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 Sortie de messe, un mardi d'avril. [libre]


Ven 19 Sep - 19:10

Olympe sortait juste derrière la reine, avec cette assurance qui n'appartenait qu'à elle. Pourtant, elle ne pouvait se targuer d'être de haute naissance ou d'une importance quelconque: elle ne devait sa notoriété qu'à l'habilité qu'avait eu son oncle à lécher des bottes. Peu importait au fond de ce que ses ancêtres avaient été capables de faire, elle en récoltait aujourd'hui les avantages et tenait sa place d'intendante de la maison de la Reine avec cœur.

La Mancini souriait, inclinait légèrement la tête à l'adresse des saluts et se remémorait le sermon du matin, sermon qui d'ailleurs ne la visait jamais... Ou du moins c'est ce qu'elle pensait. Quand on commençait à s'identifier aux sermons de bénitier, c'était qu'on avait forcément des choses à se reprocher et si une chose était certaine c'était bien que la perfection était irréprochable, non ?

Quand la Cour eut libéré la Chapelle Saint Louis, la Reine désira s'y retrouver seule, lasse des courbettes que pouvaient lui faire les infâmes et hypocrites courtisans français. Olympe l'attendait devant, avec le reste de sa suite et s'éventait, sachant que cela pouvait durer un certain temps. L'italienne n'avait quant à elle aucune antipathie vis à vis de la Reine, son austérité et son recul avaient même du bon pour la cour. Peu importait qu'elle ne parle pas français ou que son humour diffère tant du sien, l'important était sa haute lignée et la qualité des enfants qu'elle donnait à la France.

Les appartements de la Reine sentaient fort l'ail et étaient peuplés de nains facétieux. C'était un autre monde au cœur de la cour même, au centre du raffinement du royaume. Quand vous entrez dans l'antre de la souveraine, vous plissez le nez et pensez d'abord que vous ne supporterez pas un quart d'heure l'ambiance des lieux. Petit à petit, votre nez s'habitue à la puanteur et votre attention se porte sur les nains qui multiplient les acrobaties pour le plus grand bonheur royal. Ces petites choses avaient un visage hideux, huileux et repoussant. Olympe les regardait, avec un sourire d'incompréhension mais prenait garde de ne jamais les approcher de trop. Oui, c'était un autre monde à la fois austère et bruyant, à la fois religieux et grotesque... Un monde inqualifiable, un monde désordonné... L'Espagne.

Près d'elle, la marquise de Montespan attendait aussi avec les autres dames de compagnie. C'était bien là l'une des rares femmes à avoir une conversation intéressante et un esprit assez développé pour lui permettre une certaine répartie. Combien de fois s'étaient-elles retrouvées pour médire sur les tenues ou le comportement des courtisans ? La Mancini ne saurait le dire, mais tout ce qu'on retiendra c'est qu'autant l'une que l'autre s'étaient toujours montrées respectueuses envers le monarque et sa famille, du moins quand elles médisaient ensemble.

La Reine quant à elle s'amusait peu aux médisances, sauf quand il s'agissait de salir La Vallière. A ce jeu, Olympe n'était pas de reste et ne comprenait pas ce que Louis pouvait trouver à cette boiteuse écervelée. La jalousie qu'elle pouvait au fond éprouver à l'encontre de l'ingénue n'arrangeait pas ses médisances, d'ailleurs les journées de l'italienne chez la Reine étaient longues et se résumaient à l'attente de la "lapidation de boiteuse".

S'éventant toujours, attendant éternellement le bon vouloir royal, Olympe écoutait distraitement Marie de Saint Méchin qui retraçait le vol de la soirée princière. La rousse secoua légèrement la tête, ce qui fit s'agiter ses longues anglaises. Elle-même s'était vue dérober une bague de valeur et elle détourna le regard pour ne pas en entendre davantage. Il y aurait à la cour d'autres mésaventures et la dame avait une entière confiance aux mousquetaires de sa Majesté, bien qu'elle n'en connaisse pas personnellement.

"Sa Majesté va-t-elle rester encore longtemps en prière ?"

Olympe se retourna vers la voix qui venait de retentir à ses côtés. Décidément, la "Sainte Machin" était enjouée ce jour, assez d'ailleurs pour mériter un coup d'éventail sur la main... D'ailleurs la Mancini se fit violence pour ne pas lui en asséner un.

-Si Sa Majesté décide de rester tout le jour en prière, notre devoir est de l'attendre. Prenez, madame, votre charge non pas comme un fardeau mais comme un honneur et gardez vous de l'insulter en ma présence.

Un silence était tombé dans le vestibule et l'italienne continua de s'éventer, non sans regarder de haut la dame de ses grands yeux clairs. Tant pis pour son audace, la rousse estimait que si on était en droit de penser les pires vilenies à l'adresse de la Reine personne n'était en mesure d'en rire ouvertement, surtout quand la suite royal se trouvait au complet.

Les dents serrées, lasse aussi d'attendre mais d'un calme olympien la Mancini scrutait la porte de la chapelle, à l’affût du moindre bruit. C'est là qu'elle entendit derrière elle un froufrou: visiblement on venait la saluer.
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Sortie de messe, un mardi d'avril. [libre]

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