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 Henriette d'Angleterre — « Partout la jalousie est un monstre odieux : rien n'en peut adoucir les traits injurieux. »

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Dim 6 Juil - 15:36

Henriette d'Angleterre



Métier/Titre(s) : Madame, Princesse de France, Duchesse d’Orléans, et on en passera.
Âge : 22 ans
Origines : Anglaises et françaises
Langue(s) parlée(s) et niveau de maîtrise : Bon anglais
Orientation sexuelle : Vraisemblablement hétérosexuelle
Situation: Mariée, mère de deux enfants
Date de naissance : 16 juin 1644
Religion: Catholique
Groupe : Royauté
Personnage ayant existé?: Oui
Avatar : Rose Byrne


Le Miroir ...

Madame est mince, Madame est maigre. A n’avoir que la peau sur les os Madame ne passera pas le printemps… A raison de toilettes choisies avec un goût sûr, seule qualité que peut-être elle partageait avec son époux, elle ne parvenait qu’avec peine à masquer, sous des dizaines de mètres d’étoffes, le svelte poussé dans son extrême. Physiquement fatiguée, éreintée, quoiqu’elle maîtrisât l’art de camoufler, dès lors qu’elle était immobile elle renvoyait l’imagine d’une femme incapable de faire deux pas sans qu’on ne la soutienne. Souvent, trop souvent alitée, la pâleur n’était sur son visage plus charmante mais cadavérique. La bouche entrouverte ne semblait pas retenir le plaisir mais chercher l’air. Ses mouvements lents n’étaient pas délicatesse mais indolence souffreteuse. Les sourires se faisaient forcés et cachaient une lutte de chaque instant contre l’asthénie qui la dévorait.  
Et pourtant force était de constater qu’elle s’agrippait à la vie. Elle la dévorait autant que son corps fragile le permettait. La goûtait, la savourait. Henriette possédait en somme la fureur de vivre de ceux qui savaient que chaque heure qui passait était peut-être la dernière.  Alors dès qu’elle le pouvait elle se levait avec grâce pendant qu’on accourait vers elle pour proposer un bras salvateur, refusait d’un geste ferme les mains tendues, et non sans surprise on la regardait se mouvoir avec une assurance qu’on ne lui suspectait pas. Elle avait le pied sûr, ne chancelait pas, le port de tête haut, une démarche légère mais assurée, comme si elle se trouvait dans un incessant ballet où chaque pas devait être mesuré et dansant. Sous une attitude fière et mordante la finesse un jour morbide se trouvait ainsi sensibilité précieuse, fragilité embellie.
Un sourire à mi-chemin et le cynisme et la douceur, les yeux brillants de malice quoique pleins d’une pointe d’éternelle nostalgie, elle dégageait au quotidien cette expression entre naturel et policé, toujours imprégnée d’une certaine nonchalance.
Henriette se sentait doucement partir mais était encore vivante.  

Dépeinte par ses contemporains comme l'une des femmes les plus magnifiques de son temps –sans doute ne l’avaient-ils pas vue luttant contre une mort qui semblait lui tendre les bras des suites d’une grossesse subie avec horreur mais dignité-, pour autant elle n’était objectivement pas belle. Un visage un peu long et plutôt banal, les traits tirés, les cheveux d’une couleur sombre tout au plus quelconque et un corps qui s’apparentait à celui de la brindille, Henriette n’avait dans le physique rien de somptueux.
Mais Madame était belle. Madame était belle car dès lors que vous vous trouviez face à elle il semblait qu’elle ne voulait que vous plaire, à vous et à personne d’autre. Elle avait de magique ce regard si particulier qui vous laissait croire que le temps d’une conversation elle était toute à vous. Ces yeux sombres bernaient, autant que les lèvres carminées desquelles s’échappait une voix aux sonorités délicates faisaient oublier que vous n’étiez qu’un parmi tant d’autres. Fausse, elle l’était,  mais on ne pouvait lui retirer cette aura insondable qui la rendait désirable.

... n'est pas le reflet de l'âme

Bannie depuis longtemps la petite princesse abandonnée au fond d’un palais trop grand et froid. Oubliée la fille d’un souverain sans tête : une glorieuse Restauration avait fait naître la fière Stuart. Dès lors elle avait eu l’ambition de régner. Sur les cœurs, sur la cour. La vanité se mêlait au désir de prendre sa revanche, de leur faire à tous se mordre les doigts de l’avoir un jour méprisée. Du haut de ses titres elle s’estimait désormais plus encore qu’à sa juste valeur et voulût qu’on ne lui refuse rien, que chaque demande ne soit qu’une formalité et que, tant matériel qu’immatériel, tout lui soit acquis. Joviale et pleine de bons sentiments pourvu qu’elle appréciât, Madame se remplissait d’âpreur face à celui qui avait l’audace de lui déplaire. Pour autant elle avait la fourbe dignité de cacher tout sentiment négatif aux yeux du monde afin de mieux exploser et haïr en privé. Plutôt que de chercher le compromis elle n’était capable que de se noyer dans le conflit. A défaut d’une vie de couple exemplaire elle ne voulait par exemple pas atteindre le convenable mais se morfondait dans le pitoyable. Pas de juste milieu : ce que Madame ne pouvait avoir elle voulait détester.

Mais cette fermeté dans les sentiments, cette rancœur trop amère n’en faisait pour autant pas une femme forte. Celle qui aimait à intriguer, plaire et berner au nom de rien sinon son bon plaisir pouvait facilement se trouver au centre de complots dont elle ne suspectait pas même l’existence. Exploitant son désir d’être aimée on pouvait sans trop de peine la manipuler. En témoignaient Vardes, Mancini ou encore Montmorency, Madame se laissait aveugler par les beaux sourires. Cependant, « n’oubliez jamais que je suis fille de roi et que si l’on me fait souffrir, j’ai un frère roi qui me vengera », aimait-elle à rappeler de fait à ce que continuellement on ait en tête que jouer avec ses sentiments n’allait jamais sans représailles. Pourtant on susurrait encore la flatterie à son ego pour mieux la dépouiller de ses faveurs, ce dont elle ne prenait que doucement conscience.
Cependant on ne pouvait tuer Madame ! Car elle avait depuis trop longtemps compris que s’était sans doute niché en elle ce gène Stuart qui faisait passer brutalement de la vie au trépas, Henriette s’était convaincue que rien ni personne ne l’empêcherait de briller jusqu’à la dernière seconde. Au delà des minauderies, de l’amertume, des faux-semblants et de tant d’autres défauts qu’on ne pouvait que lui reconnaître, il avait chez elle une pleine et irrésistible envie de profiter de chaque petite seconde passée hors de son lit. Elle voulait être de toutes les fêtes, de tous les divertissements, s’amuser éternellement avec le petit monde qui gravitait autour d’elle, connaître l’ivresse et goûter à tous les plaisirs terrestres. En somme elle apportait au plaisir l’ardeur fébrile de ceux dont les jours sont comptés.

Puis il y avait une semi-solitude méritée. Alors le cœur était partagé.
Entre deux intrigues, précieuses discussions et autres conseils prodigués à des rois qui lui accordaient sa confiance, on trouvait d’un côté la langueur. Régulièrement elle s'échouait, la tête sur l’épaule de Catherine, parfois allongée pour mieux dicter à Marie-Madeleine, ou sagement assise à écouter d’une oreille attentive la lecture qu’on lui faisait afin d’endosser son rôle d’arbitre des modes. Car malgré la fébrilité physique l’esprit restait vif, curieux, et se devait d’être occupé lorsque le corps ne pouvait l’être.
Et il y avait les larmes. Rares mais qui tombaient alors en cascade quand elle ne parvenait plus à prétendre. Lorsque la jalousie d’un mari et les moqueries de ses pitoyables serviteurs enrubannés devenaient trop insupportables. Alors un court instant, avant de se préparer à une nouvelle escalade des tensions, Madame se fissurait et laissait place à une Minette recroquevillée au coin de son lit.
On trouvait là le parfait signe de son incapacité maladive à accepter la contrariété.


Dernière édition par Henriette d'Angleterre le Dim 6 Juil - 15:40, édité 2 fois
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Dim 6 Juil - 15:37

On naît tous un jour ...



     

I- D'Exeter à Fontainebleau.

*****

1656

Alors qu’il était depuis longtemps parti elle refusait de quitter son poste d’observation. Les mains et le nez contre la fenêtre glacée, la petite fixait les portes closes de la cour. Espérant avec toute la ferveur dont elle était capable qu’il revienne mais au fond bien consciente qu’elle demandait l’impossible. Plus les minutes passaient, plus il s’éloignait de Paris, plus elle se retenait de fondre en larmes. Car de nouveau Henriette se trouvait démunie face à la fatalité d’une histoire dont elle ne se sentait que spectatrice impuissante.
C’était injuste. Sinon naître Stuart elle n’avait rien fait pour mériter cela. Tout cela. Un père dont le trône encore ensanglanté été occupé par un usurpateur. L’exil, puis l’oubli d’une cour de France qui n’avait pour elle qu’indifférence. Vivre grâce à cette pitié qui n’était qu’humiliation. N’avoir eut que l’espace d’un instant l’illusion qu’elle pourrait devenir quelqu’un en se trouvant épousée d’un roi. Savoir au fond qu’elle ne serait jamais rien sinon la pauvre petite anglaise qui n’avait plus ni couronne ni argent.
Et maintenant regarder ce frère qu’elle adorait la quitter.

- Henriette, descendez et allez retrouver Flaille.

Tirée de ses silencieuses complaintes, elle tourna la tête sans pour autant descendre de son perchoir. Les mots de la reine déchue atteignirent à peine ses oreilles, ou au moins étaient complètement dénués de sens. Car elle n’avait actuellement que faire du clavecin.

- Charles reviendra-t-il bientôt ?

Il n’y avait rien au monde qu’elle désirait moins que de rester seule ici. Tout autant qu’elle aimait cette mère qui malgré de longues retraites spirituelles n’avait jamais cessé de la chérir, Henriette se lassait de se trouver éternellement seule face à elle. Sans compagnons de jeux, lady Morton partie, les leçons qu’on lui imposait toujours trop courtes à son goût, invitée à intervalles trop grands à des fêtes durant lesquelles ont ne lui prêtait pas attention : il lui semblait qu’il n’y avait dans ce palais personne sinon elle.  
Alors que sa fille venait de tourne de nouveau le regard vers l’extérieur, attendant le miracle qui ne viendrait jamais, Henriette-Marie vint la soulever, la poser sur le parquet grinçant avant de la tirer par la main pour de la sortir de son inertie.

- Allez trouver votre professeur, vous dis-je.

Un pas en arrière pour signifier le refus d’obéir et un regard déterminé dont on disait qu’il avait un jour habité Henriette-Marie. Un acte presque fondeur quand on la savait habituellement si docile et désireuse de ne pas, par sa conduite, attrister plus une femme dont elle savait qu’elle avait assez souffert.

- Non. Vous n’avez pas répondu, mère. Charles reviendra-t-il bientôt ?

Un silence de quelques secondes s’installa. Elles se fixèrent et chacune semblait vouloir rester campée sur ses positions. Mais ce ne fut cette fois pas la frêle gamine qui céda, mais bien la mère dont les yeux s’emplirent soudain de cette tristesse qui n’était jamais très loin.

- … Je ne sais pas.

Au fond, doutait peut-être même qu’il revint un jour en vie. A présent qu’il avait obtenu de l’Espagne la levée de quatre régiments, que la France ne le tolérait plus sur son territoire, Charles semblait avoir pour seul projet d’avenir proche de se jeter à corps perdu dans une bataille dont nul ne pouvait prévoir l’issue. On ne contentait d’espérer. Mais toute jeune qu’elle était, Minette, comme se plaisait à l’appeler Charles II, comprenait au ton de sa mère qu’il lui faudrait encore compter sur des années de solitude.
Triste réalité.

- Il m’a dit que quand il serait de retour il aurait pour moi une nouvelle paire de gants.
La remarque paraissait neutre, sorte de conclusion à ce dialogue aussi court que défaitiste.
- Ceux-là sont trop petits.

Mais elle en disait long.
Doucement elle déposa dans la main de sa mère ce bien précieux, offert il y avait peu par Christine de Savoie mais qui déjà ne lui convenait plus. Alors il lui faudrait attendre avant d’avoir de nouveau les mains au chaud. Ou que la noble cousine la prenne de nouveau en pitié et lui fasse parvenir quelques cadeaux, ou que son royal frère reprenne pays et or qui lui revenaient de droit.

*****

Mars 1661

Cela n’avait été l’affaire que de quelques semaines pour que Minette se trouve soudain au centre des attentions. Alors qu’on fêtait Outre-Manche une miraculeuse Restauration, en France les regards s’étaient brutalement tournés vers cette gamine dont on se rendait désormais compte qu’elle était devenue femme.
Quelques semaines à peine et la vie morne d’Henriette s’était transformée en une succession de véritables aventures. Outre de soudaines fiançailles il y avait évidemment eu ce voyage en Angleterre. La découverte de fêtes étourdissantes, d’un quotidien plein de luxe et de luxure auquel elle ne voulait dès lors plus  échapper. Les attentions, amicales, galantes, sincères ou d’intérêt mais qui toutes autant lui plaisaient.
Le contact de cette cour jeune, belle, pleine de vie avait été semblable à un coup de fouet la réveillant d’une léthargie de toujours.
Puis la mort soudaine d’une sœur. Le retour en France. La traversée avortée par un naufrage et une princesse au bord de l’agonie. On avait juré qu’Henriette ne survivrait pas à ce mal qui l’avait prise et pourtant elle se tenait là aujourd’hui, plus réactive que jamais.
Tournant en rond dans une chambre pleine de domestiques auxquels aucune attention n’était prêtée, elle regardait du coin de l’œil l’annonciatrice de la nouvelle.
L’éventail se plia, déplia, replia. Il n’y avait que les coins de ses lèvres qui restaient désespérément immobiles et tournés vers le bas.
Finalement elle vint s’asseoir près de sa mère et posa sur elle deux yeux soudain suppliants.

- Je ne souhaite pas son départ. Qu’il reste. Je vous implore.

Une supplication, comme si Henriette-Marie était de ces personnes qui pouvaient faire changer les choses. Mais plutôt que d’avouer son manque d’influence sur ces choses là, la reine se contenta de caresser le dos de la main de sa fille et de lui lancer cet horripilant regarde désolé.

- Il a ses affaires chez votre frère, vous le savez bien.

Non, elle ne le savait pas. Ou plutôt était persuadée que la raison servie n’était qu’un masque.

- Vous mentez, madame ma mère. Charles ne ferait jamais rien qui puisse me déplaire et il est à sa connaissance que Buckingham m’est devenu un ami cher.
D’un bond elle se leva et reprit ses pérégrinations.
- Je sais bien que la vieille Anne est derrière cela.

Il était évident que la reine mère ne pouvait supporter qu’un Buckingham ne se lie avec une autre qu’elle. Et quoiqu’elle éprouvait pour sa tante un immense respect tinté de ce qui avait été un jour une sincère affection, à présent que Minette respirait l’intérêt politique, Anna d’Autriche se montrait chaque jour un peu plus exigeante et oppressante.

- Vous savez pertinemment qu’il est offusquer une princesse de France que de se comporter de telle manière à ce qu’on ne puisse se trouver à la cour sans ignorer qu’il a pour vous des sentiments qui dépassent le cadre de l’amitié.

Eh bien. Cela avait-il une réelle importance du moment qu’elle n’y perdait pas sa vertu ? Qu’ils sachent qu’il était à ses pieds, qu’il l’aurait accompagné au bout du monde et plus loin encore, cela lui plaisait bien. Elle se sentait aimé, belle, désirable, ce qui n’avait pas de prix. Sinon celui des moqueries, dont elle n’était encore pas assez mature pour mesure le poids.

- Baste. De France, je ne le suis pas encore. Du moment que je porte toujours le nom de Stuart avant celui de mon époux il est inadmissible qu’on renvoie ceux qui, au vu de notre sang, m’obéissent.

L’orgueil. Un trait qu’on ne lui avait petite pas suspecté mais qui ses dernières semaines s’était révélé comment dominant la personnalité d’Henriette. A présent qu’elle était sœur d’un roi couronné elle pensait pouvoir se permettre

- Cessez donc, petite sotte.
A son tour la reine se leva et vint placer un coup d’éventail derrière la tête de Minette. Bien peu soucieuse de la plainte aiguë de sa fille, Henriette-Marie ne lui laissa pas le temps de l’interrompre et d’une hauteur que la jeune femme ne connaissait entreprit de la remettre dans à sa place.
- Pensez-vous que ces caprices d’enfant conviennent à une femme de votre rang ? Vous voulez conquérir cette cour, ma fille, mais avez-vous la bêtise de croire qu’on ne rira pas de vous si avant même d’être mariée vous vous laissez berner par le premier venu ? Vous vous dites Stuart alors ayez-en la stature.

Voilà une éternité que tant de fermeté et de conviction n’étaient pas sorti de la bouche d’Henriette-Marie. Le ton employé eu l’effet escompté et fit taire sur le champ l’impertinente. Le sujet ne serait plus abordé. Jamais. La fatalité serait amèrement mais noblement acceptée. Henriette ne reverrait pas Buckingham et se devrait d’être une épouse irréprochable et dont on ne pourrait rire des frasques de ses prétendants.
La théorie était vaguement assimilée.

- … Me croyez-vous capable de convaincre la cour ?

A défaut de se sentir en mesure de plaire à un futur mari dont les déviances étaient connues, la Madame en devenir voulait se sentir aimée de toute une noblesse. Sentir dans leur regard l’admiration et le respect, un souhait bien haut placé.

- Pourvu que vous ne soyez pas aveuglée par la sournoiserie et la fatuité de ceux qui vous entourent, vous y scintillerez plus que personne.

Les conseils avisés justifiaient que la veuve ait un jour été un pilier dans la politique bien menée d’un pays ingrat. Du moins Henriette était disposée à le croire. Déjà on décelait un manque de lucidité.


*****

Août 1661

Fut un temps où les choses s’étaient convenablement passées. Presque glorieusement passées.
Car au fond Monsieur reçut bien Madame. Quoiqu’elle eut immédiatement la sensation de n’être non pas vue comme une épouse mais plutôt un camarde qui l’amusait et sur qui il s’imaginait pouvoir essayer les modes. Elle s’était d’abord sentie comme une poupée qu’il voulait montrer pour qu’on la trouvât jolie. Entourée, admirée, il ne fallut cependant pas longtemps avant qu’on ne l’adule. Brillante au bras d’un mari dont elle méprisa si vite le manque de grandeur, Madame, au delà du charme et de l’ornement de cette galante cour, voulait également en être le centre. Grâce à la royale faveur le vœu fut exhaussé. Car s’il avait méprisé Minette, Louis XIV adorait à présent Madame. Ce qui dans un premier accommoda le cadet des Bourbon.
En effet, la joie de Philippe ne fut-elle pas à son comble lorsqu’à Fontainebleau il vit le roi ne pouvoir plus se passer de sa femme ? Accommoder tout selon et pour elle ? Chasses, bals et parties ? Pauvre fou, peut-être même pensa-t-il gouverner à travers Henriette. Madame pour autant n’en était pas mécontente, et laissa faire. Comment ne pas apprécier d’être l’idole des lieux. Louis ne voyait personne sinon elle. Tout souverain qu’il était il se plaisait à de longues promenades avec pour seule compagnie celle de sa belle-sœur, méprisant au passage la fragile santé d’une obéissante Henriette. La relation était platonique mais la presque amoureuse complicité évidente. Si bien que les bruits ne tardèrent pas à monter dans leurs dos et que la bienséance autant que la jalousie se chargea bien vite de les séparer.

Au travers de la vieille Anne, d’abord. Puisque par la raison elle ne pouvait séparer les deux chastes amants il lui fallut intriguer. Cette véritable harpie ne pouvait supporter qu’on préféra la belle-sœur à la mère et se chargea avec habileté de retourner Philippe contre son épouse. Pointant du doigt les cornes qui risquaient de lui pousser sur le haut du crâne s’il était incapable de tenir sa femme, elle exacerba la jalousie et obtenu qu’il crie au scandale. Du même temps, elle plantait dans l’esprit de sa souveraine progéniture l’insidieuse certitude qu’elle finirait par vouloir le gouvernement. Cela ne le rendit d’abord que pensif mais nul doute que l’idée fit tout de même son chemin.  
Toujours était-il que demeurait une certitude : les choses allaient trop loin. Mais ni le roi ni Madame n’avait à cœur d’écouter les remontrances. Pourtant ils avaient peur du bruit et durent se résoudre à faire détourner les regards.

Proposant le paravent Henriette avait cru jouer avec talent mais commit la première erreur de ce que nous appellerons son règne. Petite boiteuse, fille sans naissance ni talent, la pauvre Louise s’était malheureusement révélée être un bien mauvais choix. Du bas de sa pudeur, de son naturel, de toute sa naïveté et de son manque d’esprit, la petite bourgeoise de Tours était aimée du monarque et Madame n’était à ses yeux plus qu’une bien aimable sœur.
L’échec était cuisant. Car si elle continuait de gouverner les fêtes elle ne possédait déjà plus le monopole du cœur.

Alors bientôt ne resta que la fatalité d’une union ratée. « Le triste et honteux mariage de Madame avec cette fille fardée, minaudière et coquette qu’on appelait Monsieur »* constituait désormais une lutte étrange, et imperceptiblement immorale. On se trouvait avec deux petites cours jalouses et les jolis jeunes gens qu’aimait Monsieur devaient se décider.
Sans doute Madame sonna-t-elle sa perte lorsque le favori passa de l’époux à la femme. Si péché originel il y avait on ne le trouvait pas en la personne du roi mais bien d’Armand de Guiche.

(* dixit Jules Michelet)




Dernière édition par Henriette d'Angleterre le Mar 5 Aoû - 3:57, édité 4 fois
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Dim 6 Juil - 15:37

On naît tous un jour ...



   

II- Entre résidences princières et royales.

*****
Novembre 1662.

Le solennel Coucher de la reine enfin fini, elle s’en fut, tournant des talons claquants sur le parquet de St-Germain, en direction de ses appartements. Dans son sillage immédiat deux dames, les plus proches, la sulfureuse comtesse de Soissons, dont le service auprès de Sa Majesté était terminé, en tête. Loin d’être épuisé après une journée tout étiquetée et pleine de civilités, ce beau monde se pressait, souriant et enthousiaste, chez Madame. Alors que la cour prenait congé, puisqu’il n’y avait ce soir aucun divertissement officiel, il était à présent permis de se retrouver en petit comité, entouré de ceux qu’on choisissait et non plus qu’on nous imposait. Que la détestable petite bourgeoise boiteuse rejoigne son royal amant, que les demoiselles sans intérêt regagnent leur chambre, Henriette et sa petite poignée de privilégiées pourrait pendant ce temps profiter d’une nuit qui peut-être serait témoin de quelques mesquineries.
Les trois femmes s’installèrent dans le boudoir attenant à la chambre, presque aussitôt rejointes par Mlle de Barbezières et surtout l’indispensable Mlle de Montalais, confidente de la duchesse d’Orléans et grande instigatrice des affaires amoureuses. Petit génie des secrets de Madame, elle ne manquait jamais d’originalité dès lors qu’il s’agissait de pouvoir aimer en toute discrétion. En témoignait l’ingénieuse combine montée aujourd’hui.

- Qu’avez-vous pensé de la voyante de cet après-midi, demanda innocemment Henriette tout en venant déposer sa petite chienne sur ses genoux.

- Je crois que ses prédictions sont aussi exactes que l’entourage de votre époux amoureux des femmes, se moqua gentiment Mlle d’Arquien, alors que toutes ici savaient qu’elle avait au moins quelques heures ressassé l’incroyablement rocambolesque vie amoureuse qui lui avait été prédis.

- Pour autant, et quand bien même elle ne s’en reviendrait pas nous dire la bonne aventure, j’affirme que nous la reverront sous d’autres traits, avança Olympe sur un ton volontairement trop mystérieux, quand il ne faisait aucun doute qu’elle avait su déceler le vrai du faux.

Madame sourit, lança un regard complice à Montalais, ne démenti pas et ainsi confirma. Sans doute plus de vieille diseuse d’aventure, pour autant les idées continueraient de fuser pour faire entrer le comte de Guiche en toute discrétion. On voulait à tout prix profiter de la présence de l’amant mais également éviter la colère du mari cocufié par son favori et du beau-frère peu à même d’accepter de telles frasques. Pour autant l’exil qui se profilait ne paraissait pas comme une fatalité mais plutôt telle une simple menace qu’on pouvait contourner de façon astucieuse.

Durant près d’une heure elles conversèrent plutôt que persiflèrent –chose presque étonnante-, avant que, fatiguées ou souhaitant retrouver quelques galants, deux des jeunes femmes ne demandent à se retirer, ce que Madame ne refusa pas.
Les unes sortaient alors que l’un entrait. Du haut de son attitude éternellement fière, le marquis de Vardes arrivait parmi ces dames qu’il salua bien bas.

- Vous avez tardé, marquis, s’exclama la duchesse sur le ton du reproche mal déguisé.

- Mille excuses, Madame, répondit-il en s’inclinant de nouveau, avant de venir s’asseoir, comme le lui indiquait d’un geste de la main Henriette. Mais j’espère que l’idée avec laquelle je viens vous trouver vous persuadera de me pardonner.

- De toutes les armes dont vous disposez l’ingéniosité est la plus susceptible de me corrompre.

Moi radicale qu’un « dites-moi tout », quoique les yeux trahissaient l’intérêt si facilement acquis.

- Je songeais tantôt à la petite bourgeoise et à l’affront qu’elle vous faisait chaque jour par sa simple présence.
Madame haussa les épaules, ne pouvait aller que dans le sens de cette affirmation, qui cependant n’avait rien de nouveau.
- Je songeais également à sa Majesté, dont on me rapportait qu’elle se plaignait aujourd’hui encore du manque d’égards que lui témoignait le roi.
Cela manquait également d’originalité.
- Alors j'en vint à me dire : pourquoi ne pas faire croire à l’une qu’elle pourrait récupérer le cœur de son époux en bannissant simplement l’autre de chez vous ?

Les trois femmes se regardèrent tour à tour, s’accordant silencieusement, et ce fut Olympe qui traduisit leur pensée commune.

- Vous savez très bien que la reine n’a pas la carrure nécessaire pour exiger quoi que ce soit.

- Evidemment elle n’aurait jamais l’idée de faire chasser La Vallière, ne croyez pas que je lui donne tant de crédit. C’est pour cela que ladite idée doit venir d’un tiers. De quelqu’un qu’elle respecterait et auquel elle obéirait pieusement.

- Ne me dites pas que vous avez la vanité de croire que vous pouvez commander à Dieu ce qu’il doit souffler à la reine, le coupa Madame non sans moquerie dans la voix.  

- Je pensais plus modestement au roi d’Espagne.  

- Au roi d’Espagne ?! Etes-vous souffrant, mon pauvre Vardes ?
Elle éclata de rire devant cette vanité qui semblait le pousser à croire qu’il était capable de tout et n’importe quoi.

- Au roi d’Espagne, parfaitement. Ou tout du moins voilà ce qu'il faudra faire croire à Marie-Thérèse.
Il se leva, l’air doctoral, et commença à tourner en rond pendant qu’il expliquait enfin le fond de pensée.
- Nous lui écrirons une lettre, que Guiche traduira en espagnol, signée de Philippe IV, lui disant tout le mal que les rumeurs venues de France lui font et lui ordonnant d’exiger le renvoie de La Vallière. Au nom de la raison d’Etat, votre frère ne pourrait se résoudre à refuser la demande quand il apprendra que derrière sa femme le souverain espagnol l’exige.

- Comme c’est ingénieux, s’exclama Olympe, les yeux soudain brillants dès lors qu’il était question de comploter. Et il me suffirait donc de déposer la lettre chez la reine, lui laissant croire que sa chère Molina la lui aurait apportée.

Henriette, cependant, paraissait beaucoup plus mesurée. Même embêtée. Le résultat serait pour elle brillant et par ailleurs la reine serait également débarrassée d’une épine. Exiger d’elle le renvoie Louise était en somme lui rendre service et lui donner une occasion de renouer avec son époux. Quoique Madame doutait sincèrement des capacités de l’espagnole à la saisir. Mais cela, ce n’était plus son problème.
Elle se tut un moment, sans se soucier des trois paires d’yeux qui s’étaient tournées vers elle, pesait le pour mais voyant encore le contre.

- L’idée ne manque pas d'intérêt, c'est indéniable, finit-elle par reconnaître, et vous savez mon opinion concernant Marie-Thérèse. A savoir qu’elle l’estimait bien peu. Pour autant je ne sais… Il me semble excessivement bas de songer à la manipuler ainsi.

Mais Vardes n’était pas homme à reculer devant la petitesse d’une action. Bien au contraire, plus elle supposait noirceur des sentiments, plus il était disposé à la mettre en œuvre.

- Je puis vous assurer, Madame, que vous n’auriez rien à vous reprocher. De l’écriture de la lettre à sa remise à la reine, le comte, la comtesse et moi-même nous occuperions de tout.

L’argument n’était pas mauvais… Comme cela Henriette n’aurait pas à se pas salir les mains. Il lui suffisait même de ne pas refuser et de laisser faire, pour se contenter d’apposer un regard distant sur la chose.

- Qu’en pensez-vous, Montalais ?

- Que jamais votre nom ne doit être mêlé à une affaire pareille, répliqua aussitôt la jeune femme, soucieuse de satisfaire l’ambition de sa maîtresse mais aussi de protéger ses intérêts. Pragmatique, elle savait le mal qu’aurait une telle affaire, si elle venait à être découverte un jour, sur sa réputation.

- Encore une fois je vous assure que vous n’y seriez pour rien, la coupa Vardes, doucereux, qui s’était rassit près d’Henriette à qui il s’était aventuré à prendre la main, tel un ami qui lui voulait du bien. Et enfin, Madame le roi vous considèrerait de nouveau à votre juste valeur.

De nouveau régner sans ambiguité sur la cour. Voilà une ambition qu'elle ne feignait pas même de cacher. Retrouver sa véritable place : rien n'était à ses yeux plus important.
On avait ici la corde sensible sur laquelle le marquis savait jouer sans détour.

- Certes... Je suppose que si vous ne mettez pas au courant de l’avancement de votre affaire, je ne pourrais vous empêcher d’agir… Et sans savoir je ne peux être coupable.

Mais ne fermant pas la porte à l’idée, Madame s’aventurait sur une pente qui s’annonçait glissante. Première illustration clinquante de cette cour dont le goût de l’intrigue et le manque de droiture d’esprit voulait corrompre un esprit encore jeune et malléable.
Henriette ne souhaitait pas le mal, elle ne supportait simplement pas de ne plus être préférée.

*****

« Avez-vous lu la Muse de ce jour ? On y parle encore du pape humilié et des dévots, dont on croit qu’avec le roi j’ai fait pièce en me déclarant marraine de Molière. Cela m’amuse bien de les savoir tous se disputer sur la profondeur d’un geste qu’on ne semble pas vouloir un seul instant suspecter comme une simple bonté de cœur. Auraient-ils tous oublié comme je sais le mal que font les rumeurs ? Certes il me plaisait de contredire les dévots, mais pour autant tout n’est pas politique. Soutenir, face à la calomnie, un homme dont j’apprécie le talent n’est-il pas plutôt mondain ?  

J’espère vous voir cet après-midi chez moi, que nous puissions parler de vive voix, de cela et de tant d’autres choses.

Henriette.

Au Palais-Royal, ce 1er mars 1664. »

*****

« Mon très cher frère,

Cela fait quelques jours que je souhaite vous écrire mais les forces me manquaient trop pour que puisse m’y atteler, et vous concernant je ne peux me résoudre à dicter.
Cependant, les nouvelles d’une Altesse Royale ne tardent jamais et peut-être monsieur votre ambassadeur vous a-t-il déjà conté la sordide histoire dont j’étais bien malgré moi le centre. Je crains cependant que quiconque ne connaissait pas intimement ce cercle de criminels qui gravitaient chez moi pourrait se méprendre, tout du moins mal interpréter les faits. Laissez-moi donc tout vous dire, et j’espère qu’après cela vous ne me blâmerez pas mais plutôt compatirez à mon malheur.

A de nombreuses reprises je vous ai écrit à propos de mes proches amis la comtesse de Soissons et le marquis de Vardes. Ils étaient là deux personnes que j’estimais en tout point et qui pouvaient se targuer de recevoir les marques de mon amitié. Elle pleine de grâce, lui tout à fait galant, et tous deux dotés d’un esprit qui me plaisait, ils inspiraient la confiance, si bien que je me laissait bientôt, et pour longtemps, prendre au piège. Au demeurant j’étais loin d’être la seule et mon frère le roi de France tout autant que mon époux trouvaient en eux deux êtres agréables. Vous rendez-vous compte comme ils étaient habiles dans l’hypocrisie tant ils savaient se faire apprécier de tous ?

Leur accordant mon crédit, je conversais avec eux des affaires les plus futiles comme des plus sérieuses. C’est ainsi que j’en vins, et je vous prie de ne pas m’en blâmer, à évoquer avec eux les lettres que nous échangions. Ce fût une erreur bien idiote, ce que j’appris à mes dépends il y a de cela quelques semaines. Dans sa fourberie Vardes, qui voulait se faire un peu plus aimer du roi, lui montra en effet ma correspondance, croyant ainsi se faire espion. S’il n’y avait, vous le savez bien, rien de compromettant, pour autant tout dans ce geste criait à la trahison ! Lorsque la comtesse de Soissons, que j’estimais encore à l’époque, me rapporta la chose, j’eus d’abord du mal à le croire. Mais en y pensant à deux fois, cela ne faisait que confirmer mes doutes.

Car il y avait eu par le passé des gestes qui appelaient à la prudence, cependant je ne voulais pas encore croire que cet homme, que je croyais mon ami, puisse me vouloir le moindre mal. Malgré les soupçons je lui accordais encore le bénéfice du doute.
Vous rappelez-vous Isabelle de Montmorency, très chère amie qu’avec vous je me suis permis de surnommer affectueusement Bablon ? Il y a de cela plusieurs mois déjà, Monsieur mon époux se trouvait soudain fort marri par cette femme et me défendait, sous couvert que je ne pouvais me lier à une personne aussi décriée qu’elle –elle avait en effet une réputation qui n’était plus à faire, mais ne s’en trouvait pas moins une personne tout à fait charmante- de la côtoyer. Je ne voyais là d’abord qu’un nouveau moyen de me contrarier ! Mais j’étais bien loin de me douter que ce n’était pas la seule raison. En effet, j’apprenais par la comtesse de Soissons que derrière cette affaire se trouvait la marquise de Montespan qui n’avait d’autre but que de détruire Bablon, sans doute pour la remplacer car je la pense jalouse. En cela elle se trouvait aidée par la toute détestable comtesse d’Armagnac, amie de mon mari qui travaillait pour la reine mère. Lorsque je su cela je bannissais sur-le-champ les deux comploteuses et chargeais Vardes du retour de mon amie. Je ne me doutais malheureusement pas que, comme à son habitude, il jouait double jeu et rapporta la menace à madame d’Armagnac en lui promettant de n’y point céder. Chose qu’il fit cependant, mais seulement après que j’eus lourdement insisté. Ce qui, vous en conviendrez, n’aurait pas dû être une nécessité de la part d’un ami. Mais à ce point du récit, je ne voulais pas voir sa nature fourbe, quand pourtant il l’aurait fallut.

Pour en revenir aux lettres, une fois que j’eus appris, par la comtesse de Soissons toujours, qu’il m’avait trahis, et qu’elle m’eut par la même occasion exposé l’envers de l’affaire Montmorency, j’entrais, après avoir douté, dans une grande colère et défendais à Vardes de se montrer chez moi. Et par la même occasion je m’éloignais de la comtesse, à qui je ne pouvais dès lors plus accorder ma confiance, suivant le conseil très avisé de la princesse de Monaco. Je ne pouvais bien sûr plus croire une femme qui m’avait si longtemps caché la vraie nature de Vardes, quoi qu’elle prétendît l’avoir toute juste découverte. Mais cette fois je ne m’y trompais pas et refusais de lui accorder le bénéfice du doute.
Dès lors, tous deux se trouvaient aussi loin qu’on puisse l’être de mes bonnes grâces.

Pour autant cela ne les empêcha pas d’intriguer contre moi, en témoigne l’attitude outrageuse de Vardes, il y a de cela quelques jours. Ce fut d’ailleurs cela, et le manque de réaction de mon beau-frère face à la gravité de ses paroles, qui me rendit affreusement malade.
Pensez, mon cher frère, que pour les mots odieux qu’il eut contre moi, le roi ne l’envoya, et ce de mauvaise grâce tant il apprécie toujours l’énergumène, passer qu’une quinzaine jours à la Bastille, où le tout Paris alla le visiter.
Pour ce qui est de son audace, je vais vous la rapporter. Alors que le chevalier de Lorraine, homme dont on ne loue pas les mœurs mais qui pour autant ne m’a jamais été désagréable, faisait de ce qu’on m’a dit la cour à l’une de mes filles. Il s’agissait là du genre d’événement dont je me moquais bien d’entendre parler. Jusqu’à ce que ma surintendante, la princesse de Monaco, vienne me faire part de la réponse de Vardes lorsque Lorraine eut évoqué avec lui les desseins qu’il avait sur la demoiselle : « Vous vous amusez trop bas, lui dit-il ; fait comme vous l’êtes, ce n’est pas aux suivantes, c’est à la maîtresse qu’il se faut adresser ; vous y réussiriez assurément fort bien et vous y trouveriez beaucoup plus de facilité. »
Vous rendez-vous, Charles ? L’odieux, plutôt que de faire basse figure après que j’ai découvert qu’il s’était joué de moi, souffla la calomnie. Ne pouvant laisser passer l’affront, je me rendais chez le roi et exigeais que réparation me soit faite. Ce à quoi il ne répondit d’abord pas, avant que, sous mon insistance justifiée, il ne se résolve à la maigre punition évoquée plus haut.

L’affreux outrage ou le manque de réaction, je ne sais lequel des deux m’a rendu le plus malade. Folle de haine, je m’enfermais dans mes appartements et me trouvai bien vite incapable d’en sortir tant je me sentais mal, et ce pour près d’une semaine.

Voilà donc toute l’histoire, mon frère, dite avec la plus grande honnêteté et sans omission du moindre détail. Encore une fois je vous prie de pardonner mon aveuglement passé dont j’ai déjà payé le prix.  

Croyez bien que pense à vous chaque jour et me languis d’avoir de vos nouvelles, les espérant meilleures que les miennes.

Votre dévouée et aimante Minette.

A Saint-Cloud, ce 20 mars 1665 »

*****

Avril 1665.

Tant de malheurs laissaient croire à la Divine intervention. Punition céleste, de haut on la regardait suffoquer. Et les nobles terriens se contentaient d’observer, moqueurs ou pris de pitié, à même l’antichambre du chagrin. Cachés derrière des éventails et mouchoirs parfumés qui ne masquaient pas l’amertume de leurs paroles, les courtisans allaient et venaient, comme l’étiquette l’autorisait, tournoyaient autour du lit d’une femme qui trouvait tout juste la force de tenir son dos presque droit. Les plus mauvaises langues murmuraient que ce nouveau départ du supposé amant l’avait à lui seul rendue malade. La bonne foi de certains rappelait que l’alitement était à dater antérieurement, au début de la semaine, la faute à une grossesse qu’encore une fois elle ne mènerait sans doute pas à terme. Mais tous ou presque accordaient à Guiche le mérite d’avoir fait empirer l’état de Madame.
Les yeux mi-clos, écoutant d’une oreille absente le bruit grinçant des talons qui peu à peu se trainaient vers la sortie et de plus amusants divertissants, Henriette ne feignait plus le bonheur. Elle dégageait au contraire une tristesse immense, sorte de faible palpitation désespérée. Encore et toujours elle se trouvait prise de court, face à un nouvel obstacle qui cette fois paraissait insurmontable. Après les manipulations, les trahisons, les révélations et enfin les pathétiques retrouvailles, on jouait l’ultime séparation. Il avait survécu à la Pologne et à la rudesse des sentiments, elle s’était débarrassée des nocives influences –Vardes en tête, mais de nouveau ils étaient contraints de se quitter. Sans doute était-ce là l’éternel prix à payer lorsqu’on se prenait de trop de tendresse pour le favori de son jaloux époux. Si Philippe devait être malheureux, Henriette le serait à son tour. Peu charmante vérité. On trouvait presque là de quoi écrire un trop larmoyant roman.

Le temps continuait de s’écouler lentement sous son regard vide avant qu’enfin la duchesse ne prouve qu’elle n’était intérieurement pas morte.

- Pourquoi ma fille ne m’a-t-elle pas visitée tantôt ?

La voix feutrée mais toujours princière dans le reproche à peine voilé interpella une des servantes venues refermer les volets à la demande d’un boucher de médecin. L’excuse fut sans surprise ridicule, le calme nécessaire à Madame étant agité comme prétexte alors que la moitié de St-Germain était passée tout naturellement chez elle.
A défaut d’exiger Henriette se contenta de demander, faible et polie, la venue d’une fille qui lui apparaissait comme dernier trésor du cœur. Car on ne pouvait refuser une faveur à une mère malade, les jeux de la petite princesse furent interrompus et il ne fallut à sa gouvernante que quelques minutes avant de la faire entrer dans les appartements d’Henriette.

- Ma douce, ma jolie Marie-Louise.

Les bras maigres s’ouvraient vers elle pour lui signifier de la rejoindre. Avec la difficulté inhérente à sa taille d’enfant la petite poupée se hissa sur le lit et vint se blottir contre Henriette.
On pouvait reprocher beaucoup à Madame. Lui faire admettre le ridicule de son couple. Montrer du doigt les infidélités et les tromperies. Moquer les excès, rire de l’entêtement. Mais on ne pouvait lui retirer sa qualité de mère aimante. Car si sur le coup de la fatigue du corps et de l’esprit elle avait le premier jour souhaité à sa fille de finir dans un canal, elle n’avait aujourd’hui pour elle plus que tendresse. Elle était ce petit bijou qui faisait au fond penser que le couple Orléans pouvait semer autre chose que la désolation. Que deux époux pouvaient se détester mais deux parents se retrouver autour de l’intérêt commun pour la progéniture. La douce princesse et son jeune frère étaient les perches des équilibristes, les empêchaient de justesse de tomber dans le mépris continuel. Grâce à eux on assistait à des épisodes presque aimables, ou au moins d’indifférence policée, durant lesquels Philippe et Henriette songeaient à se taire plutôt qu’à cultiver l’originalité des reproches qu’ils se lançaient quotidiennement.  

- Pourquoi pleurez-vous, demanda enfin la petite Mademoiselle, après quelques courtes minutes de silence.

Les larmes avaient en effet commencé à couler le long des joues creuses d’Henriette, quelques-unes finissant leur course dans les cheveux bouclés de la fillette.
Du dos de la main Henriette essuya son visage avant de venir poser un baiser humide sur le front de son enfant.

- Car je vous aime énormément.

- Est-il triste de m’aimer ?

- Non, bien sûr que non. Il est parfois possible de pleurer lorsque l’on ressent un grand bonheur.

- Alors vous êtes heureuse ?

- Je le suis toujours quand je vous ai à mes côtés.


La sincérité était tintée de mensonge. Car elle ressentait autant de réconfort à serrer son enfant qu’elle avait de peine à imaginer un quotidien purgé de la tendresse d’un homme.

*****

« Ma charmante amie,

A peine deux jours loin de vous et tout me paraît sans goût. Le bal d’hier était certes très beau, et j’y ai dansé jusqu’à l’épuisement, mais j’y mettais cependant beaucoup moins de cœur qu’à l’accoutumée. La joie était plus fade et le plaisir trop maigre.
Il me semble que l’état dans lequel votre absence me laisse n’a été remarqué de personne, pourtant je jurerai que mon teint ne ment pas… Mais sans doute n’y aura-t-il jamais que vous qui me connaîtrez assez pour savoir la peine que j’éprouve sans que je n’aie à l’exprimer ouvertement.

En attendant votre retour de demain je compterai les heures.

Henriette.

A Saint-Cloud, ce 4 mars 1666. »



Dernière édition par Henriette d'Angleterre le Dim 17 Aoû - 12:34, édité 3 fois
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Dim 6 Juil - 15:38

Ôtez le masque !



Prénom (Pseudo) : Devinez Âge : 115 ans au total † Comment êtes-vous arrivé jusqu'ici ? Un petit oiseau m'a donné l'adresse † comment trouvez-vous le forum ? Tout vilain pas beau ♥ † Le code du règlement : OK by MaddyUne citation/ phrase à mettre sous le vava (qu'on mette avec l'image de votre groupe Very Happy) ici † Un dernier mot ? Licorne.

test rp, un minimum de 300 mots est demandé:
 
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Dim 6 Juil - 17:49

Ah ma meilleure ennemie !  :geuu: 
Que de promesses !
Re-bienviendue ma chère ! J'attends la suite de la première partie de fiche avec impatience !  hop hop 
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Dim 6 Juil - 17:54

Bienvenue toi qui veux te faire deviner Razz
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Dim 6 Juil - 18:53

Bienvenue parmi nous Henriette :love:

Bonne écriture pour ta fiche Wink
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Dim 6 Juil - 21:07

Ma licorne !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Que c'est mignon de venir sous cette forme

(Je te ferais bien un câlin mais sous cette forme c'est pas génial)

_________________________
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Dim 6 Juil - 21:08

Bah vas y te gêne pas ^^
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Dim 6 Juil - 22:24

Fuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu   

*Monsieur fuit bouder dans sa chambre*

Et maintenant je peux te souhaiter la bienviendue licorne chérie sauvage

j'ai trop hâte qu'on puisse s'écharper en bonnes et dues formes nétoiles

bon courage pour ta fiche
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À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
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Lun 7 Juil - 0:42

Bienvenue votre Altesse !

Et n'ayez crainte, je suis tant chargé(e) de la sécurité de votre époux que de le surveiller :3
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Lun 7 Juil - 12:06

Ooooh une Henriettteeee! Bienvenue, ou plutôt rebienvenue! Oh Licorne c'est trop mignon comme surnom!
Eh Philippe, je t'aiderai à l'écharper si tu veux Razz gnahaha
J'ai beaucoup ce que tu as écrit
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Lun 7 Juil - 12:55

A peine arrivée et déjà tant de haine envers ma charmante et pauvre petite personne. Monde cruel.

Mais merci quand même, je vous aime mes canards
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Lun 7 Juil - 12:58

Bah vous avez le défaut impardonnable d'être anglaise très chère.

Allez bonne chance petite licorne (ah oui quand même ^^ ça c'est du surnom Twee Razz )
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Lun 7 Juil - 13:21

Rho mais non, ça va bien se passer tu verras Razz
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Lun 7 Juil - 16:56

Rose Byrne fan attitude je l'adore dans les Insidious et j'ai hâte de la voir dans "Nos pires voisins"  

Re-bienvenue sur Vex et j'ai hâte de lire ta fiche Henriette !

/me sait qui est derrière Henriette ♥

Louis-Victor de Mortemart a écrit:
Bah vous avez le défaut impardonnable d'être anglaise très chère.

Vous seriez moins sévère Vivonne si vous arrivez à deviner qui est Henriette Razz
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Mar 8 Juil - 13:40

Achou chut ! Faut rien dire ! ^^
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Mar 8 Juil - 13:42

Même sans deviner je sais que je l'adore puisque je vous aime tous Razz

Mais sur un forum faut bien qu'il y ait une femme que même sur une Île Déserte Vivonne ne la touche pas.

Si la joueuse est la même que le GRAND AMOUR de Vivonne bah ça n'en est que plus drôle.
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Mar 8 Juil - 14:10

Tss... Y en a pas qu'une femme que tu ne toucheras pas même sur une ile déserte Vivonne Razz
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Mar 8 Juil - 14:11

Non mais je parlais hors famille hein ^^

Y a pas marqué Lannister

Edit:

Oh c'est vrai tu as raison, je ne me permettrais point de faire quoique ce soit avec sa Majesté, naturellement.
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Mar 8 Juil - 14:18

Ahah ! Moi non plus je parlais pas de la famille :3

Et essayes de t'approcher de sa Majesté, tu y perdras la tête. Essayes de t'approcher de moi, tu y perdras autre chose :3
On pourrait presque en faire une chansonnette ^^
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Mar 8 Juil - 14:19

*Regarde Liam des pieds a la tête*


T'es une femme?

*Fais tout de suite trois pas de côté en sortant l'épée pour parer la contre attaque*

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Mar 8 Juil - 14:20

Officieusement seulement Razz

Et stop au flood xD
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Mar 8 Juil - 14:22

Ok cheftaine!
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Mer 9 Juil - 14:10

Information

Bonjour, bonsoir à tous !

Bienvenue à vous sur Vexilla Regis ! J'espère que vous vous y plairez !

Je vous informe officiellement que les validations ne seront pas fermées du 11 juillet au 20 août. Prenez donc tout le temps qui vous est nécessaire pour finir votre fiche !
Je m'occuperai personnellement de votre validation durant cette période à avec l'aide du Staff de même que je répondrai à vos questions si vous en avez !

Bonne écriture de votre fiche !

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Henriette d'Angleterre — « Partout la jalousie est un monstre odieux : rien n'en peut adoucir les traits injurieux. »

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