant elles étaient gracieuses. De la forme d'une trompette d'un blanc pur, elle dégageait une odeur suave qui démontrait encore une fois qu'elle cachait bien son jeu. Mais ce n'était pas cette plante qui venait d'Italie, c'était l'autre, là avec les petits fruits dorés, presque rouges, accrochés sur des feuilles découpées et qu'on appelait là-bas pomo'doro, pommes d'or ou tomatl ici, en France. Ces baies n'étant point comestibles (en réalité si), elle donnait néanmoins au breuvage une couleur proche du rouge et couvrait totalement l'odeur de la fleur. Elle sortit un mortier accompagné de son pilon, des couteaux, des coupes, et remonta puiser de l'eau à un puits. Elle revint rapidement, vérifiant une nouvelle fois la boutique, et traîna le seau à la cave.

Il était temps de faire vite avant qu'un client ou une cliente vienne entrer dans la boutique. Il était encore tôt certes mais ne sait-on jamais. L'oreille à l'appui, elle se mit à l'ouvrage. Décrochant soigneusement les tomates de leurs tiges, car assez fragiles au toucher, elle les empila dans une coupe qu'elle mit de côté après les avoir tous retirés. Elle tira la plante aux fleurs blanches vers elle, prit le couteau et coupa trois corolles. Machinalement, elle jeta les trois fleurs dans le mortier préalablement rincé et y ajouta quelques tomates. Les pilant en douceur avec une main, elle tourna lentement avec l'autre le mortier. Il se forma bientôt une espèce de purée rouge, couleur sang-de-dragon. La Voisin regarda par-dessus le mélange et constata à l'odorat qu'il n'y avait plus d'odeur. Elle remit la plante dans la serre et revint à son poste. Réfléchissant à la suite des opérations, elle prit une grande coupe propre et y déversa toute la mixture. Avec une écuelle, elle calcula le volume d'eau à mettre dans le saladier et à l'aide d'une cuillère en bois, elle mélangea son contenu. Elle veilla à ce que le mélange soit bien homogène et plus claire. Elle racla les parois du saladier afin qu'il ne reste plus rien et termina de battre le mélange désormais liquide avant de sortir des petits flacons, trente au total. Elle en versa scrupuleusement une petite quantité dans chaque flacon avec une louche. Elle les referma aussitôt après mais tourna soudain la tête en direction de la trappe, quelqu'un venait d'entrer dans sa boutique.

Rapidement, elle jeta tous les ustensiles qu'elle avait utilisé dans un seau, nettoya la table et recouvrit les flacons sous un torchon. Elle éteignit toutes les bougies avant de remonter et referma la trappe silencieusement. Se passant une main dans les cheveux, elle les arrangea, ainsi que son corset. Dans la boutique, la personne s'impatientait peut-être alors la Voisin ne se fit pas prier pour la rejoindre. Cependant, elle n'oublia pas avant d'ôter son tablier et de montrer son plus grand sourire.
    ▬ Bonjour ! lança-t-elle joyeusement. En quoi puis-je vous aider ?
Elle ne s'était pas pour le moins doutée de l'identité de la personne.

((hj : si vous voulez répondre à ce rp, mpottez-moi ♥ le premier à le faire sera choisi))
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