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 Vivonne chez les Nones ft Marie-Madeleine


Sam 19 Juil - 0:15

Vivonne se rendait finalement au couvent voir la plus jeune de ses sœurs. Le voyage était prévu de longue date mais son Roi, ses Amantes et Élise avaient retardés la rencontre en l’occupant longuement. Et puis si Vivonne aimait sa sœur, il n’aimait pas être entouré de Nones, et avait donc multiplié les nuits avec ses Amantes, particulièrement Mademoiselle Béjart, afin de retarder l’entrevue avec les Bonnes Sœurs. Mais il fallait y aller, voir sa sœur et lui parler, et puis lui offrir ses cadeaux. D’autant plus qu’il ne l’avait pas vue depuis bien trop longtemps. Par conséquent il allait aller la voir, lui faire deux cadeaux, comme à ses autres sœurs, et lui raconter ses aventures, sa vie et peut-être aussi se confesser. Il ne le faisait que rarement, alors autant se confesser à sa sœur.

Ainsi il se fit propre, se parfuma, se vêtit comme s’il se rendait à la cour, et vérifia son paquet contenant une édition originale de la Divine Comédie trouvée sur un navire pirate et une paire de souliers noirs afin de ne pas trancher avec les robes de none de Marie-Madeleine… Sauf qu’elles étaient peut-être trop belles et féminines pour une humble None. Mais ça n’était pas grave, il les offrirait quand même, même si Marie-Madeleine n’aurait peut-être point l’occasion de les porter.

Sitôt le paquet prêt et vérifié, il prit alors la route en direction du couvent qui abritait sa sœur. La route était sèche en ce jour et le voyage fut donc rapide et pas trop inconfortable. A la vue du couvent, un frisson secoua Vivonne alors qu’il sentait le malaise prendre place en son cœur. Une vieille none semblable à un fossile tout juste sortit de terre l’accueillit, l’air sévère. Cela pouvait être étonnant mais Vivonne se sentait intimidé par la femme à qui il déclina son identité et celle de sa sœur à qui il rendait visite. Elle le conduisit sous surveillance dans un parloir avec deux chaises et une table, réprimandant les quelques nones qui suivaient Vivonne du regard. Intimidé par la vieille chouette, le Duc regarda droit devant lui et poussa un soupir de soulagement une fois seul dans le parloir, juste avant de poser le paquet sur la table. Et la porte s’ouvrit sur Marie-Madeleine. Il lui sourit alors et lui offre une étreinte fraternelle.

« Ma chère sœur. Je suis si content de vous voir. »

Déclara-t-il aussitôt. Il recula d’un pas lorsque l’étreinte cessa et la détailla. Il ne parvenait pas a s’habituer au choix de sa sœur, mais réprima le regard désapprobateur qui menaçait de paraître et lui sourit en lieu et place.

« J’aurais du venir bien plus tôt. Je me rends compte maintenant à quel point vous m’avez manqué. »

Confessa-t-il pour débuter la conversation.
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Sam 19 Juil - 23:10

Marie-Madeleine poussa doucement la porte du parloir et sourit. On l'avait prévenue de l'arrivée de son frère, qui lui avait effectivement promis sa visite en ce jour... Mais qui avait déjà si souvent envoyé à sa place un messager, porteur d'un billet rédigé à la hâte et comportant le plus souvent des excuses (et une bonne excuse, qui faisait la plupart du temps intervenir le Roi en personne, ou bien, plus modestement, ses devoirs et autres impondérables), qu'elle ne se formalisait plus de ces annonces. Oh, bien sûr, elle était contente lorsque Louis-Victor lui annonçait qu'à telle ou telle date il ferait le voyage de l'Abbaye-aux-Bois... Mais elle avait aussi appris à ne pas trop bâtir de châteaux en Espagne sur ce type de missives. Et jusque là les faits lui avaient donné raison. Aussi avait-elle été très surprise lorsque la sœur douairière, ses clefs à la ceinture, était venue la chercher pour l'emmener au parloir.

Son frère l'attendait, seul dans la petite pièce. Il avait sorti pour l'occasion une tenue digne de la cour, qui détonnait un peu dans la simplicité de cette antichambre de la maison de Dieu qu'était le parloir (pièce dont l'apparence préoccupait beaucoup la mère supérieure puisqu'elle était tout ce dont disposait la plupart des visiteurs pour se faire une idée de la vie dans les murs, et que la pauvreté faisait souvent meilleur effet en ces lieux qu'un luxe ostentatoire, comme elle se complaisait à leur expliquer), et la jeune femme sourit, trouvant l'attention délicate (mais fallait-il s'en étonner de la part de son frère, toujours si fin connaisseur des dames, qu'elles soient ses sœurs ou autres?). Malgré l'âge qui venait tout doucement, son aîné portait toujours beau, et sans doute aurait-il beaucoup à lui dire si jamais il lui venait l'envie de se confesser...

A son entrée, Vivonne sourit et l'étreignit, comme toujours. La robe de religieuse qu'elle avait endossé cinq ans auparavant n'avait rien changé à leurs habitudes, et elle s'en réjouissait, estimant qu'elle n'avait pas à être traitée comme un être à part. Après tout, elle avait épousé la religion comme d'autres épousent leur mari! Alors pourquoi modifier son comportement en sa présence, lorsqu'on n'agissait pas différemment pour une jeune mariée? Cependant Marie-Madeleine fut quelque peu étonnée de n'entrevoir pas même l'ombre d'une remarque ou d'un reproche dans l'attitude de Louis-Victor: Vivonne se serait-il enfin résigné à son état?

Evidemment, Louis-Victor commença par regretter de n'être pas venu plus tôt. Elle retint un sourire, sachant très bien que s'il l'avait voulu, il aurait sans doute pu se libérer, mais l'essentiel était qu'il s'en repente à présent. Il lui avait manqué, lui aussi.

"Oui, vous auriez dû... Mais je vous pardonnerai sans rancune, si vous me rapportez quelques histoires de votre voyage dont on m'a rapporté qu'il avait été plus que riche en anecdotes! Athénaïs m'a dit que vous les aviez fait rêver, elle et Gabrielle, et je trouvais injuste d'en être privée... Elle n'a pas voulu me les conter."

D'un geste du poignet, elle invita son frère à prendre place sur l'une des deux chaises, puis s'assit sur la seconde, lissant du plat de la main la robe noire liserée de blanc qui plaisait si peu à son frère. Elle aperçut alors la jolie boîte sur la table... Un cadeau? La petite fille qui sommeillait en elle afficha un sourire radieux, que l'adulte plus sérieuse et polie tenta de dissimuler. Elle essaya bien d'engager la conversation, mais son regard revenait toujours à la petite boîte, et elle ne pouvait l'en détacher, impatiente de savoir ce qu'elle pouvait bien contenir...





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Dim 20 Juil - 1:05

Vivonne était ravis d’étreindre sa plus jeune sœur. Il ne se rendait réellement compte que maintenant d’à quel point elle lui avait manqué. Il posa un regard chagriné sur sa tenue, seul le visage et les mains n’étaient pas couverts, mais le dissipa bien vite pour que ça sœur ne soit pas chagrinée. Et il sourit aux propos qu’elle offrait en retours, lui réclamant le récit de ses aventures alors même qu’elle prenait place et regardait avec désir son cadeau. Posant la main sur la boite, ses doigts commencèrent a la tapoter alors que sa sœur finissait de parler.

« Athénaïs n’a pas voulu vous le conter ? C’est bien triste. J’imagine qu’elle a préféré vous confier les ragots de Paris, dont certains doivent me concerner, ainsi que la liste actualisée de mes conquêtes, non ? Mais sans rien vous raconter d’important. »

Il offrit alors un sourire. Les regards de Marie-Madeleine se faisaient trop insistant pour qu’il les ignore.

« Mais soit. Je vois à votre regard que vous voulez ceci. Prenez le donc. Tout ce qui est dedans est à vous. »

Il sourit alors qu’elle ouvrait le paquet et découvrait ses deux cadeaux, émerveillée.

« Lorsque nous avons abordé un navire pirate qui espérait nous détrousser, nous avons découvert de magnifiques trésors… Parmi eux il y avait ce livre. C’est une édition originale de la Divine Comédie de Dante. La toute première édition imprimée. J’ai pensée qu’elle vous plairait. Nous avons sué sang et eau pour vous la rapporter. »

Et il offrit un petit sourire d’une tendresse toute fraternelle:

« Mais votre sourire valait bien ces peines. »

Il regardait sa sœur, examinant le livre comme par la paire de souliers noirs qu’il lui offrait. Peut-être plus adaptés à la vie de cours qu’au couvent, ils étaient cependant parfaitement adaptés à la naissance de la plus jeune des Mortemart. Cela faisait deux beaux cadeaux et comme sa sœur semblait les apprécier, il était des plus satisfait.
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Dim 20 Juil - 23:47

Les regards de Marie-Madeleine, de plus en plus insistants, n'échappèrent sans doute pas à Vivonne, mais ce dernier eut cependant la malice de les ignorer pour fustiger un peu la belle marquise, sa sœur... En toute sympathie, bien évidemment, puisque comme tous les Mortemart Louis-Victor vouait à Athénaïs une tendresse immodérée.

"Oh, allons, des ragots, comment tournez-vous vos phrases? Ce ne sont là qu'anecdotes... Et vous la connaissez, elle sait les rendre on ne peut plus réelles et amusantes, même les plus anodines! Elle a tant d'esprit."


Mais, enfin, Louis-Victor sembla prendre conscience de la fixation de Marie-Madeleine sur la petite boîte, sur laquelle ses doigts jouaient malicieusement depuis quelques minutes. Il sourit, visiblement amusé -mais sa sœur était persuadée qu'il l'avait intentionnellement laissé attendre, comme ces fins gourmets qui tiennent leur plat au chaud, consciencieusement, avec envie et délices, pour mieux le savourer après l'avoir déjà apprécié en imagination, afin de lui faire mieux apprécier son cadeau. Elle reconnaissait bien là l'espièglerie et le caractère joueur de son frère... Mais ne pouvait lui en vouloir, au contraire, elle trouvait l'attention assez délicate parce qu'intelligente.

Un peu fébrile, très impatiente, elle défit le paquet, sous le regard amusé et le sourire affectueux de son frère. Ce qu'elle y découvrit la laissa sans voix, émerveillée comme une petite fille devant la jolie poupée de porcelaine dans la boutique de l'artisan, et elle n'eut pas besoin des explications de son frère pour comprendre la valeur du présent. Les chaussures lui sautèrent tout d'abord aux yeux: noirs, sobres, mais féminines et délicates, travaillées,en un mot parfaitement adaptées à sa condition de religieuse, mais aussi à ses goûts de femme. Elle trouva l'attention d'autant plus délicate qu'elle l'interpréta comme l'acceptation définitive de son habit noir, ce qui était peut-être un peu hâtif mais la réjouit beaucoup.

Et puis, elle vit le livre. Tremblante, retenant un cri de joie, elle le sortit lentement, avec d'infinies précautions, de la boîte. Un des ouvrages de la première édition de la Divine Comédie du divin Dante, le cadeau était somptueux! Et venant du pillage d'un navire pirate... L'anecdote ne faisait qu'ajouter à  la valeur déjà inestimable du présent. Les yeux brillants d'excitation, la jeune érudite fit tourner avec délicatesse -et émotion, il va sans dire!- les pages jaunies et odorantes. Ah, l'odeur du vieux papier...

un immense sourire de reconnaissance aux lèvres, elle se tourna vers son frère qui la contemplait toujours; il  n'avait sans doute pas été déçu des réactions de la très expressive Marie-Madeleine, et le compliment qui clôtura le discours de son frère élargit encore un peu son expression de joie. Laissant là les convenances, elle bondit au cou de Vivonne -non sans avoir auparavant précautionneusement reposé le fragile ouvrage, désireuse d'en prendre le plus grand soin.

"Oh, Louis-Victor, c'est trop! Merci mon frère, d'avoir bravé tant de dangers pour votre petite sœur... Je vous suis infiniment redevable. La Divine Comédie! C'est magnifique... Il faut que vous me contiez cet abordage plus en détail!"


Et, comme elle n'avait pas oublié les délicats petits souliers qui reposaient à présent sur la table, elle fit glisser rapidement ses souliers d'un mouvement rapide du talon et les repoussa sous la chaise du bout des orteils.

"Mais, vous m'excuserez, je ne peux résister à la tentation de les essayer devant vous! M'aiderez-vous, mon cher frère?"


Et d'un mouvement un rien impérieux, un sourire espiègle aux lèvres et des étincelles plein les yeux, elle tendit son pied gainé de son fin bas blanc à son frère, se doutant qu'il ne lui refuserait pas ce plaisir.
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Lun 21 Juil - 11:52

Vivonne voyait bien que sa plus jeune sœur était ravie, et il en était dès plus heureux. Elle défendait naturellement Athénaïs, mais le ton était guilleret, puisque le sujet était léger et de l’ordre de la taquinerie. Et il se réjouit ensuite en la voyant, fébrile, ouvrant le paquet avec l’impatience des enfants. L’affection, la tendresse, et l’amusement se disputaient le visage du duc alors que l’odeur de vieux papier emplissait la pièce, pour le plus grand plaisir du frère et de la sœur. Et pour finir elle sauta dans ses bras et il l’étreignit doucement, embrassant tendrement sa joue, alors qu’elle s’agrippait à lui et le remerciait pour ce magnifique ouvrage. Il allait lui répondre sur l’abordage quand déjà elle se rasseyait et lui tendait un joli petit pied gainé de blanc. Le bas était si fin que l’on voyait les délicats orteils à travers.

« Et bien je vais vous raconter cet abordage, et répondre à toutes vos questions, sans rien vous cacher, mais je crois qu’il me faut vous chausser au préalable. »

Il se rassit alors doucement, et saisit le petit pied. La main droite tenait doucement la cheville alors que la gauche caressait tendrement le pied sur lequel il posa un doux baiser. Il était évident qu’il n’était absolument pas importuné par le fait d’avoir le pied de sa sœur sur lui ou si près de son visage, mais s’amusait plutôt à l’idée de chausser sa petite sœur chérie. Se redressant, il saisit le soulier correspondant au pied et la chaussa délicatement.

« Cela vous plait ? »

Demanda-t-il alors doucement, en relâchant doucement le pied qu’il laissa posé sur ses cuisses, laissant Marie-Madeleine reposer le pied chaussé au sol et lui offrir le second à chausser.

« En tout cas, pour l’abordage tout se passa un beau matin. On est tombé sur une bataille qui avait eu lieu durant la nuit, un navire marchand venait d’être sabordé par un navire pirate et nous fûmes assez près pour voir l’explosion. Nous avons donc vogué à pleine vitesse et rattrapé le navire pirate endommagé. Ce fut une prise relativement facile comparée à d’autres navires, même si les pirates combattirent avec l’acharnement de ceux qui n’ont plus rien à perdre. La canonnade nous permis de prendre un rapide avantage et lors de l’abordage nous avions une grande supériorité numérique qui rendit la bataille brève même si nous subîmes des blessures diverses. »

Marie-Madeleine souhaitait savoir pour l’abordage ? Et bien Vivonne le lui racontant, d’un ton détaché, alors qu’il la laissait profiter de la nouvelle chaussure et du moment présent.
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Lun 21 Juil - 23:08

Louis-Victor prit le pied tendu de sa sœur et y enfila la chaussure. Le petit soulier noir était aussi agréable à porter qu'à contempler, comme Marie-Madeleine le constata bientôt; ni trop étroit ni trop flottant, confortable  à souhait, bref, parfait. Elle sourit à son frère, lui tendant son pied gauche, et le complimenta de son choix.

"Vraiment, mon frère, vous avez su trouver ce qui me convenait le mieux! Merci... Je n'aurais jamais trouvé l'occasion de porter des chaussures comme celles dont vous avez fait présent à Athénaïs, et qu'elle m'a montrées. Vous nous gâtez, mes sœurs et moi!"


Vivonne chaussait délicatement le second pied de sa sœur, visiblement content de lui avoir fait plaisir. Marie-Madeleine savourait la joie de ces retrouvailles tant attendues, mais attendait aussi avec impatience le récit de l'abordage; ce n'était pas parce qu'elle était entrée dans les ordres qu'un récit d'aventures, surtout lorsqu'il s'agissait de  celles de son frère, ne la captivait pas! Mais son frère faisait durer l'essayage, ce qui était loin de déranger sa sœur, qui n'en brûlait pas moins de curiosité. Louis-Victor ménageait son suspens.... Enfin, il commença le récit tant attendu.

Vivonne, en habile séducteur qu'il était, avait le don de raconter les histoires les plus incroyables sur un ton badin, léger, et parlait de prises de navires ou de combats navals comme il aurait évoqué une tranquille promenade au bord du plus banal des petits lacs... Et le résultat, immanquablement, était un surcroît d'admiration de la part de ses auditeurs, qui y voyaient le reflet de son courage, puisque pour que de telles actions paraissent de si peu d'importance il fallait qu'il ait connu bien pire. Marie-Madeleine n'échappant pas à la règle et étant de surcroît dotée d'une imagination très active et visuelle, les aventures de son frère se jouaient dans son esprit au fur et à mesure qu'il les contait. Et même si les détails, dont elle était friande, pâtissaient de la désinvolture de Louis-Victor, elle n'avait aucun mal à en greffer de son propre cru (sans doute très éloignés de la réalité, mais comment aurait-elle pu le savoir, elle qui n'avait seulement jamais vu la mer?)

Cependant les dernières paroles de son frère l’inquiétèrent.

"Blessures? Avez-vous vous aussi subi quelque dommage?"
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Lun 21 Juil - 23:35

Marie-Madeleine était ravie et déjà elle lui offrait son pied gauche. Avec un tendre sourire, Vivonne le saisit et l’embrassa vraiment très tendrement, mais sous la voûte plantaire cette fois ci. Sa main libre caressa doucement le pied puis il chaussa délicatement sa sœur. Maintenant chaussée du cadeau de son frère, elle le complimenta pour ses goûts et il fit un sourire modeste même si la joie de la jeune nonne faisait visiblement plaisir au Duc :

« Mais il est naturel que je vous gâte et vous cajole, vous êtes mes sœurs bien aimées, toutes les trois. »

Confessa-t-il à la plus jeune du trio, la voix vibrante d’amour fraternel. Mais il fallait faire le récit des aventures et assouvir la soif de récit de la petite sœur chérie qui s’enthousiasmait pour la brève histoire avant de s’inquiéter pour lui et ses blessures. Il offrit alors un sourire rassurant :

« Oh oui j’ai subis quelques coupures, mais pas durant cette bataille. Nous sommes tombé sur quelques maures et corsaires qui se sont vaillamment défendus, mais que nous avons finis par envoyer par le fond. Que ce soit des lames un peu trop vives ou des échardes de bois dues à des impacts de boulets de canon, j’ai eu quelques coupures qui ont certes offert mon sang aux poissons, mais qui n’ont que laissées quelques brèves coupures dont la plupart ont disparu. J’ai peut-être une ou deux cicatrices visibles, mais le reste ne fut qu’égratignure. J’ai bien plus abimé mes tissus que ma peau. »

Il approcha alors de Marie-Madeleine et lui pris les mains :

« Mais c’est sans importance le tissus. Quand à ma peau, Vous me connaissez assez pour savoir qu’elle est fréquemment, et pas seulement par les membres de l’ordre médical. »

Et il fit un petit sourire qui se voulait gêner mais qui n’était peut-être pas entièrement convaincant pour quelqu’un le connaissant aussi bien que l’une de ses sœurs. Mais à ses yeux c’était juste un fait, comme dire que le soleil brille, et il essayait de prendre une mine gênée par pur respect pour sa sœur dont il connaissait l’opinion sur sa vie de pêcheur.
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Mar 22 Juil - 23:24

Bien évidemment, Louis-Victor s'empressa de rassurer sa petite sœur quand aux blessures qu'en effet, il avait reçues, mais qui heureusement n'étaient, à l'en croire, que superficielles. Marie-Madeleine se sentit gagnée par le soulagement. Cependant, elle savait, par l'expérience, que l'adjectif superficiel n'avait souvent pas la même valeur dans sa bouche et dans celle de son frère... Et, il fallait bien l'avouer, elle était également rongée par la curiosité qui l'avait prise dès les premiers mots du récit de son frère. Elle voulait voir les glorieuses blessures de guerre! Mais son habit noir la fit hésiter et elle se tut, laissant son frère finir son explication et son imagination fonctionner, recréant les Maures à la peau sombre et la mer houleuse, les éclats des canons et les gerbes d'eau qui en étaient les conséquences, les cris et l'odeur de la poudre, les embruns et le soleil, très vif sur la mer, du moins était-ce ainsi qu'elle le voyait.

Le mot de son frère sur les tissus la fit sourire. Elle appréciait son esprit fin, l'esprit Mortemart qui suscitait tant d'admiration et dont Vivonne n'était pas dépourvu, et qui donnait un tour si agréable aux conversations. Cependant elle ne put qu' hausser les yeux au ciel après sa dernière saillie. Spirituelle, certes... Mais lourde de sous-entendus qui n'étaient pas même voilés, et qui auraient pu déclencher une brouille, le sujet étant l'un des tabous à ne pas évoquer pour que l'entente règne entre le frère et sa jeune sœur -le second étant le voile de la cadette... les deux n'étant pas des moindres. Le sourire empli de gêne de Vivonne sonnait faux aux yeux de Marie-Madeleine. Mais elle choisit de ne pas gâcher un moment aussi tendre, car ils étaient trop rares, et prit sur elle de ne pas relever trop violemment. Seulement, elle serra un peu la main que Louis-Victor avait posé sur la sienne.

"Oui, je le sais... Ne prenez pas cet air, vous savez bien ce que j'en pense."
elle eut un profond soupir, un rien théâtral, et sourit tendrement à Vivonne pour lui montrer qu'elle ne lui en tiendrait pas rigueur cette fois-ci. "J'ai fini par comprendre que je ne pouvais pas vous changer et me contente maintenant de prier pour votre salut -ce qui n'est pas une raison pour aller vers le pire!"

Cependant elle avait été piquée au vif dans son orgueil de sœur; comment les amantes de son frère, qui ne bénéficiaient pas, et c'était là un doux euphémisme, de l'indulgence de la jeune religieuse (ce qui avait commencé par être une taquinerie entre les deux, qui aimaient à se lancer des piques, par pur plaisir d'exercer leur esprit, s'était au fil du temps et avec l'entrée dans les ordres de la plus jeune, envenimé dans des proportions assez invraisemblables), étaient plus à mêmes qu'elle de juger de l'état de gravité de ses blessures? Fi donc! Pour ridicule et futile que cela soit, il y avait fait allusion, et elle ne la laisserait pas passer.

"Mon cher Louis-Victor,
fit-elle en caressant des doigts la main de son frère, toujours dans la sienne; je ne doute pas que vos... médecins ne soient très fines connaisseuses en matière d'anatomie, mais la pratique chirurgicale leur fait sans doute défaut... Puis-je vous demander de me montrer ce qu'il en est réellement? Je connais suffisamment vos blessures superficielles pour que ce terme seul m'inquiète. Vous savez bien que je ne suis pas comme vous un soldat habitué au sang et aux plaies, et que ce qui vous paraît une égratignure n'a pas toujours la même dénomination pour moi..."

Puis, pour convaincre son aîné, elle lui offrit un air inquiet (ce pour quoi elle n'eut pas trop à se forcer, bien que les précédentes affirmations de son frère l'aient déjà un peu rassurée), son plus beau sourire de petite fille gâtée quémandant une faveur auprès de parents n'ayant rien à lui refuser et qui en aurait conscience, et accentua la pression de ses doigts sur ceux de son frère.
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Mer 23 Juil - 2:13

Vivonne savourait l’attention que lui offrait sa petite sœur. C’était si agréable de se sentir sincèrement aimé et d’être le centre de l’attention ! Et puis il y eut le mot malheureux sur les conquêtes de Vivonne. Un soupir théâtral se fit réprobateur, puis un tendre sourire lui offrit le pardon, entre deux phrases. Sa petite sœur lui avait serré la main, et du pouce il lui caressa les phalanges qui lui tenaient la main.

« Ma sœur… je me demande si le pire n’est pas derrière moi et que je ne me suis pas assagi avec l’âge, bien que restant toujours fidèle à ma nature pécheresse qui vous fais tant de peine et vous oblige à me consacrer tant de prières. »

Confessa-t-il doucement. Mais Marie-Madeleine, naturellement, s’inquiétait d’abord et avant tout de ses cicatrices qu’elle voulait examiner, alors qu’elle lui caressait maintenant la main. Il lui sourit tendrement et lui baisa la main avec tendresse, craquant devant son sourire de petite fille gâtée, alors qu’une simple demande polie aurait suffit.

« Mais volontiers Marie-Madeleine, rassurez vous et examinez donc autant que vous voulez et tout ce que vous voulez. »

Déclara-t-il spontanément. Il lâcha alors la main de sa sœur et se leva afin qu’elle puisse plus facilement l’examiner. Avec les gestes habiles d’un homme habitué à retirer ses vêtements pour rejoindre une amante dans un lit, il se mit torse nu, offrant au regard et, si elle désirait, aux mains de sa sœur son corps de soldat bien entrainé, dont les muscles étaient visibles et les cicatrices, récentes et anciennes, l’étaient encore plus. Il n’était visiblement guère gêné par la moindre pudeur, habitué aux regards emplis de désir et donc guère gêné par celui de pure affection fraternelle de ses sœurs.

« Cela vous convient ou dois-je retirer d’autres vêtements pour ma visite médicale ? »

Demanda-t-il. Si le terme visite médical était clairement un trait d’humour, Vivonne illustrait par ce propos le fait qu’il était certes dénué de pudeur mais surtout qu’il était prêt à tout pour rassurer sa sœur en lui montrant qu’il ne cachait nul part la moindre vilaine blessure et qu’il était en excellente santé.
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Mer 23 Juil - 19:24

Marie-Madeleine ne put contenir  un mouvement d'étonnement devant la confession pour le moins singulière et inattendue de Vivonne, qui affirmait -mais était-ce possible? Qu'il ressentait déjà les effets de l'âge... Une vieillesse que la cadette des Mortemart jugea bien un peu prématurée, et qui s'accordait bien mal avec les récits de ses batailles, et avec les rumeurs rapportées de la cour et de Paris par Athénaïs. Mais, enfin, son frère avait l'air réellement sincère, et elle n'avait pas l'impression que le but recherché ait été de rattraper la malheureuse allusion à ses amantes... Elle ne savait plus trop qu'en penser, et prit le parti d'en sourire.

"Vous êtes vieux bien jeune, mon frère... Toutefois je suis heureuse que vous vous assagissiez. Ainsi donc à vous en croire, vous vous dirigeriez vers la fidélité extra-conjugale? Et également polygame je présume... Voyez comme vous me donnez du travail! Vous qui disiez que je perdrais ma vie derrière ces murs, vous me donnez de quoi remplir mes journées"

Ces paroles, écho à celles prononcées par Vivonne quelques minutes auparavant, touchaient à leur tour un point sensible, l'entrée dans les ordres de Marie-Madeleine; décidément, la diplomatie avait fort à faire, et la jeune femme se demanda si son frère, à son tour, ne relèverait pas l'allusion.

Cependant Vivonne, en un tour de main et avec un naturel qui dénonçait l'habitude, avait ôté sa chemise, répondant ainsi à la demande de sa sœur. Cette dernière se leva de sa chaise, pour mieux voir; comme le lui avait affirmé son frère, il ne s'agissait que d'égratignures bénignes, sur lesquelles elle passa doucement un doigt un peu hésitant. Les plaies étaient bien refermées et avaient l'air de cicatriser on ne peut mieux, ne laissant plus déjà sur la peau que de minces zébrures rougeâtres, commençant déjà à se résorber ou, pour les plus importantes, à tirer sur le blanc qui marquerait les cicatrices. Ainsi rassurée, Marie-Madeleine déclina en riant l'offre de son frère de se défaire du reste de ses vêtements, en le priant de bien vouloir se souvenir du lieu où il se trouvait:

"Allons, Louis-Victor, et si quelqu'une de mes consœurs venait à passer et tombait par mégarde sur un tel spectacle? Mais vous révolutionneriez le couvent, mon cher!"

Tout en souriant, la cadette prit la chemise de son frère sur sa chaise, où il l'avait abandonnée, mais la garda entre ses mains, nullement gênée par le spectacle pourtant incongru dans un couvent de femmes du torse nu de son frère. Elle apprécia le grain fin du tissu du bout des doigts, la nacre (ou quel que fut le matériau dont ils étaient couverts) des boutons qui était froide sous ses mains, la dentelle un peu rugueuse des poignets, ornement réservé à la noblesse.

"Et pour ce qui est de votre visite médicale, comme vous l'appelez, je suis heureuse de voir que pour une fois nous sommes d'accord: ce ne sont là qu'égratignures, et j'en suis soulagée!"


Marie-Madeleine tendit enfin le vêtement à son frère, et sourit en jetant un regard par la fenêtre: le temps était des plus agréables, alliant un soleil appréciable et un vent rafraîchissant, malgré quelques nuages menaçants.

"Mon frère, maintenant que je suis tranquillisée quand à votre état de santé, me laisserez-vous vous faire les honneurs de notre roseraie? A moins que vous n'ayez encore quelque sujet plus personnel à me confier, auquel cas nous serons mieux ici pour parler."

En effet le parloir leur était pour ainsi dire réservé le temps de la visite, alors que le jardin restait librement ouvert, ce qui les privait de toute intimité, bien qu'en leur offrant en contrepartie un cadre bien plus agréable que la sévère et spartiate petite pièce.
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Mer 23 Juil - 23:30

Dans une petite pièce spartiate d’un couvent, un frère et une sœur se parlaient. Le frère était torse nu, la sœur portait le voile. Et ils se taquinaient alors qu’elle examinait ses cicatrices, les parcourant d’un doigt faiblement hésitant.  Le Duc réprima quelques frissons qui parcoururent sa peau sous les douces mains froides de sa petite sœur, puis elle alla lui chercher sa chemise puisqu’elle pensait qu’il avait froid… Effectivement la pièce ombragée était fraiche. Mais soit, il répondait aux sourires de sa sœur et l’écouta attentivement. Il ne put que rire à ses propos alors qu’elle parlait de révolutionner le couvent, puis elle lui tendit sa veste et il la prit mais sans la mettre. S’asseyant, il se mit à jouer avec les boutons de nacre, alors qu’il répondait à sa sœur :

« Mais j’aimerais bien voir ce qu’il se passerait si je révolutionnais ce couvent. A votre avis ? »

Il fit un clin d’œil, signe qu’il plaisantait… Mais il ne se rhabillait pas pour autant, taquinant Marie-Madeleine en faisait comme s’il désirait être vu alors qu’il savait qu’ils avaient toute l’intimité nécessaire dans le parloir. Il enchaina ensuite sur les autres propos de sa sœur. Posant le vêtement sur la table, il prit sa sœur sur ses genoux, chose qui n’était pas arrivée depuis de bien longues années, lui offrant un câlin fraternel.

« Je sais que les confessions ne se font pas ainsi usuellement mais j’ai envie de vous faire des confidences, Marie-Madeleine. J’ignore si cela peut faire office de confessions.»

Lui dit-il alors doucement, tout en la câlinant. Il prit un ton calme, dans lequel transpirait la gêne, à défaut de honte, alors qu’il se confessait

« Comme vous le savez j’ai enchainé les conquêtes dans ma vie, ayant rarement la même femme dans mon lit chaque nuit et ne restant jamais plus de trois mois avec une femme, mes aventures ne survivant pas non plus aux campagnes militaires. »

Il fit une brève pause, Marie-Madeleine connaissait déjà cela. Il décida d’aborder la suite :

«J’ignore si vous le savez déjà, mais mon épouse n’est pourtant pas la femme avec laquelle j’ai le plus passé de temps… Intime, aussi étonnant que cela puisse paraître avec cinq enfants et de magnifiques souvenirs. Bien avant d’être marié, j’ornais déjà le lit de la Dame de l’Enclos, même si nous sommes moins assidus qu’autrefois.»


Il eut une brève hésitation, mais décida de poursuivre :

« Il me faut aussi confesser être passionnément amoureux de la comédienne Madeleine Béjart, qui est tout aussi pécheresse et volage que moi...  Où Dame de l’Enclos. Je ne la connais que depuis six mois et déjà je n’ai rêvé que d’elle chaque nuit en mer. »

Il poussa un soupir. Se confesser à sa sœur lui faisait du bien mais ça n’était pas facile.

« Je suis volage, le pire des défauts que je puisse imaginer après la lâcheté. J’ignore pourquoi mais je n’arrive pas à être heureux avec seulement mon épouse qui est pourtant la plus belle et tendre des épouses, la meilleure des mères, et que j’ai pourtant réussie  à courroucer sans réussir à l’apaiser, par mon incapacité à la fidélité. J’ai eu la chance de rencontrer deux Dames ayant mon défaut… mais je ne pourrais être heureux dans une autre situation avec elles car, si je les avais pour épouses et non pour amantes, je me ridiculiserais en étant aussi courroucé qu’Antoinette ! »

La voix monta au fil des propos, alors qu’il rougissait.

« Je suis polygame. Mais je désir seulement vivre avec ces trois femmes, et j’ai parfois le sentiment d’être volage seulement parce qu’autrui est dans le lit de Madeleine ou Ninon et qu’Antoinette étant courroucé, je dormirais seul autrement. Je reconnais que ça n’est qu’un sentiment, ce comportement est ma faute, je ne les accuse pas. Je suis volage par nature, insatiable de nouveauté et détestant l’idée de n’avoir qu’une compagne durant toute une vie.»

Il posa un regard triste sur Marie-Madeleine. Il n’avait jamais confié ce qu’il pensait de lui même et de sa vie sentimentale… Du moins, jamais avec sincérité.

« Et ce qui devait arriver arriva. Au moins une de mes amantes m’a fait un enfant, comme je l’ai appris cette semaine. Et vous devez vous douter qu’il s’agit d’un fantôme de ma volage jeunesse insouciante ou j’étais pire qu’aujourd’hui. »

Il se sentait ridicule à côté de Marie-Madeleine la fidèle et vertueuse. Ils étaient diamétralement opposés sur ce sujet. Si différents que ça ressemblait à une caricature, une œuvre littéraire plus que la vraie vie. Et pourtant, ils étaient bien réels, pas des personnages de fiction. Mais qu’est-ce que le drame sinon la vie dépourvue du quotidien ?

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Jeu 24 Juil - 22:09

L’idée de mettre sans dessus dessous le couvent semblait ne pas déplaire à Vivonne, et sa sœur du reste n’en était pas étonnée, elle qui connaissait l’antipathie et surtout l’incompréhension qu’avait son frère pour toutes ces femmes voilées qui avaient choisi de passer leur vie entière derrière les quatre murs d’un couvent, sans aucune présence masculine… Oui, sans doute n’aurait-il pas été fâché d’être surpris dans cette tenue. Du reste, il ne remit pas la chemise que lui avait tendu sa cadette, mais se contenta, comme elle avant lui, de jouer avec les boutons. Comme il riait de sa dernière réplique, lui demandant ce qui arriverait si on le surprenait, elle sourit à son tour.

« Mais, sans aucun doute on vous jetterait dehors comme le dernier des laquais, mon cher. Et vous pouvez être certain que cela ferait un scandale ! Sans compter que l’on vous donnerait interdiction de revenir… Et cela m’attristerait infiniment, car vous savez que les sorties me sont comptées. »


Cependant, et tout comme son frère, la jeune femme n’ignorait pas qu’on les laisserait seuls dans le parloir, et l’unique fenêtre se trouvait placée devant un arbre dont le feuillage épais empêchait quiconque de les voir de l’extérieur. Aussi n’insista-t-elle pas pour que son frère se rhabille. Après tout, si cela lui faisait plaisir… Pour elle, qui ne voyait là qu’une douce plaisanterie, elle n’en était pas le moins du monde gênée. Son frère reposa le vêtement sur la table et la prit sur ses genoux, la câlinant comme lorsqu’ils étaient encore enfants, et que la petite dernière pouvait prétendre à toute l’attention de ses aînés, quémandant les gestes d’affection tantôt auprès de l’un, tantôt auprès de l’autre, mais se trouvant presque en permanence dans les jupes de ses sœurs ou les bras de son frère… Du moins avant que, l’un après l’autre, ils ne quittent la demeure familiale. Des souvenirs depuis longtemps enfouis, mais non oubliés, lui revenaient, elle avait l’impression d’avoir de nouveaux dix ou onze ans, de retrouver le jardin ombragé de leur domaine.

Une brusque nostalgie de tous ces bons moments lui fit monter les larmes aux yeux, mais elle les ravala sans un bruit. Le jardin, Gabrielle, Vivonne et Athénaïs autour d’elle, les après-midi passés à se chamailler, à débattre… Sa fratrie lui manquait bien un peu à présent que ses sœurs étaient toutes mariées et que son frère, militaire, partait régulièrement aux quatre coins du globe dans des voyages toujours si longs… Mais elle se reprit rapidement. C’était là le cours normal de toute existence, après tout…

Tout naturellement Louis-Victor retrouvait les gestes qu’il avait autrefois pour sa petite sœur. Il y avait si longtemps que l’âge et la robe avaient éloigné le naturel de leur relation fraternelle ! Elle fut heureuse de constater que son frère pouvait passer outre ses détails… Cependant il la surprit en lui avouant son intention de se confesses, ou tout au moins de se confier.

« En effet, sourit-elle doucement, il est assez peu habituel de se confesser de cette manière… En revanche le moment ma semble parfait pour des confidences. Je vous écoute, mon frère, vous pouvez tout me dire, vous le savez bien… Je ne le répéterais à personne. »

Bercée par les caresses de son grand frère, blottie contre lui comme une petite fille, elle l’écouta commencer son récit d’une voix calme, un peu gênée, mais elle savait que cette gêne venait plutôt de son habit de religieuse et de sa piété, qu’il respectait bien qu’il s’en moquât souvent que de la honte de sa conduite. Du reste, ce récit, elle le connaissait déjà ; par son frère lui-même, mais aussi par Athénaïs, par Gabrielle, et par les on-dits (bien qu’elle se méfiât de ces derniers, avec raison sans doute, et que les murs de son couvent constituassent un filtre fort efficace contre certaines de ses rumeurs). Mais l’entendre, en entier, et non par allusions, et de la bouche de Vivonne lui-même, cela en revanche était nouveau pour elle. Et rapidement, d’ailleurs, elle se rendit compte que si elle connaissait déjà le début de l’histoire, elle était loin d’en savoir la totalité. Mais ce jour-là son frère lui raconta tout, avec une simplicité et une franchise qui dénotait un certain courage : il n’est jamais facile de reconnaître ses torts, et d’ainsi évoquer des moments parmi les plus secrets, et destinés à le rester, devant une tierce personne, même s’il s’agit de votre sœur.

Avec étonnement elle se rendit compte combien elle avait pu méjuger son aîné : elle l’avait souvent accusé de délaisser son épouse, par taquinerie, mais aussi parfois plus sévèrement ; elle avait toujours pensé que si son frère et sa belle-sœur s’étaient autant éloigné l’un de l’autre, jusqu’à ne presque plus se parler, la faute en revenait à Louis-Victor qui lui avait été infidèle, et en cela elle avait raison. En revanche elle avait cru longtemps que son frère agissait par simple légèreté, comme du reste elle croyait que beaucoup d’hommes agissaient, pour la simple gloire d’afficher leurs maîtresses, de tester leur charme et leur habileté à séduire. Elle lui en avait tenu rigueur, même si cela n’avait jamais constitué un obstacle à son affection. A présent, honteuse, elle se rendait compte qu’elle s’était trompée, et qu’il s’agissait là plutôt d’un… Trait de caractère, si l’on pouvait parler ainsi.

Toujours est-il que ne s’attendant pas à un tel discours de la part de son aîné que tout cela n’avait jusque là pas particulièrement dérangé (ou du moins, c’est ce que son attitude avait toujours laissé entendre). Et voilà qu’il reconnaissait ses fautes, qu’il avouait sa répugnance pour ce qu’il considérait comme, et cela la surprit, « le pire des défauts après la lâcheté »,  Et le regard empli de tristesse qu’il posa sur elle, sur sa plus jeune sœur, celle qui toujours avait brillé par sa vertu, sa piété, lui brisa le cœur. Elle était persuadée que jamais il ne s’était confié ainsi, et tout en étant heureuse qu’il ait choisi de lui faire part de ses sentiments, elle se rendait compte qu’elle ne connaissait pas aussi bien son frère que ce qu’elle avait toujours pensé. Le jeune homme désinvolte, léger, moqueur, le jouisseur invétéré qui paraissait traverser la vie comme un verger en été, se délectant de tous les plaisirs qu’elle avait à lui offrir sans jamais paraître se poser la moindre question quand à savoir ce qu’on en penserait,  voilà qu’il laissait tomber le voile des apparences, et se montrait enfin tel que lui-même seul s’était vu jusqu’alors : un homme déchiré par la conscience aiguë qu’il avait de mal se comporter mais qui ne pouvait pas parvenir à changer.

« Louis-Victor, murmura la cadette, il faut que vous me pardonniez… Je vous ai jugé sans tout connaître de ce que vous me dites là, et j’ai eu tort. Je le regrette. J’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur… »

Cependant et contrairement à ce qu’elle pensait, son frère n’en avait pas fini. Et la jeune femme n’était pas au bout de ses surprises… En effet Louis-Victor reprit la parole, et ce qu’il lui confia alors la laissa interdite, hésitante. Un enfant illégitime ? Oui, bien sûr. C’était inévitable… Mais que devait-elle faire, que devait-elle dire, comment devait-elle réagir ? Elle ne savait plus que penser et fixa un regard perdu sur son frère. Son premier sentiment, en quoi elle reconnut bien les séquelles de l’éducation donnée sur son père, qui attachait tant d’importance à l’honneur familial, fut de réprouver en bloc cet enfant qui leur arrivait de Dieu sait-on pour réclamer et briguer sans aucun doute, pour profiter d’une erreur de jeunesse, et que dirait-on si cela se savait…

Mais rapidement son caractère naturellement bienveillant reprit le dessus et elle se fit honte elle-même de ces pensées si peu en accord avec son cœur, et si égoöstes, pour ne pas dire égocentriques. Cet enfant n’était pas responsable des fautes de son père… Et maintenant il était là, il fallait l’accepter. D’ailleurs Marie-Madeleine, qui n’avait jamais connu les joies de la maternité, n’en aimait pas moins les enfants et avait toujours aimé passer du temps avec ses neveux et nièces. D’instinct, elle voulait en apprendre plus sur cet enfant hors-mariage, se sentant déjà naître une certaine tendresse à son sujet. Aussi la première surprise passée et sa raison retrouvée, elle posa sur son frère un regard débordant de curiosité mais dénué de tout reproche.

« Un enfant ? Et vous l’avez appris cette semaine ? Dites-m’en plus. Quel âge a-t-il ? Qui est sa mère ? Racontez-moi, je vous en prie… Et… Excusez-moi, mais… Quelles ont été les réactions de père et de nos sœurs ?.. »


Cette dernière question, qui venait de lui effleurer l’esprit, ne manquait en effet pas de l’inquiéter.  Peut-être Athénaïs et Gabrielle accepteraient-elles l’enfant bâtard –et encore… Mais quand à leur père, cette option lui paraissait tout simplement impossible, et elle se demanda bien ce qu’il dirait –car le connaissant, il ne pouvait pas ne pas réagir. Et elle avait peur qu’il ne se montre excessif et peu compréhensif…


Dernière édition par Marie-M de Mortemart le Ven 25 Juil - 9:10, édité 1 fois
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Jeu 24 Juil - 23:50

Vivonne se sentait soulagé de s’être confié. Il savait qu’il se comportait mal, et qu’il blessait Antoinette, mais ne parvenait pas à aller à l’encontre de sa nature et cela le chagrinait. En parler à cœur ouvert, partager son ressentit, lui faisait du bien. Et le câlin après tant d’années était une source de joie et de réconfort alors qu’il fallait affronter la terrible épreuve qui l’attendait : parler d’Élise. Marie-Madeleine s’excusait et il prit cela avec le sourire mais sans rien dire, un peu gêné, conscient que le plus dur était à venir.

« Je vous pardonne sans hésiter. »

Mais déjà sa sœur qui l’avait confessée et s’était amusée de sa blague devenait plus inquisitrice et le pressait de questions. Il rougit alors faiblement.

« Oui j’ai découvert l’existence de ma fille aînée cette semaine. Âgée de douze ans, elle se nomme Élise Martin. Sa mère, Julie, m’a laissé une lettre. Poursuivie par des créanciers, elle me confie notre fille dans l’espoir que je prendrais soin d’elle. Au grand dam d’Élise qui désire plus que tout la retrouver, ce qui est bien naturel… Mais hélas on ne peut le faire sans risquer que les créanciers ne trouvent Julie Martin. »

Il poussa un soupir.

« J’ignore quoi faire pour cette enfant. Elle semble triste, détachée de tout et ne s’intéresse à rien. Naturellement sa présence déplait à la famille, mais elle est de notre sang et je n’ai pas envie de la voir à la rue ou pire. J’aimerais l’éduquer comme une fille de bonne famille à minima, à défaut de fille noble, et une fois assez âgée, elle pourrait choisir entre se marier ou suivre votre exemple… Mais en attendant je préfère ne pas la laisser sans protection contre les créanciers de sa mère. »

Il regarda alors sa sœur, la laissant digérer l’information et y réagir. Il lui avait confié beaucoup en une seule heure, et s’il avait eu droit à un pardon et des excuses sur la première confession, il ignorait ce que Marie-Madeleine dirait pour Élise.
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Ven 25 Juil - 10:29

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne s’ennuyait jamais avec Vivonne… Il avait décidément banni la banalité de son quotidien. Oh, évidemment, Marie-Madeleine n’était pas sans savoir que les enfants bâtards étaient loin d’être rares, rejetons de nobles coureurs de jupons qui n’avaient en général aucun scrupule à ensuite les abandonner, parfois en les dotant d’une petite pension, il est vrai, où leur obtenant une petite place comme domestique auprès d’un courtisan de troisième rang…. Mais, à sa connaissance, très peu de ses enfants illégitimes étaient reconnus, et encore moins recueillis par leur père, qui la plupart du temps en avait honte et s’appliquait à les dissimuler aux yeux du monde, ou encore, plus simplement, à les renier purement et simplement. Et que vaut la parole d’une modeste chambrière contre celle d’on comte ou d’un duc, quelles que soient les preuves de ce qu’elle avance ?...

Cependant la jeune femme, si elle avait tout d’abord eut un moment de répréhension à l’égard de cette petite nièce, puisqu’il s’agissait d’une jeune fille, se sentait fière de son frère qui avait eu le courage de ne pas jeter à la rue la petite abandonnée, comme probablement beaucoup l’auraient fait. Bien sûr, elle ne fut pas surprise d’apprendre que la présence de la fillette déplaisait à sa famille ; le contraire eût été incompréhensible ; les Mortemart étaient une famille de vieille et bonne noblesse, un enfant illégitime faisait toujours tache, et reconnu plus encore. Mais, après tout, cela ne s’ébruiterait peut-être pas…

Elle écouta attentivement son frère, qui avait légèrement rougi et semblait un peu embarrassé - peut-être craignait-il sa réaction ? lui raconter l’histoire de la petite Élise, sa vie avec sa mère brutalement interrompue par les problèmes financiers,  sa rencontre tardive avec son père, à qui on l’avait confiée pour fuir les créanciers qui la menaçaient tout autant que sa mère… En somme, ce à quoi elle s’attendait, ou peu s’en faut. Elle prêta tout particulièrement attention à ce qu’il lui dit dit du caractère de la petite, qui apparemment semblait ne s’intéresser à rien sinon à la possibilité de retrouver sa mère, et qui s’était murée dans le silence le plus complet –des réactions qu’elle jugeait parfaitement normales au vu du changement brutal qui s’était produit dans la vie d’Élise.

Vivonne semblait un peu déstabilisé face à cette enfant, ne sachant visiblement pas trop comment s’y prendre avec elle, pour la distraire, lui faire accepter l’absence de sa mère, la faire sortir de son mutisme. De plus il lui fit part de son désir de lui donner une bonne éducation et de la protéger jusqu’à ce qu’elle trouve sa place dans la société, soit par le mariage, soit par le voile.

Marie-Madeleine avait donc beaucoup à penser ; son frère attendait visiblement d’elle une réaction, une parole, mais elle restait silencieuse, absorbée dans ses pensées, repassant dans son esprit les différents éléments éléments de l’histoire de celle qui du jour au lendemain était devenue sa nièce. Enfin, elle rompit son silence, prenant la parole d’une voix hésitante, qui au fur et à mesure prit de l’assurance, tout en restant très basse et douce.

« Mon cher frère, laissez-moi tout d’abord vous dire combien j’approuve votre geste pour cette petite , quelles que puissent être les objections faites par notre père- elle est illégitime, mais est-ce pour cela qu’elle doit payer ? Elle n’a pas choisi… Vous avez eu du courage. Quand à ce que vous me racontez de son histoire, c’est assurément bien triste, mais sans doute pas irrémédiable… Les dettes contractées par la mère d’Élise sont-elles donc si importantes ? Bien que, je suppose que toute aide financière serait refusée…"

Elle secoua la tête, pensive. Oui, si encore Louis-Victor avait pu faire un geste, ne serait-ce qu’un prêt, pour aider Julie Martin à régler ses créanciers… Mais sans doute, connaissant la générosité de son frère, cette idée lui était déjà venue, et si la chose ne s’était pas faite, il devait y avoir une raison. Sans doute Julie n’avait pas voulu aller quémander, mendier auprès de celui qui avait été son amant quelques douze ans auparavant… Et c’était compréhensible, car la fierté n’est pas l’apanage des seuls privilégiés, et il est des choses qui humilient réellement un être humain. D’ailleurs, offrir des connaissances comme la lecture, l’écriture et autres à Elise ne pourrait qu’être un avantage pour la petite, qui, lorsqu’elle serait un peu plus âgée, pourrait ainsi facilement trouver une place de lectrice par exemple, qui, si elle choisissait de quitter la maison Mortemart, lui permettrait de vivre à son aise.

« Quand à ce que vous me dites de la tristesse de cette petite, je la conçois très facilement ; elle a vécu toute sa vie auprès de sa mère, et voilà qu’on lui présente un inconnu qu’elle doit accepter comme étant son père, qu’on la sépare de cette mère qui jusque là était sa seule famille, sans espoir apparent de la revoir, et que toutes ses habitudes se retrouvent changées du tout au tout… Elle est déboussolée, perdue, mais je pense que le temps, la douceur et la patience pourraient faire beaucoup. Ne vous inquiétez pas trop, je suis certaine que vous parviendrez à lui rendre le sourire… Seulement il ne faut pas trop lui en demander tout de suite ! »

Elle ponctua ces mots d’un sourire lumineux, et prit la main de son frère. Elle acceptait l’enfant, et pas uniquement dans un geste de piété ; non, c’était tout naturellement qu’elle se sentait naître de l’affection pour la petite Elise qu’elle n’avait seulement jamais vue… Elle leva des yeux pleins d’espoir vers Vivonne. Oserait-elle ?...

«  Louis-Victor, me la présenteriez-vous ?... »
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Sam 26 Juil - 1:20

Vivonne se confiait à Marie-Madeleine. Et sa petite sœur lui offrait ce dont il avait le plus besoin : une oreille attentive. Ainsi il se confiait et racontait tout ce qu’il savait sur sa fille aînée. La question était délicate mais Marie-Madeleine savait se montrer délicate et diplomate par conséquent il parvenait à se confier sans soucis aucun. Pensive et silencieuse, elle le laissa dans le plus parfait silence, seul leurs respirations se faisant entendre… Qu’allait dire Marie-Madeleine ? Surprise : il fut félicité pour sa charité chrétienne. Il sourit alors avec timidité et la laissa parler alors qu’elle soulignait son courage, même s’il était gêné qu’elle considère cela comme du courage. Puis il lui répondit :

« J’aurais aidé Julie mais elle n’est pas venue et j’ignore ou elle est. Quand à Élise, elle est ma fille. Je ne vois pas ou est le courage de venir en aide à ses enfants. »

Ensuite, il laissa Marie-Madeleine évoquer la tristesse d’Élise. Et il se rendait compte qu’elle voyait juste et, sans même l’avoir rencontrée, comprenait déjà ce que vivait Élise. Elle était vraiment douée d’empathie. Et conseillait patience et douceur pour amadouer Élise et l’éduquer. Hochant la tête, Vivonne approuva alors que Marie-Madeleine lui prenait la main. Surpris il la laissa faire quand, soudainement, Marie-Madeleine lui demanda si elle pouvait la rencontrer. Il sourit alors, amusé :

« Mais oui ! Venez quand vous voulez, c’est chez vous, et votre nièce aura ainsi rencontré toutes ses tantes. En fait, l’idée me plait. Venez aussi vite que vous pouvez. Je sais que vous avez des responsabilités mais si d’ici la semaine prochaine vous étiez en famille, pour rencontrer Élise, ce serait merveilleux ! »

Souriant, il lui prit les mains. Doucement, il demanda :

« Que diriez vous de m’aider à l’éduquer ? En tant que Nonne, vous aurez peut-être son attention ? »

Et oui, Marie-Madeleine avait un avantage sur Vivonne. Elle représentait la Morale et la Sainteté. Cela suffirait-il ?
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Lun 28 Juil - 10:28

Vivonne semblait gêné de ce que sa sœur utilise le terme de courage pour décrire ces actes. Elle sourit, amère.

« Mon cher, je crois au contraire que le mot était particulièrement bien choisi. Je pense que vous n’ignorez pas combien il sera difficile de faire accepter Elise tant à nos parents, ce qui sera peut-être encore le plus simple, qu’à l’opinion. Un enfant illégitime, cela peut sembler un événement de peu d’importance à la Cour et vous n’êtes pas le premier à qui cela arrive, ni le dernier sans doute, mais voyez-vous, ce qui va faire jaser, c’est que vous l’éleviez sous le même toit que vos enfants légitimes en présence de votre épouse…. Cela ne risque-t-il pas de faire scandale, de passer pour une insulte personnelle faite à Antoinette ? Je ne sais pas ce que vous en pensez, et peut-être vous êtes plus à même que moi d’en juger, mais enfin il me semble que… »

La phrase, ponctuée de « si », de « peut-être » et autres conditionnels et restrictifs, resta en suspens. C’est que le sujet était délicat, et la jeune femme ne savait trop comment exprimer ce qu’elle pensait en des termes suffisamment exacts et précis pour ne laisser planer aucun doute, pour ne pas blesser son frère ; contester tout en approuvent, objecter tout en respectant les décisions prises par Louis-Victor, cela demandait une adresse toute jésuitique et que ne possédait pas Marie-Madeleine. Et elle n’aimait pas parler de sa belle-sœur avec son frère, car ce genre de discussions s’achevait presque immanquablement par une dispute ou un froid. Elle avait l’impression –et même la conviction- que son habit la contraignait à prendre le parti de sa belle-sœur, et s’appliquait de fait à essayer de pousser son frère à cesser ses infidélités. Et pourtant suite aux confidences qu’elle venait de recueillir elle ne se sentait plus le droit d’agir de la sorte, et, de fait, ne savait plus vraiment quelle position adopter sur ce sujet.

En tous les cas, le premier enthousiasme passé, elle se mit à réfléchir plus froidement, avec une raison et une logique certes peu glorieuse car dictées par le souci personnel et l’orgueil familial, mais nécessaire. Elle était toujours aussi décidée à rencontrer la fillette. Du reste, ce n’était pas Elise en elle-même qui la gênait, au contraire, mais bien plutôt les conséquences que sa présence ne manqueraient sans doute pas d’amener. Elle supposait que l’existence de la fillette n’était pour l’instant connue que d’un très petit nombre de personnes, mais au fond qu’en savait-elle ? Oui, au fond, ce qu’elle craignait le plus, c’était la réaction de sa belle-sœur. Et elle supposait que ce point ne devait pas laisser d’inquiéter son frère aussi… L’apparition inopinée de cette petite ne risquait-elle pas de porter un coup fatal au fragile ménage ?

Mais après tout, se dit Marie-Madeleine en haussant les épaules –geste isolé, tout droit inspiré de réflexions qu’elle n’avait bien sûr pas partagé avec Vivonne et que peut-être il ne comprit pas- après tout ce n’est pas à moi de gérer tout cela. Mon frère est assez au fait de la façon dont il doit agir. Elle se promit de rester dorénavant à sa place. Résolution que la proposition qui suivit contrecarrait franchement : Vivonne lui proposait rien moins que de se charger de l’éducation de sa fille aînée, prétextant que son état de religieuse lui donnerait peut-être une certaine crédibilité. Ennuyée, elle se mordit les lèvres et prit, à nouveau, le temps de répondre, signe de son embarras.

« Comprenez Louis-Victor,
finit-elle par dire, que, si mon habit de religieuse pourrait peut-être me donner une certaine autorité, il me donne, à moi, des obligations. Je suis tenue de rester ici, et vous savez bien que mes sorties sont comptées. De plus… elle hésita, fuyant le regard de son frère. De plus, cela ne semblerait-il pas quelque peu suspect à des regards extérieurs ? »

Il y avait aussi une troisième et dernière raison, mais celle-là, la religieuse n’eut pas le courage de la donner à son frère : elle ne voulait pas, en acceptant de recevoir la charge de l’instruction de la fillette, brouiller ses relations avec Antoinette. Sa malheureuse belle-sœur n’avait jamais été vraiment acceptée par Athénaïs, quant à Gabrielle, elle en était moins sûre mais ne croyait pas qu’elle s’entendent très bien non plus. Aussi mettait-elle un point d’honneur, par souci pour Antoinette, mais aussi par désir de ne pas laisser croire à son frère qu’elle approuvait ses frasques, à rester en bons termes avec madame de Mesmes.
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Lun 28 Juil - 23:55

Vivonne prêtait une oreille attentive a sa petite sœur… Dont les propos étaient pleins de bon sens même s’ils étaient aussi amères dans la bouche de Marie-Madeleine qu’ils étaient douloureux dans l’oreille du père d’Élise. Mais effectivement éduquer Élise sous son toit, surtout si c’était Marie-Madeleine qui s’en occupait, serait à la foi insultant pour Antoinette et scandaleux. Détournant le regard, gardant les yeux baissés, Vivonne réfléchissait alors. Que faire ? Quel mensonge adopter aux yeux du monde ?

« Vous avez parfaitement raison. Vous rencontrerez votre nièce mais l’éduquer serait suspect… Il va falloir lui trouver une couverture. Peut-être que je pourrais avoir recueilli Élise par charité chrétienne et en faire une domestique d’Antoinette. »

Il poussa un soupir :

« Cela éviterait un scandale aux yeux du monde mais j’ignore comment mon épouse le prendrait. Insulte ou vengeance offerte sur un plateau ou une façon plus … Chrétienne ? »

L’incertitude éclairait le visage du comte alors qu’il attirait sa sœur à lui, lui tenant les mains.

« Je ne sais quoi faire ma sœur. Comment faire pour qu’Élise soit protégée et puisse mener une vie relativement simple voir aisée pour une bâtarde, comme lectrice ou tout autre métier de son choix, sans faire scandale ou insulter Antoinette ? J’aimerais qu’Élise ait tellement mieux qu’une vie de domestique ! »

Il poussa un soupir à fendre l’âme qui révélait toute son inquiétude pour Élise, la promesse qu’il devait tenir pour le bien de sa fille, et la situation vis à vis de son épouse avant de continuer:

« Mais je me demande comment la garder chez moi sans attirer l’attention si je n’en fais pas une domestique ou dame de compagnie d’Antoinette… Y a-t-il une autre solution ? J’ai tellement peur que non. Et tellement peur qu’Antoinette se venge de ce camouflet sur cette pauvre enfant qui n’a rien demandé et souffre de mes péchés qui lui ont donné la vie.»

La détresse du Duc était visible. Nul femme ne l’avait jamais vu si découvert, si vulnérable, à nu, malgré toutes les femmes qui avaient eu « l’honneur » de le voir nu.
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Mar 29 Juil - 23:19

Sans un mot, Marie-Madeleine écouta son frère lui donner raison, puis s’interroger longuement. L’expression qui errait sur les traits de son frère, mélange d’incertitude, de détresse, de souci, lui faisait mal au cœur : son militaire de frère, dont la bravoure était reconnue, dont la réputation n’était plus à faire, paraissait aussi vulnérable qu’un enfant, fragile, perdu. Peu habituée à le voir ainsi, sa cadette ne pouvait pas rester insensible ; pour autant, elle ne perdait pas son sang-froid ni sa logique.

Elle disposait d’un recul dont son aîné ne pouvait se vanter, n’ayant jamais vu Elise et ayant pris connaissance des différentes données du problème de manière plus synthétisée que Louis-Victor. Ce dernier, qui avait vu les événements –et les surprises- s’enchaîner, et qui avait vécu tout ce dont il parlait, ne voyait sans doutes pas les choses de la même façon que la religieuse, qui comptait bien mettre à profit son regard extérieur pour aider son frère –si elle le pouvait. Attentive, elle écouta les différentes solutions proposées par le duc. Si aucune ne lui plaisait, elle ne put s’empêcher de tiquer à la seconde, sursautant et se tournant vers son frère.

« Comment ! Vous voulez la faire entrer au service de votre épouse, en tant que dame de compagnie ! Mon cher frère, je vous conseille de voir comment Antoinette accepte Elise avant de tenter quoi que ce soit de ce genre…Je ne suis pas persuadée qu’elle lui fasse bon accueil, et une fois cette décision prise il vous sera difficile de revenir dessus. Non, non, croyez-moi, ce n’est pas une bonne idée. Pas maintenant ! Il est trop tôt. »


Louis-Victor avait pris ses mains dans les siennes. Marie-Madeleine, d’une légère pression du bout des doigts, chercha à lui faire sentir combien elle le soutenait.  Lorsqu’il lui confia sa peur de mal faire, encore une fois, elle se sentit quelque peu désemparée face à ce qu’elle aurait toujours regardé comme impossible, quelques jours auparavant encore. Elle aurait bien aimé le conseiller, mais elle se sentait totalement dépourvue d’idées devant une situation aussi nouvelle… Pourtant, à regarder les choses logiquement, calmement, raisonnablement, elle se dit qu’il devait bien exister une solution, même si elle voyait assez mal comment combiner toutes les attentes de son frère… garder Elise auprès de lui, en la protégeant sans en faire une domestique,  mais sans non plus créer de scandale en la reconnaissant trop ouvertement, sans la faire entrer au service de sa femme et en essayant d’éviter la vengeance de cette dernière… La question semblait insoluble.

Et pourtant il y avait bien une solution, voire plusieurs… Marie-Madeleine avait quelques idées. Elle n’était pas absolument certaine qu’elles conviennent à son frère, ni qu’elles soient tout à fait réalisables ; mais peut-être au moins cela pourrait-il aider Louis-Victor. D’une voix calme et posée, elle exposa donc le résultat de ses réflexions.

« Je comprends bien votre dilemme… Et je pense comme vous que la situation est très compliquée. Mais pas irrémédiable. Il faut que vous trouviez à Elise une place qui lui permette de rester en votre demeure tout en la protégeant du probable ressentiment de  votre épouse, et qui lui permette de recevoir une bonne éducation. Je vous aurais bien proposé de lui avoir une place ici pour faire son éducation, mais je pense que vous voulez la garder auprès de vous, ce qui est légitime et probablement aussi plus adapté ; quand à la faire passer pour quelque parente éloignée et pauvre, il n’y faut même pas songer, le moyen est trop commun et ne trompe personne. Pourtant il y a là une piste : considérez qu’à la Cour, si l’on est de petite noblesse, on n’est rien sans protecteur… Et que les plus grands noms s’entichent parfois d’une orpheline sur un simple sourire. Cela leur permet de montrer à tous combien ils sont charitables… ce n’est jamais plus qu’une aumône à grande échelle –bien qu’elle soit parfois sincère.  Cependant cela ne vous mettra pas à l’abri des questions, bien que ce statut explique une éducation parallèle à celle de vos autres enfants… »


Peu convaincue elle-même par cette première proposition, la jeune femme se tut un instant, mettant déjà en place la seconde tout en souriant à son frère.

« Ou bien vous pouvez l’affecter au service d’une de nos sœurs, ce qui vaudra mieux que de la confier à votre épouse bafouée. Il suffirait alors qu’Athénaïs ou Gabrielle l’affecte au service de l’Hôtel de Mortemart puisqu’elle ne peuvent pas forcément emmener toujours toute leur maison à la Cour… Et le tour est jouée. »


Celle-ci lui paraissait déjà un tant soit peu plus crédible. A ceci près qu’il faudrait convaincre Athénaïs ou Gabrielle… Ce qui risquait d’être un tant soit peu malaisé. Mais Vivonne savait se montrer convaincant, et ses sœurs n’avaient en règle générale rien à lui refuser. Le jeu en valait la chandelle, et il ne perdrait rien à essayer.
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Mer 30 Juil - 14:35

Vivonne était inquiet mais prêtait une oreille plus qu'attentive a sa petite soeur. La belle nonne était aussi intelligente que sa fratrie et bénéficiait du recul qui manquait a Vivonne. Que faire pour assurer un avenir le plus doux possible a cette innocente enfant en ménageant autant que possible Antoinette et la famille? Cette question monopolisait l'esprit des deux Mortemart. Et Marie-Madeleine n'était pas sans idées.

"Effectivement mieux vaut ne pas forcer Antoinette a devoir côtoyer un enfant qui n'est pas de sa chaire. Et ne faisons rien qui pourrait apparaitre comme insultant a ses yeux ou a ceux du monde lorsque la vérité sur les ascendants d'Elise sera connu car ce genre de secrets se sait toujours."

Vivonne fit alors mine de réfléchir. S'il aimait ses soeurs, elles le lui rendaient chacune a leur façon. Qui choisir? Idéalement il fallait une soeur douce et peu autoritaire mais il y avait d'autres soucis a prendre en compte.

Effectivement nos soeurs seraient peut-être plus enthousiastes que mon épouse.
D'autant plus si je me charge de l'aspect financier, cela rajouterait une personne a leur service sans que ça ne leur coûte, détail non négligeable pour Athenais a voir laquelle de mes soeurs accepterait ce rôle.


Vivonne se leva alors et se rhabilla. Il regarda alors sa petite soeur et déclara:

Antoinette connaîtra la vérité. Il me faut restaurer la confiance et ce secret ne doit lui être caché. Il s'agit d'autre chose que de batifoler, c'est trop important pour qu'un autre que moi le lui apprenne.

Le jeune trentenaire aux six enfants posa alors un regard interrogateur sur sa petite soeur. Désirait elle rajouter quelque chose ou conclure avant de le conduire au jardin? Il approuvait le plan de sa plus jeune soeur et pensait qu'il trouverait bien, parmi ses deux autres soeurs, une volontaire pour accueillir Élise. Mais après si Antoinette-Louise lui réclamait l'enfant afin de s'en occuper ou de l'avoir a son service, il la laisserait faire... En croisant les doigts pour que tout se passe bien.
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Jeu 31 Juil - 0:11

Au grand soulagement de Marie-Madeleine, mais sans trop de surprises, Louis-Victor reconnut que confier sa fille aînée à son épouse était peut-être quelque peu hasardeux –pour ne pas dire totalement inconscient…- quelle femme se montrerait heureuse de se voir chargée par son époux d’une bâtarde, qu’on lui demanderait d’éduquer sur un pied d’égalité avec les enfants nés de leur union consacrée ? Antoinette ferait d’autant moins exception à la règle qu’elle se savait trompé par son mari qui avait d’excellentes raisons de s’accuser d’être par trop volage, ce qu’elle acceptait difficilement –et c’était compréhensible. Bafouée ouvertement, la spirituelle et lègère Madame de Mesmes ne pouvait pas n’en tirer aucun ressentiment… Et la jeune religieuse craignait que sà nièce n’en fasse les frais, aussi innocente soit-elle (et malgré toute l’estime qu’avait Marie-Madeleine pour sa belle-sœur).

D’autant plus qu’ils devaient se soucier, en plus des réactions personnelles de Madame de Mesmes, d’un problème autrement important et qui lui était étroitement lié, l’opinion publique. A ce sujet le Duc semblait ne se faire aucune illusion, et déclara tout de go qu’il était impossible à ses yeux que les origines d’Elise restent longtemps secrètes. En quoi sa sœur ne rejoignait pas tout à fait son avis.

« Il me semble, à moi, que si vous placez Elise en tant que domestique d’une de nos sœurs, de manière suffisamment discrète et anodine, la vérité pourrait n’éclater au grand jour que bien plus tard… Peu de personnes dans la confidence, aucune n’ayant intérêt à divulguer l’information –et qui irait prêter attention à une énième femme de chambre de Madame de Thianges, ou à la nouvelle lectrice de Madame de Montespan, à plus forte raison si celle-ci ne paraît pas ou alors occasionnellement seulement à la Cour ? En revanche je ne peux que vous approuver quand à Antoinette, vous ne devez pas lui imposer Elise. Cela risquerait d’entraîner d’irrémédiables dissensions, surtout que d’après ce que vous m’en avez dit, Elise ne fait pas facilement confiance et qu’Antoinette ne sera probablement pas bien disposée envers elle dès l’abord… Votre fille ne fera pas la conquête de votre épouse, je pense. »

Vivonne sembla après réflexion trouver l’idée de confier Elise à l’une de leurs sœurs convenable. Pour autant il fallait qu’elles acceptent ! Gabrielle, si fière de sa famille, si infatuée de son nom, prête à tout pour assurer titres, fortune et renom aux Mortemart, consentirait-elle à prendre sous son aile cette enfant illégitime ? Peut-être, si on la convainquait que c’était là le seul moyen de ne pas jeter l’opprobre sur le nom révéré des Rochechouart-Mortemart… Et encore la pauvre enfant aurait-elle à subir quelque mépris. Quand à Athénaïs, Marie-Madeleine ne pouvait trop prévoir sa réaction, bien qu’elle soit sans doute celle de ses sœurs dont elle était la plus proche. Le caractère franc et imprévisible de la belle Madame de Montespan rendait toute estimation malaisée…Qu’Elise la charme par sa timidité, son esprit si elle en était pourvue ou même peut-être sa grâce juvénile si elle n’en était pas dénouée, et elle était capable de s’en enticher. L’évocation des difficultés financières de la marquise fit sourire la cadette ; d’après ce qu’elle avait pu constater par elle-même lors de sa dernière visite, Athénaïs n’était pas non plus plongée dans la misère la plus noire !


« Mon cher frère, dites à Madame de Thianges que le seul moyen de sauver l’honneur des Mortemart est qu’elle se charge de cette petite, et elle le fera. Prenez Madame de Montespan par les sentiments et elle fera probablement tout ce que vous lui demanderez… »


Marie-Madeleine ponctua sa remarque d’un sourire, pendant que son aîné passait sa chemise. Elle connaissait bien ses sœurs et leurs défauts, et leurs points faibles…. Et aimait à s’en amuser. Du reste toutes ses remarques à leur propos étaient le plus souvent plus affectueuses que moqueuses, et Vivonne ne l’ignorait pas. Ce dernier se fit sérieux pour faire part à sa sœur cadette de son intention d’informer au plus tôt Antoinette, ce que la jeune femme approuva gravement d’un hochement de tête songeur.

« Vous avez parfaitement raison, Antoinette ne doit apprendre cette nouvelle que de vous, et le plus tôt sera le mieux… Cependant je vous conseille de ne pas la faire prendre part au choix que vous ferez pour Elise. Et, sauf si elle vous le demande avec insistance, je vous conseillerai de ne pas lui présenter tout de suite votre fille, je pense qu’elle n’y est pas prête, d’après ce que vous m’avez dit de son comportement avec vous. Mais bien sûr ce n’est là que mon avis, et vous êtes évidemment libre d’agir selon votre opinion. »


N’ayant plus rien à ajouter, et pensant, d’après le regard interrogateur de son frère, qu’il en était de même pour lui, Marie-Madeleine se leva, l’invitant à l’imiter. L’après-midi était trop belle pour ne l’occuper qu’à de préoccupantes discussions, et les visites de son frère trop rares pour les obscurcir pat des questions certes importantes, mais auxquelles ne se résumait pas leur vie entière. Faisant quelques pas pour soulager ses jambes engourdies par la longue station assise, et lissant du plat de la main sa robe, vérifiant son tombé, elle se tourna vers Louis-Victor.

« Bien, mon frère, je crois vous avoir donné tout ce dont j’étais capable comme conseils… A présent, venez avec moi voir la roseraie. Vous avez grand besoin de vous changer un peu les idées après cette conversation et les derniers jours, qui n’ont pas dû être de tout repos, et le spectacle des fleurs vous apaisera… Du moins l’espéré-je. »

La Roseraie était la grande fierté de la mère supérieure, regroupant des fleurs magnifiques, bien agencées, et dont l’entretien constituait un travail adapté pour les plus jeunes sœurs et les novices, qui se plaisaient à l’extérieur, et Marie-Madeleine, lorsqu’elle n’était pas plongée dans ses études, aimait à aller les y aider. Sur le chemin, dans l’une des allées, ils croisèrent un groupe de sept religieuses, marchant deux par deux, la Mère Supérieure en personne ouvrant la marche, au milieu de cette singulière haie d’honneur. La jeune femme s’arrêta pour saluer la directrice de cette lente procession, présentant en quelques mots son frère, à quoi la femme d’âge mûr, dont elle avait su conquérir l ‘intérêt et l’affection, et qui salua le duc de Vivonne d’un grave signe de tête avant de reprendre sa marche.
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Jeu 31 Juil - 14:26

Encore une fois Maire-Madeleine parlait avec justesse et le duc rhabillé l’écoutait avec attention. Depuis quand sa plus jeune soeur était-elle la plus sage et mature de la famille? La robe noire avait eu un profond impact sur celle-ci, vieillissant son âme et offrant la maturité a son esprit, à défaut d’avoir changé d’un iota le moindre de ses traits, toujours aussi parfait qu’autrefois. Quoiqu’il en soit, en étant extérieure à la situation, elle offrait un point de vue clair, logique et qui ravissait le Duc qui sentait un lourd poids quitter ses épaules maintenant qu’il avait un plan d’action! Et celui-ci était simple: dire à Antoinette toute la vérité sur Elise sa soeur qui s'entendait le mieux avec l'enfant de la prendre sous son aile. puis, selon la réaction de ses soeurs, confier Elise a celle qui était prête à l’accueillir.

Depuis quand êtes vous si adulte et si logique ma chère? J’ai raté tant de choses en étant si loin de vous.

Murmura-t-il alors doucement. Avec un sourire il lui déclara:

Mais vous avez parfaitement raison quand à nos soeurs et la pénible situation dans laquelle Elise et Antoinette sont plongées. Par chance Antoinette est loin de Paris, puisqu’elle est avec les enfants dans les terres familiales.

Du moins, c’est ce que croyait le Duc, ignorant qu’Antoinette était déjà sur la route, en direction de Paris et de l’Hôtel Mortemart, ce qui le forcerait a annoncer dès le lendemain l’existence d’Elise à son épouse. Mais ça, c’était le lendemain. Pour l'instant Vivonne était avec sa plus jeune soeur et comptait bien parler de sujets plus légers maintenant qu'ils avaient définis un plan d'action. Il sourit donc a sa nonne préférée lorsqu'elle l'invita a sortir de la pièce.

C'est avec plaisir que j'accepte votre invitation. Si la roseraie ne m'apaise pas, votre compagnie me fera le plus grand bien! Que diriez vous de me raconter vos journées ?

Et il offrit son bras a sa petite soeur devenue grande alors qu'elle le conduisait jusqu'à la roseraie. Passant devant la mère supérieure et six novices, il salua respectueusement la vieille morue a l'air sévère qui empestait la naphtaline puis, dans le dos de celle-ci, offrit un sourire charmeur aux novices en pâmoison dont les genoux tremblaient. Il offrit un sourire amusé a Marie-Madeleine alors qu'ils s'éloignaient pendant que la carne houspillait les jeunes femmes qui devaient songer a quitter les ordres dorénavant.

Je devrais peut-être en avoir honte mais être le centre de l'attention d'autant de femmes me plait.

Confia-t-il a Marie-Madeleine alors que tous les regards suivaient la nonne enviée et son frère désire. Mais les traits de Vivonne changèrent face a la roseraie.

Moi qui pensait que la beauté des couvents était seulement sous les robes des nonnes. C'est magnifique.

Pensa tout haut le duc. Il se pencha alors et respira le parfum d'une rose avec un sourire.
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Jeu 31 Juil - 23:52

Louis-Victor s’étonna de voir sa plus jeune sœur résoudre avec tant d’apparente facilité la question d’Elise. Marie-Madeleine sourit doucement ; qu’y avait-il de surprenant en effet à ce que son frère soit surpris ? Depuis cinq ans, ils n’avaient pas eu beaucoup d’occasions de se voir ; il avait quitté une enfant, il retrouvait une jeune femme, qui, contrairement à ce qu’il devait penser, s’était épanouie derrière les murs de son couvent… Apprendre qu’Antoinette était loin la rassura un peu. Peut-être en son absence Vivonne réussirait-il déjà à faire mieux connaissance avec Elise ? C’était souhaitable, car la présence de l’épouse risquait fort de mettre un frein à cette entreprise pourtant essentielle.

Ils se dirigèrent donc vers les jardins, et, pour faire la conversation, Louis-Victor l’interrogea sur l’organisation de ces journées. Le moins que l’on puisse dire est que la question manquait d’originalité ; combien de fois ne le lui avait-on pas demandé ! Mais n’était-ce pas naturel, après tout ? Le bas de sa robe frôlant doucement les graviers du chemin, envoyant voler un peu de poussière que le soleil de ces derniers jours avait séché, et levant le visage vers le ciel pour profiter un peu de la chaleur de l’astre, elle se mit donc en devoir de lui conter par le menu une de ces journées, ce qui vaudrait pour les autres, car on ne pouvait trouver quotidien plus répétitif que celui du couvent.

« Eh bien, une journée… Comme vous le savez nous suivons, ici, la règle de Saint-Bernard. Notre journée est rythmée par les offices, dont le premier, matines, commence avant le lever du soleil, mais aussi par les temps communautaires, réunions au chapître ou aux repas –qui sont, est-il utile de le préciser ? Pris en silence…- et de travail. Nous étudions, comme vous le savez, mais nous avons également des travaux manuels –la Roseraie vers laquelle nous nous acheminons en est le plus bel exemple disponible. Je vous ferai grâce de l’organisation du couvent, car je vous sens prêt à vous endormir…Ce n’est pas aussi trépidant que la vie de soldat, j’en conviens. »


Elle sourit à son aîné. Du reste la raison qui la contraignait à arrêter ces explications n’était en rien l’inattention de Vivonne qui, au contraire, semblait prendre beaucoup d’intérêt à ce que lui expliquait sa cadette de son quotidien, mais l’apparition de la Mère Supérieure au bout de l’allée. Si Louis-Victor salua avec respect, politesse –presque un peu trop pour paraître honnête aux yeux de sa cadette, qui connaissait ses sentiments à son égard…- sitôt qu’elle eut le dos tourné, il s’empressa de lancer aux jeunes novices qui la suivaient un regard plus qu’équivoque et aguicheur. Sa cadette leva les yeux aux ciel et lui envoya prestement un léger coup de coude.

« Louis-Victor, je vous en prie, siffla-t-elle, tenez-vous bien ou je vous ramène au parloir. Je croyais que vous vous étiez assagi ! Ou bien n’agissez-vous que par amour du jeu ? Si on vous voit je serais privée de vos visites ! »

Elle jeta un regard chargé d’étincelles furieuses vers une des novices qui avait eu le malheur de se retourner. Oh, Vivonne devait être content de lui, très content… Lui qui parlait de révolutionner le couvent s’en donnait les moyens. La remarque un brin songeuse et deséspérément franche qui suivit exaspéra la jeune femme, qui, au fond, s’en amusait mais ne l’aurait jamais avoué. Heureusement pour le duc, ils arrivèrent alors à la Roseraie, et Marie-Madeleine en oublia de fait toute velléité querelleuse, se contentant de siffler entre ses dents pour marquer sa désapprobation –au sortir de la confession… Son frère était incorrigible.

Le spectacle, en effet, était magnifique en cette fin d’après-midi : les rayons du soleil, qui hésitaient entre l’ or, le rose et l’orangé, caressaient d’une douce lueur les pétales satinés, doux et chatoyants des fleurs. Ces dernières, énormes, bien ouvertes, s’entortillaient autour de structures de baguettes de bois qui formaient un dais parfumé, des portes ouvragées, toute une architecture éphémère –car cette petite merveille, qui demandait tant de travail au cours de l’année, ne durait que quelques trop courtes semaines…. Les rouges intenses et suaves, les roses délicats et doux, les jaunes lumineux et vifs, et les blancs purs et fragiles, les préférées de Marie-Madeleine, formaient une délicieuse palette à laquelle s’ajoutait encore le vert tendre des larges feuilles et le rouge lie-de-vin des épines. Sans oublier cet entêtant parfum, si suave, qui s’exhalait de toutes ces larges corolles tournés vers le ciel… A la suite de son frère la jeune femme prit une des roses entre ses mains pour l’approcher de son visage. Elle venait souvent ici lorsque les roses étaientt écloses, profiter de la sérénité et de la beauté des fleurs.

« Vous avez beaucoup de chance, vous qui venez si rarement, vous aurez vu la roseraie à ces plus beaux instants… D'ici une, deux semaines elles s’abîmeront et commenceront à perdre leurs pétales. »


Mais la jeune religieuse se trouva interrompue dans ses élans bucoliques par la réflexion émue de son frère sur les beautés des couvents. Exaspérée, elle lui prit le bras et l’arracha à sa rose.

« Oh, vous êtes absolument impossible. Enfin, je suis heureuse, oui, très heureuse, que vous preniez conscience de votre erreur ! Mais je vous en prie, nous ne sommes pas au parloir ici et si quelqu’un nous entend on ne vous laissera plus venir, pour la énième fois ! »

Mais devaient le sourire tendrement moqueur de son aîné elle comprit qu’il la taquinait, une fois encore, et soupira, un peu impatientée, mais au fond tellement contente de retrouver son aîné pareil à lui-même après une aussi longue absence. Elle hésita un instant, et le sourire l’emporta sur l’expression outragée, indignée, qu’elle lui réservait.

Elle entendit alors la petite voix flûtée et essouflée de la sœur tourière qui accourait, ses clefs s’agitant rapidement au rythme de sa course, reprises en écho par la lourde cloche de la chapelle qui sonnait l’office. A ce son grave et lent la digne sœur leva les bras au ciel, désolée de se trouver en retard, et, à grands renforts de gestes et d’exclamations, fit comprendre que l’entretien était fini. Marie-Madeleine enlaça son frère, l’étreignant rapidement car si les adieux furent tristes ils durent également être rapides… au désespoir du frère et de la sœur. Après avoir fait promettre à son aîné de lui écrire, de revenir et de lui présenter sa nièce, la jeune femme lui rendit sa liberté et le laissa fuir loin de ce couvent empli de ces créatures étranges qu’il ne comprenait pas et en présence desquelles il était si mal à l’aise, les religieuses, et se hâta, à la suite de la sœur aux clefs, vers la chapelle d’où montaient déjà vers les Cieux les premières mesures du psaume.
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