Partagez | 

 Période d'essai // ft Lorraine


Ven 25 Juil - 0:37

Le printemps s’installait avec quelques journées d’une chaleur exceptionnelle. Et Melechia n’aimait pas cela. Déjà parce que sa chambre sous les toits aurait put servir à faire cuire un jambon et qu’à défaut de porc savoureux la pièce la transformait lentement mais surement en pièce de choix dès qu’elle avait l’idée étrange d’aller y dormir. Ensuite parce qu’elle mourrait de chaud sous sa veste de domestique. Qui n’était pas une vrai veste de domestique mais qui grâce à un travail acharné et à son talent pour la couture (talent très relatif mais elle était têtue) y ressemblait à s’y méprendre. Bref, elle portait cette veste qui lui assurait une lente cuisson à l’étouffé, presque aussi efficacement que sa chambre. Seulement, depuis quelque mois son corps avait eut l’idée étrange, stupide, ridicule, gênante, exaspérante et couteuse de se mettre à changer. De façon très négative pour la jeune fille qui trouvait son apparence précédente plutôt pratique. Elle pouvait encore plus ou moins ressemblait à un garçon, si on regardait de loin, mais son déguisement ne tenait que grâce à une tenue boutonnée le plus strictement possible. Ce qui quand il faisait aussi chaud était dur à supporter.

Mais la pensée de la raison pour laquelle elle s’infligeait une telle torture (au lieu de trainer dans des vêtements adaptés au temps), lui rendait le sourire et c’est d’un pas allègre qu’elle enjambait la merde qui couvrait les pavés parisiens. Le fait était que le furet souriait même pour de vrai tandis qu’elle tournait à droite et adressait un geste des plus grossier au cavalier qui manqua de la renverser parce que l’abruti ne savait pas maitriser sa monture. Ce n’était pas le soleil qui la mettait de si bonne humeur, elle ne faisait pas partie des idiots réglants leur comportement sur les caprices de l’astre brulant et capricieux. Non quelque chose de beaucoup plus capricieux la mettait de très bonne humeur. Le marché du travail se révélait finalement plus d’opportunités glorieuse pour l’adolescente. Elle avait bien fait d’accepter de devenir le larbin du Mi-Botte, même si elle pensait qu’il ne l’avait embauché parce qu’elle était la seule à ne pas encore trop insulter son complexe de supériorité. Ce qui avait un vague rapport avec le fait que malgré sa tendance à se servir dans la cuisine de la Louison Melechia restait un rase-motte de première. Ce qui la complexait un peu, mais moins que le nain blond.Au début, il ne lui avait confié que des corvées pénibles, ce qui était le propre des corvées. Mais quand même. Elle avait traversé Paris de long en large pour porter des messages, fait le gué pour espionner un type chiant comme les pierre, c’était prit un coup de point très vigoureux qu’elle devait « transmettre à son patron ». Chose qu’elle n’avait pas faite parce qu’elle n’était pas totalement stupide, mais sa pommette avait mit un mois à retrouver sa couleur d’origine et elle continuait de se plaindre. Elle se faisait frapper et menacer tout le temps, elle vivait à la Cour des Miracles après tout. Mais se faire frapper parce que son patron était un enfoiré qui n’oubliait pas les lettres de créance, ce n’était pas du tout pareil. Bref après des travaux tellement ennuyeux qu’elle avait presque faillit regretter l’époque où elle était à son compte sur des affaires de moeurs assez triste et mortellement ennuyeuse, Mel se voyait enfin proposait un client intéressant. Un Lorraine en plus… Elle n’était pas sur d’avoir précisément saisie de quel Lorraine on parlait ici. Ils étaient ridiculement nombreux dans cette famille d’aristocrate psychotiques. Mais un Lorraine quoi. La crème de la haute société. Et des antécédents de coups tordus assez intéressant, pour ne pas dire inquiétant. Visiblement ces gens n’avaient pas grand chose à faire de leur temps et s’envoyer en l’air étant lassant, ils se mettaient à comploter. Et l’un d’eux, celui qui portait le prénom d’un membre de la famille royale (ce qui limitait le champ de recherche) avait embauché Erwan. L’affaire avait plus ou moins foiré dans un premier temps, une histoire de grenouilles se prenant pour un boeuf et voulant faire chanter le boeuf. Alors le boeuf avait massacré la grenouilles. Et Erwan avait refilé Mel à Lorraine. Ce qui faisait d’elle un furet grenouille? Donc un animal avec de la fourrure verte qui nage dans l’eau et qui a des yeux globuleux. Ça sonnait de façon assez étrange, voire même inquiétante. Quoi qu’il en soit, Lorraine avait accepté de la prendre à l’essai. Et sens de l’arnaque suprême, elle n’était même pas sure que cette période d’essai soit payé. Et elle ne travaillait pas du tout pour la beauté du geste. Contrairement à certain elle travaillait et complotait parce qu’elle était fauché, pauvre, miséreuse, crève-dalle. Mais si on passait outre le salaire, ou l’absence de celui-ci (sur ce point travailler pour Erwan n’était pas du tout une amélioration), l’idée de la période d’essai était juste brillante. S’introduire dans l’hôtel de Guise ! L’idée même faisait briller les yeux de la jeune fille un peu plus fort et la rendait pleine de bonté et de douceur Bon pas du tout pleine de bonté si on pensait à la façon dont elle avait failli arracher les yeux de la nouvelle pute qui squattait chez la Louison, mais cette petite conne de quatorze ans devait apprendre à respecter ses ainés. Même quand les ainés en question étaient plus petites, plus moches avec moins de poitrine. Parce que les ainées en questions peuvent faire des trucs incroyable, genre une humiliation public. Penser à cet épisode améliorait considérablement l’humeur de Melechia. Quoi qu’il en soit alors qu’elle tenter de relever un défi plutôt périlleux, la jeune femme se sentait plus heureuse et en forme que jamais.

Pénétrer dans l’hôtel de Guise en soit ne poser pas vraiment un problème, surtout dans la journée. N’importe qui s’étant posté plus de deux minutes devant une des deux portes pouvait le comprendre, surtout en ce qui concernait la porte menant à la cour des domestique. Une cohue permanente allait et venait entre la cour et la rue. Des pages à la livrée soignée entraient en courant pour délivrer un pli. Des domestiques en congés entraient et sortaient précédés par des rires tonitruants. Des soldats éméchés ou mal léchés se frayaient un chemin à grands coup de coudes et d’insultes bien placés. Des matrones les concurrençaient pour la violence sonores et les vertes insultes que certaines pouvaient envoyer en aurait fait rougir plus d’un. Sans parles des putes qui espéraient vaguement pouvoir rentrer, des servantes qui s’éclipsaient en doute, des livraisons diverses, des racoleurs, des colporteurs, des annonceurs publiques, des familles provinciales. Ainsi la rue se trouvait presque constamment bloqué par une cohue aussi hétéroclite que bruyante qui mimait à merveilles les flux et reflux de la mer à la marée montante. Enfin Mel supposait elle n’avait jamais vu la mer et se contentait de récit de marin. Mais si elle ne connaissait pas la mer, la foule elle maitrisait sur le bout des doigts. Bientôt elle adapta son pas à celui des autres et évoluait comme si ce qui se passait autour d’elle n’était que la routine habituel. Un sourire en coin aux lèvres, elle doubla une vieille femme chargée comme une mule et n’envisagea pas une seconde lui proposer son aide. Puis un garde la dépassa. Soyons clair, il lui enfonça la main dans les omoplates pour la doubler en jurant sur les péquenots qui lui barraient la route. Déséquilibrée Mel fit un ou deux pas chancelant sur les pavés avant de rétablir son équilibre et de se redresser en songeant qu’il fallait qu’elle soit un peu plus attentive. Puis elle leva les yeux et se rendit compte qu’elle était rentrée dans la cour des domestiques. Aucun sourire victorieux ne vint sur son visage, elle n’avait fait que le plus facile et on ne souriait pas au travail, mais un observateur attentif aurait noté l’éclat des yeux clairs alors qu’elle continuait d’avancer en jetant des coups d’oeil à droite ou à gauche. Ces coups d’oeil suivaient deux buts distincts et d’égales importance. Le premier était de coller à son rôle de page/garçon à tout faire/victime d’un majordome tyrannique. Le second était de prendre en note l’architecture des lieux au cas où, et aussi de vérifier que personne ne s’intéressait à elle. Bien entendu ce n’était pas le cas. Quand elle le souhaitait Mel pouvait gagner le concours de la personne la plus inintéressante au monde. Le regard des gens glissait sur elle comme de l’eau sur les plumes d’un canard (elle supposait ne connaissant pas plus les canards vivants que la mer), et jamais personne ne s’attardait ou ne se souvenait de ses petite silhouette sombre qui évoluait tranquillement dans la foule. Enfin quand elle faisait convenablement son job, et grâce à Erwan elle pratiquait énormément ces derniers temps. Il ne fallait pas pour autant en conclure qu’elle remerciait le nain de lui confier les missions les plus chiantes de l’histoire de la cour des miracles. Il y avait des limites. La jeune fille hésita un moment, tenta de se souvenir des infos glanés pour préparer sa mission et partit sur la droite. Puis une idée, assez miteuse, lui vint en tête et elle interpella une servante. 



«  Eh ! Tu sais où se trouve la cour intérieur, j’dois y trouver mon maitre. L’est capitaine et il a oublié un pli. D’sa maitresse en plus. »

La fille releva la tête et essuya doucement son corset humide avant de lui sourire, attendrie par ce qu’elle prenait pour un gamin de huit ans ayant une sérieuse poussé de croissance. Une mèche blonde s’échappa de son bonnet alors qu’elle tournait la tête et lui expliquait le chemin. Mel se retint de sourire victorieusement. Une astuce parmis d’autre. Généralement les gens qui s’introduisent illégalement dans la maison des autres ne demandent pas leur chemin. C’était leur erreur. Raser les murs, se perdre ou pire avoir l’air perdu vous mener direct entre les pattes velues des gardes des lieux. Et ces derniers ne déconnaient pas. Si elle se faisait prendre au mieux elle était ridicule et Erwan allait lui botter le cul. Au pire, les mecs allaient lui botter le cul. Et elle risquait de ne plus jamais pouvoir s’introduire dans l’hôtel. Parce qu’elle serait morte… Donc, le défi devait être réussi avec classe ou mourir, dans d’atroce souffrance avec viol potentiel si les gardes de lorraine avaient des tendances homosexuel ou étaient gravement en manque. Et c’était des soldats mal payés, ils étaient forcément en manque.

Pour être sur de ne pas échouer, Mel sortit son joker. Et c’était sans doute la dernière fois qu’elle le ferait étant donné que son corps avait décidé de la transformer en femme adulte. Bref, elle prit une expression un peu stupide et fit ses plus beaux yeux implorants. Et miracle, cela marcha. La servante lui adressa un sourire maternelle. Que quelqu’un de normal aurait trouvé adorable. Melechia le trouva stupide et eut la preuve que cette pauvre fille n’était qu’un pigeon qui attendait d’être plumer ou déplumer par le monde entier. Une pauvre petite oie qui se fait avoir par des joues rondes, des fossette et des cheveux qu’elle avait lavé récemment.

«  Écoutes, je déposes cette eau à la cuisine et je t’y emmène. »



Mel eut un immense sourire et lui retira le seau des mains en assurant qu’elle pouvait bien le porter, que c’était la moindre des choses. Ce n’était absolument pas gentil et généreux de sa part, elle voulait s’assurer que l’autre ne l’oublie pas parce qu’un abruti de garde tente de la tripoter. Sans compter que plus elle se baladait dans l’hôtel, plus elle maitriserait les lieux pour une visite futur. Et là, elle pouvait se permettre d’errer parce qu’elle avait un alibi. Alibi qui profitait du chemin pour raconter sa vie, inintéressante au possible à Mel, qui limitait les efforts de conversations par des hum et des ha assez peu inspiré. Si au moins la donzelle avait eut la bonté de parler de ses patrons ou des autres domestiques, ces informations auraient put être utiles pour Mel. Mais non, elle parlait de ses parents paysans à Maule. Maule ! Sérieusement, Mel ne savait même pas où mettre se trou sur une carte. Ce n’était pas à Paris. Donc ce n’était pas intéressant. Et savoir pourquoi la fille avait quitté sa campagne pour se faire exploiter par des aristocrates vicieux, sexuellement trop actifs et trop riches pour être sains psychologiquement n’intéressait pas Mel. Mais elle écoutait en se posant une question existentielle : était elle aussi chiante quand elle parlait?

Finalement, elles se retrouvèrent sur une terrasse. Une immense terrasse, enfin pour Mel, remplie de gens. Des militaires principalement. Le passage fut facilité par le décolleté avantageux et mouillé de la servante. Elle adressa un sourire à Mel et lui souhaita bonne chance avant de partir. Le furet fit quelque pas et regarda autour d’elle. Maintenant, les vrais emmerdes allaient commencer parce qu’on arrivait à la fin de son plan génial et qu’à part chercher un capitaine imaginaire elle ne savait pas trop ce qu’elle pouvait faire.
avatar
....
Titre/Métier : furet, fléau humain
Billets envoyés : 185

Voir le profil de l'utilisateur

Dim 17 Aoû - 19:13

  • Regardez-moi cette bande de soldats qu'on dirait des gosses au spectacle de marionnettes... On dirait pas qu'ils ont tué leur lot d'bonhommes. Depuis que son petit frère est revenu d'une nouvelle campagne en mer, not'Chevalier et lui passent leur temps à discuter des batailles qui sont passées et celles qui vont arriver. Tant mieux : qu'ils s'entraînent aux stratégies, si ça peut nous éviter de nous faire tuer plus tôt que prévu, je m'en plaindrais pas, pas vrai ? Le truc, c'est qu'ça intéresse pas trop mes gars non plus d'habitude, mais dès que vous avez une forteresse dessinée dans le sable, du bois pour faire les bateaux, les canons et les troupes... Alors là.. Des gosses, j'vous dis. Et Jore était l'pire : mais je l'connais bien, j'suis sûr qu'il a été raconter tout c'qu'il a entendu à la première taverne venu pour se jouer grand stratège et grand capitaine auprès des jolies filles. Pirate...
    Moi je m'intéresse pas trop à ça. Je sais qui je sers. Et qui je sers me dit qui est l'ennemi. Ce sera jamais moi qui f'ra bouger des régiments, alors je préfère aiguiser mes lames dans le fond d'la cour.
    Sur ce, la p'tite Guillemette a débarqué. Un joli p'tit lot Guillemette : pas d'surprise qu'elle attire tant les r'gards. Pas comme la maigrichonne à côté d'elle. D'ailleurs j'l'avais jamais vue cette gosse-là. Et y avait pas qu'moi qui m'étais fait la réflexion. Le Maure – faut dire qu'il est sacrément noiraud – était d'jà devant la fille et prêt à lui mettre le grapin d'ssus.

    -Halte là mon garçon, qu'il lui dit. Bouge plus. Tu ne travailles pas ici toi, hein. Qu'est-ce que tu fiches là ?
    Et Pierrot était déjà derrière pour couper la route à notre invité. Au cas qu'il aurait envie d'se carapater.
    Mais un gars ? Allez ! Faut pas avoir eu beaucoup de loupiots pour confondre cette gamine avec un garçon. Un p'tit gars aurait pas r'gardé la Guillemette et ses générosités d'cette manière-là pour commencer. Maint'nant qu'est-ce qu'une fille habillée en garçon pouvait bien fiche ici ? C'était bien la bonne question. L'avait plus l'air de vouloir se faire oublier plutôt qu'perdue. Ou bien c'est une fouine. Ou bien c'est un furet. Et comme il s'trouve qu'on en attend un justement...
    Vlà donc que j'm'approche à mon tour et que j'l'attrappe par l'épaule. Paternellement.

    -Laisse-la donc c'est une des miennes.
    -Encore !
    -Une ?!

    Chacun sa réaction, chacun sa surprise hein. Pis c'est vrai qu'une fille habillée en garçon, ça s'fait pas et elle avait bien d'la chance qui avait personne ici de trop religieux. Mais z'allaient pas m'l'apprendre à moi. Et moi j'me suis contenté d'leur sourire et d'attendre qu'ils aillent voir ailleurs. Pas qu'j'leur reproche leur méfiance. On est jamais trop prudent. Mais pour une fois ça aurait risqué de créer de bêtes emmerdements. Mon Maître trouvait sûrement très malin de poser des défis à ses futurs, histoire d'avoir la crème comme ils disent. J'crois pas qu'il réalisait vraiment c'qu'il demandait pour autant. Sûrement qu'il imaginait un furet avec des talents moins commun que les mortels. Ce serait vexant autrement : comme si nous, on allait laisser entrer n'importe qui ici. Ca aurait pas été correct. Mais on contredit pas celui qui vous nourrit, surtout devant témoin. On prend bonne note, et on arrondit discrètement les angles trop aigus. Moi j'aurais tendance à dire que si l'Mi-Botte estime que c'est un bon furet, alors c'doit être un bon furet. Ou alors c'est que l'nain ment mais dans c'cas là le problème est ailleurs.
    Ca faisait quelques jours que j'ouvrais l'œil des fois que notre furet à venir avait des difficultés à arriver jusqu'au prince. C'sera pas dit que ses affaires iraient mal à cause de moi !

    Faut pas croire, la fidélité c'pas juste affaire d'habitude de soldat ou d'naïveté d'pucelle. Ca s'gagne. Mais faut dire qu'il est plutôt doué à c'jeu-là le jeune Maître.
    Une fois, ça fait... Allez, ptêt ben six ans. A Paris on s'est retrouvé envahi : ça débarquait de toutes les provinces et d'ailleurs pour la fête du retour du Roy en sa bonne capitale. C'est qu'ça promettait une belle fête pour tout l'monde et qu'c'était le moment de faire ses demandes quand on avait le bon rang. Fait qu'rapidement y avait plus de place pour loger tout c'monde-là. Y en a qu'ont fait avec. Et d'autres qu'ont voulu jouer les coucous. Un marquis a voulu prendre not'maison, celle de ma femme et d'ses frères, et toute notre marmaille dedans. Et si on laissait pas la place libre, Monsieur se faisait fort de nous apprendre qu'il disait ! Dedieu ! Un petit marquis, mal habillé en plus, qui devait pas être bien important et qui avait pas dû voir beaucoup le front. Et qui s'donnait pourtant des airs de prince. Mais nous on les connait les princes ! On lui aurait bien montré, mais allez rosser un marquis en plein jour : c'est la bonne manière si vous voulez écourter votre vie. Même à Paris.
    Merdaille ! J'pouvais pas laisser faire non plus hein ?
    J'aime pas demander. Ou plutôt j'aime pas demander quand je suis pas sûr de la réponse qu'on va me faire. Oué. Mais parfois, y a pas le choix. J'allais pas laisser ce ptit merdeux au sang bleu mettre ma famille dans la panade, sacrénon ! Pas moi, pas ma famille. Moi j'appartiens à la maison des Guise, des Lorraine : on touche pas. C'tait juste la première fois que c'était pas que des mots. La première fois où fallait voir ce que ça valait en acte et pour être honnête, j'étais plus aussi sûr de moi. Not'cher Chevalier est un sacré diable dans son genre, et j'étais bien placé pour le savoir. D'un coup je m'suis dit que j'm'étais ptêt fait avoir comme tout le monde, que ça allait être le moment des grandes désillusions et que j'allais me retrouver comme un imbécile, tout seul à essayer trouver un moyen d'écarter mes ptits héritiers, avec leur sang bien rouge, des trop grandes dents du marquis. J'avais déjà l'impression d'entendre l'habituel rire moqueur de mon jeune maître, d'voir son sourire à la diable lorsqu'il dirait qu'il n'en avait rien à fiche. Tout en circonvolutions bien sûr, hein. Ou peut-être même... Peut-être qu'il se donnerait même pas la peine de répondre. Bah j'ai quand même posé la question ou plutôt j'ai dit que ma ptite bande avait quelques problèmes avec un nobliaud, histoire d'sonder la marre avant de plonger bêtement dans la vase. Et devinez la réaction. Un rire ? Rien de rien. Le sourire à la diable ? Même pas une ombre. Froncement de sourcils ? Encore moins. Ni soucieux, ni curieux, ni rien-à-fiche... J'ai juste revu la même fierté que la fois où on a secoué un peu l'gantier – çui qui s'était plaint de pas avoir été payé pour ses précédentes paires de gants, et qu'du coup on lui en a donné dans un aut'genre, des paires de gants. L'Chevalier a pas eu besoin de demander : ça nous a paru évident. Vois les choses en face mon gars : fallait pas être délicat pour insister sur des problèmes pécunieux auprès de not'Maître. C'est le genre de fierté qui supporte mal ce genre de contrariétés. Et nous on n'aime pas la voir vexée cette fierté-là. Sauf que cette fois elle était satisfaite la fierté. Tellement contente de soi qu'il en aurait presque eu l'air naïf, ma parole ! Si c'est pas une image dont on se souvient... M'a juste demandé l'nom du gars. J'lui ai donné. Et c'était tout, la conversation s'est arrêtée là, on est parti pour j'sais plus quel hôtel tout juste construit et beaucoup trop beau pour loger un ptit marquis de rien du tout qui y aurait probablement jamais été reçu. Mais moi j'avais le cœur qui m'étais remonté si haut qu'il pissait sur les piaffes, et j'avais tant l'sourire que Livier n'a pas arrêté de m'demander si j'avais bu. Il aurait reniflé pour vérifier s'il avait osé. Mais y a des limites : heureux pas heureux, va pas jouer ce jeu-là avec moi.
    On n'a plus entendu parler du marquis. J'sais pas ce qu'il s'est passé et c'est mon seul regret mais là ça aurait été bête de ma part d'aller demander. Il a ses particularités notre Chevalier. Mais il partage bien ça avec toute sa famille : chacun sa place. Et la mienne c'est pas d'poser des questions.
    Bah ! L'important c'est qu'l'importun a disparu. Et que quand j'dis qu'appartenir à cette maison-là ça signifie quelque chose, c'est plus juste des paroles en l'air.
    Bien sûr que non personne n'aurait laissé entrer un fouinard ici !

    Toujours la paluche sur son épaule de crève-la-fin, j'ai entraîné la gosse gentiment mais fermement un peu en arrière. De là où on était, on voyait même mieux les deux Messieurs. Z'avaient pas l'air d'accord d'ailleurs. Par contre on voyait plus leurs plans. Bah ! J'avais d'autres chats à fouetter présentement.


    -Bah ma grande,, que j'lui ai fait avec mon sourire de grand-père. Et j'espère bien l'être bientôt pour vrai pardi ! J'espère qu't'as une meilleure histoire que la mienne à m'raconter, sinon ça va mal se finir.

    Vrai qu'j'aime pas faire du mal aux gosses. Mais faut bien leur apprendre à pas mettre leur nez dans les mauvaises affaires. Et si cette bestiole-là n'était pas le furet dont l'nain avait parlé, ce s'rait pas une leçon d'perdue.



[HRP : désolée pour le retard. J'ai tout fait au PNJ, j'espère que ça ne te dérange pas mais ça me semblait plus logique - et fun ^^ - comme transition. Je pense que tu auras reconnu Faustin. Hésite pas si quelque chose te pose problème !]
avatar
Invité
Invité


Ven 12 Sep - 13:39

Des histoires j’en connais des tas papa. C’est pas toi qui me les as raconté par contre, parce que tu es un père indigne qui a jamais le moindre temps pour tes enfants et que tu passes tout ton temps à trainer avec des tronches de tueurs qui ont rien de mieux à faire que de terroriser tes enfants. Là mon rythme cardiaque s’est emballé et c’est trop mauvais pour moi parce que quand le coeur bats plus vite on a plus de sang et si on a plus de sang les humeurs sont déséquilibrés et après va falloir me poser des sangsues partout pour que je me remette du choc. et j’aime pas les sangsues puis ça coute cher de se faire poser des sangsue donc tu vas devoir me couper les veines et maman elle aime pas ça parce que ça fout du sang partout.

Tout en parlant, discourant, laissant s’échapper un flot de parole à une vitesse ahurissante, Mel tentait de comprendre l’enchainement des évènements. Elle était arrivée dans la cours et la conne de servante l’avait abandonné. Elle avait commencé à chercher un moyen d’attirer l’attention de son futur nouveau boss. Puis un garde plus intelligent que la moyenne, ce qui ne signifiait pas grand chose quand on connaissait l’intelligence d’un garde, l’avait vu. Et lui avait coupé la route en demandant ce qu’elle foutait là. Et elle s’était rappelée qu’elle avait pas d’histoire miteuse à raconter. Et elle avait constaté que les mains du garde promettait une correction dans les règles de l’art. Puis une main s’était posée sur son épaule. Ce qui était une violation de son espace privée exigeant, en temps normal, la perte du nez et des dents de celui qui la touchait. Elle détestait qu’on la touche. Mais elle avait pas eut le temps d’améliorer le physique du mec à la cicatrice qui l’avait touché que ce dernier l’avait adopté. C’était ça ou son paternel avait ressuscité et changé de profession de façon radicale. Le changement d’orientation professionnel étant plus surprenant que la résurrection. Donc, elle avait conclu qu’elle avait gagné un père. Un père qui l’emmenait à l’écart pour une correction toute paternelle mais comme toute bonne correction, avant il fallait demander des explications. Et donc Mel donnait des explications à sa manière.


Mais c’est dans la mythologie que l’on trouve les histoires les plus intéressantes. C’est parce que ces mecs ils avaient rien à faire de leur vie je suppose. Et ces histoires sont intéressantes parce qu’elles sont horribles, non mais pour de vrai. On a du sang partout, ça pisse pire qu’une vache qu’on égorge. Mais on égorge rarement les vaches parce que la viande est dure et en plus c’est compliqué. Du cout c’est les veaux qu’on égorge. D’ailleurs ça me rappelle les mecs aux histoires glauques qui vivaient en grèce de temps en temps ils égorgeaient cent vaches pour leur dieu c’est l’hécatombe et tout. Comme sur les gens de bataille. Ma théorie c’est que c’est à force de tuer des bestioles et de consommer des substances bizarres qu’ils ont inventé des trucs aussi horrible. parce que sérieux un mec qui tue son fils JUSTE pour s’élever au dessus des dieux, bah il a un sérieux problème. Même toi tu ferais pas ça.



En continuant de parler, elle vérifiait du coin de l’oeil que le mec ait pas l’idée, qui traversait l’esprit de beaucoup de gens, de lui foutre une droite pour la faire taire. Ça arrivait régulièrement, surtout si les gens étaient pas prévenu. Mais sans doute Erwan les avaient prévenus n’est ce pas. Tout en surveillant les réactions possible de son « père », elle se tortillait et sautillait de droite à gauche pour voir les nobles dévorée par une curiosité qui, elle ne l’avouerait jamais, était plus enfantine que professionnelle. Parce que malgré les airs qu’elle se donnait Mel avait de temps en temps des comportements enfantins. Malheureusement tout à leur débat sur elle savait pas trop quoi ils s’étaient déplacé et elle ne voyait que deux dos. Deux très grands dos couverts par des soieries aux teintes luxuriantes et sur lesquels tombaient des mèches châtains bouclées et strictement identique. Pas moyen de différencier le boss du frangin.


Et d’ailleurs dans la mythologie on trouve souvent des histoires de mec qui veulent s’élever trop haut. Un peu comme Icare genre, ça monte, ça monte et puis on va trop haut et Viiiiiiooooouuuuuf on plonge dans les abysses (son explication fut accompagné par un geste de la main) dans le cas d’Icare c’est pas trop grave. Personne en avait rien à foutre sauf son père. D’ailleurs toi tu me pleurerais si je tombais dans la mer comme une conne? Je pense que tu me dirais « je te l’avais bien dit ». Bref, Icare c’était pas trop grave. Mais des fois les cons qui crèvent à cause de leur ambition ils étaient important. Pas trop, mais un peu quand même. Utile quoi. Et du coup, bah les dieux ils sont dans la merde. Parce que c’est chiant de plus avoir de larbins. Alors ils doivent remplacer le larbin en question. ET ça c’est un problème. Parce que le remplacement de personnel c’est toujours compliqué. Faut des références et des trucs du genre et puis la confiance c’est dur à gagner. Surtout quand on a été trahie par un con qui se croit plus important. Et ce qui est dramatique c’est que souvent le remplaçant est totalement ignoré par l’histoire. Regarde le roi qui a plus de femme, Henri six ou quatre, un anglais. Bref on connait la première qui était espagnole, on connait la seconde qui était une pute et après les autres on les connait pas. Y en a une autre qui était une pute mais je sais pas laquelle. Et pourtant, elle devait être plus efficace. Mais on se souvient toujours des traitres et des ambitieux jamais de ceux qui font efficacement convenablement et sérieusement leur travail. C’est le drame des temps moderne. Moi par exemple, je me fais exploiter. Totalement et entièrement. J’ai un petit boss qui en plus me prête à des gens pour arranger ses affaires. Et tout ça parce que je suis plus compétente que la moyenne de ses hommes d’armes autosuffisant, ambitieux et sans une once de jugeote. Mais est ce qu’on me remarque pour autant? Non parce que je suis discrète, calme et si facilement oubliable. Et parce que tu es un mauvais père qui au lieu de me permettre d’être grande et belle m’a fait petite et quelconque. Et alors que je suis presque mignon en garçon blaaaaaaam, tu casses tout. Père indigne va.

Tout en parlant, elle se dévissait encore le cou parce que les nobles avaient tournés et qu’elle les voyait presque


- Ton patron c’est le très beau, très jeune ou le moins beau qu’à l’air sympa? A propos pourquoi ils jouent aux petit bateaux. On dirait les gosses des rues, c’est un peu puéril non? Et puis c’est naze, ils balancent pas de boulets sur les bateaux des autres. Alors que les ennemis il faut les exterminer dès le début. Un peu comme la vermine qui ne sait pas où se trouve sa place.

HRP: au début, il y avait que le dialogue et je suis même pas sure que la narration ajoutes grand chose. Désolé je fais pas vraiment avancer l'intrigue
avatar
....
Titre/Métier : furet, fléau humain
Billets envoyés : 185

Voir le profil de l'utilisateur

Mar 30 Sep - 17:22

    Quelle pipelette... Celle-là avait grandi au milieu des bonnes femmes, pas de doute. Les miennes de gamines sont mieux élevées qu'ça. Et moi dans le lot, la seule chose d'intéressante que j'ai retenue, c'est l'histoire du "petit boss". Au moins là on était fixé : j'avais bien récolté notre invité surprise.
    Et qu'ça gigotait comme une anguille. Au moins elle avait pas volé son surnom.
    Quand j'ai été bien sûr qu'elle avait épuisé son souffle pour un ptit moment, j'lui ai donné un coup sur le crâne. Rien qu'un petit coup sur le haut de la tête pas méchant mais bien sonné. C'était pour son bien à elle. Un jour elle prendrait quelque chose de plus dangereux qu'un gentil poing paternel qui lui laisserait qu'une petite bosse de rien du tout. J'ai pas pris la peine d'expliquer : ça paraissait clair je crois. Ca m'étonnerait aussi qu'ce soit la première fois. Faut souvent répéter avec les jeunes, y a qu'ça pour faire rentrer l'éducation solidement.


    -J'aimerais bien t'voir essayer d'leur expliquer...

    Ah ça... C'était façon d'parler bien sûr. Valait mieux pas qu'elle joue à ça avec les deux Lorraine. Alphonse la ferait sûrement rosser pour son insolence en haussant les épaules. L'aurait oubliée dans l'heure. Alponse est pas l'genre à s'embarrasser de flonflons. Ptêt ben pour ça qu'il préfère faire la guerre ailleurs que d'rester à la Cour. C'est pas un mauvais bonhomme mais l'a pas une patience d'ange et l'aime pas trop voir les autres sortir du rang. Quant au mien de Lorraine, l'aurait probablement eu l'air de s'amuser de son tout ptit vis-à-vis. Mais qu'elle lui marche sur le pied sans s'en rendre compte et alors gare... Mieux vaut encore quelques coups de bâtons parfois.
    C'était pour ça l'coup sur la tête. Qu'elle se rappelle bien qu'y a toujours des conséquences à ce qu'on dégoise surtout avec les nobles, et c'est de pire en pire quand on grimpe dans les hautes sphères. Not'bon souverain est pas vraiment connu pour sa mansuétude pas vrai ?


    -Au moins t'aurais ta réponse : mon maître est le plus patient des deux. … Mais pas l'moins rancunier, ah ça non... J't'apprends rien d'ailleurs hein ? L'histoire du gars trop ambitieux tu connais déjà. Sauf t'êt' les détails... 'Fin les détails, c'est comme les ptits bateaux pas vrai ? Suffit de les balayer pour qu'ils disparaissent, hein ?

    Du diable, qu'on aurait aimé qu'ce soit si simple. Moi j'aimais mieux les voir jouer aux ptits bateaux comme elle disait. J'en ai vu des capitaines, des lieutenants et même des colonels qu'étaient pas fichus d'utiliser leur tête, toute bien née qu'elle soit d'ailleurs. Et qui vous envoyaient des bons gars mourir pour rien. J'aimais mieux ceux qui prenaient l'affaire sérieusement et y réfléchissaient un poil. En avance c'tait encore mieux.

    -Faustin !

    Eh bah ! C'était déjà fini : elle avait réussi à me faire perdre le fil avec son monologue en fin de compte. Alphonse disparaissait déjà de l'autre côté d'la cour et les soldats partaient s'entraîner sur un ordre que j'avais à peine entendu. Quant à not'Chevalier, il grimpait déjà les marches vers la galerie. Au train où il allait, j'ai fait avancer rapidement la bestiole devant moi avant qu'on le perde d'vant nous et qu'on sache plus où l'trouver. Même si j'avais ma ptite idée sur la question. Y avait un cabinet où on passait pas souvent, que personne d'autre que la Famille n'y entrait sauf pour nettoyer. Un qui était pas loin et qui paraissait un bon coin pour causer tranquillement.


    -Et voilà l'furet.. Ca va être ton tour de jouer.

    Je lui ai pas donné plus de conseils. J'aurais pu. J'aimais bien cette gosse avec sa langue trop pendue. J'aime bien piper les dés pour mon propre compte quand y faut aussi. Mais là, dans c'genre d'affaires, pas question d'tricher. J'laissais à mon maître le soin de juger. Et si le ptit furet était pas à la hauteur de ces affaires, c'est pas moi qui risquais d'y faire quelque chose.


    ***


    La tête encore pleine de stratégies, Lorraine allait d'un pas rapide. Il était à peu près sûr de l'identité de l'enfant qu'il avait aperçu aux mains de son sergent. C'était précisément en raison de l'attitude du dit sergent, un peu aussi du gabarit de sa pris, qu'il avait conclu que leur furet était finalement arrivé. Mais pas tout à fait aussi loin et comme il l'avait espéré.
    Depuis la proposition de Mi-Botte il avait dressé quelques plans dans lesquels un tel artiste de discrétion aurait pu avoir un rôle crucial. Il s'agaçait déjà d'avoir probablement à les revoir à la baisse, avec une mauvaise foi terrible. Ainsi que l'avait deviné son homme de main tantôt, l'image que Lorraine s'était faite du furet était légèrement fantastique.

    Sans vérifier s'il était bien suivi par Faustin et son employé prêté, il traversa la galerie basse en coup de vent, passa dans une anti-chambre et ouvrit d'un tour de clef le cabinet attenant. C'était l'une des salles vouées à la réception les plus petites de l'hôtel et qui y servait rarement. Pourtant on avait réussi à y entreposer un nombre incalculable d'armes du sol jusqu'au plafond haut. De prime abord et pour le néophyte, elles auraient eu l'air d'une collection presque mal appareillée, avec des armes de tout type et de tout âge ; une accumulation probablement vouée à impressionner. Un œil plus averti, celui d'un militaire par exemple, aurait décelé qu'elles avaient probablement toutes servi. Malgré l'entretien évident dont elles faisaient l'objet, certains éclats ne trompaient pas, ni les quelques brèches, traces de brûlures, manches fendus... En vérité, chacune de ces armes avait son histoire, directement en lien avec celle de la famille, soit qu'elles aient été maniées par l'un de ses membres, soit qu'elles aient été prises des mains d'un ennemi redoutable. Bien que jouant l'indifférence sur le sujet, Philippe éprouvait toujours une fierté enfantine à retrouver parmi toute cette artillerie le sabre du grand janissaire qu'il avait abattu à Raab. Une arme chèrement payée mais l'orgueil estimait le prix convenable a posteriori. L'avantage d'une mémoire sélective.


    -Le furet ?, demanda-t-il pour la forme comme il s'asseyait à demi-contre la table centrale, les bras croisés sans sévérité.

    Comme Faustin acquiesçait simplement, fermait derrière eux et se postait nonchalamment entre les deux portes de la salle, Lorraine prit le temps de détailler l'animal. Les jarrets souples, les mollets forts qu'on devinait sous l'étoffe : de bonnes jambes solides qui devaient courir vite. Le reste était à même mesure, fin mais souple. Il y avait quelque chose de naturellement nerveux dans les mouvements aussi. Un furet, le qualificatif lui allait bien. Et puis le visage : des joues rondes encore jeune, la bouche expressive et les yeux attentifs. Pour les cheveux il n'y avait rien à faire : une tignasse vouée à être éternellement rebelle visiblement.
    De toute évidence, c'était une fille. Il en avait trop vu pour avoir le moindre doute sur la question malgré les vêtements dont elle s'était affublée. Mais il doutait que beaucoup s'en rendisse compte. Elle devait bien faire illusion dans ces habits de garçon et tant mieux pour elle parce que si elle se faisait prendre par les mauvaises personnes...
    Mais il fallait désormais tester cet animal-ci : son examen fini et cherchant le regard de la gamine, Lorraine passa d'un léger froncement de sourcils à un sourire, long et fin sans dévoiler les dents, moitié spontané, moitié inconscient.


    -Où l'as-tu attrapée ?, demanda-t-il au soldat sans quitter Melechia des yeux.
    -A l'entrée de la cour.

    Le jeune homme eut une brève moue déçue. C'était bien ce qu'il avait compris. Lorsqu'il avait entendu Mi-Botte parler du furet, il avait imaginé un individu capable de se faufiler n'importe où sans se faire prendre ni laisser de trace. Un drôle de zigue avec des capacités un peu mystérieuses pour le commun des mortels. Un qui aurait su passer outre la vigilance de vétérans même en plein jour. Certes ce n'était pas si mal d'être arrivé si loin, jusque dans la cour mais...

    -Nous étions convenus que le furet arrive jusqu'à moi. Sans se faire prendre. Peut-être n'es-tu pas aussi discrète qu'on me l'a vanté, mais alors je me demande bien quel usage je pourrais avoir de toi...

    Autant son attitude était toute nonchalance et badinerie souriante, autant il était en réalité attentif à la moindre des réactions que ses quelques piques provoqueraient. Ce n'était pas tout à fait faux qu'il se demandât encore quel rôle donner à celle qu'on lui avait... "prêtée". Il n'était pas question de confier la moindre mission d'importance à quelqu'un qui ne fût pas un minimum fiable. Et par fiabilité on entendait beaucoup de choses et pas simplement de la discrétion dans le déplacement. Elle partait déjà avec le handicap de lui avoir été transmise par un autre. Il vaudrait mieux pour tout le monde qu'elle compensât cet inconvénient par de véritables talents.
avatar
Invité
Invité


Dim 5 Oct - 23:03

Melechia vit le coup venir. Une tâche se mouvant dans le coin de son oeil alors qu’elle continuait de se dévisser le cou pour voir son futur employeur. Il faut dire que son rôle d’enfant se prêtait bien à une agitation qui de toute façon ne la quittait que lorsque les circonstances l’exigeaient vraiment. Elle vit le coup venir mais ne fut pas assez rapide pour l’esquiver et de toute façon l’impact était moins fort que ce qu’elle avait craint. Soyons honnête, elle fut un peu sonnée et eut une soudaine connivence avec les cloches de Notre-Dame. Mais en voyant le physique de son interlocuteur elle avait conscience d’avoir de la chance. Et puis songea-t-elle en repensant à son discours, c’était de bonne guerre.

Malheureusement le coup l’empêcha de voire la fin de la partit de petits bateaux des deux nobles. Visiblement ces derniers avaient choisit que se comporter en gamin de six ans ça allait un temps et qu’il valait mieux arrêter. Elle applaudit intérieurement cette preuve de maturité même si elle reconnaissait la véracité du commentaire du soldat, encore anonyme. Jamais elle n’irait partager ses remarques avec ces deux hommes. La stupidité avait ses limites. Et Mel n’était même pas stupide.

Un nom claqua comme un ordre et elle comprit que l’on s’adressait à son « père » qui la pressa un peu pour suivre le plus grand des deux nobles. Et le plus patient d’après l’autre. Mel se mordit la langue. Elle n’avait que peu de confiance envers les gens patients. Un impulsif ça se gérait. On se planquait le temps de la colère puis on revenait à l’assaut. Les impulsifs étaient rarement rancunier et gérer un coup de sang n’était pas bien dur. Et puis, on avait moins envie de jouer avec les nerfs de quelqu’un dont on sait qu’il risque d’exploser à tout moment. Par contre les gens patients… Mel ne pouvait s’en empêcher. Elle jouait avec la frontière qui séparait le calme de la colère, un pas à droite, un pas à gauche. Elle les titillait pour voir ce qui sortirait de leur tripes pour voir un éclat de colère ou d’amusement dans leurs expressions. Sans doute par jalousie parce que la patience, cette qualité si importante elle en était encore dépourvue. Les gens patients réagissaient chacun à leur manière à ses manières de mouche du causse. Mais généralement ils se montraient aussi patients dans leur réaction que dans le reste de leur vie. Ce n’était pas le genre à se contenter d’une correction et d’un haussement d’épaules. Non. Ils tendaient à se venger. Regardez ce qui arrivait aux gens tapant un peu trop sur les nerfs du Mi-Botte. Donc Mel n’était pas sur qu’avoir un patron patient était une bonne chose. Et puis la patience était une notion très relatives. Et comme tout les nobles étaient des nerveux capricieux, un noble patient ne devait pas être très patient en soi. Donc, tout ça ne l’avait pas vraiment rassurer.

Elle suivit le soldat sans rien dire. Même pas de remarque sur la considérations que les grands pouvaient avoir sur les gens avec de petites jambes comme elle. Ce qui représentait pour elle un exploit de mutisme. Elle profita de la promenade pour mémoriser le chemin, les visages des rares domestiques qu’ils croisaient, les intersections et tout le reste. Elle tenta de faire coïncider ces nouvelles données avec ce qu’elle savait déjà sur l’hôtel de Guise mais pour l’instant cela demeurait insuffisant. Très insuffisant. Et cette simple pensée la rendit un peu mal à l’aise. Elle faisait un plongeon dans le grand bain et le redoutait. Sans doute parce qu’elle n’avait jamais apprit à nager et que ce bain rougissait encore du sang de ceux n’ayant pas été à la hauteur. Un frisson nerveux la parcouru et elle sentit sa peau se hérissait. Elle espéra de toute ses forces que ni son futur patron ni Faustin ne l’avait remarquer. Cette idée acheva de la mettre mal à l’aise et elle glissa deux mains aux poings serrés dans ses poches.

La pièce dans laquelle ils se retrouvaient était déconcertante. Mel regarda avec stupéfaction toutes les armes entreposées et se demanda si les Lorraines n’avait pas juste décider de renouveler le concept d’armurerie. Mais très vite les épées furent oublier. Son guide de fortune alla s’appuyer contre un mur, pendant que son potentiel futur employeur prit ses aises contre une table, les bras croisés. Ce qui était une position déplaisant à Melechia étant donné que les mains lui apprenait toujours beaucoup de choses sur leur propriétaire.

Contrairement aux deux hommes elle ne savait pas trop quoi faire dans cette situation. Elle ne parvenait même pas à se rappeler ce qu’elle faisait là. Pas précisément. Pour la première fois depuis longtemps elle eut conscience de son corps. Il s’imposait à elle comme une masse énorme et encombrante. Elle ne savait pas quoi en faire alors que ses pieds reposait sur un tapis qui valait une fortune et qu’il lui semblait plus que jamais regrettable de ne pas avoir eut de formation préalable à cet entretien. Elle ne savait pas trop ou placer ses mains ou ses bras. Putain, elle ne savait pas ou se placer elle même pendant que le noble l’observait. Par défaut, elle l’observa aussi.

Ça changeait du Mi-Botte, il y avait pas à dire. Elle ne s’attarda pas sur les vêtements, il y avait un moment ou le luxe la dépassait un peu trop et rentrait simplement dans la catégorie écoeurant. Elle nota qu’il était plus musclé que ce qu’elle avait cru dans la cour. Et foutrement grand aussi, même sans les talons ridicule qu’il se sentait obligé de porter pour être sur de dominer son monde. Les cheveux bouclés la firent légèrement tiquer sans qu’elle ne sache pourquoi, c’était juste… étrange. Mais le fait le plus perturbant à propos du Lorrain était qu’il était beau. Pas besoin de plus de terme. Il était juste beau.  Finalement ce n’était pas le cas. Elle ne savait pas trop ce qui dans l’harmonie des traits permettait à l’homme de mériter le qualificatif mais c’était le cas. Elle eut un haussement d’épaule intérieur et revint à des considérations plus importante. Son attitude indiquait clairement la nonchalance et la territorialité. Il était chez lui et ça se sentait. Quoiqu’il devait être le genre de personne à se sentir à l’aise partout. Au vu de sa nervosité et de son incapacité à se sentir à sa place ici, Mel lui envia sa nonchalance presque autant que sa grande taille, ce qui n’était pas peu dire.

Leurs yeux se croisèrent. Instinctivement elle redressa le menton et bien plus par orgueil que par nécessité. C’était un réflexe et une nécessité, elle affrontait toujours le regard des gens. Bien plus que nécessaire. Mais alors même qu’elle se confrontait à deux yeux dans lesquels elle discernait une intelligence et une avidité incroyable, elle se sentit plus en paix. Sa nervosité avait disparue et son corps cessait d’être encombrant. Soutenir le regard du prince lui permettait de s’affirmer et elle se trouvait plus sereine que dans la vague attente ayant précédée l’entrevue et dans les jours de préparation.

L’interrogation indirecte ne la surprit pas, mais il y avait quelque chose de gênant dans cette façon de vérifier son identité sans s’adresser à elle directement. Même si il ne la quittait pas des yeux. Pas plus qu’elle ne cillait. Elle nota le sourire mais ne s’y fia pas. Il devait sourire de façon presque permanente cet homme là et si dans sa palette de sourire il n’avait pas choisit le plus intimidant, ce n’était certainement pas le plus sincère ou le plus gentil. Mais elle ne cherchait pas la gentillesse chez cet homme. D’ailleurs pour elle la gentillesse était une tare qui allait de pair avec une niaiserie sucrée à vomir.

Lorsque finalement il s’adressa directement à elle, elle s’interdit une inspiration plus longue que nécessaire ou le moindre signe de nervosité. Elle planta son regard directement dans le sien et commença à parler dès qu’il le lui demanda. Elle tenta de maitriser l’éclat de colère et de mauvaise foie qui avait brillé dans son regard quand il avait mit en doute ses capacités. Elle était douée. Ce n’était pas de la vantardise mais un fait. Et personne aurait put faire mieux qu’elle. Une voix raisonnable dans son esprit lui souffla quelques noms mais elle ne l'écouta pas. Et puis elle réussirait parfaitement la prochaine fois. Mais pour l’instant ce n’était pas ce qu’on voulait entendre.

Parler, lui avait appris son père, c’est dangereux. Il faut toujours maitrisé sa parole et prendre garde à ce que les mots qui sortent de ta bouche n’apporte pas plus de mal que de bien. Son père redoutait sa propre parole et ne répondait généralement que par monosyllabe. Melechia avait prit le contrepieds dans une posture puéril devenue sa signature. La plupart du temps ça lui réussissait. Certain jour, elle regrettait de ne pas pouvoir retenir ses mots plus longtemps et de ne pas avoir un verbe aussi maitrisé que le vieux.



- Par essence quand on vante, on…



Elle s’interrompit et reprit aussitôt. L’exercice se montrait décidément délicat. 



- Je ne suis pas sure que ça vous intéresse, donc… Mais je tiens à souligner que j’ignore ce qu’on vous a dit sur moi, monsieur.



Il fallait l’appeler monsieur ou autrement? Le nain avait rien dit à ce sujet et c’était le genre de détail qui vous froissait l’égo. Généralement ses employeurs ne lui posait pas autant de problème. Cette conversation était une vrai plaie.

- En bref, comme la seule chose que je sais c’est que j’ai reçue pour instruction d’être temporairement à votre pleine et entière disposition, monseigneur. Ce qui formulé comme ça est plutôt… bref… Outre ça je sais un tas de chose sur moi, patron. Je suis intelligente, fiable, loyale plus discrète que cette épreuve pourrait vous faire croire et c’est incroyablement dur d’énoncer ses qualités sans se vanter, monsieur le duc. Mais ça aussi on s’en fo… On s’en moque. Bref avec tout ça, je peux pas trop vous dire quel usage vous allez faire de moi, excellence. Et cette réponse est incroyablement peu constructive… Et… Il y a un truc que vous voulez savoir, mon prince? Je suis douée pour bloquer ma respiration aussi.

Ce que c’était dur de ne pas trop parler. Mais le problème ne se situait pas vraiment là. Le fait était que cet employeur le mettait encore plus mal à l’aise que le mi-botte, ce qui n’était pas peu dire. Elle ne parvenait pas à comprendre ce qui se jouait derrière les boucles et le sourire et ça la rendait nerveuse. Sans compter qu’elle avait employé tout les titres lui étant passer par la tête et qu’elle avait le vague sentiment que cette entrevue n’allait pas du tout.
avatar
....
Titre/Métier : furet, fléau humain
Billets envoyés : 185

Voir le profil de l'utilisateur

Dim 23 Nov - 21:36

    Malgré un égo qui lui faisait lever le menton à piquer les étoiles du bout du nez, elle faisait preuve d'une certaine maîtrise d'elle-même. Appréciable et de bon augure. En réponse il s'obligea à ne pas tiquer lui-même lorsqu'elle eut la prétention de deviner ce qui pouvait l'intéresser ou non. De toute évidence elle n'avait jamais reçu la moindre éducation et y pallier même un peu ici aurait été une perte de temps. Le masque ne se voilà donc pas d'une seule ride de contrariété et continua de sourire sereinement à la suite du discours qu'on lui servait. Mais ses yeux brillèrent fort et à plusieurs reprises : que ne lui offrait-elle là... S'en rendait-elle seulement compte ? "A votre pleine et entière disposition" c'était plus que ce qu'avait promis le nain. Et naturellement Lorraine retiendrait la version la plus à son avantage.
    Pour le reste, il y avait du bon et du mauvais. Elle semblait effectivement avoir la tête bien faite même si malheureusement pas encore assez remplie de certaines choses primordiales lorsqu'on se destinait à évoluer dans plusieurs eaux. Sous la mauvaise politesse dont elle essayait d'envelopper ses mots mal ordonnés, il y avait un caractère aussi. Un vrai personnage. Un qui semblait tenace et plutôt franc-jeu. Le jeune homme une fois encore se trouvait surpris : il s'était attendu à plus de sournoiserie de la part de quelqu'un qu'on qualifiait de "furet". Orgueilleuse aussi. Imaginative. Préférant tenter que se replier...
    La dernière phrase lui fit lever un sourcil amusé. Un instant il fut tenté, terriblement, diablement tenté de lui demandé de retenir sa respiration indéfiniment justement. Juste pour voir. Non si elle le ferait mais combien de temps. Jusqu'où était-elle capable d'aller pour ne pas se dédire ?
    Au lieu de quoi il choisit de ne faire mine de ne retenir que la liste sans logique de titres dont elle l'avait affublée.


    -Seigneur... Faustin dis à Livier de nous amener de quoi nous sustenter. Je mange ici. Et qu'on fasse savoir à ma tante que j'ai le regret de ne pas pouvoir l'accompagner pour le déjeuner. Je crains que tout ceci ne prenne plus de temps que je ne pensai.

    Et comme le vétéran s'absentait le court absent nécessaire pour trouver le valet naturellement de l'autre côté de la porte, le jeune homme poursuivit à l'adresse de son petit vis-à-vis.

    -J'ignore par quel miracle tu ne le sais pas encore, mais il est d'usage pour le commun de nous donner du "Monseigneur" à défaut de connaître le titre idoine.

    Il aurait été stupide de s'attendre à ce que le peuple saisisse les subtilités de l'Etiquette. Quant à en comprendre l'intérêt... Même parmi la noblesse, rares étaient ceux qui savaient réellement tirer à leur avantages cette grammaire particulière.

    -Si tu es aussi maligne que tu le dis, alors tu devrais tenter d'apprendre ces façons. Tu pourrais ainsi deviner comme Monsieur de Valençon méprise cordialement le sieur de Bachamp, nouvellement anobli au prix fort – il ne put s'empêcher de marquer l'information d'un plissement du nez dédaigneux : l'achat des titres, c'était là la vraie Décadence – et tout à fait ignorant des bonnes manières. Face à la courtoisie pourtant appuyée du premier face au second, et constatant cette curieuse et prudente hypocrisie, ta curiosité serait alors légitimement éveillée et quelques questions posées aux bonnes personnes t'apprendraient vite que l'un est fort en dette et que l'autre les comble... Le tout dans le plus grand secret.

    Et chacun sait l'intérêt qu'on a à connaître les secrets des autres. Mais ce n'était qu'un exemple parmi d'autres de ce que la connaissance des arcanes de la politesse aristocrate pouvait vous rapporter pour peu que vous soyez assez futé pour ne pas vous arrêter qu'à ses apparences de préciosité gratuite. Saurait-elle s'en rendre compte ? Il n'aurait pas bouder l'avantage d'avoir dans son jeu une gamine dans son genre capable de comprendre les subtilités langagières de ses nobles pairs. Car eux ne verraient en elle qu'un domestique. Lui-même devait admettre commettre la faute à répétition. Malgré des tentatives répétées de concentration pour deviner qui alentour aurait les oreilles plus alertes qu'un autre, il finissait toujours par se lasser de telles observations. Le commun, dans le cas des domestiques et de leurs innombrables livrées, était justement beaucoup trop commun.

    -Curieusement Valençon donne à Madame Bachamp le titre approprié., lâcha-t-il légèrement, comme une réflexion sans importance qui lui était venue par hasard aux lèvres.

    Oh oui elle n'était pas la seule à savoir noyer ses auditeurs par la parole. En comprendrait-elle l'ironie ? C'était une nouvelle perche, une nouvelle piste, un nouveau test. Une graine semée sans qu'on sache si elle donnerait jamais des fruits. On verrait bien.

    -Mais brisons-là ces détails. J'ai de l'ouvrage pour une garce intelligente comme toi, particulièrement si elle sait être discrète et tenir sa langue. Toi tu as fort à y gagner. Mais quant à la loyauté et la fiabilité que tu me vantes... ... Ta parole ne saurait suffire. Il va falloir faire tes preuves. Malheureusement ce genre de qualité ne s'éprouve que dans la difficulté...

    Lèverait-elle plus haut le menton face à ce "défi" ? Elle l'avait déjà bien haut, plus et elle risquait de s'y créer quelques maux de nuque qu'il serait plaisant de deviner.


    -Et d'autre part, Loyauté ne saurait être contrainte. Tu m'as été "offerte". Tu n'as pas eu le choix. Mais je te l'offre maintenant. Tu peux t'engager à faire preuve de la fidélité dont tu t'es targuée tout à l'heure : auquel cas attends-toi à des temps compliqués mais riches en récoltes. Ou bien tu peux admettre n'être à service que sous la contrainte. Nous trouverons bien à t'employer autrement. Ce sera moins dangereux pour toi. Moins lucratif aussi. A toi de choisir jeune furet.

    Rien moins qu'un marché en somme où l'on fixait le contrat, les enjeux, gains et pertes, avantages et pénalités. Bien entendu tout était induit, il n'y aurait rien de clair et encore moins de papier signé. Pour le jeune homme néanmoins, c'était inutile : elle s'engagerait avec sa réponse, qu'elle en soit conscient ou non, et il comptait bien qu'elle s'y tienne dès la minute qui suivrait.
    En dépit des apparences, les motivations premières ne tenaient pas du jeu capricieux. Les choses étaient on ne pouvait plus sérieuses. Il n'oubliait pas d'où elle venait ni dans quelles circonstances elle lui avait été servie. Encore moins en raison de quelle trahison. Ni pour quelle affaire. Ce n'était que les détails préparatoires d'une manœuvre plus large, mais celle-ci était trop cruciale pour qu'il ne s'y appliquât parfaitement.
    Et le mieux était encore que chacun alentour n'en fut pas conscient le moins du monde.



H.R.P. : c'est tout pourri je suis désolée Sad : mais vu mon retard je voulais poster malgré tout. J'espère que ça ira quand même sinon fais-le moi savoir.
avatar
Invité
Invité


Dim 30 Nov - 16:25

Le point positive de la chose était qu’il avait supporté avec plus ou moins de grâce son soliloque. Au moins il ne conclut pas ses propos par un coup de poing, lui. Mais Mel songea que si un jour il choisissait de frapper, ce serait bien plus douloureux et désagréable que les coups qu’on lui avait donné dans l’enceinte de l’hôtel de Guise, et potentiellement fatal. Le point négatif c’est qu’à part un bref éclair de contentement qu’elle avait cru deviner, Mel n’avait pas réussi à lire les expressions de son interlocuteur ou plutôt spectateur. Ce détail agaçant l’avait perturbé durant son discours. Généralement elle modulait ses propos en fonction de l’humeur et des réactions de son auditeur, quand elle redoutait l’auditoire, et là elle se trouvait bien en peine pour le faire. Ce qui était d’autant plus pénible que cet auditoire on ne souhaitait pas lui déplaire. Le Mi-Botte ne le lui pardonnerait pas. Mi-Botte qui se révélait généralement tout aussi impénétrable mais que Mel connaissait mieux ce qui le rendait finalement presque prévisible.

La demande concernant le repas la prit au dépourvu mais elle ne le montra pas. Son menton demeurerait lever malgré sa nuque qui finirait par devenir douloureuse et malgré les réactions des plus surprenantes de son interlocuteur. D’ailleurs? Elle allait vraiment devoir le regarder manger? Etait ce une version simplifiée du supplice de tantale? Sans compter qu’elle avait fait remarquablement court et concis pour sa présentation. Elle ne pouvait pas avoir tant ralenti le noble que ça. Alors qu’elle allait ouvrir la bouche pour le lui faire remarquer à sa façon, elle se dit que c’était probablement une mauvaise idée. Elle refermer donc les mâchoires promptement alors qu’il reprenait la parole.

L’anecdote la surprit. En toute naïveté, elle ne s’était jamais vraiment intéressée à la Cour ni aux usages qui y avaient lieu. Sans doute, la conviction enfantine qu’on lui fournirait les connaissances en temps voulu. Et voilà qu’elle découvrait que finalement au-delà des bijoux et des roues de paons vaniteux les nobles avaient leurs propres codes. Un fait, qu’elle avait toujours plus ou moins sût mais dont elle n’avait jamais perçu les conséquences. Que de perspectives tout à coup ! Et puis le « aussi maligne » ainsi que le tenter la vexèrent plus qu’elle ne l’aurait cru possible. Cette remise en question implicite de ses capacités se serait régler avec un nez brisé en temps normal.

L’explication fut dûment noté et Mel ouvrit la bouche pour répliquer, avant de la refermer sans prononcer la moindre insolence. Pourtant ses yeux se mirent à briller devant le reproche. Certes, elle reconnaissait une ignorance, une lacune même. Mais elle allait la combler ! Elle allait si bien la combler que même lui ne trouverait plus rien à reprocher à sa connaissance de l’étiquette. La vexation s’imprima furtivement sur le visage du furet alors que ses lèvres se pinçaient et que ses yeux brillaient plus fort autant à cause de l’orgueil meurtri qu’à cause du défi qu’elle venait de se lancer.

Parallèlement, elle songea que quand même le nain aurait pût la prévenir de ce genre de chose histoire de lui éviter un ridicule assez vexant. Et encore, elle n’avait pas eut le temps d’appeler le boss « sérénissime ». Ce qui ne serait sans doute pas très bien passé. Mais cette pensée fut balayée quand elle nota une nouvelle phrase qui fut lâché l’air de rien par son interlocuteur. Le genre de commentaire que l’on ne note pas forcément. Alors que ce sont les commentaires que l’on ne note pas qui donnent toutes leurs saveurs. Et Mel aimait suffisamment les choses savoureuses pour y prêter toute l’attention recquise. Un sourire amusé retroussa ses lèvres dévoilant des dents encore saines bien que très sales et creusant une fossette dans ces joues qui demeuraient désespérément rondes. Dès qu’elle se rendit compte de son laissé allé, elle se força à arborer de nouveau une expression sobre qui dissimulait aussi que sa tête commençait à peser lourd sur son cou et que l’immobilisme était assez fatiguant. La peste soit des trente centimètres de plus du lorrain.

Ne nous arrêtons pas sur le garce. Mel avait connu des qualificatifs bien pires et ne se vexerait pas pour si peu. Par contre, des difficultés allaient agréablement la changeait des commissions qu’elle accomplissait pour le nain, sans parler des disputes qu’elle arbitrait entre les putes. Bref, elle avait ouvert la bouche pour faire un commentaire sur la difficulté et la hâte qu’elle avait à l’idée de la surmonter quand elle comprit qu’il avait pas fini. Elle referma donc docilement la bouche.

Quand à sa loyauté… Cette question, cette offre même ouvrait sous les pieds du furet un abîme de réflexion dans lequel elle ne voulait pas prendre le risque de tomber mais qu’elle se devait de sonder avant de prononcer le moindre mot. Analyse d’autant plus difficile que le temps n’était guère à l’introspection et que malgré les affirmations du soldat, elle ne croyait guère en la patience de son employeur. On ne peut forcer la loyauté prétendait le noble, peut être pas… Sans doute pas, mais on pouvait assurément la forger et Mel en savait quelque chose. Car sa loyauté qu’elle avait vanté était peut être totale et à la limite de l’absurde mais elle n’était pas naturelle pour le furet. Le Ducatore avait passé 14 ans à la lui inculquer, pendant 14 ans elle n’avait été qu’un instrument que l’on forgeait pour une politique. Il lui avait apprit que chaque respiration qu’elle prenait, chaque mot qu’elle prononçait, chaque pas qu’elle faisait, elle les lui devait. Et de ce fait, il était en droit d’exiger n’importe quoi d’elle à commencer par une fidélité et une obéissance totale. Ce qu’elle lui avait donner de bon coeur encourageant un rapport aussi nocif qu’omniprésent. Un rapport la laissant sonnée à la mort de son père et qui aujourd’hui encore continuait d’influer sur son comportement.

Ce fut d’ailleurs un reliquat de cet enseignement qui guida sa première réaction. Un instant presque bestial faillit s’emparer d’elle. Un court moment, elle faillit imiter son animal totem, se hérissant, crachant et feulant ! Donner sa loyauté ! Quoi ? Comme ça? Hors de question ! Tout noble et prince qu’il était son employeur ne méritait pas sa loyauté ! Parce que les Ducatore ne sont loyaux qu’envers les Ducatore ! Elle devait mordre cette main tendue jusqu’au sang pour rappeler que sa fidélité ne se dirigeait pas vers lui. Elle devait s’enfuir avant qu’un collier d’asservissement ne vienne lui orner le cou et qu’elle s’en retrouve prisonnière.

Seulement… et là le bas blessait. La seule personne vers qui sa loyauté pouvait légitimement s’orienter était morte. Et de façon presque maladive Mel avait besoin de donner sa loyauté à quelqu’un. Les choses étaient ainsi faite. On l’avait dressé pour servir et obéir, avec orgueil, mais pour servir… Donc , peut être était ce plus simple de donner au bouclé ce qu’il souhaitait. Après tout c’était aussi ce qu’ Erwan voulait. C’était le paradoxe de la servitude chez les gens comme elle. On avait horreur du concept mais elle devenait si facilement nécessaire qu’on l’offrait volontairement.

Sauf qu’elle le savait, dans son cas, donner sa loyauté serait sans doute irréversible et elle ne tenait pas trop à s’engager sur cette route. Pas sans plus le connaitre. Et là, il attendait une réponse qu’elle se trouvait bien en peine de lui donner toute partagée qu’elle était entre des instincts contraires.

Pourtant elle n’avait rien perdu de son arrogance quand elle répondit parce que finalement elle mourrait d’envie de faire ses preuves et que les défis qu’on lui présentait l’attirait comme le brillant attire les pies.




- J’aurais pût me soustraire à la contrainte, je ne l’ai pas fait. Et je ne le fait pas plus maintenant. Je suis donc venue ici volontairement et non pas contrainte. Donc je suppose que vous n’aurez pas à me chercher de nouvelles taches, surtout pas plus ennuyeuses ou moins intéressantes. Alors je pense que je peux m’engager à démontrer les qualités que je vous ait énoncé précédemment, même la fidélité.



Elle eut un sourire en pensant aux difficultés futures, mais la fidélité fut un mot encore difficile à prononcer. Quelque chose d’amer qui finalement heurtait sa fierté et ce d’autant plus qu’elle doutait que tous mettent le même sens derrière ce mot.

Puis une pensée presqu’incongrue lui traversa l’esprit. Une réminiscence qu’elle ne s’expliquait pas franchit ses lèvres. Une question aussi sincère qu’inattendue fut prononcée sans un sourire et alors que son visage devenait étrangement neutre :

A propos, cet engagement il est synallagmatique?
avatar
....
Titre/Métier : furet, fléau humain
Billets envoyés : 185

Voir le profil de l'utilisateur

Ven 2 Jan - 23:04

  • S'il avait diablement apprécié la tirade qu'elle lui servit comme réponse, en revanche il goûta moins la question. Posée en toute innocence et sérieux et précisément d'une insolence extraordinaire pour cela. Il semblait évident que la fille se pensait pouvoir poser ses conditions au lieu de voir le cadeau qu'on lui offrait. Sans compter ce qu'une telle question impliquait alors même que Lorraine estimait avoir été suffisamment clair, autrement dit n'avoir aucune explication de plus à fournir.
    Il en grinça des dents sans perdre son sourire. Lequel néanmoins s'atténuant nettement, était devenu infiniment plus froid.
    Il ne releva pas le vocabulaire surprenant dans la bouche d'une gamine élevée dans les rues parisiennes et qu'il aurait été étonnant d'entendre même dans celle plus noble de sa tante. Le mot lui paraissait naturel à lui pour connaître bien trop les contrats et en pratiquer les subtilités depuis fort longtemps. Peut-être Lorraine aurait-il tout de même tiquer dessus si ses pensées n'étaient pas occupées à débattre d'un autre sujet.
    Son premier réflexe avait été de lui faire payer ce faux-pas. Et comme il ne pouvait se contenter de choses simples en la matière, il avait pris le temps d'y réfléchir : ce qui fut une bonne chose puisque cela lui permit de réfléchir tout court. Et puisqu'on y était, autant le faire bien et prendre son temps. Aussi, loin de rétorquer ou faire le moindre geste, le jeune homme s'enfonça-t-il dans un silence songeur tandis qu'il scrutait Melechia comme s'il venait soudainement de réaliser que la petite bête qu'on lui avait offerte avait des dents aiguisées et qu'il se demandait s'il valait mieux lui ôter ses crocs immédiatement, ou bien s'il était possible de lui apprendre à ne pas mordre.

    Dans un tel silence, il leur fut aisé d'entendre les domestiques arriver. Le toquement discret du valet à la porte sembla même faire teinter quelques-unes des lames exposées.


    -Entre Livier.

    Et Livier entra. Suivi immédiatement par une division de serviteurs qui réussirent l'exploit de recouvrir la table sur lequel s'appuyait toujours le prince sans avoir à lui demander de se déplacer ni pour autant faire le moindre faux plis, lesquels auraient de toute façon disparu sous le nombre de plats, des viandes et des sauces principalement, qu'on y plaçait. Livier regrettait de n'avoir pas pu faire mieux mais il avait deviné son maître pressé et dans le même temps peu enclin à être interrompu par l'amenée et le repli des différents mets. Il avait fallu trancher et choisir. Cela ressemblait affreusement à un repas de campagne mais il ne pouvait faire mieux compte tenu des circonstances. Pourvu qu'il n'ait rien oublié qui manquerait...
    Tandis qu'il surveillait du coin de l'œil le dressage de la table et l'amenée des plats, le valet porta un regard aigu sur le jeune garçon dépenaillé qui se trouvait là. Au vu du silence dangereux de son maître, Livier se sentit rassuré quant aux probabilités que ce traîne-patin eût le droit à une part des mets qu'il avait fait apporter dans l'urgence. C'était une des rares choses qu'il tentait de faire entrer dans la tête de son seigneur – en pure perte d'ailleurs - : il ne fallait pas donner le goût des trop bonnes choses aux petites gens, à moins qu'elles n'aient fait quelque chose d'exceptionnellement méritant. Autrement on leur donnait de mauvaises habitudes et pire encore de mauvaises idées. Certains se croyaient même le droit d'en reprendre ! Finir les plats dont leurs maîtres s'étaient repus étaient une chose mais il y avait des délices trop précieux et trop fins pour que le commun eût le droit d'y toucher et l'on prenait grand soin de les mettre à l'abri des mains indélicates avant de laisser le reste de la maisonnée finir ce que la tête avait commencé. Dont un certain nombre avait été tout naturellement amenés sur la table pour le bon plaisir du Chevalier de Lorraine.
    Livier jeta un regard d'avertissement au vétéran toujours adossé auprès de l'autre porte lequel lui répondit par un air d'innocente incompréhension. Qui y croirait ? Oh mais s'il apprenait que Faustin avait touché à ce qu'il ne devait pas, soldat ou pas – par la très sainte Vierge Marie ! - le vieux briscard allait le regretter !
    Après un moment extraordinairement court, encore que le valet estimât que du temps avait été perdu par la petite gourde chargée des sauces, les portes se refermèrent de nouveau. Le silence était le même qu'auparavant mais cette fois l'air était chargé de délicieux fumets auxquels le jeune homme fut suffisamment sensible pour se détourner de son observation silencieuse et entamer un impressionnant jambon au moyen d'un couteau laissé à cet effet. C'était de ces jambons dont les bouchers ornaient littéralement leurs étals et sur lesquels ils veillaient pourtant jalousement : qu'un voleur osât se risquer à en chiper un et il risquait d'y perdre plus que sa main. Pas simplement salés, mais également soigneusement épicés et gorgés de quelques sauces fines dont chaque maison gardait jalousement sa propre recette la peau de ces œuvres gastronomiques en était devenue une croûte qui valait d'être croquée pour elle-même. Quant à la viande elle-même, tendre et ferme, une bouchée n'aurait pas suffi à en déterminer toutes les saveurs.
    Pourtant Lorraine en découpait ses morceaux sans façon, les piquant ensuite du couteau pour les plonger dans des mayonnaises, moutardes et autres sauces comme s'il testait les assaisonnements plutôt qu'il n'appréciait la viande pour elle-même.

    Finalement, après un long moment durant lequel il avait eu le temps de faire un sort à une jolie part du jambon et de s'en rincer la bouche de deux gorgées de vin finement appréciées à s'en pourlécher discrètement les lèvres, il retrouva le regard de la fille et reprit la parole. Toute froideur semblait s'être diluée avec le début du repas, mais le ton restait sec.


    -J'ai déjà répondu à ta question, et tu le sais parfaitement pour m'avoir entendu, compris et avoir bien retenu chacun de mes mots, en excellent attentif furet que tu es et si vivement recommandé à moi. D'autre part, il est d'usage lorsqu'on s'adresse à une personne de noble lignée de demander l'autorisation de poser une question avant de l'exprimer. Tu sembles ignorante des convenances, alors j'oublierai cette impertinence pour cette fois. Tu vois : patience et tempérance répondent à la bonne volonté. Rien n'est jamais gratuit ici-bas mais je ne suis ni ingrat ni pingre non plus.

    Achevant sa réponse sur une note plus espiègle, Lorraine s'essuya les lèvres d'une serviette plus par habitude que par nécessité avant de lâcher, en toute légèreté cette fois :

    -J'en ai fini avec ce plat.

    Et du bout des doigts le jeune homme repoussa négligemment le plat vers l'autre bord de la table et avec une dextérité habituée, entreprit de découper le coquelet encore fumant – exhalant de fait un arôme agréablement gras, la peau dorée et craquante cachant le travail d'une fine couche d'herbes aromatiques qu'on avait glissée dessous avec une délicatesse d'artiste –, ignorant avec superbe les petits pois que le roi était connu pour aimer. Ayant placé dans l'assiette la part qui lui semblait convenir, il l'assaisonna de la sauce chaude et odorante qui avait été apportée avec le reste. Tout cela fait avec cette naturelle décontraction, sans manière, que seuls arboraient les aristocrates élevés dans la proximité des soldats. Ils en partageaient la manière franche et directe de se servir sans cérémonial. Tandis qu'ils retrouvaient les usages de leurs pairs nobles dans le goût de la bonne chair, le dédain de ce qui ne flattaient pas le palais et des bouchées et gorgées savourées plutôt qu'engouffrées comme font ceux qui ont connu la faim.
    Alors qu'il procédait à son propre service, Lorraine poursuivait nonchalamment sa conversation, tandis que Faustin, sortant son propre couteau, découpait à son tour deux belles tranches de jambon et deux autres de pain. Il les beurra copieusement avec un plaisir gourmand et secret – en cuisine, comme partout d'ailleurs, on ne l'aurait jamais laissé se servir de ce beurre normand, frais et salé, sûrement fait le matin-même ; mais dans la seule intimité du Prince, c'était un luxe qu'il pouvait se permettre et dont le dit-prince ne se rendait probablement même pas compte – avant de donner sa part à Melechia.


    -Puisque tu t'es engagée à me servir loyalement, poursuivit-donc le chevalier de Lorraine sur la même note de nouveau légère, tu as en retour ma protection et le pain et l'eau te sont offerts. Le reste il te faudra le gagner. Inutile d'assombrir les auspices de notre première rencontre par l'évocation des conséquences d'une trahison je crois. Je préférerais t'entendre me narrer tes derniers exploits. Tu es bien jeune. Et tu es une fille. Pourtant on vante déjà tes mérites : je brûle de savoir pourquoi. Ah et j'aimerais assez savoir dans quel bordel tu as ton gîte. Raconte.

    Naturellement, ce "raconte" tomba tout juste au moment où Faustin remettait à la jeune fille sa part. Qu'on le croie ou non, ce fut un pur hasard.
    Les yeux et les oreilles de nouveau attentifs à sa nouvelle recrue et à la curiosité qu'elle lui inspirait, Lorraine, quant à lui, mordit avec une délicatesse carnassière dans un appétissant pilon.
avatar
Invité
Invité


Mar 27 Jan - 23:07

HRP : Attention RP scandaleusement long et écrit en beaucoup de fois, donc j'espère qu'il reste cohérent. (Et j'avais très faim donc on sent peut être une légère frustration)

Sa question souffla le sourire de son employeur comme la flamme d’une bougie. Ses lèvres demeurèrent écartés comme le rougeoiement s’attarde après que la mèche se soit éteinte mais quelque chose changea du tout au tout et derrière la fumée du sourire on percevait quelque chose d’infiniment plus froids que ce que Melechia avait perçu avant. Avec un sourire pareil on comprenait mieux qu’il ait fourni du travail à Erwan.

Mel entendit les derniers mots qu’elle avait prononcé et fut a peu près aussi glacé que le sourire du bouclé. Sauf qu’elle ne fut pas glacée de colère mais d’effroi. Il y avait des jours où elle se disait que son père aurait dût la taper plus fort pour lui apprendre à fermer sa gueule et à ne pas avoir le dernier mots. À défaut de la corriger convenablement, il aurait au moins pût ne pas lui bourrer le crâne avec des mots savants que personne ne comprenait. Pire de mots savants qui vexaient les rares personnes le comprenant. Décidément le Ducatore avait peut être été un grand truand mais il avait échoué sur un ou deux poins éducationnels. Et il allait de soit qu’elle tenait se raisonnement parce qu’elle ne pouvait pas être objectivement responsable de la connerie qu’elle venait de sortir.

Il ne fallait surtout pas qu’Erwan apprenne qu’elle avait dit ça. Le nain ne le lui pardonnerait pas. Absolument pas, il allait se montrer incroyablement imaginatif pour se venger. La seule bonne nouvelle c’est qu’au vu de l’expression de celui qui avait été son potentiel nouvel employeur, peut être que le faussaire n’aurait pas l’occasion de se venger. Ce qui pouvait à première vu sembler être une bonne chose.

Bien que consciente d’avoir dit une connerie insolente et désireuse de disparaitre très loin, Mel prit sur elle et refusa de montrer son trouble. Aussi son menton s’avança un peu plus en se relevant, ce qu’elle n’aurait jamais cru possible, et ses lèvres gardèrent un sourire qui devint par contre nettement plus tremblotant un peu comme ses jambes d’ailleurs. Mais hors de question de faire marche arrière, de s’excuser, de se dédire et tout autre synonyme. Le mal était fait et elle l’assumerait jusqu’au bout ou jusqu’à ce que ça devienne douloureux.

Elle ne fut jamais aussi heureuse d’entendre frapper à la porte et de voir le noble être distrait. Et surtout de le voir détourner le regard, parce qu’il devenait foutrement intimidant quand il la fixait ainsi. Un homme pincé fit son entrée. Il semblait souffrir de raideur musculaire tant il se tenait droit et crispé. Elle en avait mal pour lui, totalement convaincue que respirer devait être douloureux pour cet homme sévère. Il se tourna vers elle et l’observa brièvement, ouvertement désapprobateur et se raidissant encore plus, ce qui était un exploit du genre. Elle répondit à son coup d’oeil aigri et suspicieux par un sourire éblouissant qui avait définitivement perdu son tremblement. La provocation semblait infiniment plus facile qu’assumer son faux pas. Donc elle aimait cet homme incroyablement arrogant qui lui fournissait une échappée royale. Le sentiment ne semblait pas particulièrement réciproque cependant.

Elle se détourna pour observer le ballet de serviteurs. Sans doute les parfums de nourritures l’attiraient mais l’évolution de ce groupe de domestique la fascinait plus que tout. Presque plus que la nourriture, ce qui signifiait beaucoup de chose. Un lézard savait se comportait en domestique, c’était la base. Elle reconnaissait les mouvements qu’elle pratiquait toujours par mimétisme. Le dos droit mais la nuque offerte, le regard alerte et baissé, les pas mesurés et silencieux. Chaque petit détail était analysé et mémorisés. La façon dont on tenait les plats ou dont on faisait un détour pour ne pas trop s’approcher du maitre des lieux. C’était fascinant. Et ce qui l’était encore plus s’était la façon dont ils bougeaient les uns par rapports aux autres. Ils se regardaient à peine, n’échangeaient jamais le moindre regard et pourtant semblait mût par la même volonté et envahissait la pièce avec une certaine harmonie. Un corps de domestique ressemblait à l’idée qu’elle se faisait d’un corps de danse (elle n’en avait jamais vu en vrai mais on lui en avait parlé). Et comme une fausse note ou un vieux boiteux gouteux, une petite gourdiche gâchait toute la chorégraphie. Une débutante sans le moindre doute. Elle tenait les sauces à bout de bras, et des bras bien trop raides. Ses doigts n’étaient pas assez écartés sous la porcelaine et cela faisait trembler les plats. Elle était gauche et manqua de rentrer dans la fille portant le jambon et qui elle connaissait son travail. Et en plus, ça ne savait même pas où on posait les sauces sur une table. On avait pas idée d’être si empoté. Même Mel aurait put mieux faire. Enfin peut être pas. Mais elle n’essayait pas des choses en dehors de sa compétence. Enfin pas actuellement. En plus l’emplacement de la sauce était évident, c’était le seul endroit où il restait de la place. On avait pas idée d’être stupide, maladroite et aveugle. Elle finit par surmonter son incapacité à faire son travail convenablement et le repas fut prêt, les domestiques se retirèrent et ils furent de nouveau trois. Avec de la nourriture cette fois. Et quelle nourriture !

Maintenant qu’elle n’était plus distraite par la chorégraphie des serviteurs, Melechia n’avait rien de mieux à faire qu’observer le repas que l’on avait déposé ou les repas. Elle refusait de croire qu’une personne seule puisse manger autant de chose en une seule fois. Quoique si le goût était à la hauteur du fumet, elle voulait bien essayer de le faire sans mourir d’indigestion. Ces viandes que l’on savait fondantes sous la langue lui faisait de l’oeil avec une indécence affriolante. Elle les fixait avec de grands en cherchant à mémoriser le moindre détails. Comme cette volaille à la eau dorée et caramélisé que l’on devinait légèrement craquante et rendu encore plus appétissante par le contraste avec le plat, propre, sur laquelle elle trônait. Et le jambon que l’on découpait encore négligemment dévoilait une chair rose. D’un rose véritablement alléchant qui se dévoilait à mesure que l’acier le tranchait. Elle manqua de se passer la langue sur les lèvres et il lui fallu un gros effort sur elle même pour retrouver une attitude professionnel et arrêter de fixer le festin qui la narguait. Effort professionnel qui ne fut absolument pas récompenser étant donné que le noble semblait en avoir marre de la foudroyer du regard et mangeait sans lui prêter la moindre attention. Et manger ainsi un jambon, qui semblait sortit de la cuisse du jupiter des cochons, était une insulte à la gastronomie. Était-ce là la punition de Lorraine? Il allait manger sans considération pour les mets juste pour la narguer alors qu’elle mourrait de faim? C’était remarquablement bien trouvé et particulièrement efficace. 

Il possédait un certain talent oratoire, on devait le lui reconnaitre. Car dans sa bouche des mots qui auraient dût sonner comme des compliments tombaient comme des insultes sèches et vexantes. Sous les accents aristocratiques et calmes de sa diction on sentait un agacement qui n’était pas feint. Elle supporta la remontrance sans ciller, sans ajouter un mot que ce soit pour se défendre ou s’excuser et en regardant droit devant elle. Autant parce que cette attitude semblait presque digne que parce que comme ça elle ne voyait pas directement l’aristocrate manger sans façon un jambon qui lui faisait de l’oeil depuis le début. Ayant conscience qu’elle avait enfin franchi la ligne rouge et d’une certaine façon satisfaite par la connaissance des limites elle ne répondit pas. Alors même que la façon dont on s’acharnait à souligner son ignorance se révélait vexante, en plus théoriquement elle le savait elle l’avait juste oublié. De plus poser une question pour avoir le droit de poser une question était débile. Enfin Pia prétendait qu’il n’y avait pas plus illogique et bêtement conditionné par les codes de conduites que les nobles. Chose qu’elle ferait mieux de ne pas souligner.

Mel le vit passer à un autre plat et se demanda furtivement ce que l’on allait faire des restes. L’autre pensée stupide qui lui vint fut que rester aussi mince en mangeant autant, car l’homme ne semblait qu’au début d’un repas considérable. Et ce repas ne l’empêchait pas de continuer à lui parler comme s’il ne pouvait pas savourer en silence des mets qui méritaient une consécration religieuse. Comme il l’avait promit, en soulignant ses qualités à lui et ses défauts à elle, il ne poursuivit pas ses remontrances mais exigea un peu plus de la bonne volonté qu’elle mettait en oeuvre depuis le début de l’entretien. Lui promettre du pain et de l’eau alors que l’on s’empiffrait sans fin c’était quand même très pingre, quoi qu’il en dise.


« On vante déjà tes mérites »? Vraiment? Parce que « on » passait son temps à l’exploiter et à lui confier des taches ingrates. « On » se plaignait toujours qu’elle coûtait trop cher pour ce qu’elle faisait, alors qu’elle était payée une misère. « On » lui expliquait qu’elle ne valait pas le temps qu’ »on » perdait en l’écoutant palabrer. « On » soulignait toujours que Machin travaillait mieux et que Bidule se montrait plus professionnel. Chose qu’elle n’avait jamais cru mais quand même. Il allait falloir qu’ »on » ait une petite discussion avec elle.

Des exploits, elle avait accompli des exploits elle? Des vrais pas ceux qu’elle racontait aux putes pour les faire rêver, première nouvelle. Visiblement, son employeur avait une sacré imagination et une tendance à l’exagération pas uniquement dans le domaine culinaire.

Elle ne comprit pas tout de suite que la tartine était pour elle et s’en empara avec un temps de retard. Presque malgré elle, Melechia eut un sourire éclatant pour le vétéran puis elle se reprit et le força à disparaitre pour faire apparaitre une mine blasée. Comme si on la nourrissait tout les jours, avec des jambons de luxe s’il vous plait. N’empêche qu’elle n’attendit pas qu’il s’éloigne pour mordre dedans, des fois qu’il change d’avis. Ce qui était une très mauvaise idée, une pire que le synallagmatique. Une très très mauvaise idée. Parce qu’alors qu’elle avait la bouche remplie par un morceau de pain d’une taille effarante on choisit de lui rendre la parole. Ou pour être plus précis d’exiger qu’elle réponde à plusieurs question. Elle pouvait choisir de l’ignorer le temps de mâcher consciencieusement la pitance durement gagné. Ce qui était une idée exécrable. Elle pouvait lui répondre tout de suite en lui postillonnant des morceaux de pains en la figure, ce qui ne semblait pas vraiment être un plan beaucoup plus brillant.

Le furet opta donc pour la troisième option et elle se força à avaler tout sac ce qu’elle avait croqué, en priant pour ne pas bêtement périr étouffer.

« Je suis encore en vie » croassa-t-elle en guise d’introduction à la réponse. Ce qui était un prélude relativement triste et particulièrement douloureux, tellement qu’elle sentit ses yeux s’humidifier. En plus elle n’était pas bien sûre d’être compréhensible mais elle avait répondu de suite.

Je suis encore en vie et même j’ai jamais été battue à mort. Ce qui est un exploit. Et vous l’avez souligné je suis une fille. Maintenant que vous le dites, je réalise que j’ai jamais été violée non plus. On peut également considéré ça comme un exploit, sous un certain point de vue. Je pense qu’en réalité on se base plus sur mon potentiel que sur ce que j’ai réellement accompli. 14 ans c’est relativement court comme délai. Surtout que je ne pouvais pas faire grand chose pendant les quatre ou cinq première années. Après j’ai fait les trucs habituels de lézards, en mieux, parce que j’ai un meilleurs pedigree que les minables habituels qui croient qu’exercer cette profession c’est juste se glisser dans la foule. Moi j’ai reçu une vrai formation auprès du Ducatore. En fait je lui ait sauvé la vie quand j’avais huit heures, c’est un exploit? Donc après il a accepté de pas me tuer et de me nourrir et de me dresser. Donc j’ai fait les trucs normaux, me travestir, me faire passer pour un domestique, voler des marchands, suivre des gens, m’introduire chez des nobles comme page ou aide-cuisine, faire le guet. Mais je le fait mieux que les autres. Beaucoup mieux. Après ce sont pas des exploits dont on parle parce que si on parle de quelqu’un qui fait mon travail c’est qu’il le fait mal. Voilà, quoi. Je gère hyper bien les putes aussi alors qu’elles sont chiantes par nature mais ça a pas grand chose à voir, je crois. Ah et je paye un loyer abominable et suis scandaleusement exploité à la tache dans le bordel de La Louison. Vous vouliez un exploit spécifique ou? Je suis très doué pour en inventer vous savez.



Elle même n’était pas du tout convaincue par sa tirade mais elle avait plus ou moins répondu à la question.
avatar
....
Titre/Métier : furet, fléau humain
Billets envoyés : 185

Voir le profil de l'utilisateur


Contenu sponsorisé

Période d'essai // ft Lorraine

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Une pauvre petite SDF en Lorraine
» [Mercenaires] Premier essai de liste
» Premier véritable essai couture à la main.
» SOS POUR SPA DE LORRAINE BESOIN DE DONS DIFFUSEZ SVP
» [UploadHero] Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine [DVDRiP]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vexilla Regis :: Le grand divertissement :: Anciens Rp-