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 Retrouvailles et confessions


Lun 7 Juil - 14:51

Une matinée banale... Marie-Madeleine fit tourner la clé de la bibliothèque dans la serrure et alla tout droit à l'étagère réservée aux méthodes de grammaire hébraïques. Après la prière du matin et le petit-déjeuner, elle était libre de se consacrer à ses études, pendant quelques heures tout au moins. Et elle avait tant à apprendre, et une telle soif de connaissances! Une fois qu'elle eut récupéré les ouvrages dont elle avait besoin, elle ressortit de la bibliothèque et se dirigea vers une salle calme, à l'écart, où elle savait qu'on la laisserait travailler en paix -mais où on saurait également la trouver.

Par les fenêtres de la petite pièce, la jeune femme pouvait admirer la beauté du ciel de printemps, pur et bleu, à peine délayé de quelques nuages; devant le carreau, une branche de pommier commençait à fleurir, après qu'elle l'ait vue reverdir les jours précédents. Le spectacle était simple, mais elle se laissa cependant toucher par sa beauté et s'autorisa quelques minutes de rêverie avant de commencer à travailler.

Cela faisait maintenant cinq longues années qu'elle vivait recluse à l'Abbaye-aux-Bois, et elle s'était faite à ce mode de vie simple et régulier, répétitif, régi au son des cloches par la prière, les méditations, l'étude et les temps communs. Elle ne demandait rien de plus, cette existence calme lui convenait tout à fait, et, au fil du temps, elle en était venue à supporter de mieux en mieux l'éloignement tant de ses proches que de la vie extérieure, jusqu'à ne plus y prêter tant d'attention. Les visites de ses sœurs par exemple, qui au début étaient pour elle un moment attendu et espéré, au point qu'elle ne pensait déjà plus qu'à leur venue quelques jours avant la date fixée, n'étaient plus aujourd'hui qu'une rupture avec un quotidien fixe, mais non désagréable.

Marie-Madeleine ouvrit son livre et prépara plumes, encre et papier, ainsi que le carnet qu'elle utilisait d'ordinaire pour y référencer toutes les subtilités qu'elle craignait particulièrement d'oublier. Puis, elle s'absorba dans ses études. Bientôt, lorsqu'elle maîtriserait suffisamment le vocabulaire et la syntaxe hébraïques, elle s’attellerait à la traduction de l'Ancien Testament... Une tâche ardue, ambitieuse, mais qui ne lui faisait pas peur; la jeune femme avait toujours, et dès son plus jeune âge, aimé les langues, et la version était son exercice favori. Elle y avait toujours brillé, et si elle n'en retirait aucune prétention excessive, cela lui procurait un certain divertissement.

Le bruit de la porte tournant doucement sur ses gonds la tira de ses réflexions; cependant, elle finit la ligne qu'elle avait commencé avant de se retourner. Respectant son travail, la sœur avait attendu qu'elle veuille bien lui prêter attention, et cela n'étonna pas outre mesure Marie-Madeleine qui connaissait son caractère discret et effacé; un trousseau de clefs et un chapelet étaient suspendus à la ceinture de sa robe de religieuse, et elle fit savoir à Marie-Madeleine qu'elle était attendue au parloir.

La jeune femme se leva, s'en étonnant un peu, mais le nom qui lui fut annoncé la rasséréna aussitôt. Françoise-Athénaïs.... Avait-elle annoncé sa venue? C'était bien possible. Il y retrouver toujours dans le calendrier. Elle emboîta le pas à la sœur aux clefs, souriante, réjouie. Elle était toujours heureuse de voir sa sœur, qui lui apportait souvent des nouvelles on ne peut plus intéressantes de Paris, de la Cour, de tout et de rien en général, mais qui savait tourner la moindre des anecdotes avec infiniment d'esprit pour la rendre plus savoureuse avait longtemps que sa sœur ne lui avait pas rendu visite, et la vie derrière la clôture du couvent n'aidait pas Marie-Madeleine à s'y retrouver dans le calendrier.

Au parloir en effet, elle reconnut la silhouette de sa chère sœur aînée, qui était venue seule cette fois-ci; parfois madame de Thianges l'accompagnait, mais probablement leur aînée était trop occupée ce jour-là. La joie de Marie-Madeleine n'en fut pas diminuée outre mesure, et elle eut de la peine à trouver assez de mesure pour ne pas aller embrasser sa sœur dès l'abord.

"Chère Athénaïs! Comme je suis heureuse, ma sœur, de vous voir ici... Je n'attendais pas votre venue, vous m'avez offert une bien belle surprise. Mais je me demande ce qui peut bien la justifier?"


Elle n'entendit qu'à peine le minuscule grincement qui annonçait la fermeture de la porte. On les avait laissées seules, et libres de s'exprimer à leur convenance, en toute discrétion.

HJ: j'espère que j'ai tout bien fait comme il fallait!

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Lun 7 Juil - 16:05


Il y avait bien longtemps qu'Athénaïs n'avait vu sa cadette, et pour cause, les dernières semaines avaient été source de trouble assez important dans son esprit. Le temps lui avait manqué. Mais à présent, elle l'espérait du moins, tout était plus ou moins rentré dans l'ordre. Cependant, un certain sentiment de culpabilité rongeait la marquise. Elle était certes un peu caractérielle et rancunière, mais également très pieuse, et un vol de lettres dans le but de compromettre une ennemie restait un péché. Elle n’avait toujours pas été se confesser, mais en qui avoir suffisamment confiance pour conter une histoire aussi personnelle et compromettante ? Par chance, sa sœur cadette Marie-Madeleine était entrée dans les ordres. Un choix qu’Athénaïs avait bien du mal à comprendre, mais qu’elle respectait puisqu’elle aussi était ce qu’on pouvait qualifier de dévote. A présent, elle regrettait amèrement cette basse action qu’elle avait commise, encouragée par son ami l’italien Sforza. Tout cela avait été motivé par une haine certaine envers l’épouse de Monsieur, et bien qu’elle l’eut toujours su en son for intérieur, à présent elle comprenait véritablement que toute chose faite avec haine n’était guère productive. O combien elle l’avait compris ! Il fallait maintenant que Dieu accepte de la pardonner. Marie-Madeleine l’y aiderait, elle ne la jugerait pas, c’était certain.

En cette douce matinée de printemps, la belle marquise s’était vêtue le plus simplement du monde, arborant une toilette d’un bleu azur comparable à la couleur du ciel dégagé qu’offrait en ce jour la clémente météo. Son décolleté et ses manches étaient rehaussées d’une fine dentelle immaculée épinglée soigneusement par une domestique. Ses cheveux châtains avaient été relevés en chignon, laissant pendre quelques boucles autour de sa nuque blanche. Son maquillage était également simple. Pas de mouche. Juste un peu de poudre et de rose aux joues, ce qui faisaient ressortir le bleu de ses yeux, dont chacun des enfants Mortemart avait été doté à la naissance. Sa tenue avait été complétée par une cape fine, suffisante pour les coups de vent.

Le trajet jusqu’à l’Abbaye aux Bois était passé relativement vite, Athénaïs s’étant plongée dans une lecture romanesque intéressante. Mais lorsque la voiture s’arrêta, l’impatience de revoir sa sœur la gagna à nouveau, et elle ne se fit pas prier pour descendre.
Après d’être faite annoncer, la religieuse qui l’avait accueillie la fit patienter dans une pièce le temps qu’elle aille chercher Marie-Madeleine. Et étrangement, le temps d’attente lui parut bien plus long que le trajet en carrosse. Mais lorsqu’enfin apparut sa sœur chérie, Athénaïs put laisser éclater sa joie. Elle marcha d’un pas décidé vers elle, et après que celle-ci la salua poliment, la jeune marquise, faisant fi des convenances, serra sa sœur dans ses bras.

-Très chère sœur, me pardonnerez-vous d’avoir été si longtemps sans vous visiter ? Et de n’avoir point pris le temps de vous prévenir de ma venue ?

En effet, elle avait manqué à tous ses devoirs. Mais si elle voulait la voir rapidement, rédiger un courrier, le lui faire parvenir et attendre la réponse aurait pris encore une bonne semaine. Cette venue intempestive avait au moins eu le mérite d’écourter l’attente, ce n’était finalement peut-être pas plus mal ?

-J’étais si impatiente de vous retrouver après une si longue absence.

Elle avait doucement relâché son étreinte pour la regarder dans les yeux.
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Jeu 10 Juil - 18:52

Si Marie-Madeleine avait hésité à laisser libre cours à sa joie de retrouver son aînée, il n'en fut pas de même pour l'impétueuse Athénaïs. La jeune femme reconnut bien là le caractère entier de sa chère marquise de sœur, qui ne se laissait jamais intimider outre mesure par les règles, et c'est avec joie qu'elle lui rendit son étreinte.

- Ma chère sœur, vous savez bien que vos visites, intempestives ou non, me font toujours grand plaisir... Et que les portes vous sont ouvertes ici.


Elle sourit à la belle madame de Montespan, appréciant au passage d'un regard la simplicité de la toilette qu'elle avait choisi; un peu de bleu azur, peu de maquillage, pas de mouche. Fraîcheur et légèreté, un alliage qui lui allait à ravir et que la jeune femme goûtait infiniment plus que les encombrantes et fastueuses toilettes de cour, ou que les poudres et pommades dont certains n'avaient jamais appris à user avec modération et dont ils s'enduisaient généreusement jusqu'à ressembler à d'étranges masques parfumés. Elle invita sa sœur à prendre place dans l'un des fauteuils qui composaient, avec une table et quelques tableaux aux murs, l'unique mobilier de la salle.

-Et je manque à toutes les convenances, ajouta vivement la jeune religieuse. Avez-vous fait bon voyage? Les routes sont si mauvaises, ici.

En effet, l'automne avait été humide et l'hiver froid, et l'état des routes du Royaume, déjà déplorable en certaines régions, n'en avait pas été amélioré. Si elle-même n'en avait pas éprouvé de gêne particulière, elle en avait reçu des échos, et savait combien ce problème risquait de prendre de l'importance au fur et à mesure de l'avancée de la saison. Les ornières et les fondrières n'étaient pas seulement un obstacle au passage des carrosses comme celui d'Athénaïs, une source d'inconfort, mais aussi et surtout une cause de mécontentement et de difficultés pour le commerce... Mais ces questions n'étaient pas de son ressort.

-Mais donnez-moi des nouvelles... De vous, tout d'abord, et puis de Gabrielle qui n'est pas venue depuis presque aussi longtemps que vous, et de notre frère qui se plaît à me tenir dans l'ignorance.
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Ven 18 Juil - 10:45


Les routes, en effet, n'étaient pas d'un confort incroyable, pour venir retrouver sa religieuse soeur, mais la marquise s'était distraite et n'avait, finalement, pas vu le temps passer, et bien sûr, l'impatience de retrouver Marie-Madeleine y était pour quelque chose aussi.

-Ne vous en faites donc pas, vous le savez, il n'est de tempête que je ne saurai braver pour vous, ma soeur.

Comme à son habitude, faisant comme chez elle partout où elle était, Athénaïs alla s'asseoir sur l'un des sièges mis à leur disposition, attendant que sa cadette fasse de même. Elle réclamait, à juste titre, des nouvelles de Gabrielle et Louis-Victor. Athénaïs sourit, découvrant ses dents blanches et nacrées comme des perles.

-Eh bien, notre marquise de Thianges est toujours égale à elle-même. Je l'aurais bien chargée de m'accompagner, mais je savais sa journée bien remplie aujourd'hui, et je ne tenais plus à l'idée de vous retrouver. Mais je vous fais la promesse de vous la ramener la prochaine fois. Ou peut-être qu'elle vous visitera d'elle-même très prochainement. Nous parlons bien souvent de vous et de combien nous vous aimons.

Une fois bien installée, Athénaïs se souvint que, bien entendu, elle n'était pas venue les mains vides. Elle avait rapporté à sa soeur une petite boite de pâtes de fruits. Elle savait qu'elle en raffolait. Les religieuses avaient un mode de vie assez stricte, mais tout ne leur était pas interdit.

-Avant que je n'oublie, tout de même, permettez-moi de vous gâter un peu, dit-elle malicieusement.

Elle sortit la boite de la bourse qu'elle avait sur elle. Une jolie petite boite octogonale ciselée et décorée, contenant les précieuses gourmandises. Athénaïs la posa sur la table située devant elle.

-Vivonne est revenu. Rassurez-vous, il nous a tout autant maintenues dans l'ignorance que vous. Ce fripon ne cessera jamais de nous causer autant d'inquiétudes en son absence que de rires en sa présence! Son retour a été l'objet de bien des nuits à écouter ses récits. Voilà seulement une semaine qu'il est là, et nous avons l'impression qu'il n'est jamais parti. Il vous viendra tantôt voir, car je sais qu'il a un présent pour vous. Vous connaissez son âme généreuse.

Vivonne adorait, en effet, couvrir ses soeurs de cadeaux. Athénaïs et Gabrielle avaient reçu de merveilleuses toilettes taillées dans les tissus les plus remarquables, et en grandes coquettes qu'elles étaient, s'était délectées de ce présent.
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Mer 23 Juil - 23:15

Les traditionnelles -mais inévitable, car comme tout rituel qui se respecte celui-ci était immuable- nouvelles échangée, Marie-Madeleine se carra confortablement sur sa chaise pour la suite de la conversation. Elle était heureuse d'apprendre que son frère était revenu égal à lui-même, et surtout de cette visite que lui promettait sa sœur -car outre le cadeau évoqué par Athénaïs il ramènerait sûrement maints récits d'abordages, de combats navals, de tempêtes peut-être et autres histoires qui passionnaient sa cadette. Si elle n'avait jamais, de sa vie, vu la mer, la jeune religieuse se plaisait à l'imaginer d'après les histoires que son frère ne manquait jamais de lui raconter minutieusement, à sa demande, à chacun de ses retours. Quant à Gabrielle, la dernière lettre de son aînée ne remontait qu'à la semaine précédente, et elle lui avait promis une prochaine visite -ce sur quoi sa sœur savait pouvoir compter. La belle madame de Thianges ne laissait jamais longtemps sa sœur sans nouvelles, à l'inverse de son frère...

Cependant Athénaïs sortait déjà de sa bourse brodée une petite boîte délicatement ouvragée. Sa cadette sourit, sachant déjà ce qu'elle renfermait: des pâtes de fruits sans aucun doute! Les petits carrés de confiture sèche étaient, depuis l'enfance, le péché mignon de Marie-Madeleine, et sa sœur ne pouvait l'ignorer... A chacune de ses visites, la belle marquise amenait avec elle quelque douceur, quelque colifichet pour sa cadette; mais elle avait été remarquablement bien inspirée cette fois-ci, et le sourire qui illumina le visage de la jeune femme le lui fit sans doute bien comprendre.

"Oh, Athénaïs! C'est adorable de votre part d'avoir pensé à moi... Et de vous être souvenu combien je les apprécie! Merci beaucoup ma sœur."


Sans hésiter, sachant que la marquise aurait sans doute agi de même, Marie-Madeleine prit la petite boîte -qui aurait constitué à elle seule un présent plus qu'appréciable, tant elle était jolie- et fit jouer le fermoir. A l'intérieur, méticuleusement rangées, les sucreries alignaient leur couleurs douces, des rouges -cerise, framboise, fraise? aux jaunes-pomme, poire, rhubarbe? Elles avaient l'air délicieuses. La jeune femme tendit la boîte vers sa sœur.

"Vous y goûterez bien avec moi? Pour me faire plaisir..."
demanda-t'elle dans un sourire.

Pendant qu'Athénaïs faisait son choix, sa sœur l'interrogea d'un ton badin sur les présents offerts par Vivonne à ses aînées. La boîte lui revint et elle ne se fit pas prier pour goûter à son tour aux confiseries, optant pour un petit cube jaune pâle qui se révéla parfumé à la poire -et absolument succulent, d'autant plus qu'il y avait assez longtemps qu'elle n'en avait goûté.

"Mmh, Athénaïs, vous me gâtez. Elles sont délicieuses! Mais dites-moi, vous me parlez de mon frère, de mes sœurs, mais, et vous? Quelles sont les nouvelles de votre côté?"


A voir l'enthousiasme et la bonne humeur de sa sœur depuis son arrivée, la cadette ne doutait pas un seul instant que tout allât pour le mieux pour Athénaïs...
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Jeu 24 Juil - 8:40


L'art de la dissimulation. On l'apprenait dès ses premiers pas à la cour. Sans cela, votre réputation et votre évolution dans ce monde-ci était extrêmement compromise. La marquise de Montespan excellait à ce jeu, elle avait été instruite par sa soeur Gabrielle qui elle-même n'avait pas son pareil. Ainsi, après avoir traversé de petites aventures effroyables, Athénaïs donnait l'impression de se porter comme un charme. Il le fallait bien.

La jeune femme sourit, voyant que son petit présent plaisait à Marie-Madeleine. Ceci dit, elle n'en doutait pas une seconde, la gourmandise faisait partie de ces petit péchés dont la famille Mortemart héritait, et aucun des rejetons de la fratrie n'en était exempt.

-Ne me remerciez pas. Quel méchante soeur je ferais si je ne vous gâtais pas un peu .

Et puis bien sûr, elle savait que la pieuse et généreuse cadette lui en proposerait, alors tout le monde y gagnait. Faisant mise d'hésiter, la marquise accepta et attrapa délicatement un petit carré rouge, qui se révéla être une délicieuse pâte à la framboise. C'était réellement divin, fondant en bouche.
Mais alors qu'elle avalait sa bouchée, la question fatidique arriva. La jolie Marie-Madeleine voulait que sa soeur lui parle d'elle. Cette fois, une réelle hésitation se fit sentir, mais après tout, Athénaïs était venue pour cela. Elle perdit lentement son sourire et regarda Marie-Madeleine dans les yeux.

-Je... je venais vous voir aussi pour vous parler d'une chose... Une chose terrible que j'ai faite... que je regrette bien sûr. J'espérais que vous pourriez, éventuellement, me confesser?

Sa question renfermait une sorte de timidité étonnante quand on la connaissait. En repensant à tout cela, Athénaïs se sentait la dernière des idiotes, et vraiment, elle se l'était promis, c'était bien la dernière fois qu'elle se laisserait entraîner dans un plan aussi sournois et dangereux. Et encore une chose horrible: que penserait Marie-Madeleine de sa soeur en apprenant cela? Sans doute qu'elle ne la jugerait pas, puisqu'elle avait probablement atteint un seuil de sagesse qu'aucun autre membre de la fratrie n'égalerait un jour, mais son opinion serait forcément amenée à changer... Mais après tout, Athénaïs n'avait jamais prétendu être parfaite, et aucun de ses frère et soeur ne l'était, à part peut-être Marie-Madeleine. Si Gabrielle était frivole, Louis-Victor l'était encore plus. Alors pourquoi un petit désir de vengeance de rien du tout serait-il plus grave que de trahir les voeux de son mariage? Se prenant elle-même sur le fait de telles pensées, la marquise secoua la tête. Qui était-elle à son tour pour juger les actions de ses aînés? Après tout, chaque péché était grave, il n'y avait pas de degré, et ce qu'elle avait fait à son tour était, certes, différent, mais tout aussi condamnable...

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Jeu 24 Juil - 9:52

La question de Marie-Madeleine était anodine, et aurait dû appeler une réponse légère, enjouée, comme Athénaïs savait si bien les imaginer... Quelques anecdotes qui les auraient amusées, peut-être quelques moqueries sur tous ces courtisans dont certains cultivaient le ridicule, une ou deux confidences peut-être. Mais rien que de très joyeux, si elle se fiait à la figure souriante et au ton enjouée de sa sœur...

Aussi la religieuse fut-elle stupéfaite lorsque le sourire de son aînée fondit comme neige au soleil, laissant place à une expression grave empreinte de... De quoi donc? Etait-ce de la gêne, de la honte, de la timidité? En tous les cas, ces émotions étaient aux antipodes du caractère de la pétulante marquise, au point que sa cadette s'était parfois demandé si Athénaïs connaissait le remord. Vive, piquante, le marquise de Montespan semblait n'offrir nulles prises aux tristesses et aux regrets, et sa bonne humeur semblait si réelle qu'il était difficile d'imaginer qu'elle pût être feinte. Encore qu'en ce domaine, Marie-Madeleine connaissait les talents de Gabrielle, et savait combien à la Cour, la dissimulation était plus qu'une qualité: une nécessité.

Mais elle fut encore plus ébranlée lorsque Athénaïs prit la parole: sa voix, hésitante, tremblante, était si éloignée de son timbre habituel que sa cadette ne put que s'inquiéter: que s'était-il donc passé pour la mettre dans un tel état? Assurément la faute pour laquelle elle demandait confession devait être bien grave... A son grand étonnement, la religieuse crut y décerner comme une nuance d'appréhension: Athénaïs craignait-elle qu'elle ne la jugeât après l'avoir entendu, que ses sentiments pour son aînée soient modifiés par ce qu'elle allait entendre? A moins que la cadette n'ait tout simplement extrapolé...

Le regard plongé dans celui, bleu, pur, limpide de son aînée, Marie-Madeleine acqueisça lentement et prit la main d'Athénaïs, se disant qu'une petite mise au point était nécessaire.

"Bien sûr, ma sœur, vous savez bien que ne peux rien vous refuser! Allons, contez-moi ce péché si terrible... Mais souvenez qu'à travers moi c'est à Dieu que vous vous adressez. Je ne suis... qu'un intermédiaire. Aussi n'ayez nulle crainte quant à ce que je pourrais retirer de vos aveux: je ne suis pas là pour vous juger."

Tout cela était bien théorique; mais cela ne lui parut pas moins important, car si la faute était aussi grave qu'Athénaïs le laissait entendre, du moins à ses yeux, elle voulait surtout que sa sœur sache qu'elle ne lui en garderait pas moins toute son affection. Elle sourit à la belle marquise:

"Et puis, vous le savez bien, quoi que vous puissiez dire ou faire, vous restez notre sœur adorée, le joyau de la famille!"


Marie-Madeleine se plaça face à sa sœur, pour pouvoir l'écouter tout à son aise, et baissa le regard, adressant une courte et silencieuse prière à la Vierge, pour laquelle elle avait une dévotion particulière, afin qu'elle lui donne le discernement dont le sacrement de confession ne saurait se passer, puis les releva vers sa sœur, avec un sourire engageant et empreint de douceur qui l'invitait à se confier. Calme, sereine, bien éloignée de la curiosité légère dont elle était encore emplie quelques dix minutes auparavant, elle s'apprêtait à écouter le récit d'Athénaïs.
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Jeu 24 Juil - 10:46


Jamais Athénaïs n'aurait cru qu'il serait si difficile de parler à sa soeur. Elle avait tellement honte d'avoir fait preuve d'une telle faiblesse et d'une telle méchanceté. Et d'avoir pris autant de risque. Si leur père apprenait, il ne voudrait sans doute plus jamais lui adresser la parole, peut-être même qu'il la renierait, alors qu'elle était en quelque sorte sa préférée... Aujourd'hui, son panache et sa fierté avaient disparu. Bien sûr, extérieurement, elle n'en montrait rien, mais intérieurement, c'était une tout autre affaire.

Marie-Madeleine, très gentiment, la rassura. En lui parlant, elle parlait à Dieu, et bien sûr, elle ne la jugerait pas. En entendant cela, Athénaïs afficha un petit sourire crispé. Bien entendu... comment avait-elle pu douter de cela? C'était ridicule. Mais lorsqu'on culpabilisait, il était difficile de penser de manière objective. Comme pour se donner du courage, la marquise prise une grande inspiration.

-Très bien.

Sans savoir pourquoi, elle n'osait plus regarder sa soeur. Elle lui avait pris la main, ce qui était réconfortant, c'était certain. A son tour, Athénaïs posa sa deuxième main par-dessus celle de Marie-Madeleine, et entama son récit, gardant les yeux braqués sur leurs mains superposées.

-Voilà. Vous savez quelle estime j'ai pour Madame depuis quelques temps... Je travaille actuellement au chevet de la reine, comme vous le savez, et je sais certaines choses sur la duchesse d'Orléans, comme certaines lettres qu'elle a écrite à sa famille et dans laquelle elle dénigre la famille royale.

Elle marqua une pause pour souffler et reprendre une inspiration.

-Je suis amie avec Stefano Sforza, un ami intime de Monsieur qui déteste la duchesse encore d'avantage... et je sais que la haine ne mène à rien, que c'est un sentiment mauvais... mais nous avions tant de ressentiment qu'ensemble, nous avons échafaudé un plan ridicule qui consistait à subtiliser une de ces lettres avant qu'elle ne soit envoyée, et la faire découvrir à Monsieur ou au roy... pour qu'elle soit compromise, et en quelque sorte qu'elle paie.

Athénaïs sentit les larmes lui monter aux yeux. Quelle idée stupide! Elle releva timidement la tête vers Marie-Madeleine. Le bleu de ses yeux s'était transformé en gris.

-Mais bien sûr, rien ne se déroula comme prévu, et je crois que Dieu a voulu nous punir, nous mettre en garde... Nous avions prévu que je donne la lettre à Stefano lors du bal masqué organisé par Monsieur, et il l'aurait remise à son tour à Monsieur, et ainsi, Madame aurait été publiquement humiliée. Seulement, comme vous avez dû l'apprendre, cette soirée fut la scène de terribles vols. J'en ai aussi été victime. Un homme masqué que j'ai d'abord pris pour mon ami italien m'entraîna dans une pièce adjacente à la salle de bal, et là, il me déroba la lettre, me laissant inconsciente au sol.

Se rappeler cet épisode était quelque chose d'autant plus difficile qu'elle se sentait encore plus stupide de s'être fait dérober une fichue lettre.

-Dès le lendemain, voulant essayer de retrouver ce que j'avais perdu et qui risquait de me compromettre aussi si l'on parvenait à m'identifier comme l'ayant eu sur moi ce soir-là, je trouvai dans cette même pièce un billet, dont le message était un odieux chantage. Je devais payer pour récupérer la lettre.

Un petit rire nerveux de quelques secondes la secoua alors.

-Enfin ma soeur, m'imaginez-vous en train de marchander avec un brigand en pleine nuit à la lisière d'une forêt? Eh bien c'est ce qui s'est pourtant produit. Et moyennant finance, j'ai récupérer cette missive que j'ai immédiatement brûlée.

Le récit achevé, une larme coula sur sa joue un peu empourprée.

-Je jure que jamais plus je ne me perdrai à vouloir du mal à autrui à ce point. J'ai tellement honte de moi, j'ai l'impression d'être une horrible personne. Pensez-vous que je puisse être pardonnée?

Le verdict allait tomber, et machinalement  Athénaïs resserra un peu l'étreinte de sa main autour de celle de sa cadette.
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Jeu 24 Juil - 11:44

Malgré les paroles de Marie-Madeleine, qui s’étaient voulues rassurantes, Athénaïs semblait éprouver des difficultés à se confier. Sa cadette n’en fut pas étonnée ; il est souvent difficile de trouver les mots justes pour décrire ce que l’on a sur le cœur, et plus encore lorsqu’il s’agit d’exposer une faute commise, qui entraîne remords et regrets. Elle laissa donc à la marquise tout le temps qu’il lui fallait pour trouver le courage de commencer son récit, silencieuse mais attentive, la main d’Athénaïs toujours serrée dans la sienne.

Après un moment de silence pesant, Athénaïs prit une inspiration profonde. Les yeux fixés sur leurs mains entrelacées, évitant soigneusement le regard de la religieuse posé sur son visage, la Perle des Mortemart, qui ce jour-là était bien loin de sa superbe habituelle, commença son récit. Un récit laborieux, haché, entrecoupé de pauses, qui visiblement était difficile à exposer. Peu à peu, tandis que l’intrigue se déroulait et que les points se rejoignaient un à un pour former un ensemble cohérent, Marie-Madeleine comprit les remords et la honte de son aînée : honte de s’être laissée entraîner dans une histoire aussi indigne de son rang et de sa qualité, mais aussi d’avoir été contrainte à traiter avec un brigand. L’échelle sociale inversée, la marquise forcée à traiter avec un des voleurs qui composaient la lie de la société, ce mélange composite et jugé, non sans crainte et dégoût, comme infâme par la noblessse, tout cela avait dû coûter à l’orgueil de la Mortemart…

Le récit terminé, Marie-Madeleine resta un instant silencieuse tandis qu’une larme roulait doucement sur la joue de sa grande sœur. Elle comprenait combien cette histoire avait dû peser sur son cœur… Sans doute Athénaïs l’avait-elle gardée pour elle, ruminant jour après jour les éléments qu’elle ne parvenait pas à oublier. Mais au moins était-elle sincère lorsqu’elle disait regretter, de cela au moins Marie-Madeleine était certaine, et les honteuses tractations à l’orée d’un bois avaient dû lui servir de leçon suffisante pour la dissuader de recommencer. A son tour, la cadette prit une inspiration. Il s’agissait pour elle de trouver les mots justes, et la tâche n’avait rien d’aisé.

« Ma chère Athénaïs, nous sommes tous pécheurs, et l’essentiel est que vous regrettiez sincèrement vos actes. Vous avez pu voir à quel point les actions dictées par la haine peuvent se retourner contre leur auteur, et je crois aussi que vous avez pu prendre conscience du fait que les calomnies et les actions de vengeance ont toujours des conséquences imprévisibles et catastrophiques… »

Elle se tut un instant, fixant sa sœur droit dans les yeux, ses yeux mouillés de larmes, brillants, qui avaient perdu leur couleur azurée et s’étaient assombris, virant à un gris triste.

« Cependant vous avez bien agi en brûlant cette lettre. Vos actes seront ainsi, je l’espère, sans trop de conséquences pour Madame… Aussi après avoir entendu tout ce que vous aviez à me confier, et après avoir été assurée que vos regrets étaient sincères, je pense pouvoir vous accorder le pardon de Dieu qui vous apportera, je l’espère, la paix… Et vous aidera à rester, à l’avenir, mieux disposée envers tous ceux que vous côtoyez au quotidien. »


Marie-Madeleine accompagna sa dernière phrase d’un tendre sourire, et dégagea doucement sa main de l’étreinte de sa sœur pour le poser sur le front d’Athénaïs. Ce geste symbolisait le pardon accordé à la belle marquise.

« Comme pénitence,
murmura Marie-Madeleine, je vous invite à réciter avec moi une dizaine à la Vierge miséricordieuse »

Côte à côte, les deux sœurs firent glisser ensemble les petites perles de bis lisse du dizainier de la religieuse, les yeux fixés sur l’unique statue du parloir –une minuscule représentation de Marie, dont le visage empreint de douceur les contemplait avec une tranquille bonté. La prière finie, et le sacrement donné, Marie-Madeleine se retourna vers Athénaïs.

« Athénaïs, j’ignorais tout de cette histoire… Dites-moi, car je ne peux m’empêcher de m’inquiéter à ce sujet, j’espère que l’on ne vous a fait aucun mal au cours de ce tirstement fameux bal masqué ? »

La jeune femme fixa sur sa grande sœur un regard empreint d’inquiétude et d’attention. Bien sûr, les péchés évoqués par Athénaïs étaient graves, bien sûr sa conduite en cette occasion avait été plus que répréhensible… Mais elle restait sa sœur chérie, celle à qui elle savait pouvoir tout confier, celle en qui elle avait le plus confiance, celle qui était dépositaire de tous ses secrets. Elle savait à quel point la Cour était un lieu favorable pour toutes les tentations, pour toutes les fautes, et comprenait bien que les intrigues qui s’y nouaient et s’y défaisaient en permanence encourageaient à comploter en réponse… Quant à la haine qu’elle avait confessé ressentir pour Madame et qui avait entraîné son action, la religieuse ne pouvait bien que la blâmer, mais la sœur n’avait pas de mal à la comprendre –et à la pardonner. Elle n’ignorait pas combien les relations étaient tendues entre les plus grands de la Cour… Et savait que les ressentiments, très vifs et souvent impossibles à exprimer en public, s’envenimaient souvent jusqu’à entraîner des actes irréparables.

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Ven 25 Juil - 10:50


Voilà, tout était dit... dans un flot un peu informe d'informations, certes, mais au moins, le fardeau semblait désormais plus léger, c'était toujours ça de pris. La religieuse fit preuve de clémence envers sa soeur aînée qui, en effet, regrettait de tout son coeur ses mauvaises actions. Elle avait en effet brûlé la lettre, mais c'était d'avantage pour se préserver elle que Madame. Il n'y avait rien d'altruiste dans cet acte, elle n'avait pensé qu'à sa réputation, à son avenir à la Cour. Athénaïs, si elle devait être répudiée de ce monde, ne saurait que faire de sa vie, elle le savait. Vivre recluse à la campagne et s'occuper de ses enfants comme une simple bourgeoise lui serait insupportable et elle mourrait probablement d'ennui. Non, cela, elle ne pouvait s'y résoudre.

A travers la voix douce de Marie-Madeleine, Dieu la pardonnait, et c'était ce qui importait à présent. Lorsqu'elle repartirait de là, elle serait une jeune femme toute neuve, lavée de ses péchés et prête à reprendre sa vie. La marquise hocha doucement la tête à l'annonce de sa sentence, et récita les prières avec sa jeune soeur. C'était un bien moindre prix à payer en comparaison de ce qu'elle avait fait et de ce qui aurait pu lui arriver.

Cela effectué, la religieuse redevint la soeur cadette, et en adorable petite soeur qu'elle était, elle s'enquit de ce qui s'était passé. Athénaïs la regarda, rassurée d'avoir été pardonnée.

-Je... On m'a poussée, ma tête a cogné contre le rebord de la cheminée et j'ai perdu connaissance. C'est en retrouvant mes esprits que j'ai constaté la disparition de la lettre.

Un autre péché lui revint alors en mémoire.

-Et j'ai dû mentir aux autorités, j'ai prétendu qu'on m'avait dérobé un bracelet... Je ne pouvais avouer ce qui s'était réellement passé dans cette pièce, comprenez-vous?

Quand elle pensait à tout ce qui lui était arrivé, entre cela et la domestique de la reine qui l'avait menacée afin qu'elle ne révèle pas ses larcins, et tant d'autres choses encore, Athénaïs ne put que se dire que Marie-Madeleine était chanceuse de se trouver en sécurité entre ces murs. Chanceuse, oui et non. Car la marquise le savait, elle n'était pas prête, malgré tout, à abandonner cette vie.

-Parlez-moi de vous, également, ma chère soeur. Vous nous manquez tant...

Et c'était vrai. Chaque fois qu'Athénaïs et Gabrielle se retrouvaient, et encore plus lorsque Vivonne était de la partie, chacun ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il manquait une personne, une personne importante... Leur plus jeune soeur, afin que la fratrie soit au complet. Il arrivait bien souvent qu'un soupir nostalgique ponctue une phrase évoquant cette charmante cadette.
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Ven 25 Juil - 11:29

Athénaïs sembla soulagée d’avoir reçu le pardon pour ses fautes, et sa petite sœur en fut heureuse pour elle… Elle détestait la voir triste. Cependant Athénaïs n’en oubliait pas sa question et s’empressa de la rassurer, lui expliquant que sa perte de connaissance avait été causée par une chute contre le linteau de la cheminée. Cela avait dû être douloureux, mais cela aurait pu être pire : quelqu’un capable de dérober une lettre à la marquise de Montespan, en plein bal masqué, impunément, ne devait pas reculer devant les moyens, et elle avait craint qu’il n’ait brusqué son aînée, ou qu’il ne l’ait menacée. La belle marquise en profita d’ailleurs pour lui avouer avoir menti, prétextant un vol de bijou pour masquer le vol de la lettre…

« Bien sûr Athénaïs, je comprends… Evoquer la lettre, c’eût été vous trahir irrémédiablement »


Et elle ne pouvait s’empêcher de s’imaginer ce qui serait arrivé si jamais on avait découvert la vérité au sujet des évènements de cette soirée… La réputation de sa sœur en aurait souffert, assurément, car même à la Cour la fin ne justifie pas tous les moyens ; et qu’est donc un courtisan sans sa réputation ? Pas grand chose, la cadette ne l’ignorait pas. Aussi le mensonge d’Athénaïs lui parut tout à fait naturel, presque une évidence.

Mais son aînée sembla ne pas vouloir s’appesantir plus longtemps sur ces évènements que sans doute elle serait heureuse d’annexer comme définitivement terminés. Elle lui demanda de ses nouvelles, lui répétant comme souvent combien elle leur manquait, tant à elle qu’au reste de la fratrie Mortemart. Il est vrai que Gabrielle, Louis-Victor, Athénaïs et Marie-Madeleine avait été très proches, qu’ils l’é&taient du reste encore, et que les réunions de famille étaient fort compromises par le voile de la cadette… Le plus souvent ses aînés devaient se passer de sa présence. Elle aussi le regrettait, mais son choix était fait, et, s’il lui apportait quelque désagréments, inévitables, elle n’était pourtant pas décidée à y renoncer. D’ailleurs, l’eût-elle voulu, elle avait fait ses vœux, et cette décision était irrévocable. Elle sourit à Athénaïs.

« Que vous dire à mon sujet, que vous ne sachiez pas déjà ? J’étudie, toujours, et je suis d’ailleurs assez contente de mes progrès, mais je ne veux pas vous ennuyer avec tout cela… et je suis la règle de ce couvent que je vous ai déjà raconté maintes et maintes fois et qu’à force vous connaissez sûrement par cœur… Il n’y a rien d’autre à dire. Le couvent est bien moins riche en anecdotes que la Cour ! »


Elle ponctua cette dernière phrase d’un sourire. Il n’y avait rien à dire, en effet…Elle eut presque envie d’en rire : sa vie était-elle donc si banale, si répétitive ? Et pourtant elle s’en accommodait, elle qui quelques années auparavant encore répétait à qui voulait l’entendre que rien ne l’ennuyait plus qu’un quotidien dépourvu de tout hasard, de toute surprise ! Mais elle n’avait rien, pour sa part, de particulier à confier à sa sœur… Non, rien. Pas cette fois, en tous cas… Elle n’était pas prête, pas encore.
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Ven 25 Juil - 14:20


Marie-Madeleine comprenait. La soeur cadette ainsi que la religieuse comprenaient que le mensonge avait été sa seule planche de salut. Bien entendu, en parfaite courtisane qu'elle était, jouer la comédie -elle préférait cette expression à "mentir"- était une sorte de don, elle excellait à dissimuler ce qu'elle ne voulait dire, aussi, mener en bateau la maréchaussée sur un simple vol de bracelet avait été d'une plate routine et d'une facilité enfantine. Et pour cause! Quasiment tout le monde, au cours de cette terrible soirée, s'était vu délesté d'un bijou ou autre babiole plus ou moins précieuse.

Ainsi donc, Athénaïs fut rassurée de constater que malgré ses erreurs, pourtant énormes, sa chère soeur ne la jugeait pas et l'aimait toujours. Si le jugement était une chose à laquelle on avait parfois du mal à se soustraire, dans la fratrie, on essayait d'avantage de se soutenir. La marquise n'avait jamais réellement compris le choix de sa cadette pour les ordres, mais puisqu'elle semblait heureuse ainsi, elle l'y avait encouragée. Même si au fond d'elle, Athénaïs trouvait que c'était dommage de gâcher une si belle personne en l'enfermant entre quatre murs. Mais son choix était fait, et il aurait été cruel de l'en empêcher.

-Vous avez toujours tant aimé lire et étudier, c'est une chose admirable, ma chère. Nous vous admirons tous beaucoup, d'ailleurs. Je trouve qu'il faut un certain courage pour faire ce que vous faites.

Aucun des autres rejetons Mortemart n'aurait, par choix, été dans les ordres! Ca non! La frivole Gabrielle aurait rendu folle la mère supérieure, le coureur de jupon Louis-Victor aurait probablement fait le mur, et l'exaltante Athénaïs serait assurément morte d'ennui. Leur autre soeur cadette, Marie-Christine, avait aussi choisi cette voie, mais étant morte jeune, elle ne put concrétiser sa vocation, contrairement à Marie-Madeleine.

-Je suis certaine qu'en cherchant bien, il y a d'amusantes anecdotes à découvrir, même au couvent. Vous entendez-vous bien avec vos compagnes?

La jolie religieuse devait probablement être la plus jeune des pensionnaires, mais Athénaïs n'en savait en fait rien. Avait-elle des amies ici? C'était important d'avoir des gens à qui parler. Ah, parler, comme la marquise aimait cela. Rien que pour le vœu de silence, elle n'aurait pu choisir le voile! Elle avait cela en commun avec Gabrielle, qui avait toujours le mot pour rire.


Dernière édition par Athénaïs de Montespan le Mar 2 Déc - 11:18, édité 1 fois
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Jeu 7 Aoû - 11:35

La réponse évasive de Marie-Madeleine ne satisfaisait pas son aînée… Qui l’assura pourtant de son admiration. La cadette eût un air étonné, et fit un geste vague de la main, comme pour écarter loin d’elle les compliments de sa sœur, qu’elle jugeait tout à fait exagérés. Du courage ? Elle s’en trouvait totalement dépourvue, pour sa part, et ne voyait pas comment Athénaïs pouvait lui en trouver. Mais peut-être appelait-elle ainsi la seule capacité de rester assise à même place plus d’une heure au-dessus d’un livre ! Après tout, sa sœur avait toujours été si vive, les études ne correspondaient pas vraiment à son caractère. Pour autant la belle marquise n’était pas dépourvue de culture et son esprit aiguisé aurait du reste pu lui constituer à lui seul un bagage plus que suffisant.

« Allons, Athénaïs,  pas de flatteries… Je trouve pour ma part qu’il faut bien plus de courage pour partir autour de monde comme Louis-Victor, et ce n’est là qu’un exemple, je pourrais vous en donner beaucoup d’autres… J’aime les langues, j’ai toujours apprécié l’étude ; il est vrai que cette vie me convient tout à fait, et, au fond, je mène ici une existence plus que paisible. Alors, de courage, point ! »

Elle sourit à son aînée, qui se montrait ce jour-là curieuse et lui demanda des anecdotes du couvent, de décrire ses relations avec ses consœurs, en un mot comme en cent, de parler d’elle. Pourtant, elle avait l’impression que tout ce qu’elle pourrait raconter paraîtrait fade à la belle marquise, habituée aux histoires de Paris, de la Cour, tellement plus intéressantes et riches en rebondissements ! Elle avait presque peur qu’en donnant des détails, elle ne réussisse qu’à conforter son aînée dans l’idée qu’elle avait probablement d’un couvent ennuyeux, dans lequel il ne se passait jamais rien. Mais que pouvait-elle refuser à la délicieuse marquise son aînée ?

« Vous savez, nous ne parlons pas beaucoup, car nous avons toutes des tâches bien définies… Cependant, même sans échanger pendant des heures, nous nous connaissons toutes les unes les autres. Et bien que nous ne soyons pas vraiment censées établir des préférences dans nos relations… Mais l’amitié est humaine, n’est-ce pas ? Ainsi je me suis liée notamment avec une de nos plus jeunes sœurs, elle a à peu de choses près mon âge, mademoiselle de Saint-Aubin –ou plutôt Sœur Agathe. Elle s’occupe des jeunes filles dont les parents nous ont confié l’éducation. Elle est d’une douceur, d’une finesse d’esprit qui me ravissent véritablement, et je connais peu de conversations plus passionnantes que la sienne… Hormis la vôtre bien entendu », acheva-t-elle dans un sourire.

« Quand aux anecdotes,
continua-t-elle, toujours souriante, vous en demandez beaucoup ma chère sœur ! Encore que nos chères pensionnaires, qui sont d’un caractère un peu trop espiègle, aient un don pour mettre sans dessus dessous notre malheureuse institution… Figurez-vous qu’elles ont imaginé de fêter à leur manière le dernier carnaval, en descendant de leur dortoir sur les coups de onze heures, ou peut-être minuit, dans la tenue que vous imaginez à cette heure tardive, et ont défilé en gloussant comme savent si bien le faire de jeunes filles de treize ou quatorze ans dans le cloître… Or ce soir-là, notre Mère Supérieure recevait l’abbé Testu –dont vous savez sans doute, vous qui fréquentez la Cour, qu’il est toujours à la recherche d’appuis pour cet évêché qui lui est refusé depuis si longtemps. Cette pauvre abbesse, qui est au demeurant la meilleure femme du monde, a bien sûr dû faire bonne figure devant son hôte solliciteur, et s’il y a bien une chose d’admirable en cette affaire, c’est qu’elle a réussi à faire passer l’évènement le mieux du monde –du reste, l’abbé Testu n’a aucun intérêt à dénigrer ce soutien potentiel. Mais voilà de quoi sont capables ces charmantes enfants… »

Le Carnaval en effet avait été animé cette année-là… Cependant comment en vouloir à des jeunes filles qui n’étaient après tout encore que des enfants, et qui n’avaient pas, elles, pris ce voile qui fait attendre de celle –ou celui- qui le porte sérieux, modération, flegme. Les faits exposés avaient pourtant un caractère tout à fait exceptionnel –d’ordinaire, elles se contentaient de menues bêtises, le plus souvent inintentionnelles, allant de piétiner les roses en jouant pendant les récréations, à capturer puis enfermer un petit moineau dans la chambre de Sœur Agathe justement, croyant lui faire plaisir après qu’elle leur eût confié aimer les oiseaux. Ce dernier trait était des plus jeunes, qui n’avaient pas compris que la pauvre bête n’était pas faite pour vivre prisonnière de quatre murs, et que loin d’attendre calmement le retour de la sœur, elle saccagerait tout –ce qui s’était produit, en effet. Mais tout cela restait bon enfant, gentillet.

« Mais vous aussi avez été pensionnaire au couvent, n’est-ce pas ? Je suppose que vous vous souvenez de ces années… Nos élèves ne sont guère différentes de celles qui les ont précédées, elle sont calmes et studieuses lorsque la situation l’exige, mais elles ne dédaignent jamais la moindre source d’amusement, et suivent toujours avec plaisir celles qui ont un peu d’imagination… »

Lorsqu’elle évoquait les pensionnaires, Marie-Madeleine ne pouvait s’empêcher de sourire, avec un mélange de tendresse et d’amusement. Elle avait, quelques années plus tôt à peine, été à leur place, dans ces mêmes dortoirs de l’Abbaye-aux-Bois. Et, après tout, cette joie et cette jeunesse qu’elles apportaient au couvent n’étaient pas une mauvaise chose, loin de là…

« Enfin, comme vous le savez, finit-elle, j’entretiens des correspondances avec l’extérieur. L’échange épistolaire n’est pas vraiment autorisé par la Règle originelle, mais elle s’est beaucoup assouplie au cours des ans, comme vous le savez peut-être, et notre abbesse est très bienveillants à mon endroit. J’écris toujours à cette chère Madame de Sablé, mais également à Monsieur Vallant, avec qui je parle littérature, et à Madame de La Fayette dont la plume est toujours aussi merveilleuse ; sans oublier bien sûr, mais est-il utile de le préciser, celles que j’échange avec vous et le reste de la famille… Comme vous pouvez le constater, je ne suis pas si isolée, et je garde, je ne dirais pas de nombreux contacts, mais suffisamment. »

Mais, si la cadette se contentait tout à fait de ce que la marquise n’aurait sans doute pas désigné autrement que « si peu », elle se doutait bien qu’Athénaïs, qui aimait tant parler, dont la conversation était si piquante et si vive, se serait vite, à ce régime, ennuyée à en mourir.
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Mar 2 Déc - 11:43


Si Marie-Madeleine se trouvait dépourvue de courage, son aînée l'en trouvait pourtant dotée. La religieuse avait beau assurer aimer la quiétude de sa vie en ces murs, à pouvoir ainsi étudier à sa guise, la marquise trouvait qu'il fallait malgré tout avoir une certaine force intérieure et de la hardiesse pour tolérer d'être confinée toute sa vie durant entre quatre murs. Après tout, ce n'était pas parce qu'on aimait une chose ou une activité plus que tout, que pour autant la pratiquer continuellement s'avérait facile. Et là, Athénaïs pensa à toutes les choses qu'elle aimait ou qu'elle appréciait faire, et qui lui paraissaient à présent bien futiles à coté de ce que pouvait vivre chaque jour sa soeur. Il n'y avait pas à dire, venir s'entretenir avec une religieuse, de sa famille qui plus est, représentait un véritable retour aux sources et permettait de relativiser sur sa propre existence. Et la dame de compagnie en avait parfois bien besoin.

Ainsi, la cadette céda à la demande de son aînée et commença enfin à parler d'elle et de sa vie au couvent. Athénaïs écoutait attentivement son interlocutrice qui contait cela avec un sourire et tant de joie dans la voix que c'en était finalement passionnant, contrairement à ce qu'elle prétendait. La marquise fut ravie d'entendre que Marie-Madeleine s'était liée d'amitié avec une religieuse de son âge. L'amitié, si elle apportait parfois des tourments, était véritablement source de réconfort. Aussi se mit-elle à sourire en voyant que cette amitié-là lui en apportait.

Ce qui fit sourire la marquise d'avantage, ce fut l'anecdote que se décida enfin à conter sa soeur. Des petites jeunes filles ayant décidé de fêter le carnaval en pleine nuit, dans la tenue la moins décente du monde ou presque, ce dont fut témoin le fameux abbé Testu. La première réaction d'Athénaïs fut d'écarquiller les yeux, avant que ses lèvres rosées ne s'étirent en un sourire qui laissait présager un éclat de rire, qui par ailleurs ne tarda pas à arriver. Elle porta ses blanches mains à sa bouche pour tâcher de se contenir, masquant l'étonnant bon état de ses dents qui faisaient l'admiration de beaucoup à la cour, et finit par glousser, un peu comme les jeunes filles qu'évoquait sa soeur, pour tâcher de rire moins fort.

-Eh bien, eh bien! Vous qui vous plaigniez de n'avoir rien d'amusant à conter, chère soeur, je trouve que vous vous tirez d'affaire plus que bien! Je n'ose imaginer la tête de votre abbé à la vision de cet étrange défilé.

Tout cela fit remonter à l'esprit de la jeune femme quelques événements qui avaient pu avoir lieu au couvent de Saintes, où elle fit son éducation religieuse entre onze et dix-huit ans. Et, comme si elle avait lu dans ses pensées, Marie-Madeleine alors lui rappela qu'elle fut également pensionnaire d'un couvent. Comme toutes les jeunes filles bien nées. Cela fit naître un nouveau sourire sur le visage, à présent découvert, de la marquise. Un sourire espiègle cette fois, en songeant à toutes ces fois où, discrètement, elle s'était "évadée" en pleine nuit de la chambrette qu'elle partageait avec une fille de comte qu'elle n'aimait guère plus que cela, afin de s'en aller retrouver quelques amies pour pouvoir plaisanter à leur guise. Elles s'amusaient alors à décrire leur avenir, du moins celui qu'elles s'imaginaient, dans un idéal parfait, et qui souvent était bien loin de ce que la réalité leur réservait.

-Vous ne pensez pas si bien dire... Et si je n'ai jamais été aussi loin que d'ainsi défiler au vu et au su de tous dans une telle tenue, il m'est arrivé également de m'échapper, à la nuit tombée, de mon dortoir pour converser plus librement avec quelques unes de mes amies. Il est même arrivé que l'une d'elles parvienne jusqu'à la cuisine pour voler quelques miches de pain que nous grignotions alors, à l'abri des regards. Les miettes laissées sur le sol et retrouvées par certaines religieuses le lendemain matin étaient des preuves infaillibles du délit, mais jamais nous ne fûmes découvertes, ajouta-t-elle avec une pointe de fierté.

Il fallait dire que certaines religieuses étaient assez strictes, et que la jeune demoiselle Mortemart, à l'époque, faisait tout pour éviter les remontrances, mais ne pouvait trop aller contre sa nature qui était si vive.

Marie-Madeleine bénéficiait d'une clémence certaine vis-à-vis du règlement de base, assez stricte, ce qui lui permettait de se livrer à l'une de ses activités favorites, écrire. Et la relation épistolaire que les soeurs Mortemart entretenaient était quelque chose de précieux aux yeux de la marquise. De cette façon, elle pouvait s'entretenir avec cette si sage cadette, et bénéficier en quelques sortes de ce retour aux sources indispensable qu'elle ressentait lorsqu'elle la voyait.

-Madame de la Fayette est une femme incroyable. J'ai eu le bonheur de la rencontrer une fois, et l'écouter est tout aussi plaisant que de la lire. Pouvoir vous entretenir avec elle est un réel honneur, ma soeur.  

Mais savoir que la vie de Marie-Madeleine se résumait à si peu de conversation avec autrui confortait Athénaïs dans l'idée que jamais elle n'aurait pu vivre ainsi, elle qui goûtait tant la conversation. Son admiration n'en était alors qu'augmentée vis-à-vis de sa jeune soeur qui, pourtant, se montrait si modeste.

HJ: encore un millier de millards d'excuses pour ce honteux retard, petite soeur de mon coeur.
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Sam 6 Déc - 18:43

[justify]Quel plaisir que de retrouver Athénaîs, la brillante Athénaïs, qui avait tant de conversation, tant de gentillesse pour sa cadette, tant de patience…. Bien qu’elle-même ne jugeât pas son histoire très extraordinaire, son aînée y sourit, puis même s’esclaffa. Elle avait toujours marqué tant de gentillesse à son égard. Marie-Madeleine profitait de chaque minute de ce temps, si rare, de la visite.

Les anecdotes du couvent en firent remonter d’autres à la mémoire de sa sœur ; vol de pain et discussions nocturnes. Marie-Madeleine, qui avait toujours été plus sage que son aînée lors de ses propres années en tant qu’élève (elle était bien plus discrète et réservée que l’étourdissante marquise !), en sourit, car ce n’était pas, bien sûr, la première fois qu’elle entendait ce genre de récit ; Athénaïs en était très fière, lorsqu’elle avait quelques années de moins, et que sa cadette n’était encore qu’une toute petite fille qui la regardait avec les yeux émerveillés que l’on pose toujours sur le grand frère ou la grande sœur, parce qu’on l’idéalise.

Athénaïs, si vive et si bavarde… D’ailleurs la cadette ne s’y trompait pas, lorsque sa sœur lui exprima son admiration pour Madame de La Fayette, elle comprit très bien que la Marquise ne se pensait pas capable de vivre ainsi recluse, et ne pourrait en aucun cas se contenter de ces quelques correspondances (qui paraissaient à l’échelle du couvent déjà démesurément nombreuses et variées…) Mais la jeune femme saisit tout de même la balle au bond. N’était-ce pas là tout l’intérêt de cet art si recherché qu’était la conversation ? Ne pas laisser tomber les paroles, mais les recueillir, vite, vite, et puis les renvoyer, comme une balle au jeu de paume.

« Madame de La Fayette est en effet une femme admirable, et je suis très heureuse qu’elle me fasse l’amitié de répondre à mes lettres qui doivent être de bien peu d’intérêt au regard de la richesse des siennes ! Elle sait faire preuve d’une finesse, et comprend la nature humaine d’une façon telle qu’on jurerait qu’elle a eu accès aux tréfonds des âmes… Non, vraiment, jamais je n’ai rencontré plus de sensibilité. Et quel style formidable que le sien ! Quelle expression épurée, dégagée, simple et précise tout à la fois ! Quelle manière de mettre en scène les moindres évènements, et quelle force dans sa réflexion ! »


Les yeux brillants, la voix renforcée par l’émotion, Marie-Madeleine se laissa emporter par le plaisir d’évoquer cette grande femme de lettres qui lui faisait ainsi l’amitié de s’entretenir avec elle, au rythme d’une lettre toutes les une à deux semaines. Une relation épistolière qui lui avait beaucoup apporté ; elle-même, un peu isolée derrière ses murs, ne pouvait sûrement pas se livrer aux mêmes observations que la brillante jeune femme, et c’était un plaisir véritable que de la lire… Tout comme du reste Athénaïs et Gabrielle.

« Cependant il est vrai que les discussions de vive voix me manquent parfois. J’ai assez peu connu les conversations étourdissantes comme vous savez si bien les mener, mais j’en garde un souvenir ébloui –et je reconnais qu’il m’arrive de souhaiter retrouver cette ambiance si particulière. Il y a là un peu d’orgueil je crois –car après tout c’est pour briller que l’on s’y rend, mais aussi la soif d’apprendre, d’écouter, de se laisser emporter, entraîner… Mais mon choix est fait, n’est ce pas ? Il ne sert à rien d’y revenir – pourquoi se rendre malheureux quand on peut l’éviter ? Je suis heureuse que vous soyez ici maintenant. Pour autant les lettres sont déjà une chance inespérée et un privilège que l’on m’a accordé, et j’en ai pleinement conscience, aussi je les apprécie à juste titre. D’ailleurs leur rareté me permet de pousser plus loin mes réflexions, et je puis vous assurer que c’est un exercice très profitable… Même si je me doute bien que vous n’avez pas envie de l’essayer. »

Le laconisme n’était pas en effet la qualité première de Madame de Montespan, qui le reconnaissait… Mais sa sœur s’en accommodait fort bien. Du reste elle avait la chance, comme elle l’avait exprimé à sa sœur, de pouvoir se livrer à cet « exercice » avec des personnalités particulièrement brillantes, ce qui lui donnait une véritable portée didactique[justify]

Spoiler:
 
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Mar 2 Juin - 14:10

Comme à l’accoutumée, Marie-Madeleine continuait à preuve de beaucoup de modestie en ce qui concernait sa propre personne. La relation épistolaire qu’elle entretenait avec Madame de la Fayette lui paraissait être une grande bonté de la part de la grande dame, néanmoins, Athénaïs trouvait que cette belle lettrée était tout aussi honorée d’avoir la chance d’échanger avec la cadette des Mortemart. La marquise ferma les yeux quelques secondes et secoua doucement la tête de gauche à droite avec un léger sourire en coin, comme l’aurait fait leur père pour éclairer l’un de ses enfants sur un sujet à propos duquel il faisait fausse route.

-Détrompez-vous, chère sœur, je suis certaine que Madame de la Fayette, non seulement goute fort votre plume, mais de plus se sent privilégiée que d’avoir l’opportunité de vous écrire et de recevoir réponse. Soyez donc consciente de ce que vous apportez au monde, Marie-Madeleine. Chaque personne que je connais et qui a eu le loisir de vous parler me vante vos nombreuses qualités.

Et c’était vrai. D’ailleurs, le reste de la fratrie avait grand hâte de retrouver cette cadette adorée pour des retrouvailles familiales, bien trop rares à leur gout.
La jeune religieuse évoqua alors le fait qu’il lui arrivait de ressentir quelque nostalgie quant à la conversation orale. La marquise porta à sa sœur un regard plein de compassion et de compréhension. Il fallait un courage et une force de caractère certains pour ainsi faire le sacrifice de sa vie pour Dieu. Marie-Madeleine était probablement la plus courageuse des enfants Mortemart, plus encore que le guerrier Vivonne, plus encore que la belle et espiègle Gabrielle, et plus encore que la franche Athénaïs. Mais comme elle l’exprimait elle-même, il était inutile de se rendre malheureux en exprimant des regrets. Son choix avait été fait il y avait fort longtemps.

Athénaïs sortit de sa réflexion en entendant le son des cloches. Cela lui rappela qu’elle était peut-être là depuis un temps un peu trop long, et que probablement sa chère sœur avait moult choses à faire. Il n’y paraissait pas, mais les religieuses étaient des personnes fort occupées. La belle dame posa ses grands yeux bleus sur le blanc et doux visage de sa cadette.

-Je pense que j’ai assez abusé de votre précieux temps, chère sœur.

Elle se leva doucement, dans un geste élégant, lissant les plis de sa robe machinalement, sans quitter du regard son interlocutrice.

-Mille mercis de m’avoir reçue. Vous nous manquez tant.

Elle s’approcha alors pour la serrer contre elle dans une étreinte affectueuse.

-Me promettez-vous de nous visiter bientôt ? Vivonne et Gabrielle m’en voudraient si je revenais sans une bonne nouvelle à leur annoncer…

Un doux sourire ornait ses lèvres, attendant une réponse qu’elle espérait positive. Mais il était temps de s’en retourner à Paris. A présent, son cœur était apaisé, l’histoire qui la tourmentait était loin derrière elle et elle avait obtenu le pardon tant attendu.
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Jeu 2 Juil - 20:21

A la fin de l’exposé de sa sœur, Athénaïs secoua la tête, d’un air de doux reproche, qui la fit sourire. Un reproche qu’elle avait vu tant de fois déjà chez sa mère, chez son père, mais aussi chez tous ceux qu’elle avait approchés et qui avaient été chargés de lui faire sentir toute l’importance de son nom et de son rang, le poids de ses ancêtres, la lignée plus qu’illustre et non moins ancestrale dont elle descendait. Bien plus qu’elle, ses deux sœurs avaient cet orgueil de leur rang, cette conscience aiguë de ce qui leur était dû, en terme de respect notamment, de considération et d’honneurs. Cette simple expression lui fit retrouver, d’un coup, tout un pan de son enfance, des impressions encore très vives, des souvenirs extrêmement clairs –puisque sa sœur aînée lui faisait cadeau d’une visite, elle pouvait bien se laisser aller à un peu de nostalgie, les souvenirs n’ont jamais fait de mal à qui que ce soit.

Le discours qui suivit fit s’élargir son sourire. Avec patience, Marie-Madeleine écouta sa sœur, puis, à son tour, et non sans une certaine malice, elle secoua la tête doucement, de gauche à droite, d’un air très sérieux. Oh, bien sûr, elle n’était pas modeste au point de ne se reconnaître aucune qualité –même, elle était assez convaincue que sa sœur avait, dans les grandes lignes, parfaitement raison – mais elle nommait cela orgueil, et s’appliquait, de son mieux, à combattre chez elle ce que son zèle lui faisait apparaître comme une très mauvaise tendance. Marie-Madeleine savait, on le lui avait suffisamment répété au cours des sermons, des confessions, des entretiens avec la Mère Supérieure, que la sainteté, qui devait être le but de tout chrétien, n’était pas un bien acquis mais un statut à acquérir. A présent qu’elle avait pris le voile, autant s’appliquer à aller en cette voie !

« Ma chère sœur, ne m’encouragez donc pas dans mes mauvais penchants  d’orgueil ! Dans mon état, cela n’est pas très bien vu, même si je sais qu’il est des lieux où cela soit plutôt vu comme une qualité… Je me pique de respecter au mieux mes vœux à présent qu’ils sont prêtés, attendu que rompre une parole donnée est bien la chose la plus vile et haïssable qui soit. »

Son air un peu trop sérieux devait alléger un discours avec lequel elle restait cependant plutôt d’accord. Elle s’était habituée à l’austérité dans laquelle elle vivait, à la prière quotidienne, au rythme de vie ultra-régulier de l’abbaye, qui ne laissait absolument aucune part à l’imprévu ni au hasard, avec ses activités dont les horaires étaient réglés comme papier à musique. Les qualités que l’on attendait des religieuses n’étaient pas celles que l’on attendait de femmes comme Madame de La Fayette ou sa sœur. Avoir conscience de sa valeur paraissait à la jeune femme un péché.

Cependant, désireuse de changer de sujet et d’en trouver un qui soit plus léger, Marie-Madeleine commença à demander à sa sœur des nouvelles de quelques unes de ses anciennes connaissances –de jeunes femmes qui avaient été ses amies en pension, pour la plupart. Mais bientôt la cloche qui appelait toutes les religieuses à l’office des Vêpres vint lui tirer un léger sursaut –comme le temps passait vite, en compagnie d’Athénaïs dont les visites étaient toujours trop rares à son goût- , lui rappelant la réalité bien tangible de ses devoirs.

Elle n’avait guère envie de précipiter le départ de la marquise cependant. Mais cette dernière se leva d’elle-même, faisant par-là preuve d’une délicatesse plus qu’appréciable, et prit congé. Par principe et par usage, Marie-Madeleine l’assura qu’elle ne dérangeait en rien, et qu’elle était la bienvenue en ses murs, qu’elle pouvait y rester le temps qu’elle le souhaitait ; mais elles savaient toutes deux que l’heure des visites était passée. Elle rendit à sa sœur son étreinte.

« Je suis bien triste de devoir vous laisser aller, Athénaïs… Votre visite m’a fait un plaisir extrême, savez-vous ! Je ne peux que vous remercier encore une fois, de vous être déplacée pour moi, et puis pour ces confiseries… Vous me connaissez bien !  Je vous rendrai votre visite dès que cela me sera possible, mais, vous savez aussi bien que moi que cette promesse risque bien de n’être pas tenue sans délai… Et vous me manquez aussi. »


Elle sourit, un peu émue, comme toujours au moment des adieux, et sortit de sa poche, où elles reposaient auprès de son chapelet aux grains de bois poli, deux lettres soigneusement pliées.

« Il y en a une pour Vivonne ; l’autre est pour Gabrielle. Vous les leur remettrez, n’est-ce pas ? »

Elle savait pouvoir toujours compter sur Athénaïs pour ce genre de demandes aussi ne fut-elle pas le moins du monde surprise de la voir accepter de bon cœur. Les adieux s’éternisèrent bien un peu –dans la mesure du possible. Puis la marquise reprit la route de son hôtel particulier, et Marie-Madeleine le chemin de la chapelle. Dans les voix de ses consœurs qui montaient sous les voûtes et la sérénité ambiante, elle trouvait l’apaisement et se confortait dans son choix –tout en gardant, toujours, une pensée pour son frère et ses sœurs.
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Retrouvailles et confessions

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