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 La Cour un soir d'été [privé - Louis Victor de Mortemar]


Sam 30 Aoû - 12:49

Le soleil commençait à décliner et c'est cet instant qu'Olympe avait choisi pour sortir de ses appartements. Dans sa tête, les grincements de clavecin supportés durant des heures continuaient de se faire entendre et ses dents demeuraient serrées. Il lui paierait, oui ! Cela ne faisait aucun doute ! Ce supplice ne resterait pas impuni et déjà la dame cherchait ce qu'elle pourrait infliger en retour à son époux. La nuit portait conseil, elle espérait que la lune soit dans un croissant inspiré.

Ce soir, la fraîcheur ne tomberait pas. La journée avait été des plus étouffantes et la canicule semblait refuser tout répit à la Terre. Les courtisans cherchaient l'ombre dans les jardins et semblaient apprécier de converser près des fontaines, Olympe quant à elle préféra un coin de cour intérieure pour s'éventer et lire les derniers courriers que les précepteurs de ses enfants lui envoyaient. Tous ses enfants nés étaient encore vivants, elle n'avait de cesse de se vanter et de répéter qu'elle était un ventre parfait pour soutenir la descendance de son époux. Ce qu'ils devenaient, cela l'intéressait guère, elle tenait juste à ce qu'ils soient robustes et en bonne santé. La Mancini était une bien piètre mère, rendre visite à ses enfants était pour elle une corvée qu'elle s'infligeait le moins souvent possible, avoir quelques nouvelles à l'occasion par courrier était bien suffisant.

Délicatement, elle replia les vélins et se releva du banc de pierre qu'elle avait emprunté. Elle fit quelques pas et prit une grande inspiration. Elle n'aimait guère les chaleurs et espérait que la saison soit bientôt plus vivable. Quand on portait toute l'année une quantité impressionnante de tissus, froufrous, volants et apparats en tous genres sur soi on languissait le froid de l'hiver. Olympe ouvrit son éventail et le remua devant son nez, c'est là qu'elle vit qu'elle n'était pas seule dans la cour, abstraction faite bien entendu des gardes Suisses qui étaient présents partout, tout le temps. Ainsi donc, elle n'était pas la seule à éviter les jardins et les bourdonnements d'insecte allant avec ?

La Mancini pensa rebrousser chemin et regagner ses appartements comme si de rien n'était, mais la curiosité prit le dessus. Elle s'approcha de l'ombre que le soleil étirait sur les pavés et petit à petit elle reconnut la silhouette d'un Mortemart, plus précisément de ce Louis Victor dont on clamait d'un côté à l'autre de la cour ses mœurs légères. Loin de s'en méprendre et amusée par la niaiserie de ces dames, Olympe finit par s'approcher du duc. Il ne devait pas être de ceux que le soleil effrayait et les poudres ne suffisaient pas à cacher les morsures que l'astre avait multiplié sur sa peau. La Mancini quant à elle tenait à garder son grain de peau hyalin, le contraste entre les deux personnes était frappant et quand elle arriva à la hauteur du Mortemart Olympe esquissa une légère révérence, ce qui fit bruisser les tissus de sa toilette rouge et or.

Aucun mot ne fut prononcé à la suite de ce geste, la dame se contentait de fixer l'homme de ses grands yeux bleus. Malgré ses trente ans, il gardait un visage angélique et ressemblait à s'y méprendre à un enfant.

Olympe s'éventa à nouveau et esquissa un léger sourire. Peut-être que la conversation qui allait suivre cette rencontre serait plus intéressante que le concert virginal de l'après midi... Oui, peut-être mais pas certain.
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Sam 30 Aoû - 14:34

La journée avait été des plus mondaines, Vivonne accomplissant son devoir auprès du Roi. Ses obligations étant terminées, Vivonne décida de profiter des jardins. Ni Paris ni ses missions en mer lui permettaient un tel loisir, et il désirait donc profiter du calme, des senteurs florales. Cependant Les jardins étaient emplis de courtisans cherchant l’ombre. Quel malheur ! Mais puisqu’ils étaient tous autour des fontaines, il se dirigea vers la cour intérieure, afin de profiter e la tranquillité. Après tout, il n’était pas à terre depuis suffisamment longtemps pour que le clapotis de l’eau ne lui manque.

Enfin seul, il huma les fleurs tout en profitant du soleil rasant. Oh ! Certes le teint halé qu’il gagnait en mer n’était pas forcément le teint le plus à la mode et les poudres avaient bien du mal à le cacher mais, en même temps, le Duc y prenait goût a l’ensoleillement et, finalement, c’était en général ce qui lui manquait en premier lorsqu’il était à terre. Mais pour l’instant, la météo parisienne était relativement clémente, l’été arrivait, et il n’en ressentait donc pas encore le manque.

Surpris, il entendit quelques pas approcher. Légers, ce devait être ceux d’une dame ou d’un adolescent. Se retourna, il constata qu’il s’agissait d’Olympe Mancini. Aussitôt il offrit un sourire charmeur, par réflexe, alors qu’elle le saluait d’une légère révérence. La peau pale et le regard bleu formaient un mélange que le Duc trouvait des plus charmants.

« Dame Mancini. »

La salua-t-il, effectuant un parfais baise main alors qu’elle souriait légèrement, s’éventant.

« Que me vaut le plaisir de votre compagnie ? Vous désirez faire quelques pas à mes côtés ou préférez vous que nous nous asseyons ?»

Questionna-t-il d’un ton poli. La politesse était la base de la relation entre Mancini et Vivonne. Ils n’avaient que rarement été seuls comme en cet instant. N’était-ce point d’ailleurs la première fois qu’ils étaient absolument seuls ? Quoiqu’il en soit, Vivonne comptait saisir l’occasion pour faire mieux connaissance de la belle italienne, légèrement plus jeune que lui.
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Sam 30 Aoû - 16:38

Ce regard, ce sourire, ce comportement... Toujours le même. Si les courtisans aimaient courtiser, il n'en aimaient pas moins être courtisés à leur tour, d'ailleurs la cour n'était qu'un jeu de jambes permanent trop bien caché sous d'amples toilettes surfaites. Olympe n'aimait que peu les contacts physiques et chaque baise main faisait serrer ses dents sous ses joues. Par chance, un vrai baise main ne souffrait pas que les lèvres soient en contact avec sa peau et chaque homme à la cour avait assez d'éducation pour le savoir.

-Monsieur le Duc de Vivonne.

Le sourire de la dame était léger, flottant presque sur ses lèvres peintes.

-Le hasard est le seul fait de ma compagnie, l'étiquette la raison pour laquelle je vous ai salué.

Le sourire d'Olympe se fit soudainement narquois et ses grands yeux bleus surveillaient la réaction de son interlocuteur en coin. Ce qu'elle ne dirait pas, c'est qu'elle se serait dérobée sans bruit si sa présence lui avait été néfaste, sans doute s'en serait-il douté.

-J'accepte de faire en votre compagnie quelques pas. Ma journée a été des plus calmes et je ne souffrirai pas de rester assise davantage. Cependant, de grâce, épargnez-moi les jardins, je ne voudrais pas à mon tour ressembler à une mouche cherchant quelques vaines fraîcheurs.

Surtout, elle ne voyait pas l'intérêt de s'afficher dans les jardins en-dehors des heures de promenade royale. Quand Sa Majesté s'affichait, elle faisait en sorte d'être présente, en dehors de ces temps elle préférait œuvrer dans l'ombre et restreindre ses apparitions publiques. Préparer sa toilette du lendemain, jouer son rôle de surintendante de la maison de la Reine ou souffrir de son rôle d'épouse lui prenaient un temps qu'elle jugeait "infini", elle n'était pas de celles qui soupiraient d'ennui ou d'oisiveté.

-La cour ne doit pas vous changer des galères Monsieur le Duc, la seule différence est qu'ici nous ramons sans souffrir des coups de fouet.

La cour était en effet une galère dans laquelle il fallait voguer sans jamais se sentir mal, au risque de passer par-dessus bord. Délicatement, Olympe ouvrit son ombrelle et commença ses premiers pas tout en gardant avec l'homme une distance suffisante. L'italienne ne se compromettait avec personne et depuis son mariage sa réputation était intacte, elle faisait tout pour que cela ne change en rien.

-Il est rare de vous voir à la cour, d'ailleurs votre présence fait rosir bien des joues. Pour ma part, j'aimerai beaucoup partager en votre présence la même table de jeu, je crois que nous partageons le même plaisir des cartes.

Un nouveau sourire narquois traversa le visage de la Mancini.

-D'ailleurs, n'ayez crainte, je ne vous retiendrai pas longtemps. Je gage que vous avez bien mieux à faire que de perdre votre précieux temps en ma compagnie.

L'ombrelle rouge et or, assortie à sa toilette, laissait sur ses anglaises une lueur rougeoyante. Pour peu, on aurait dit l'auréole de la sainteté, celle qui ferait croire au commun des mortels qu'on était l'image de la sagesse et de la pureté.
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Sam 30 Aoû - 19:28

Olympe répondit au sourire de Vivonne mais c’était un sourire qui se voulait plus poli que charmeur et la Dame Mancini expliqua alors que Vivonne devait sa présence au hasard et à l’étiquette. Vivonne ne commenta pas mais se doutait que si elle l’avait voulu, elle aurait pu partir sans bruit. Sauf que ce n’était pas ce qu’elle désirait, elle était certainement aussi curieuse à propos de lui qu’il l’était à propos d’elle. Le sourire narquois et le regard qui recherchaient une réaction montrait bien à Vivonne qu’Olympe ne disait pas le fond de sa pensée. Mais soit :

« Et bien je loue ceux qui ont mis en place l’étiquette si cela me permet de savourer votre compagnie. »

Déclara-t-il d’un ton doux dans lequel transpirait la lucidité. Et puisqu’Olympe acceptait de faire quelques pas, il lui offrit son bras comme le voulait la galanterie.

« Vous êtes fort loin de ressembler à une mouche, rassurez vous. Désirez vous que nos pas nous mènent quelque part ? »

La discussion était un petit peu formel, mais Vivonne se demandait quel était le genre de séduction qui marchait sur Olympe. Il était évident qu’elle n’était pas la première donzelle venue. Il sourit en entendant parler des galères et du fouet :

« Oh vous savez, je suis à la tête d’un vaisseau de ligne, pas d’une galère, la cour offre donc une expérience très différente. Quand au fouet que nous utilisons comme mesure disciplinaire… Encore heureux qu’il n’est point usé à la cour car se serait une tragédie de voir une peau comme la votre agressée par la morsure du cuir. »

Olympe ouvrit alors son ombrelle tout en faisant quelques pas. Il la suivit, tout en remarquant la distance entre eux, afin que tout observateur n’ai aucun doute sur le fait que leur relation n’était pas plus qu’amicale… Chose qui restait à prouver soit dit en passant. Et la Dame Mancini changea de conversation, parlant des tables de jeux et d’un plaisir qu’ils partageaient. Ce sourire narquois éveillait un sentiment contradictoire dans le Duc, lui donnant simultanément l’envie d’effacer ce sourire narquois d’une gifle et d’un baiser… Surtout d’un baiser d’ailleurs.


« Certes je ne suis pas toujours à la Cour, mais je sert plus efficacement notre Roi en maniant l’épée et en défendant nos côtes qu’en restant à la Cour, même si celle-ci offre bien des plaisirs, que ce soit les joues roses ou les tables de jeux. »

Il offrit un sourire amusé en réponse au sourire narquois. Il savait très bien l’effet qu’il faisait aux femmes et la réputation qui le suivait. Jouant les saintes avec son auréole du soleil couchant, Olympe lui proposa de le laisser partir rejoindre plus sérieuse occupation. Cela fit rire le Duc qui répondit aussitôt :

« Mais je ne gaspille point mon temps en faisant la connaissance d’une femme à l’esprit aiguisé. Est-ce vous qui craignez manquer une occupation ? Parce qu’autrement, je serais ravis de partager avec vous le plaisir de quelques parties de carte. »

Vivonne saurait-il se contenter de parties de carte avec Olympe ? Pas certain mais sait-on jamais ? Le Duc était plein de surprises.
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Dim 31 Aoû - 17:57

La Mancini fit tourner son ombrelle, dans un geste distrait qu'elle adoptait de temps à autre quand elle ne savait que faire de ses mains. Elle fit mine de ne pas voir que le duc lui proposait son bras, aucune étiquette ne l'obligeait de l'accepter. Si l'homme n'était pas précédé -et succédé d'ailleurs- de sa réputation de Dom Juan, cela aurait pu être autrement. Malheureusement, ce n'étaient pas pour les joues roses qu'elle avait eu envie ce soir de se rapprocher du Vivonne, d'ailleurs rares étaient les occasions qui avaient su faire rougir la dame, surtout ces dernières années.

-Nos pas pourraient bien nous mener aux tables de jeu justement, à la condition bien entendu que la salle soit quelque peu aérée... Sinon je vous y donnerai rendez-vous plus tard dans la nuit...

Volontairement, Olympe laissa sa phrase en suspens quelques secondes avant de sourire en coin:

-Je suis certaine que mon époux serait ravi de se joindre à nous, il travaille beaucoup trop et un peu de distraction ne pourrait pas lui nuire.

La rousse s'arrêta et se mit face au duc, regardant avec amusement son air juvénile et innocent. Même s'il était son aîné, la Mancini n'avait de cesse de le comparer à un enfant. Comment le blâmer de satisfaire les envies des demoiselles trop vite émoustillées par un si joli minois ? Loin de penser qu'il tenterait un jour de la courtiser à son tour, elle prenait ces quelques pas comme une invitation aux cartes et une démonstration de respect réciproque avant tout. Tomber du lit du Roi à celui d'un autre courtisan autre que son époux serait de toute façon une chute à laquelle elle ne saurait se remettre.

-Vous avez dû voir, lors de vos expéditions, des choses extraordinaires. Nous avons tous, à la cour, entendu les mésaventures de l'expédition de Djidjelli. Je ne vous demanderai pas d'en faire le pénible récit, je ne m'amuse que peu des défaites de Sa Majesté mais dites-moi... Avez-vous eu la chance d'entrevoir le désert ?

Les dunes, le sable, le soleil brûlant et les hommes du démon affublés de turbans et de sabres gigantesques avaient toujours nourri l'esprit fantasque de la jeune femme. Tout ce qui était en dehors de l'Europe et de sa culture était pour Olympe sanguinaire et dangereux. Au-delà de la Méditerranée, les hommes n'en étaient pas, les plus civilisés pouvaient encore faire office d'esclaves, les autres étaient tout juste bons à orner les cages et mourir terrés au fond d'un trou comme des animaux. Cette pensée n'est certes pas très charitable, mais c'était là la pensée de la grande majorité de la cour.

-Je pense qu'il faut avoir du courage pour s'aventurer dans de tels endroits... Les récits de guerre, d'alliances, de conquêtes ou de stratégies m'intéressent guère... Mais savoir à quoi ressemble notre monde, qui le peuple et comment vivent les "sauvages" sont là des sujets que je trouve passionnants.

Olympe finit par prendre place sur un banc, invitant d'un geste de la main le duc à faire de même.

-Je n'ai aucune occupation à manquer, monsieur de Vivonne. Vos récits et quelques parties de carte feront de ma soirée une veillée réussie et je n'en demande pas davantage. Je me lasse de fréquenter sans cesse les mêmes personnes pour avoir toujours les mêmes conversations.

Et puis surtout, elle n'avait plus de potins à apprendre de ses proches, peut-être aurait-elle la chance d'en avoir davantage ailleurs.

La jeune femme leva ses grands yeux bleus sur le duc, attendant avec un sourire de circonstance les récits de ce dernier. Le soleil déclinant rendait l'environnement rougeoyant, les ombres étaient à leur apogée, étirées au maximum de leur capacité. Cependant, la chaleur ne semblait pas vouloir retomber. Le climat et l'ambiance actuelles étaient propices au récit, comme si le désert les englobait déjà dans sa fournaise étouffante.


Dernière édition par Olympe Mancini le Lun 1 Sep - 19:15, édité 1 fois
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Lun 1 Sep - 0:06

Le Duc sentait qu’il n’allait pas s’ennuyer avec Mancini. Il ne la connaissait que peu certes, il était donc normal qu’il ne sache pas ce qu’elle répondrait, mais il sentait qu’elle était imprévisible. Tant mieux ! Ainsi elle ne lui prenait pas le bras et jouait avec son ombrelle tout en parlant de tables de jeu tout en sous entendant autre chose. Hum…. Effectivement l’agréable proposition fut suivie du sourire en coin annonciateur de mauvais cou et Olympe évoqua son époux qui aimerait certainement se joindre à eux pour jouer. Elle s’amusait clairement avec lui et cherchait à voir ses réactions. Vivonne se demanda donc si sa déception avait été visible.

« Soit… Mais je m’en voudrais de plumer l’époux en plus de l’épouse. »

Répondit-il d’un ton provocant, avant de sourire, retenant un rire, mais il était plus qu’évident qu’il plaisantait. Il ignorait que la fierté mal placée d’Olympe était raison pour laquelle elle faisait l’effort de résister à ses charmes, pensant plutôt à la fidélité que les épouses doivent à leurs époux. Mais la discussion lassait déjà Olympe qui aborda d’autres sujets tout en se dirigeant vers un banc ou elle prit place. La laissant parler, il prit place près d’elle, mais pas trop près non plus, respectant les convenances et le désir de fidélité d’Olympe. Il semblait… Moins enthousiaste depuis que Djidjelli avait été évoqué.

« Je vous remercie pour vos compliments Dame Mancini. J’espère égailler votre soirée, de toutes les façons que vous désirez. Quand au désert… Je dois vous décevoir. Nous avons vu des plaines côtières et un paysage vallonné certes peut-être plus arides que le sud de la France, mais qui est une des régions les plus humides de ces côtes Barbaresques. Nous ne sommes restés que trois mois, à essayer de défendre notre prise, nous n’avons guère pu faire de visites hors des zones que nous avions conquises et en aucun cas elles ne purent être purement oisives. Ce qui est fort malheureux, j’en conviens. »

Il fit un petit sourire :

« Et pourtant ces trois mois furent des plus intéressant, et pas seulement tragiques. Certes j’avais déjà, et je continu, de verser le sang de ceux que vous nommez sauvages, mais je n’avais jamais passé autant de temps dans une de leur ville, face à leur population, leur cuisine et… Leur culture, oui nous pouvons le dire. Une culture différente au passé qui n’est pas dénué de charmes malgré un présent des plus… Barbares. »

Sur ce mot, il se tut, laissant Olympe assimiler ses propos et, peut-être, lui poser quelques questions.
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Lun 1 Sep - 19:14

Tous les contemporains d'Olympe à Versailles avaient plus ou moins eu la même éducation. Des précepteurs s'étaient occupé de leurs leçons et leur avait inculqué ce qu'il était bon de savoir. Ainsi, la Mancini avait été formatée pour croire que la culture venait de Dieu et que seul un chrétien était capable de construire un monde civilisé.

-Leur cuisine ?

Rien qu'en imaginant les charognes puantes que devaient manger ces peuples sous civilisés la dame eut un haut le cœur. Le récit de Vivonne promettait d'être des plus captivants, déjà Olympe avait mit devant son nez son éventail, bien heureuse que dans le langage des éventails ce geste n'ait aucun sens. Il faudrait qu'elle protège ses muqueuses au cas où l'haleine du duc garde encore quelques traces de ses aventures désertiques.

-Voilà une expérience qui n'a pas dû être des plus agréables, monsieur de Vivonne. S'il me plait d'entendre les récits, pour rien au monde j'aurai aimé être à votre place. Vous a-ton propose des plats ? Y avez-vous goûté ? N'êtes-vous pas tombé malade ?

Un éclair de dégoût passa dans les yeux clairs de la dame.

-Diantre ! Comme il doit être déplaisant de manger de la charogne...

La culture dont parlait le voyageur n'étonnait pas moins la Mancini. Ainsi donc, les barbares étaient eux aussi des chrétiens ? Depuis la mort de Cléopâtre et de ses amants romains elle pensait que toute culture avait disparu dans le désert. Le clivage entre l'Europe et le Sahara aurait dû faire des nomades des sanguinaires sans foi ni loi, voilà qu'aujourd'hui on tentait de lui faire croire le contraire. Amusée, Olympe ne manqua pas de répliquer:

-Je pense que vous plaisantez, vous allez bientôt me faire croire que les barbares ont eux aussi leur cour avec leurs codes et qu'un Roi règne en maître sur leur pays. Je suis déjà surprise d'apprendre que ces sauvages sont capables de cuisiner, alors aller jusqu'à imaginer qu'ils possèdent une culture est pour moi invraisemblable.

Cependant, elle était toute ouïe et ne voulait pas perdre la moindre birbe de cette conversation. Olympe connaissait que peu de marins, peu en tout cas qui acceptaient de faire part de leur expérience sans s'afficher de manière ridicule en public avec l'espoir d'impressionner une galerie d'ignares... Ou d'une galerie manipulée depuis son enfance par d'austères précepteurs.

-Je voudrais en savoir davantage sur cette cuisine et cette... Culture... Si cela bien entendu ne vous indispose pas. D'ailleurs, avez-vous ramené l'un de ces sauvages de cette expédition ? Je serai curieuse d'en voir un de mes propres yeux, pour juger par moi-même de la véracité quant à leur apparence sanguinaire.

En fait, la Reine avait des nains, pourquoi ne pouvait-elle pas posséder des barbares ? Toute curiosité à la cour ramenait toujours à son propre intérêt... C'était ainsi.
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Mar 2 Sep - 14:55

Vivonne se retint de sourire alors qu’Olympe traitait la culture Ottomane de barbare sous le simple prétexte qu’ils ignoraient la lumière du Christ tout en le harcelant sur la cuisine barbare et la charogne. Quand a négligé les Ottomans et leur organisation… Il fallait reconnaître qu’Olympe méconnaissait clairement l’Histoire de l’Europe. Mais il cessa de sourire et d’être amusé quand elle demanda s’ils avaient ramené des prisonniers… C’était les armées du Royaume de France et de l’Ordre de Malte qui avaient perdus deux mille hommes tués ou capturés, sans compter les victimes du naufrage de La Lune qui avait eu lieu près des côtes françaises. Certains prisonniers avaient été rendus contre rançon mais beaucoup étaient encore en terres barbaresques et au vu de leurs habitudes esclavagistes, il était probable que tel était le sort des prisonniers qui n’avaient pas été rendus contre rançon. Il entreprit donc d’élargir l’esprit d’Olympe à l’aide de forceps.

« N’êtes vous point Italienne ? Nierez vous que Rome n’ai développé une magnifique Culture avant même d’être touchée par la lumière du Christ ? Ou la grandeur de la Culture Hellénique qui a influencé aussi bien Rome que notre propre Culture ? C’est le propre de l’homme que de rechercher la beauté, la vérité et une cuisine délicieuse. Malheureusement tous les hommes n’ont pas notre Chance d’avoir reçu la Lumière du Christ en plus de l’influence d’Athènes et de Rome. »

Commença-t-il alors, prenant un ton docte face aux remarques d’enfant d’Olympe.

« Les barbares dont nous parlons sont des sujets de l’Empire Ottoman dont les Sultan ont vaincu l’Empire Byzantin et contre lesquels la Chrétienté a connu diverses guerres. Nous n’avons pas toujours été victorieux, Notre Seigneur désirant nous mettre à l’épreuve en nous forçant a affronté ces païens… Mais il ne faut pas les sous estimer. Ils ont eu les mêmes influences culturelles que nous, et Dieu leur a offert pendant quelques siècles un savoir supérieur à celui dont nous disposions afin de nous tester et nous forcer à prendre l’avantage par la persévérance. Depuis quatre siècle ont lieu divers conflits, Soliman le Magnifique a infligé de nombreuses défaites à la Chrétienté. Mais les choses changent. Lors de la quatrième guerre austro-turque, notre Roi les a assisté en détournant leur attention par l’expédition de Gigéri et si nous avons subis une cuisante défaite, cela a permis aux autrichiens de gagner cette guerre. Petit à petit nous inversons la tendance et nous vaincrons les Ottomans, leurs janissaires, et leurs sujets berbères et maures, peu importe le temps nécessaire pour cela. »

Il remarqua alors qu’il n’avait pas répondu aux questions culinaires… Il se mordit brièvement la lèvre puis répondit d’un ton plus doux :

« Excusez moi d’insister sur la valeur de cet ennemi, mais nous avons perdus bien des braves faces à ces berbères. Mépriser notre ennemi revient à mépriser les sacrifices et pertes que nous avons été forcés d’endurer… Je sais que je n’ai pas répondu à vos questions sur leur culture… Mais vous savez les bêtes sont les mêmes de chaque côté de la Méditerranée, il suffit donc de savoir les cuisiner. Ce qui change c’est les légumes gorgés de soleil et l’abondance d’épices dans leurs greniers, mais nous durent les économiser lorsque nous fûmes assiégés, sacrifiant notre cuisine et la leur au profit de la survie. »

Vivonne se sentait un peu mal à l’aise. Aimant les rousses, il trouvait Olympe séduisante, mais si elle ne manquait pas d’esprit, maniant avec grâce l’ironie et le sarcasme, cet esprit était dépourvu de connaissance et donc semblable à un moulin qui tournait sans grain à moudre. C’est pour cela que le ton du Duc s’était adouci au fil de l’explication.
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Mar 2 Sep - 18:08

Pourquoi donc l'homme lui parlait du Christ quand elle même n'avait dit mot sur le sujet ? Elle ne comprit pas le sermon ridicule de l'homme et se mordit la lèvre inférieure pour ne pas rire, ne croyant pas une seconde que l'Homme soit capable de lire dans les pensées d'autrui. Elle avait le choix: soit le duc de Vivonne, comme tous les autres hommes, n'écoutait pas son prochain, soit les batailles et particulièrement cette défaite-là avaient fait naître en lui une folie qu'elle avait découverte tout à fait par hasard. Elle opta bien évidemment pour la seconde option, elle serait bien plus drôle lors des conversations de cour.

-Que vient faire le Christ là dedans, monsieur de Vivonne ? Et quel est ce sermon dont je ne saurais souffrir le moindre mot de plus ? Pensez-vous qu'avec un époux comme le mien les guerres et les conflits européens me sont inconnus ? Je vous l'ai dit, "les récits de guerre, d'alliances, de conquêtes ou de stratégies m'intéressent guère" mais je pense que nous ne devrions pas davantage nous étaler sur le sujet, je vois qu'il vous fâche et que vous n'avez pas grand chose de plus à m'apprendre sur ce qui m'intéresse réellement.

Pas de réponse quant à leur véritable culture, juste quelques indices sur les épices qui étaient déjà connues à travers le monde même si à la cour on avait davantage l'habitude de les faire venir des Indes.

Le soleil avait décliné, laissant maintenant dans le ciel une lueur bleutée. Dans une heure il ferait nuit. Olympe referma son ombrelle et regretta que la fraîcheur ne se fasse pas encore ressentir.


-Je ne sais pas si je devrais accepter vos excuses... Car vous semblez ignorer que les épices dans les pays chauds servent à masquer le goût d'une viande se conservant fort mal... Mais en fait je vais vous excuser, car je pense vous apprendre qu'effectivement vous avez mangé de la viande avariée sans le savoir.

La Mancini eut alors un sourire adorable. Elle en savait plus long que ce que beaucoup pensaient, d'ailleurs son époux lui avait raconté l'utilité des épices dans la bataille des Dunes. C'était efficace, chacun mangeait sans se douter de l'état de la viande. Lors des sièges, ça ne devait pas être différent. La chaleur ne permettait aucune conservation. Soucieuse, la jeune femme leva ses grands yeux clairs sur l'homme, espérant ne point l'avoir choqué... Au pire, il l'avait bien mérité... Et son avis sur la culture et le christianisme n'avait pas changé. Savoir se battre et avoir de la culture étaient deux choses différentes, pouvait-on dire d'un lion qu'il avait une culture ?

Olympe ouvrit son éventail et se releva du banc, s'efforçant de ne plus penser de peur d'être sermonnée à nouveau sur des sujets qu'elle n'aurait jamais verbalisé.


-Hé bien, nous allons la faire, cette partie de carte ? Je suis certaine que nous pourrions tous deux trouver des lots fort intéressants, n'ayant rien à voir avec l'argent.

La comtesse tendit la main au duc, finalement elle allait le prendre ce bras qui accompagnait ce visage enfantin, même si à l'avenir elle ne lui parlerait plus de batailles ou de pays étrangers. Se mettre dans de tels états ne pouvait pas être bénéfique pour la santé.
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Mar 2 Sep - 18:54

Bon, Vivonne avait complètement raté le but… Est-ce que l’âge émoussait déjà son esprit ou était-ce du aux journées loin de la cour ? Voilà qui était inquiétant. Quoiqu’il en soit, il laissa tout de même une précision :

« Rassurez vous, je savais ce que nous mangions. Effectivement durant le siège la chaire était comme vous la décrivez. Mais pas durant les premières semaines où nous avions de la viande fraiche. Nous prenions garde à ce que nous mangions, afin d’éviter les ruses de l’ennemi. »

Puis il haussa les épaules.

« Mais soit, parlons de cartes. »

Olympe faisait un charmant sourire adorable mais Vivonne était conscient que c’était pour les mauvaises raisons. Il ne commenta pas ledit sourire, mais la laissa se relever et s’éventer alors qu’elle lui proposait une partie de cartes. Partie de carte dont les récompenses ne seraient pas pécuniaires. Tiens donc… Voilà qui surprenait Vivonne. Se relevant, il offrit son bras à la comtesse qui lui tendait la main. Il apprécia le contact de la main sur son bras après le sermon qui s’était révélé douloureux pour le duc et pénible pour la comtesse.

« Soit, allons nous changer les idées autour d’une partie de cartes. Je me demande quels genres de lots vous allez bien pouvoir m’offrir. »

Déclara-t-il alors, faisant quelques pas en direction du château. Il se sentait mieux, s’éloignant du banc avec Olympe au bras. Déjà certaines parties peu catholiques de son imagination s’imaginaient des lots fort divertissants, tous ne relevant pas de l’éducation de Madame de l’Enclos.

« Ou désirez vous que nous fassions cette partie ? Chez moi peut-être ? Ou préférez vous le confort d’être chez soi en m’invitant dans votre nid qui semble fort confortable d’après ce que j’ai entendu. »

Le tout était dit innocemment, alors que le sourire revenait sur le visage de Vivonne, maintenant que l’on avait changé de sujet.
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Jeu 4 Sep - 18:30

Un sourire en coin clôtura la première conversation, la soirée se terminerait autour d'un jeu de carte... Elle ne savait pas vraiment lequel, en même temps ils avaient l'embarras du choix... Cela faisait longtemps que la rousse n'avait plus eu le plaisir d'un jeu de trictrac, ni même d'un Lansquenet... Même si pour cela il leur faudrait impérativement trouver d'autres joueurs.

En attendant, les dernières paroles du duc firent rire la Mancini aux éclats. Décidément elle n'était pas avec cet homme au bout de ses surprises et sûrement pas non plus au bout de ses audaces.


-Quel intérêt aurions-nous à nous enfermer dans nos tristes appartements quand la cour possède un salon des jeux ? Loin de moi l'idée de vous offenser, monsieur de Vivonne, mais je ne reçois tardivement dans mes appartements que mes plus chers amis, tout comme je n'accepte de tardives invitation que chez eux.

Olympe commença à marcher, sans lâcher le bras de l'homme et sans cesser non plus de s'éventer. Sa robe rouge et or bruissait lentement à chacun de ses pas qu'elle ponctuait avec son ombrelle lui servant présentement de canne d'apparat. Elle avait une allure certaine et son fier port de tête rehaussait le tout. Toutes les courtisanes avaient plus ou moins la même allure, mais la Mancini avait l'art et la manière de tout exagérer afin d'en faire et d'en avoir "toujours plus que la voisine".

-Peut-être qu'un jour nous nous entendrons assez bien pour quelques visites nocturnes, en attendant je serai heureuse de faire de vous un valeureux compagnon de jeux. Avant de faire équipe avec vous, je préfère voir comment vous vous débrouillez. Si votre chance égale votre réputation, je suis certaine que nous pourrions à nous deux dépouiller quelques fortunes de la cour.

Ses talons claquaient sur les pavés et les Suisses présents dans les lieux ne bougeaient pas d'un pouce, comme s'ils étaient des soldats de plombs insensibles à la vie de cour, étrangers aux animations et aux vices en tous genres. Derrière les fenêtres plongées dans l'ombre, tous les regards pouvaient être présents et beaucoup pouvaient les voir évoluer au bras l'un de l'autre et s'imaginer mille scénarii. Olympe ne tremblait pas, au contraire. Elle aimait qu'on la mette au centre de futilités et de cancans: ça lui donnait de l'importance.

Avant de rentrer dans le palais, La Mancini s'arrêta et regarda une dernière fois le ciel qui s'était débarrassé de son astre solaire. Devant la porte, une domestique attendait la comtesse et cette dernière ôta ses gants avant de les lui tendre, en même temps que son ombrelle et que son courrier qu'elle avait ôté de l'une de ses manches.


-Merci de remettre tout cela dans mes appartements, Pauline. Vous m'y attendrez et pourrez en attendant prendre quelques repos. Je rentrerai tard ce soir. Si mon époux vient me rendre visite, dites-lui de me retrouver au salon des jeux, j'y serai.

Aucune ambiguïté n'était maintenant possible. Quand toutes les affaires étaient confiées à sa domestique elle lui donna ses dernières recommandations:

-Si le duc demande des nouvelles de ses enfants, dites-lui qu'ils vont bien. Nous irons les visiter quand bon lui semblera, rien ne presse.

La domestique fit une rapide révérence, yeux baissés, avant de repartir dans l'ombre de la cour. La demoiselle était très jeune, loin d'être vilaine et d'une discrétion à toute épreuve. Olympe n'avait pas encore eu matière à s'en plaindre. Quand toutes les recommandations étaient terminées elle se retourna vers Vivonne.

-Je m'excuse pour cette parenthèse domestique, mais elle était nécessaire. Bien, nous y allons ?

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Sam 6 Sep - 16:32

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La Cour un soir d'été [privé - Louis Victor de Mortemar]

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