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 Drôle de suite d’événements, peut-être ordonnée par le hasard [Pv. Richard]


Jeu 11 Sep - 6:42

Assise sur le comptoir, les jambes battant dans le vide, Pia ignorait complètement ce qui se passait dans la taverne, toute concentrée sur ce qu’elle tenait entre ses mains. Les yeux filaient le long du papier de mauvaise qualité, passaient outre les ratures et taches d’encre pour se concentrer uniquement sur le fond. Un sourire se dessina sur ses lèvres alors qu’elle achevait sa lecture.

- Je crois que c’est très bon, lâcha-t-elle enfin à Andrea, qui pendant les cinq dernières minutes avait trépigné d’impatience en attendant le verdict de la jeune femme.
Satisfait, l’auteur en herbe reprit sa satire, gonfla la poitrine et commença paradoxalement à se donner un air modeste en soulignant tout ce qui pouvait être encore amélioré. Mais Pia ne le laissa pas s’enfoncer dans l’autocritique mêlée à une attitude vantarde. Elle n’avait au fond, et contrairement à son frère de cœur, ni goût ni talent pour la forme littéraire, si bien que l’enjolivement lui paraissait une perte de temps. D’autant plus qu’à moins d’être lettré, personne ne comprenait les tournures de phrases alambiquées. Lorsqu’on voulait convaincre : il fallait savoir aller à l’essentiel. Elle le coupa donc Andrea tout en redescendant de son petit perchoir.

- Tu les fais imprimer demain ? Si tu veux je t’aiderai à les distribuer.

Il n’eut pas le temps de la remercier que déjà elle repartait, plateau à la main, happée par des clients qu’elle faisait attendre depuis presque un quart d’heure. Il ne s’en formalisa pas, habituée à la voir seulement en coup de vent pendant la journée, et se dirigea vers la sortie de cet établissement qu’il n’aimait pas bien fréquenter. Entre odeurs nauséabondes, boissons de mauvaise qualité, bagarres d’ivrognes et plus généralement clientèle peu fréquentable, il se demandait d’ailleurs toujours comment Pia parvenait à survivre. Voire pire, à se convaincre qu’elle appréciait presque ce travail. Car souriante et enjouée, l’Italienne tranchait avec le caractère terne du lieu. Elle sympathisait avec cet arnaqueur, se faisait apprécier d’un estropié, riait avec ce congénère voleur et avait le culot de se montrer espiègle avec les prétendus meurtriers. Les clients l’aimaient au fond bien, quoiqu’ils ne la ménageaient pas, et surtout lui témoignait un certain respect en ne la brusquant jamais plus que pour la charrier. Presque partie du décor, elle dégageait ainsi une énergie (entre deux pauses à des tables de jeu ou des interludes fréquents durant lesquels elle vociférait littéralement sur quiconque affichait une attitude qui lui déplaisait) qui insufflait un peu de vie dans cet endroit qui naturellement puait presque la mort. Cela, Andrea le voyait mais ne le comprenait pas tout à fait. Alors il préférait partir.
Cette fois-ci il n’atteint cependant pas la porte avec sa transparence habituelle.  

Car juste sous ses yeux, la rouquine, ayant tout juste déposé une bouteille de vin sur une table, venait de se faire prendre par la hanche par un des occupants et se retrouvait sans qu’elle n’ait eu le temps de protester sur les genoux de ce dernier. La chose était courante et il n’aurait pas fallu longtemps à la serveuse pour rappeler qu’elle n’était pas une fille de joie qu’on pouvait traiter comme bon semblait. Mais pas le temps de sortir les griffes qu’elle était devancée. Tirée par le bras, elle se retrouvait soudain debout, témoin malgré elle d’un éclat de violence d’Andrea, chose si inhabituelle qu’elle en resta interdite quelques secondes.
Mais quel idiot. Quel idiot ! N’aurait-il pas pu faire profil bas, comme d’habitude, plutôt que de se sentir soudain le besoin de défendre son amie ? Quel imbécile. Car sans surprise voilà qu’il se trouvait à prendre à son tour les coups. Et dire que le bonhomme d’en face possédait au moins le double de sa masse musculaire n’était pas un euphémisme. Avec la rapidité –toute proportion gardée- de la descente d’alcool moyenne de l’établissement, les deux se trouvaient donc à se attirer tous les regards des amateurs de bagarres. Ou plutôt Andrea, qui parvenait difficilement à esquiver ce qui lui arrivait alternativement dans les côtes ou le visage, se trouvait raillé par une bonne dizaine d’habitués.  
Sans surprise il n’y avait donc que Pia pour se trouver complètement affolée par la situation. Elle commença par leur crier d’arrêter –vainement, cela allait sans dire-, aurait voulu s’interposait mais savait qu’elle en était physiquement incapable, puis finit par chercher des yeux, comme par réflexe, quelque chose, quelqu’un qui pourrait mettre fin à ce qui risquait de finir par un véritable massacre. Finalement son regard paniqué se posa sur un homme encore assis, qui semblait assez impassible, ou du moins qui ne manifestait pas de détestable enthousiasme à la vue de la violence presque gratuite. Et surtout une arme était accrochée à sa taille. Ce devait être quelque chose qui pouvait dissuader, une arme ? Le détail qui peut-être pourrait sauver la peau d’Andrea. Le raisonnement mit moins de cinq secondes à se mettre en place. Et aussitôt pensé, la voilà qui se trouvait à hauteur de l’homme qu’elle tira sèchement pas la manche.

- Vous comptez les laisser s’entretuer ?!
Pas une question, bien sûr, mais plutôt une accusation. Un blâme pour le fait de rester impassible, chose qui il paraissait aberrante. Mais bien sûr elle ne prenait pas en compte tous les paramètres de la situation, notamment le fait qu’intervenir supposait entre autres de se frayer un chemin entre des montagnes vivantes d’alcool, dont peut-être plus d’un devaient dissimuler au moins une dague sous leur veste.  
- Eh bien faites quelque chose ! Je vous en prie...

Quelque chose, n’importe quoi. Rien qu’une menace, une petite menace. Car la jeune femme voulait croire que cela suffirait à faire cesser les hostilités, ou au moins le temps que celui qu’elle présentait comme son frère de s’enfuir sans demander son reste.

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Dim 14 Sep - 20:25

Il y avait du monde ce soir-là dans la taverne où il se trouvait mais personne avec qui Richard Morel désirait vraiment discuter. Dans ce genre d’endroit, la clientèle ambiante était d’une homogénéité tirant du gris au brun, de soulards à marauds et où seule la serveuse donnait un peu de couleurs et de vie à cet infâme lieu. Richard « Trois-Lames » était assied seul à une table le dos vers un mur par précaution comme à son habitude. S’il aimait bien être reconnu, il n’aimait pas vraiment la compagnie des gens : la plupart l’ennuyaient et la compagnie des autres était si désagréable qu’elle menait trop souvent à des évènements indésirables… Ainsi derrière sa chope de bière passablement mauvaise il laissait les minutes filer tout en caressant d’une main distraite l’un des petits anneaux en or qu’il portait à ses oreilles relavant simplement les yeux de temps à autre pour observer la serveuse les pieds battant l’air à son comptoir. Un jeune-homme se tenait aux côtés de la femme ce qui occupait cette dernière depuis une bonne dizaine de minutes maintenant… C’était là le genre de détail qu’il remarquait mine de rien non pas qu’il désirait à boire mais sans la présence de la tavernière auprès de ses clients, ceux-ci pouvaient commencer à s’impatienter et devenir désagréables.

Ses lèvres se mouillèrent une fois de plus dans le liquide amer et jaunâtre qui lui servait de bière. Il en avala le contenu forçant celui-ci à s’enfoncer dans sa gorge tout en écarquillant les yeux et jetant son visage sur le côté de manière à ce que personne ne remarque son expression dégoûtée. Il sapa quelques fois cherchant à enlever ce goût de sa langue sur ses dents mais il fallait avouer que c’était persistant… Chaque fois la même interrogation et la même réponse : pourquoi buvait-il encore de cette bière bonne à décaper un plancher? Pour l’alcool tout simplement qui s’y trouvait et qui venait engourdir peu à peu son esprit lui permettant d’oublier la futilité de cette soirée. Richard releva les yeux vers la serveuse, seule intérêt digne de mention dans sa soirée. Il ne la trouvait pas particulièrement jolie quoiqu’elle ne fût certainement pas laide. C’était peut-être ses cheveux roux qu’il aimait bien ou bien son pas dansant quand elle ne restait pas collée ainsi au comptoir… Peut-être tout simplement ses manières, le timbre étranger de sa voix ou carrément l’ensemble qui était, il fallait l’avouer, très charmant!

C’est ainsi que secrètement le mercenaire observait cette serveuse qui avait su capter son intérêt. Ce petit quelque chose qui venait directement de l’âme de la jeune femme et qui se reflétait jusque dans son regard… Il aurait aimé lui parler mais il savait très bien que c’était inutile. Il aurait pu taire sa profession et se faire passer pour un autre mais tôt ou tard il aurait payé les frais de sa vantardise et quelqu’un l’aurait reconnu pour celui qu’il est vraiment. De toute manière, il était impensable pour Richard de bâtir une relation sérieuse avec une femme et du coup, d’autres que la serveuse seraient prêtes à passer la nuit avec lui pour la moitié de l’effort et un peu plus d’or… C’est donc vers sa choppe au final qu’il posa son regard et laissa complètement son esprit se perdre comme ce rayon de lumière vers la mousse de sa bière. C’est, quelques minutes plus tard, le bruit d’une chaise qui érafla le sol avec trop de violence qui l’averti qu’une bagarre allait éclater. Le mercenaire haussa un sourcil regardant le jeune-homme qui plus tôt parlait avec la serveuse et qui maintenant se prenait une commande beaucoup plus grosse que sa capacité…

Le reste de la scène il pouvait facilement se l’imaginer. D’autres allaient intervenir et se mettre à plusieurs sur le plus faible. Probablement que ce dernier en aurait pour des semaines à digérer la leçon s’il en réchappait et saurait ce qu’il en coûte de vouloir jouer les chevaliers pour une serveuse de basse taverne… Si la majorité des gens présent se gonflaient d’enthousiasme à la vue de la bagarre, Richard lui demeurait impassible. Il n’aimait pas qu’un homme se fasse tabasser par un groupe plus fort que lui mais en même temps que pouvait-il faire?! Si ce jeune-homme avait été assez stupide pour faire sa loi sans avoir la capacité de l’imposer, alors il était le seul à blâmer pour ce qui lui arrivait maintenant. Il était à quelques centimètres de prendre une nouvelle gorgée à la bonne fortune du jeune-homme quand il fût tiré violemment sur sa manche pour qu’on lui accorde son attention lui faisant renverser sa bière un peu partout dont sur lui-même… Rien pour le mettre de bonne humeur, il était prêt à balayer par une gifle du revers de la main la source de cette importunité quand son élan s’arrêta à la vue de la serveuse qui l’accusait en somme de rester tranquille dans son coin!

« Vous comptez les laisser s’entretuer? » lui avait-elle demandé… Il avait envie de lui répondre en face « et bien oui!!! » mais il resta tout simplement figé devant le ton de l’accusation. Quoi?! Il aurait fallu qu’il saute dans la mêlée pour sortir le responsable de cette escarmouche au péril de sa propre sécurité? Gratuitement?! Le mercenaire haussa un sourcil d’incompréhension face à cet élan chevaleresque qu’attendait de lui la serveuse. Déjà il buvait sa bière sans embêter personne et il n’ajoutait pas au problème déjà en cour et c’était lui le vilain dans l’histoire?! Là c’était trop quand même! « Et bien faites quelque chose! » « Pas question! » se dit-il et il était même sur le point d’exiger qu’on lui remplisse sa choppe quand la belle rousse rajouta quatre petits mots accompagnés d’un regard qui lui serra les tripes : « Je vous en prie… »

« Et bien merde! » se dit-il les mains à plat sur la table afin de se lever dans une posture altière. Allez se battre pour rien le répugnait mais il ne pouvait ignorer le regard de la belle qui s’accrochait au sien. Malgré qu’à cet instant l’ami de la serveuse étant en train de se faire labourer de coups là où ses défenses le trahissaient, Richard Trois-Lames prit tout de même le temps de faire son théâtre. D’une fausse élégance digne d’un dandy il fit une légère révérence ne quittant pas des yeux la rousse ouvrant le bras l’invitant à se déplacer et balayant l’air de sa main droite.

- « Si mademoiselle veut bien m’excuser et s’écarter… »

Ce n’était pas vraiment une demande et derrière son ton un peu arrogant ce cachait réellement un conseil que la serveuse devait suivre si elle ne souhaitait pas être prise dans ce qui allait suivre. Rapportant cette fois toute son attention sur le groupe qui entourait l’ami de la belle, Richard pouvait sentir tout son être s’éveiller. Il savait très bien que la serveuse sans le savoir avait choisi le meilleur candidat pour cette besogne. Un rapide survol de la scène afin de repérer les meneurs et les suiveurs parmi les assaillants. Établir un plan efficace et rapide alors qu’il se glisse avec agilité entre les curieux, les tables et les chaises… D’une main il range son pendentif quelconque sous sa chemise et détend les lacets de celle-ci de l’autre afin de ne pas être encombré dans ses mouvements… Une fois à porter de main, c’est comme si le temps s’arrêtait sur cette scène pour qu’un nouvel acte commence mettant en vedette le Trois-Lames.

Son objectif était simple : entrer dans le cercle entourant l’ami de la serveuse, l’accrocher au passage et le sortir de là pour ensuite faire face aux autres… Quelle idée pour commencer de se laisser encercler ainsi se disait le spadassin expérimenté! Richard profita de l’effet de surprise sur deux hommes qui lui faisaient dos pour se frayer un chemin. L’homme à sa droite devait bien faire dix centimètres de plus que lui et celui de gauche était quant à lui un grassouillet personnage. Le talon de sa botte droite s’écrasa avec force derrière le genou du plus grand lui faisant perdre l’équilibre. Son corps bascula vers l’arrière amenant son visage à la hauteur du coude du mercenaire qui s’abattait sur son nez et le cassa d’une frappe qui suffit à le mettre KO. Le grassouillet n’eut même pas le temps de voir son acolyte tomber à la renverse que Richard l’agrippait par les cheveux de sa main gauche le forçant à enligner sa mâchoire avec son poing droit qui voyageait à toute vitesse dans cette direction. Avec deux hommes qui s’écroulaient à ses pieds, Trois-Lames avait maintenant le chemin libre pour se saisir de l’instigateur malmené. Chargeant en sa direction, Richard au passage plaqua de son épaule gauche un autre homme qui voulait frapper sa cible afin de l’écarter.

Ne faisant plus la différence entre alliés et ennemis, Andrea s’élança pour frapper le mercenaire devant lui. Ce dernier attrapa sans peine son poignet et lui coinça la gorge dans l’étau de sa main droite. Avec cette poigne, Richard n’eue aucune difficulté à forcer l’ami de la serveuse à reculer rapidement bousculant les hommes qui l’encerclaient. Une fois hors du cercle Richard relâcha le jeune-homme qui était tombé assied sur une chaise vacante malgré-lui. À peine c’était-il retourné que le mercenaire dû se pencher pour éviter une frappe en direction de son œil et encaisser un coup à ses côtes. Il joua du coude et du plat de son poing en défense contre un assaillant et le repoussa de toutes ses forces de ses deux mains. Trois-Lames allait foncer vers le meneur du groupe quand du coin l’œil il aperçut Andrea qui voulait se relever…  Richard se retourna l’empêchant d’une main de quitter son siège tout en lui ordonnant de rester assied. Comme le mercenaire voulait reprendre le combat il paya la distraction d’un coup poing dans la gueule qui le fit reculer de quelques pas posant même une main sur l’appuie-bras de la chaise où se trouvait Andrea. Richard ouvrit grand la mâchoire et les yeux pour faire passer la frappe et jugea qu’il en avait son compte. Il était temps que cette bagarre se termine avant d’encaisser d’autres coups.

Le meneur voulu frapper de nouveau Richard qui semblait vulnérable mais fût surprit de le voir bondir le genou devant qui s’écrasa dans son ventre lui privant de l’air de ses poumons. Dans un même mouvement le mercenaire dégaina un des poignards qu’avait aperçu la serveuse et retourna le meneur pour mettre la lame sous son menton appuyé sur sa gorge. Il apparut une deuxième lame dans sa main gauche qui menaçait de sa pointe toutes personnes faisant un pas vers l’avant. La bagarre s’arrêta d’un coup et l’air de la pièce se figea avec des murmures faisant échos dans la foule. Resserrant sa prise à la gorge du meneur Richard coupa court à son flot d’insultes qu’il protestait.

- « Qu’est-ce qui a? On n’a plus d’plaisirs?! » lança Richard entre des dents serrées par la force de l’adrénaline qui coulait dans ses veines. Du sang mêlé avec de la salive s’écoulait sur sa lèvre lui donnant un air enragé. Maintenant que les lames étaient sorties, personne dans cette taverne ne pouvaient rivaliser avec le bretteur et ce dernier le savait très bien. Par contre, il ne désirait pas devoir faire un bain de sang pour se tirer de cette situation. Son but était de simplement faire en sorte que la bataille se termine par la menace qu’il représentait. Un homme tenta de relever sa chemise discrètement pour se saisir de sa lame mais le geste ne passa pas inaperçu à l’œil averti de Richard. Ce dernier poussa son « otage » en direction de l’homme cherchant à s’armer et il renversa les lames de ses poignards vers le bas tout en se plaçant en position de combat.

- « Quoi?! Tu veux tenter ta chance?! T’es prêt à mourir pour ça?! » le regard vif et impétueux de Richard les regardait tous tour à tour et pour beaucoup cela suffisait à les décourager.

- « Au moment où tu vois deux de mes lames une troisième t’aura transpercé le cœur avant même que tu aies terminé de dégainer ton couteau ridicule » tonna le mercenaire à la fois arrogant et réaliste. À la mention d’une troisième lame, son surnom de « Trois-Lames » commençait à être murmuré parmi la foule et il savait alors qu’il pourrait les décourager sans se battre.

- « Mais tu sais qui j’suis?! » il jeta un coup d’œil pour la première fois depuis un moment à la belle rousse avant de poursuivre mettant de l’emphase sur le « je ». « JE suis Trois-Lames! Et si ça ne suffit pas pour vous calmer alors allez-vous informer dans la rue pour comprendre votre folie! Maintenant on se rassoit chacun dans son coin et se sera tout pour ce soir… » Richard rangea une de ses lames avant d’agripper le collet d’Andrea toujours sur sa chaise avec une sale mine. Il le força à se relever et l’entraîna avec lui en direction de la serveuse qui avait demandé son aide. Le spadassin relâcha sa poigne et rangea sa dernière lame tout en affichant un sourire forcé légèrement rougit de sang à la demoiselle.

- « Voilà pour votre service ma Dame… » il essuya sa lèvre du revers de sa main tout en maudissant intérieurement toute cette histoire…
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Dim 12 Oct - 15:23


Elle n’en avait pas tant demandé.
Mais aussi fallait-il se rendre à l’évidence : avec ces monstres de violence tout était toujours trop simpliste. Un coup partait et on en rendait deux. Au bas mot. Si bien qu’une simple altercation se transformait en un claquement de poing en une bagarre générale. Entre inquiétude et horreur, Pia masqua instinctivement son visage lorsque les choses commencèrent à mal tourner. Mais hypocrite dans la délicatesse féminine, ses doigts s’écartaient juste assez pour qu’elle ne perde rien ou presque de l’affreux spectacle.
Ah! La mauvaise idée qu’elle avait eue en poussant l’homme vers les hostilités. A ce rythme-là ce ne serait pas un mais deux défigurés qu’on aurait. Car il fallait admirer la hargne que mettaient les agresseurs à tenter de venir à bout de l’inconnu. Et pourtant. Les insultes et les tentatives de coups filaient, mais il restait debout. Mieux encore, il démontrait une véritable aptitude au combat et avec une rapidité impressionnante retourna la situation de force. Et quel sens de la mise en scène. Entre agilité et provocation il avait gagné l’attention, bientôt l’admiration, d’une petite foule d’ivrognes et de filles de joie. Et tout peu prestigieux qu’était le public, pour autant il n’était pas inculte et murmurait désormais un nom. Simple chuchotement, comme si aucun n’osait élever la voix. Pia était cependant encore trop absorbée par le combat et inquiétée par son issue qu’elle ne prêta pas attention à la rumeur qui circulait, se contentant d’ouvrir la bouche d’étonnement lorsque Trois-Lames se présenta dans un éclat de vanité.  
Ca alors… Evidemment. Elle aurait pu, elle aurait dû, le deviner. Il n’y avait après tout à Paris que peu de monde capable de se sortir avec tant de panache d’une situation qui dès le départ paraissait perdue. Son nom circulait dans Paris, telle une chimère plus qu’une réalité. Tout le monde le connaissait, personne ne savait vraiment qui il était. Tous prétendaient l’avoir déjà rencontré quand en réalité trop peu de ceux qui l’avaient un jour réellement combattu étaient encore capable de l’évoquer.
Mais Pia n’eut pas le temps de s’extasier que déjà le mercenaire poussait Andrea vers elle. Premier réflexe lorsque le frère de cœur fut à sa hauteur : une magnifique et retentissante gifle. Des fois qu’il n’en avait pas assez mangées. Mais le jeune homme protesta à peine, encore trop sonné et au fond plus à ça près. C’était également à se demander s’il entendait réellement le copieux mélange de reproches et d’insultes que la serveuse lui balançait au visage. La leçon de morale ne dura cependant pas longtemps puisqu’ayant la tête sur les épaules, Pia la poussa vers la sortie avant que quelqu’un ait l’idiote mais pas impossible idée de relancer les hostilités. Elle se retourna alors vers Trois-Lames .

- Vous devriez venir aussi. Vous ne pouvez décemment pas rester ici.

Le refus se sentant à plein nez, Pia le tira par la manche –ô, belle illusion de la force physique- et devança la protestation.

- Et oui, vous seriez très certainement capable d’en finir avec eux une bonne foi pour toute, mais j’aimerai éviter le bain de sang.
Le pacifisme à son état pur.
- C’est plus difficile à nettoyer qu’il n’y paraît.  
Ou plus exactement un sinistre pragmatisme.

Poussant l’un et tirant l’autre, le brin de femme mena donc les deux bagarreurs dehors. Oubliant complètement qu’elle se trouvait en compagnie d’une véritable légende urbaine, la serveuse continuait de déblatérer en italien, tenant Andrea par le col malgré sa bonne quinzaine de centimètres en moins. Toujours lucide, elle n’en oublia pour autant pas de regarder par dessus son épaule dès qu’ils eurent fait quelques mètres afin de s’assurer que le spadassin ne filait pas en douce.

- Et n’essayez pas de vous enfuir, j’en serai vexée, lança-t-elle à son intention tout en pointant vers lui un index accusateur.

La menace était faible. Et les sourcils froncés sans doute pas assez convaincant. Mais pour autant elle espérait réellement qu’il daignerait la suivre.
Constatant que deux rues plus loin il était toujours là, elle esquissa un sourire, très léger, tout en entrant dans la maison en lui indiquant de la suivre. Un étage grimpé et ils arrivaient dans une pièce sombre mais presque propre, plutôt petite et encombrée par des malles qui contenaient des robes beaucoup trop belles pour convenir à l’endroit.

- Asseyez-vous ici, je reviens dans un instant.

Elle montra vaguement une chaise à Trois-Lame et poussa Andrea vers la minuscule pièce attenante. Amie dévouée tout autant qu’elle avait été véhémente, l’Italienne s’occupa de nettoyer les plaies avant de le laisser s’endormir après qu’il ait tout de même trouvé la force de pester contre « l’abruti armé dont il n’avait pas besoin ».
La porte fut refermée soigneusement et elle s’avança enfin, un seau d’eau un peu sale à la main. Elle posa l’eau, tira un tabouret et vint s’asseoir face au mercenaire. Sans lui demander son avis elle vint apposer un tissu humide au coin de sa lèvre afin d’en nettoyer le sang.

- Merci. Je ne vous l’ai même pas dit. Andrea vous déteste officiellement, mais merci.

En effet, trop occupée à se mettre hors d’elle, Pia n’avait pas trouvé le temps des politesses élémentaires. Elle reposa son bout de drap, se rinça rapidement les mains dans le seau et esquissa un sourire sincère.

- J’ai entendu parler de vous. Et je vous imaginais plus grand.

On mettrait sur le compte de la barrière culturelle la tendance à se montrer trop sincère.
Tout en continuant de s’affairer –c’est à dire se diriger vers la fenêtre pour y jeter par-dessus l’eau sale- Pia s’imposait, à présent véritablement curieuse. Car ce n’était pas tous les jours qu’on faisait la connaissance d’un des assassins les plus connus de la ville. Pour ne pas dire le plus redouté.

- Derrière la légende, avez-vous un véritable nom ?

Elle revint s’asseoir, cette fois sur la table, tournant vers Trois-Lames deux grands yeux avides de réponses.

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Mar 2 Déc - 22:06

Si le calme revenait peu à peu dans la taverne, la belle italienne bouillait toujours! À peine avait-il reconduit l’ami de celle-ci que Richard fût témoins de la baffe qu’elle asséna à la joue de son ami. Il l’observa un peu surprit mais surtout amusé… Pendant qu’elle débitait un flot de paroles italiennes si rapidement qu’il ne pouvait que distinguer quelques mots connu de son répertoire, des insultes pour la plupart, lui prenait le temps de reluquer la femme pour qui il venait de se battre. Il y avait dans ses membres fins une grâce légère, un pied dansant et un tracé des lèvres séducteur… Même ainsi énervée, elle parvenait à saisir l’attention du spadassin aussi bien que sa chevelure rousse pour les quelques rayons de lumière de la pièce. Lorsqu’elle se retourna vers lui, il eut à peine le temps de croiser son regard avec un sourire absent sur les lèvres avant qu’elle lui suggère de l’accompagner.

Allait-il vraiment refuser une pareille invitation? En fait, il ne savait pas trop ce qu’il irait bien faire en l’accompagnant… Habitué peut-être à ce que chaque action cache derrière elle un motif, il ne parvenait tout simplement pas à saisir pourquoi cette serveuse voulait maintenant qu’il la suive. Voulait-elle le protéger en l’éloignant de ce lieu? Qui avait-il vraiment à craindre maintenant que tout le monde présent savait qui il était? Il saurait assurément se défendre en cas de problème mais se sentant tiré par la manche il n’offrit aucune protestation et se laissa entraîner. À un pas de fait il put apprécier son sinistre pragmatisme et un petit rire s’échappa dans un soupir : nul bain de sang n’aurait lieu ce soir et c’était bien ainsi pour tout le monde. Peut-être était-ce tout simplement ça qu’elle cherchait à éviter en l’entrainant avec elle… Pour la peine il avait commencé à oser croire qu’elle s’intéressait assez à lui pour prendre le temps de partager sa compagnie. Comme quoi le pragmatisme est parfois bien cruel! Quelques mètres de fait, l’idée de se dérober à la première occasion lui traversait l’esprit. En fait, il ne comprenait pas ce que tout ceci signifiait et cela avait pour don de la placer face à l’inconnu d’une surprise. Quand elles sont mauvaises, les surprises ne font pas vivre vieux et Richard avait jusqu’ici passé maître dans l’art de survivre.

Elle avait peut-être un don. Ce quelque chose qui vous captive? Cet instinct qui vous dit quand vous retourner… Allez savoir par quel pouvoir la belle parvenait à retenir l’attention du mercenaire. Sans même le voir, elle avait pu lire en lui son désir de s’éclipser. Elle s’était retournée avant même qu’il fasse un pas vers une autre direction. « Et n’essayez pas de vous enfuir » qu’avait-elle dit… En avait-il seulement eu l’intention? Si? Et le doigt accusateur qui pointait vers lui jusqu’à lui pincer le cœur. Non il n’irait pas ailleurs qu’à ses côtés tant et aussi longtemps qu’elle l’inviterait à la suivre. Il ne pouvait faire autrement, elle en « serait vexée » après-tout…  C’était une chose de croire en ses talents, en ses capacités mais deux rues plus loin toujours en posture de mater le derrière de la serveuse, il commençait à même croire en ses charmes. Arrivé à la maison, demeure du duo italien, Richard senti son cœur tambouriné avec force contre sa poitrine. Il allait monter et puis quoi? Et puis merde! Il était Richard Trois-Lames! Qu’avait-il tant à craindre outre que lui-même?! La gentillesse et la bonté ne s’était pas fait totalement poussé hors de lui par son égo et individualisme démesuré. Tout ne devait pas forcément se terminer en ce chaos qui berçait généralement sa vie.

De fait, tout se déroula dans un naturel bienveillant. Elle lui pointa une chaise et la prit pour siège comme indiqué. Il survola la pièce du regard mais que dire de plus qu’elle était en tout point semblable à dix mille autres pièces de cette taille, petite, sombre, le bonheur d’être relativement propre et des malles entassées çà et là. Le tout paraissait douillet et honnête… Richard, callé sur son siège pouvait en apprécié toute la simplicité tout en laissant glisser la pointe de sa langue sur le coin de sa lèvre fendue. Un coude appuyé contre le dossier, le coin du siège entre ses jambes écartées, une main droite près de la garde de ses lames que son manteau laissé ouvert découvrait et les lacets relâchés de sa chemise laissant paraître la chaîne de son pendentif, Richard avait retrouvé ses aises et son assurance transpirait clairement. Témoin de la porte de la petite chambre voisine qui s’ouvrit, Trois-Lames releva le menton fièrement et regarda s’avancer la rousse en sa direction seau d’eau à la main. C’est avec délicatesse et bienveillance qu’elle avait pris place sur un tabouret face à lui pour nettoyer sa lèvre amochée.

Ce geste remplit de bonté laissa à Richard suffisamment de temps pour détailler de près les traits de son visage. Ses yeux caressaient les contours de son visage pâle et la base de son cou fin. Malgré les picotements à sa lèvre, il étendit un sourire contre celle-ci lorsqu’elle le remercia enfin. Il osa même un léger rire apprenant qu’Andrea, car c’est ainsi que se nommait le type qu’il avait sorti de la bataille, le détestait. Bien sûr, il s’en foutait totalement! Ce qui comptait après-tout c’était que la belle, elle, ne le déteste pas. Dans un élan de tendresse ou de testostérones, il aurait tourné la tête afin de poser ses lèvres contre ces doigts qui s’affairaient près de sa lèvre. Elles se seraient serrées dans un baisé pour remercier l’italienne de ses soins et qui sait s’il n’en aurait pas légèrement mordu un de ses doigts afin de lui signifier que sa blessure était le moindre de ses soucis… Douce pensée furtive soufflée lorsqu’elle se releva après un sourire sincère comme si elle lisait en lui pour jeter l’eau à la fenêtre.

« … je vous imaginais plus grand! » Il se pencha vers l’avant prenant appuie de l’avant-bras sur sa cuisse droite et posant la main gauche à sa hanche. Il haussa un sourcil tout en se demandant s’il avait su être à la hauteur de sa réputation… Les détails physiques importaient bien moins que la capacité des actes! C’est quand elle le qualifia de légende avant de lui demander son nom qu’il comprit qu’il avait été fidèle à lui-même.

- « Je me nomme Richard Morel… » répondit-il du tact au tact… Mais les simples réponses ne formaient pas les grandes histoires dont sont composées les légendes! Ainsi, il se permit de poursuivre voyant dans le regard de l’italienne une auditrice digne de son théâtre.
- « Voilà une étiquette des plus banales si on ne prend pas la peine de préciser le surnom de Trois-Lames qui vient définir un tant soit mieux l’homme derrière le nom. À savoir ce qui en forme la légende… Comment un homme s’élève jusqu’à gloire et comment une pomme devient cette poire… Je dirai alors que vous avez eu un bref aperçu ce soir de comment j’ai pu conquérir cette zone franche entre deux Cours où maintenant je vis librement. »

Il ouvrit les bras de chaque côté de lui tournant ses mains dans un roulement les paumes vers le haut comme s’il pointait les deux mondes en opposition que composaient Paris. Au centre, lui, un sourire franc aux lèvres et un regard pétillant de force. Se callant de nouveau dans son siège il rajouta tout en questionnant la rousse :

- « Ne croyez-vous pas que c’est ce à quoi chacun aspire au fond un peu plus de liberté? Aujourd’hui, tout le monde, noble ou truand, sert un maître sans alternative… Pensez-vous qu’il serait plus juste de pouvoir choisir à qui l’on voue servitude et engagement? Pour ma part j’ai rejeté ces codes et sert que mes intérêts tout en étant prêt à les défendre au fil de mes lames! Grâce à elles j’ai pu acquérir un certain respect qui me permet de vivre suffisamment libre, tel un étranger dans ces deux Cours. »

Il glissa une main dans ses cheveux de manière nonchalante et afficha une mine satisfaite.

- « Voilà au fond de quoi est composé mon nom. Il est porté par la crainte que mes talents inspirent, par le respect que j’ai gagné grâce à eux et par l’admiration de la liberté acquise via ce respect… » conclut-il. Sachant qu’après une telle tirade il aurait été des plus mal venu de simplement demander « et vous, vous avez un nom? » s’en suivant un clin d’œil, il préféra la sagesse et à son tour usa de politesse à son égard.

- « C’est aussi à mon tour de vous remercier pour vos soins… Quoique j’ai connu pire comme blessures, je ne peux nier que votre attention fût la bienvenu. D’ailleurs, bien que tout le monde dans cette taverne n’avait plus tôt de yeux que pour vous, moi comprit, je ne sais toujours pas votre nom? À en juger les flots d’insultes que c’est mérité votre… » il hésita un instant réalisant qu’il ne savait toujours pas qui était cet Andréa par rapport à la belle… « Andrea c’est ça? Vous êtes italienne n’est-ce pas? »
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Mer 7 Jan - 5:52


C’était bien quelque chose, d’avoir tant à raconter. Essorant consciencieusement son bout de tissu, elle écoutait d’un air d’abord abstrait mais toujours d’une oreille attentive. Mais au fur et à mesure du discours de Richard ses yeux se levaient vers lui, intéressés, bientôt passionnés. Ce Trois-Lames, cette ombre qui planait dans Paris, elle en avait trop entendu parler pour à présent ne pas être fascinée. Voilà qu’il évoquait gloire et liberté, respect et réussite. Des aspirations au fond peu communes, mais qui en une certaine mesure plaisaient à la serveuse. La liberté, surtout. Peut-être uniquement.
Cette dernière arrachée au prix de la mort, voilà donc ce qui constituait le nom de Trois-Lames. La conscience religieuse de l’Italienne tiqua légèrement. A peine. Ne pas tuer, disait-on. Tout comme le vol était proscrit, se rappela-t-elle aussitôt. Mais l’exception devait se trouver dans la nature humaine, ainsi pourquoi ne pas élever au statut d’acceptable les activités de Richard autant qu’elle jugeait les siennes justifiables. Et puis sans doute valait-il mieux trépasser d’un coup d’épée bien placé que dépérir de maladie. Puisque tout était question de perspective peut-être pouvait-on ainsi excuser un peu plus l’offense qu’en théorie Richard faisait à Dieu. Raisonnement peu réjouissant, certes. Mais sans doute à la hauteur du monde dans lequel ils vivaient, auquel le mercenaire semblait s’être adapté d’une insolente manière.

Cependant la finalité restait semblable à celle de n’importe quel criminel de bas étage : attrapé et il finirait pendu. Quoiqu’encore, cela semblait une sortie bien douce quand on savait de quelle ingéniosité cruelle la justice était capable. Voilà une perspective trop sinistre que Pia eut le bon goût de garder pour elle, tant l’ardent récit ne méritait pas d’être si pragmatiquement sapé.
Sentant l’histoire qui arrivait à sa fin la jeune femme se leva de son tabouret en affichant un léger sourire narquois.

- Je voulais simplement connaître votre nom, souligna-t-elle. Heureusement, j’aime les histoires.

Elle souleva son seau d’eau souillée et partie le vider par-dessus la fenêtre, sans par ailleurs prêter grande attention au malheureux passant qui de peu avait évité le contenu. Un des innombrables dangers de la vie parisienne, à rien ne servait de se plaindre quand on devait fatalement faire avec. Le dos encore tourné à Richard elle continua de s’adresser à lui.

- Et je suppose que la question de votre réputation aurait fini par suivre.

S’attardant à la fenêtre un peu plus qu’elle n’en aurait eu besoin, Pia se surprit quasi instantanément à songer que Richard Morel ne semblait pas trop amoché par ses répétitives batailles de ruelles. Le trait un peu dur, une légère cicatrice qui traînait, mais rien qui sur son visage criait à la vie dure. Evidemment il était, après le petit accro de tout à l’heure, un peu amoché. Cependant pas assez pour qu’en le voyant sans connaître le fin mot de l’histoire on le rende coupable d’un quotidien de fer croisé. Il dégageait même une certaine jovialité sarcastique qui, couplée à des traits plutôt bien dessinés, ne le rendait pas désagréable à regarder. Il n’y avait finalement qu’une pointe d’arrogance dans l’attitude qui trahissait presque élégamment ce que lui-même devait prendre pour des exploits.
Mentalement elle chassa cette idée et se retourna.

Ce qui s’apparentait à un compliment de la part de Richard ne fut qu’à moitié goûté comme tel. Léger rougissement des joues résultant de l’ego féminin légèrement flatté ; balayé par un haussement d’épaules guidé par ce qui lui semblait être la réalité.

- C’est que là-bas on quitte rarement l’alcool des yeux et qu’il se trouve que j’en ai souvent entre les mains.

Et compte tenu du type de clientèle que créchait dans la taverne, sans doute préférait-elle attirer le moins de regards possibles. Il n’y aurait eu que Richard ou presque pour ne pas frôler le salace. Le seul qui peut-être ne l’aurait pas regardé comme une vulgaire poupée rousse articulée. Du moins Pia voulait s’en convaincre. Car il ne lui était finalement pas désagréable, ce Trois-Lames.

- On m’appelle Pia et je ne cache pas avoir grandit à Venise, reprit-elle finalement en refaisant quelques pas vers lui. Mais pour ma part aucune extravagante légende, en partant il était surtout question de survie. Et peut-être un peu de voir ce qui se passait ailleurs.  

S’en était ensuite suivi la servitude choisie, l’arrivée dans le bas Paris quand paradoxalement s’orchestrait le vol des puissants. Mais toujours l’assommante réalité d’une soumission presque directe à un roi, soit-il Bourbon ou Araignée. Une simple historiette qui ne méritait donc pas d’être racontée après les exploits d’un homme libre.  
Pia attrapa son siège pour l’éloigner légèrement de Richard et s’y rassit. Posant ses coudes sur la table et son menton dans la paume de ses mains, elle reprit de l’intérêt pour le récit pourtant fini de l’homme.

- Mais c’est une belle chose, la liberté.
Les yeux levés vers le plafond, l’air rêveur et ce mot chimérique qui résonnait dans son esprit encore et toujours.
- En tout cas, vous en parlez d’une intéressante façon.

D’une perspective toute particulière, nécessairement de manière biaisée, mais d’un point de vue qui semblait à Pia tout à fait nouveau et digne d’intérêt.

- Mais à toujours naviguer entre deux cours vous ne vous sentez au fond pas seul ? Car à ne pas avoir d’attache, vous n’avez finalement aucun soutien.

Avant de lui laisser le temps de répondre elle glissa cependant une remarque sans rapport direct.

- Je peux te dire « tu » ? T’as l’air de quelqu’un à qui on n’est pas obligé de faire des courbettes.

Ce n’était pas un manque de respect, juste l’habitude de la simplicité qui voulait reprendre le dessus.  

Spoiler:
 

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